lundi 20 août 2018

Jeanne



Jeanne, es-tu le fruit du bûcher ?
Sinon, l'étrange énamourée
d'un univers amouraché
par tes échos tant emmurés ?

Jeanne, aussi bien
pourrais-tu n'être
                   en fait qu'un leurre
ou l'autre lien
               vers la fenêtre
                         où les couleurs
de l'arc-en-ciel
ont le besoin
                       de se confondre
en l'essentiel
  unique point
                  d'où tout peut fondre.

Il est un infini de temps juxtaposés
selon lequel on prend des voies aléatoires,
et nos visions, nos voix, sont alors exposées
sur l'ouvrage étoilé d'un Dieu jubilatoire.

Ô victoire arrachée comme un membre à son corps,
à l'hostie des romains tu te trans-substituas,
tu vidas ses boyaux dans le grand désaccord
où stagnaient nos pensées quand tu les instituas.

Jeanne, es-tu le marasme auquel on se consacre
ainsi qu'un vin de messianisme inespéré ?
Sors-tu de la cuisse amortie dont le massacre
a fait d'un Jupiter à terre un apeuré ?

Sors-tu du ventre
              effarouchant
                          des vieux enfers ?
Ou de ce centre
             épanouissant
                         dont n'a que faire
un tribunal
ecclésiastique
                             et corrompu ?
Es-tu banale
ou fantastique ?
                        Es-tu rompue ?

Jeanne, es-tu le fruit du bûcher ?
Sinon, ce que nous fabriquons
de ton histoire endimanchée,
sinon d'un sacrifice abscons ?

« Faisons rôtir de la pucelle
et réservons à chaque femme
un petit peu du sort de celle
à qui l'on fit goûter les flammes ! »

Une lecture
est ainsi faite
                            à mon avis,
d'une imposture
où la prophète
                         eut sur sa vie
payé le prix
du sexe faible
                         et de la guerre.
On l'a compris
(vu de la plèbe) :
                      on ne vaut guère !

Il y a chez ma Jeanne, un relief étonnant :
loin d'être bas, ça sculpte en moi des certitudes ;
un faux-semblant de merveilleux mais détonnant,
confère à son ensemble une absolue quiétude.

Il y a sous les traits tirés de Jeanne d'Arc,
une flèche indiquant la bonne direction,
sous ses soudards ou Rais, le signe qui nous marque :
un brin libre et génial où naît l'incorrection.

vendredi 17 août 2018

De la soul



À la mémoire de Madame Aretha Franklin,


De la soul on en a plein les écouteurs
et de nos fantaisies d'être un plus joli cœur
on garde un bon tempo, comme un souffle au corps
et quelques vibrations qui nous éloignent de la mort...

En garde à la façon des mousquetaires
on ne sait trop verbeux jamais comment se taire
et l'âme au bord des lèvres, on se récite en rythme
une chanson d'amour à la façon d'un algorithme.

On se réclame un peu comme une pub' !
À la façon de ces chansons qui font des tubes
et des jolies chorégraphies de ces danseurs
auxquels une souplesse est truc de prestidigimasseur !

Alors, Aretha, que rien n'arrêta,
repose en paix armée par la beauté des tas
de musicalités que tu mis dans la Soul
et qui littéralement sont les splendeurs qui nous saoulent.

lundi 13 août 2018

Au Huelgoat






À Jacques et Danièle Milon,


On écrivit fort au Huelgoat :
on dégoulinait d'encre alerte
au point d'en avoir les mains moites
et par la plume orange et verte,
au cœur ouvert des pages blanches,
irlandiser la celtitude
et savonner de bleu la planche
où périraient nos certitudes.

On écrivit pour Jack Kerouac
et ses ancêtres montagnards
— au Yeun Elez un vieux bivouac
est comme un Brest aux dieux bagnards —
On écrivit pour Segalen
et ses bretonnes utopies,
pour des prosodies hors d'haleine
envahies d'âmes sans répit.

C'est le Chaos qui nous inspire !
Et de la fleur de ses rochers,
je sale au mieux, je sale au pire
(avec un grain bien arraché),
le plat corsé d'un Finistère
auquel l'identité sans doute
est le fleuron de cette Terre,
est au Huelgoat à toute écoute !

On écrivit aux Monts d'Arrée
depuis toujours et de tous temps,
Connemara, maisons d'arrêt,
de Pontaniou son Léviathan,
j'ai bâti ma mythologie
dans un café dans la forêt,
l'esprit des bois quand il agit,
transforme un être perforé.

https://soundcloud.com/annaondu/au-huelgoat

lundi 30 juillet 2018

Sur le Zéro et l'Infini



Comment penser sur le Zéro et l'Infini ?
Pourquoi, comment survivre à nos effondrements
tout en brillant comme une étoile au firmament
dont la nova rejette aujourd'hui le déni ?

Nous oscillons entre la mort et la naissance,
entre deux bornes d'un néant commensurable,
et parfois même entre deux états misérables,
entre métamorphose et pâle évanescence.

Au moins conscients des vacuités de nos destins,
des pauvretés que nous laissons en héritage,
il faut s'enorgueillir de nos plus beaux ratages !

Ainsi, l'infini qui nous tord les intestins
— né du zéro signant, je crois, sa bouche ouverte —
avale en l'Univers un peu des vies offertes.

https://soundcloud.com/annaondu/sur-le-zero-et-linfini

vendredi 27 juillet 2018

Orage



J'ai su des clameurs de l'orage,
aspirer le venin gazeux
qu'un éclair arrosait du feu
des eaux libérées d'un barrage.

Et cascadaient en fruits de lumière
(abreuvant) les prismes des gouttes,
au vent que les soucis d'écoute
orientait d'étrange manière.

En éventrant la canicule
ainsi qu'un poisson qu'on torture,
un orage aux températures
administre un coup sans recul.

Une vie dévie de son cours,
un long fleuve en torrent de boue,
serpente en joignant les deux bouts
de son ex-absurde discours.

Où te trouves-tu Désespoir ?
Et ce que je baille à Corneille
est-il un vernis de vermeil
ou les vers nés d'eaux sous la poire ?

Orage ! Il était écrit là
qu'un craquement de l'univers
en ressuscitant l'Art du vers,
aurait l'effet d'un Attila.

https://soundcloud.com/annaondu/orage

mardi 24 juillet 2018

Descendance



Descendre d'un ancêtre ou descendre un ancêtre ?
Il suffit d'un seul mot fait d'une seule lettre
et bascule le sens à cheval sur un trait,
d'unions nous l'attachons : la phrase a son attrait.

Tout est détail ici, tout est battements d'ailes ;
un nœud de papillons vient à tâcher le ciel
— auréole où l'essaim pigeonne à l'horizon —
quand le chant des grillons frissonne en oraison.

Sur un trait d'arbalète on voyage plus vite !
Et les petits carreaux qu'à la nappe on invite,
ont le damier déçu des drapeaux d'arrivée.

Je ne sais de ces liens que l'on fixe aux rivets,
qu'une silhouette floue que mes rimes cadencent,
et descendre est un Art inspiré d'ascendances.

dimanche 22 juillet 2018

Veau doux



Je déjouerai le Verbe et son début mythique
en composant pour toi, tel un théâtre No,
nos ombres découpés de « si » si concentriques
en un veau doux, veau d'or aux cinq points cardinaux,
que l'on s'enivrera d’idéal esthétique.

« Enjoue les mots, com' sur des touches de piano !
Joue sur mon corps, pour effacer toute romance !
Et que les sanglots lents de nos violons porno'
rameute un peuple entier d'envies et de semences,
afin de danser sur les reliques de nos os ! »

J'invoquerai des dieux antérieurs aux croyances
et des esprits sortis du ventre de la Terre,
afin de retrouver dans tes yeux de faïence
un peu de ce qui fit ma vertu grabataire
et de ma chasteté l'absolue défaillance.

Après, je te lirai dans ton seul caractère,
apposerai mes mains sur tes rêves blessés,
qui s'y déposeront comme on pose un cautère,
et tes cils incurvés comme une lune en C,
décroîtront lentement sur tes soleils austères.

Enfin libre en mes vers lents de chanter bien assez,
j'étirerai mes mots dont la phrase élastique
animera le pouls de ton cœur élancé
dans une course folle aux accents pathétiques,
à l'accent grave épique et l'angle aigu dressé.

https://soundcloud.com/annaondu/veau-doux

samedi 21 juillet 2018

L'illusionniste




Bien qu'on le croyait seul, il vivait comme à deux ;
son image était floue mais son âme était belle.
Il écumait des mers en périple hasardeux
qu'il imitait grâce à d'étonnants décibels :

Enroulements de tambours, jolies pétarades,
on l'écoutait nourrir en ses feux d'artifices
un espoir incongru mais qui laissait en rade
un peu du Saint-Esprit, tout du Père et du Fils...

En sa cathédrale où, sous d'écrues verreries,
le kaléidoscope agissait sur chacun,
faisant du temps passé de jolies vieilleries,
Lui, bâtissait des mains nos présents baldaquins.

« Le lit de l'avenir est écrit dans vos paumes »,
annonçait-il au vent véhiculant ses airs,
« en pondant le premier, j'attends vos seconds tomes
et leur suite infinie qui surgit en geyser. »

Ainsi, nous l'écoutions, tout emplis d'optimisme ;
un magicien du Verbe animait nos esprits.
Qu'on le lut en musique ou qu'on l'eut au mutisme,
à son église encré l'art avait le bon prix.

C'est aux temps du Poète et de ses mélodies
que l'on règle un tempo des battements du cœur,
et je regrette aussi la saveur des non-dits
de cet illusionniste aux savantes liqueurs.

https://soundcloud.com/annaondu/lillusionniste

vendredi 20 juillet 2018

Métamorphique



Comment dire aussi crue, votre beauté flagrante
et mon ivresse émue par vos traits délicats,
sinon par l'éclat de splendeur émigrante
en vos yeux rutilants d'innombrables micas.

Nous sommes composés de multiples trésors,
et les couleurs des yeux ne sont qu'un verre amorphe
où le reflet de l'âme est un vieux dinosaure
assujetti souvent aux pressions métamorphes.

Alors on change en pierre un vain cœur d'artichaut
que l'amour effrayait tandis que l'on frayait,
que l'effroi des passions se peignait à la chaux.

Redessinant ta bouche au hasard des rencontres,
il m'arrive aujourd'hui d'y payer mon loyer,
de me loger en toi, contre toi, oui, tout contre !

https://soundcloud.com/annaondu/metamorphique

vendredi 13 juillet 2018

Filles & Garçons



Je décomposais sur les cordes de tes côtes
un mouvement musical auquel on tenait
comme au week-end autopsié d'hôtel à Zuydcotte,
où nous bavions de ce que l'Amour contenait.

Qu'on l'y masse ou qu'au lit macère entre deux ombres
un de ces embryons, qui sait de ce fœtus
un brin de vérité dont la part d'encre sombre ?
Un brin des entrelacs dont on est un fétu ?

Foin de bombe hirsute et de canons de beauté !
Je décodais ta clavicule en la longeant ;
la paille était dans l'œil ainsi désorbitée.

Je déconnais parfois, tandis qu'en t'allongeant,
j'offrais en sacrifice un agneau dépité
par une maladresse en mon être indigent.

mardi 3 juillet 2018

Aphorisme sino-cantonesque

Quand on est cantonné cantonnais qu'entonnait canto né, l'on rit jaune au nom de Cantonna.

jeudi 28 juin 2018

Aphorisme jupitérien


Emmanuel Macron souhaite «voir aboutir» la suppression du mot «race» dans la Constitution : la race l'harasse.

mercredi 27 juin 2018

Le blé sauvage






Comment dire un peu plus des mots de la beauté ?
Dire un peu plus des maux de tête à son image,
et raconter comment par un éphèbe ôté,
le reflet du miroir est masque à son visage.

On a bâti des murs afin de l'afficher,
de l'enfermer dans un atroce labyrinthe,
et comme un minotaure absurde amouraché,
j'ai Picassé sur elle un signe qui m'éreinte.

En broutant la prairie de son regard avide,
en buvant ses désirs inavoués au martyre,
hors d'Elle il m'a fallu faire un infini vide.

Il m'a fallu — tanguant — mimer Carlos Gardel,
et crucifier comme une option que l'on retire,
un blé fol et sauvage ayant la passion d'Elle.

https://soundcloud.com/annaondu/le-ble-sauvage

vendredi 22 juin 2018

Inspiration, transpiration

L'engagement fait suer quand on est en nage de se marier.

samedi 16 juin 2018

Amphibien



J'ai ciselé ma rose des sables
à ton image attelée d'amour,
aux lingots dès lors impérissables
où je me confondais des labours
exigeants, mais à mention passable.

Il soufflait de mon oued assoiffé
le flux nourricier de tes vaisseaux,
de tes baisers soudain décoiffés,
la salive édulcorée des sauts
consentis par des faux paraphés.

Tout en toi résonnait d'Arabie ;
mon index indécent t'effleurait
— microbe en mode anaérobie —
ne pouvant déflorer tes forêts,
mais t'enlaçant d'un corps amphibie.

https://soundcloud.com/annaondu/amphibie

jeudi 14 juin 2018

Poussières




À la mémoire de Philip Roth,


Rien ne dure et pourtant rien ne passe,
on ronronne, assis aux chats d'aiguilles
au salon (pendule au temps rapace),
entrelacés en chiens de fusil
afin de tisser nos carapaces.

Et justement puisque rien ne passe,
on devine aussi que rien ne dure,
on sait que nos rêveries trépassent
et qu'étranglées nos passions futures
auront les goûts que l'épice espace.

On l'aura dans l'os aux catacombes,
infiniment dans le désarroi
du souvenir auquel on succombe
en étant de ces décombres un roi
sans que pourtant rien ne nous incombe.

https://soundcloud.com/annaondu/poussieres

mercredi 6 juin 2018

Orphée



L'or fait le malheur
et l'argent le bonheur ?
Orphée fut tout entier
plongé dans le creuset
de ce métal hurlant
que l'on appelle « Amour »,
et qu'en versets violents
je déverse alentours.

Mes coquelicots fondent
Et l'étain fait des balles,
Ô joie que l'on confonde
un fatras qu'on déballe.
Or, argent font la guerre
et naguère est jadis
— ôtez-moi du vulgaire,
offrez-moi l'Eurydice.

Offrez-moi l'opportune
à quérir aux enfers ;
à ce point sans la thune
on ne sait pas quoi faire,
on ne sait pas pas quoi dire,
on essaime à tout vent
mais on donne au nadir
un parfum de l'avant.

Mais on vole au zénith
un espoir insoumis
qu'un poison d’amanite
agrémente au semis.
L'asphodèle est au Mal
un emblème optimal,
et les forges d'Hadès
ont créé mes déesses.

https://soundcloud.com/annaondu/orphee

mardi 5 juin 2018

L'effet papillon



Lorsqu'un papillon bat de l'aile
et qu'un chaos lui fait écho,
qu'un moissonneur a des allèles
à triturer mode Art-déco',
la génétique est un naufrage
et le génome est un scrutin
d'où le plus niais de ses suffrages
est hybridé par des crétins.

Ma Liberté s’est envolée
sur ta sélection darwinienne
et sur tes cils à la volée
bâtant la campagne iranienne
au gré des transperçants yeux pers
où se logeait l’aînée gordienne
en laquelle enfin je me perds,
en là sombre un trait d’obsidienne

Alors ? Où se trouve la flèche
afin de trancher les cordons
qui nous relient tant qu’on se lèche
à nos ombilicaux codons ?
Puisqu’on est vraiment dans la dèche,
alimentons la controverse !
On aura l’encre d’une seiche
à déverser à la renverse.

https://soundcloud.com/annaondu/leffet-papillon

jeudi 31 mai 2018

Jeu Thème

Ou comment poser ses sentiments sur l'échiquier de l'autre.

vendredi 11 mai 2018

'68



Qu'on teste à terre
un peu du goût du pavé
gris lacrymogène en brume idéaliste
ou qu'on s'entête à la terreur révolutionnaire
aux visions de Trotsky par le crible insidieux de l'Europe
aux desseins de Mao par celui d'idéogrammes
aux utopies anarchistes
on garde au cœur un peu de ce nouveau temps des cerises
un peu de cette Commune amphitryone
à laquelle on n'ose consacrer des messes
autrement qu'en oubliant l'année qui la contint.
'68
un demi-siècle après le conflit qui marquait le début de celui-ci
— la moitié du vingtième alors qui finirait aujourd'hui ? —
'68
une étrange et bleutée solution posée sur l'équation des mondialisations
cuivre embobiné par les trompettes de la renommée
sulfatage abominable à droite, à gauche, à l'extrême gauche
à l’extrémité maladroite où s'échouent les idées
'68 est née telle une hydrocéphale
une enfant de béton, de ciment
déchirant la matrice agencée d'un temps révolu
sciant les poutres dont elle fit son bois de chauffage
et l'effondrement d'un ensemble effaré de principes.
On reparle à veau-l'eau de cet an compassé
sans mesurer jamais vraiment l'épaisseur effrayante
et les replis pâtissiers de ses événements
dont on se délecte à présent comme on bouffe un passé.
'68
en janvier tu t'es faite au visage humain d'un socialisme optimiste
(on oublie ce ton donné par la Bohème et ses enfants d'amour)
un Poème — on dit « Carmen » en latin —
débité par un futur jardinier de Prague
Alexandre Dubcek
illustré par le cinéma jeune et triomphant de Milos Forman
bourgeons naissant dans la froidure hivernale
avant la venue d'un printemps qu'il faudra que la violence élague
alors qu'au mois suivant les patineurs triomphaient en hockey
du grand frangin russe et signaient de tchèques en blanc
les Killy-Killy des médailles olympiques.
À Nanterre, on troquait les canons du 18 pour ceux du 22 mars.
Un juif allemand quoique français, rouquin de surcroît,
laissait jaillir une sève élaborée de théories libertaires
et la mort de Gagarine étouffait dans l'œuf ensanglanté de Spoutnik
un vent de révolte en Pologne
un soulèvement des étudiants gonflés de désirs inventés
que le rugby français concrétisait d'un grand Chelem inaugural.
'68 était un mélange inquiétant d'extrêmes
espoirs incongrus
répressions innommables.
En avril, ils ont tué Luther King.
En tuant la non-violence, on ouvrait la boite de Pandore
et le déferlement des sauterelles sur les chants de nos cultures
en avril, alors que Prague était tout à son Printemps
le grand fourmillement des forces intellectuelles et populaires
œuvrait sourdement mais sûrement au Grand Soir
en avril on a tué Martin comme on a tué Gandhi
comme on a tué la pensée de Tolstoï juste avant
comme on a voulu tuer celle du socialisme à visage humain
celle admirable où l'Anarchie n'est pas mue par la brutalité
mais par la négation de l'état face à l'individu.
'68 explosa donc en mai
cocktail Molotov
au cœur de mon quartier Latin
celui de François Villon
place de la Sorbonne et rue des écoles
ombilicale entre la « Bonne sœur » et Jussieu
Tout à côté du Boul'Mich'
et du Luco' qui me vit vendre aussi mes poésies
là, près des bassins secrets vers lesquels les amoureux parisiens de toujours ont leurs flirts
alors, comment ne pas romantiser cette pseudo-révolution qui ne fit pas de morts?
Entre un sitting où passait une jeune femme enceinte et quelques barricades
on y croisait des fausses connes et des vrais bandits
sous les diatribes de Dany Cohn-Bendit.
En mai, défait ce qui te déplaît !
Car ce mois de mai fut paraît-il estival
on dit que cet été prématuré fut le déclencheur opportun de cette crise adolescente
et qu'avec la pluie du mois de juin le peuple impubert revint à ses voitures
on dit aussi qu'une infirmière au sein des barricades
aperçut un beau jeune homme en train de coller des affiches pour un concert de musique irlandaise
et qu'ils tombèrent amoureux
Mai '68 est un mythe, un mythe est peuplé non de gens, mais de ses légendes
et qu'on se les raconte afin qu'un poète un jour les écrive.
On assassina le mouvement puis Bob Kennedy
Manifestant ses 2000 mots
Prague haranguait
face à l'ultimatum du Pacte de Varsovie.
Les 70 mm de l'Odyssée de maître Stanley
ne donnèrent pas naissance à l'enfant de l'étoile rouge
et le mois d'août fut un mois dur
écrasé par les chenilles arpenteuses des tanks
auréolés de croix gammées — comble de l'Histoire —
Ô Kafka, grand prêtre halluciné
ta patrie pétrie de déboires
était un bateau livré pour l'exemple.
En Afrique, on biaffrait d'impatience
en affamant le peuple
et le pain coûteux des jeux du Mexique
offrait une tribune au Black Power
aux poings tendus — le droit, le gauche, il faut bien se partager une paire de gants —
tandis que crevait Marcel Duchamp (bidet mal réparé)
l'automne aussi mourrait.
La surnage au Napalm
enveloppait de son brasero
l'âtre âpre et fuligineux du Viet-nam
épuisant le mirage américain de la cavalerie morte en héros.
L'élection de Nixon avait les airs d'un hallali
pour ces élans de transgression.
C'est curieux : les aspirations de renouveau semblent accoucher des pires retour à l'ordre.
Et pourtant, c'est juste une impression : doucement, le changement s'insinue comme une faille à la morale.
En décembre, Apollo VIII envoya trois garçons faire un tour de notre satellite
et j'étais sur orbite à mon tour
avec Explorer de 2001
sous la surveillance attentionnée de HAL 9000
et de mes jeunes parents
dont l'une au bras de l'autre était passée place de la Sorbonne
enceinte
en mai dernier.

dimanche 6 mai 2018

Au bord du Goyen



Je t'ai couchée dans l'herbe, allongée dans le frais
cresson du bord de l'eau, fondant sous la chaleur
irradiée de ton corps adulte et qui s'offrait,
lascivement ouvert à mes doigts cavaleurs.

Endormie, j'observais ta beauté dans l'écrin
végétal où ton souffle apaisé soulevait
légèrement ton ventre arrondi, dont le grain
délicat sous ma main lentement se mouvait.

De petits animaux curieux t'approchaient :
l'insecte, ou la belette en reniflant ton bras,
t'effleuraient mais pourtant jamais ne te touchaient.

Je restais quant à moi dépourvu d'embarras,
m'unissant au décor, à toi, rien ne m'empêchait
d’absorber tout entier ce soleil d’apparat.

samedi 5 mai 2018

Unique étoile



J'ai le croissant de lune aveuglant de ta bouche
au petit-déjeuner de ma quête amoureuse,
et le sentier creusé par ton bras sur ta couche
en guise de tranchée vers ta gorge onéreuse.

Et rien ne m'est plus cher que ces draps de fumées,
que ton éclat debout dans la lumière éteinte :
il me fallait deux buts dont ta main parfumée
guiderait mes écrits d'agonie hors d'atteinte.

Il me fallait rêver que tu m'étais possible,
afin qu'en quelques vers on devinât ton corps,
et que ton âme aussi prise à ce point pour cible,
offrît à mon désert une oasis accorte.

Il me fallait danser sur les définitions,
sur les sons, sur les sens et sur l'essence de toi
pour capter en plein cœur de ma méditation,
ta beauté camouflée que mes larmes nettoient.

Ce sont de vies d'avant que nos sentiments sourdent
et de se reconnaître il est bien compliqué ;
j'avançais en aveugle et d'une oreille sourde
avant que de t'entendre en cueillant ton bouquet.

Chaque étoile est unique et leur nombre infini,
chaque amour en effet n'est qu'une tentative ;
une rencontre dont on ne s'est prémuni
ne concède au hasard aucune alternative.

https://soundcloud.com/annaondu/unique-etoile

Hidjab



Mes pensées s'en allaient sur l'onde paresseuse
ainsi que cette feuille où se pose ma plume ;
un oiseau chapardeur entamant sa berceuse,
illustrait par ce chant toute mon amertume.

On pose, au fil de l'eau, des années de bonheur
en parfaite ignorance, en coupable insouciance,
et le marteau du juge implorant votre honneur,
enclume avec le temps les faux-cils de la science.

Il me faudrait pour toi fondre un vocabulaire,
un dessert olfactif, un bonbon de syllabes,
afin qu'un chocolat d'émois sous ta molaire

ait le croquant des feints jurons faits sous hidjab,
et que l'on classe au creux de tes intercalaires
une beauté née d'un calligramme arabe.

dimanche 29 avril 2018

Aphorisme abstrus

La beauté ? C'est l'expression d'un Vrai dans une liste de Faux.

mercredi 25 avril 2018

Brummell





Je voyais en Brummell
un phare en direction de la terre gaste
un rêve embrumé
dont la vie fantasque
et la fin misérable
hantait mes fantasmes existentiels.
On devinait chez Brummell
un charme indéfinissable
exposé comme au musée des vents contraires
utilisé par les morales arbitraires
afin qu'ainsi mis à l'étal
on démarchât de son statut
d'un piédestal accidentel
où l'on vendit à la bougie
sa séduction calculatrice
à l'élégance artificielle.
On peut citer Barry Lindon
et les dandies qui dans Paris
peuplent aujourd'hui les boites
en sniffant les rails urbains
d'un underground un rien trop métropolitain...
Jamais pourtant ne disparaît
l'image en mon miroir
où dans son halo de buée
paraît Brummell et son mystère :
il inventa Bowie,
la classe et l'éclectique
aura de l'humain désinvolte
intense et débranché
en avance à chaque instant d'un temps
(voire un peu plus parfois)
puisqu'à la fin crever
c'est notre lot commun
bougeons l'aiguille au gousset
de l'heure inexorable
et des règlements castrateurs
allons vers un futur absorbé par le présent
cadeau lui-même du passé !
Brummell était un artiste un peu particulier :
l'auteur et l'œuvre en lui se confondaient ;
son attitude était des vers en escaliers
qu'on monte et qu'on descend d'un seul regard ;
il inspira d'autres dandies dont Wilde est mon modèle,
évacuant de fait l'ordre sexué
des pensées créatrices
offrant le chant défriché des pulsions masculines
à l'expression d'une esthétique émancipée.
Mais le tableau se fige un jour
et les couleurs palissent
et si c'est simple comme bonjour
en vérité de La Palisse
on fuit pourtant l'odieux verdict
où le temps tyran lui nous dicte
un gros retour de manivelle
et de ses fourches caudines
un ego trop long que nivelle
un joli coup de guillotine.
Alors, moi de Brummell
— ectoplasme invasif —
il me reste, incisif,
un brouillard qui s'emmêle
aux rêves de marine anglaise
aux vapeurs de l'encens
au Génie de Baudelaire
aux mains de Camille enfoncées dans la glaise
aux révolutions couleur de sang
dont le muguet parfume assez bien l'air.

lundi 23 avril 2018

Aphorisme congru

Il arrive que la solitude à certains moments devienne une compagne envahissante.

dimanche 22 avril 2018

"Ce qui rend contre" — extrait

"Les vers en Poésie portent bien mieux leurs noms qu'on ne le pense : il s'agit de petites choses blanches qu'on fait sortir du fruit de nos cerveaux qu'ils rongent, en anticipant sa mort."

D'Arthur Rimbaud à Camille Claudel...

vendredi 20 avril 2018

Sorcière





De son simple regard et de sa bouche en cœur,
elle a su pétrifier mon théâtre de sable,
et du temps qui s'écoule (ayant bu sa liqueur)
il me faut vous conter son indéfinissable :

Avant que je ne m’adresse à elle en ces mots,
mon sémaphore alertait par de grands signaux
les étoiles, je mêle à mes versets jumeaux
la toile au sacrifice et le loup à l’agneau.

C’était le calme plat sur ma mer intérieure,
alors que tu gisais comme une onde lascive
— on se sait éperdu dans l’étage inférieur
Et l’enchevêtrement dont tes bras sont la sylve.

On se sait enivré par les traces d’encens,
dont ta peau s’imprégnait lors des bains de vapeur,
on buvait ma parole, en ton Léthé dansant,
le poison délicieux qu’on appelle torpeur.

On buvait laminaire au reflux de tes courbes,
Un sourcil ébahi comme une lèvre ourlée,
ta Beauté qu’un dieu sale eût sorti de la tourbe,
en me faisant son saint de ton sein pourparler.

Si lors de ton sourire éclate un pur soleil,
il faudra repenser notre façon de voir...
Et si je te dessine à nulle autre pareille,
il y a mon désir et bien moins mon devoir.

Il y a l’impensable et le mythe absolu :
la Femme désirée que le Destin m’ôta,
la Poésie parfaite et sans cesse relue
dont la rime s’honore en faisant des mots tas…

De son simple regard et de sa bouche en cœur,
Hugo fit un roman, Pratt en fit l’aquarelle ;
Esméralda dit-on, garde un refrain moqueur,
Et moi de mes couplets, nos dévotions pour Elle.

Au Mélo, dit, au Mélody (republication d'un texte de 2005)



C'était à Brest quand on s'ennuie,
Ou plutôt non, ou plutôt oui,
A Guipavas, juste en sortant
Que finissaient les étudiants,
Que s'achevaient, le corps mourant,
De goélette en goéland,
Les matelots vaguement gris
De mise en boite dans la nuit.

C'est au Mélo et dans son bruit,
Quelques instants bercés d'envies,
Mais pas de slows sur le ponant
Et des couteaux entre les dents,
Je n'en ai qu'une au plus offrant,
Mais d'opportune, elle est tournant,
Et sur son corps ma main se dit
Qu'à folle courbe est interdit !

Interdit quoi ? Interdit bon...
Le son des pleurs et des passions,
Et peu à peu Brest alangui,
Sans un seul geste et sans un bruit,
Il est fermé le Mélody,
Tout défenestre et tout est cuit,
Et l'arsenal n'est pas champion,
Et toute ligue est invention...

Quand je t'écris, quand je te lis,
Comme en rentrant du Mélody,
Glace à la braise et cœur fondant,
Lueur de phare et clignotant
De tes longs cils en battement,
Des sanglots longs, des sanglots lents,
Comme des pluies de batterie,
Rythment les flots du temps qui fuit.

mardi 17 avril 2018

Au bord du Gange



Un jour on verra tomber le capitalisme
ainsi que le fruit mûr auquel on s'accrochait,
mais dont l'âcre amertume héritée du cynisme,
empoisonnait le Monde et sans freins l'empêchait.

L'empêchait de fleurir et de répandre à tous
un parfum de muguet datant des barricades
où tombaient les amants des fiancées qu'en douce
on courtisait sans fin, repoussant l'estocade.

L'estocade est venue, mais rien pourtant ne change :
ici Paris, Delhi, Moscou sans communisme,
on parierait la vie de Gandhi pour échange.

Échangeant le courage à ce pusillanisme,
on ourdirait le rêve en cendre au bord du Gange :
un jour on verra tomber le capitalisme

dimanche 15 avril 2018

Nejma



Là où chaque étoile brille, il y a ton regard
Et le planetarium où dans ta galaxie
nous tous on part en vrille, où les monts du Hoggar
ont courbé ton beau corps à mon anorexie.

M'affamant, ma femme en te composant ces vers
qui rongent mes refrains dans ton éclat de verre
et disent ma passion pour ta bouche infinie
dont le souffle épanoui fait mes morceaux réunis.

Kaléidoscopant mes sentiments pour toi,
j'ai pianoté l'éclat de ton sourire unique
et construit de tes mains ce qui me sert de toit.

J'ai gravé l'impression de ta beauté runique
au cœur de l'arbre mort où rien ne se nettoie
du premier rendez-vous virtuel — état clinique.

https://soundcloud.com/annaondu/nejma-1

vendredi 13 avril 2018

Casablanca (republication d'un texte de juillet 2006)



Le premier pied des vers d'escales africaines,
C'est à Casablanca que je l'avais posé.
Sur la terre d'Islam, aux musiques anciennes,
Casa, ville éternelle, et d'Ingrid et d'Humphrey...

Ben oui ! J'ai rendu mon hommage au grand Hôtel...
Je me suis fait Viktor entre deux, trois cocktails,
Je me suis fait Lazlo qu'on ramasse à l'appel,
Je me suis fait un jeu de la blanche et la belle.

Elle est belle comme Toi, tu sais, la Casa :
De ses profondeurs vertes et alizéennes,
De ses petits taxis passant comme ces gars,
Dans ces placards sont ces amants qui vont, qui viennent...

Et peu importent nos viandes et nos géhennes,
J'ai de Casa comme de Toi, sang dans les veines,
J'ai cette foi qui me rapproche et qui m'entraîne,
J'ai cette fois la conviction que rien ne gène.

Comme à Casa, ça fait quinze ans, quinze ans déjà...
Cette odeur violente sur le port de commerce,
Et ma jeunesse défaillante aux premiers pas
Sur cette Afrique en vie, sur cette Afrique inverse...

Je veux te parler de la corniche d'In Diap,
Et des balades nocturnes que rien ne rattrape,
De tous ses bas quartiers s'effilochant en grappe,
De la grande mosquée, leur farce de satrapes...

In Diap, c'est le quartier des fêtes de la nuit,
Des bars où l'on réinterprète Mahomet,
La riviera qui coule comme l'eau des pluies
Que les prophètes n'ont jamais su endiguer.

In Diap, c'est un restau', des coussins, des sofas,
Un ventre qui ressemble au tien, et des longs bras
Serpentins, ventre d'une femme comme Toi,
Et notre aurore à nos destins, Casablanca !

Tout danse dans ma tête, mon amour, ma loi,
Et la belle interprète orientale et sensuelle,
Tout danse dans ma tête quand je pense à Toi,
Et Casablanca comme à tes yeux rebelles.

Souviens-toi, quand je traversais la Médina !
Autre temps, autre siècle, en tenue de combat,
Marine incohérence en rêve de soldat,
En matelot de France aux temps du Pourquoi-pas.

Mon âme, dans ces rues sévères et étroites,
Croisant le peuple et les mouquères envoilées,
J'étais je crois, Corto serrant de sa main droite,
Quoiqu'un peu gauche, un temps de rêve évaporé...

Pas loin du cancer et des longues maladies,
Quand on s'approche des tropiques, mon amie,
Ce sont des vols que l'on suspend comme à l'envie,
Et des bémols aux partitions de notre vie.

J'aime énormément quand tu te déguises en fille !
J'aime tes jeux, tes joies et toutes ces broutilles,
La différence entre une femme et une ville ?
Quoi donc ? Casa et toi : Vos ventres sont fertiles.

mercredi 11 avril 2018

Tanka faire — un pour la soirée



C'est dans ce lavis
Que l'on découvre la vie
La nacre irisée
Que je bois dans ton regard
Et la brisée des écarts.

lundi 9 avril 2018

Vladivostok Station (Republication d'un texte de 2009)



Je viens vous lire
l'impénitente gare en station ouvrière,
des souvenirs hagards qui n'ont que fer d'hier,
chemins de cire,
des mots vidés, cédés à tant de passions rances,
qui n'ont de procédés qu'invectives qu'on lance...

Le train est entré en gare, sans voix, la dernière,
on embarque, et je jette un piano à la mer...
Il est fini le temps des rimes et des vers,
mes mots voyageront vers d'autres univers.

C'est joli !
      Je jouerai plus à la dînette,
                                         c'est promis !
N'est-ce que pour les autres fêtes...
                                             Et maudit,
je retourne à la tempête,
           je retourne mes chaussettes,
j'ai leur boule et mes boulettes
              qui me font tourner la tête,
                                                 c'est fini !
                ça ressemble à la retraite
                                                 de Russie,
                         la Bérézina s'entête,
                                                  elle aussi,
                à couler froide et seulette,
                                                    Cybérie...

Certaines phrases sont des caveaux pour nos âmes,
des caniveaux où coulent des rancoeurs débiles,
où s'accumulent les divorces et les drames,
rangés dans le sarcophage de Tchernobyl.

Ne compare-t-on pas et la plume, et l'épée ?
N'en saigné-je pas pour les deux d'un même fil ?
Dans un train Pullman, Lili Brik est arrivée...
Et d'autres chemins où les traverses défilent...
Ses yeux n'ont pas vertiginosité de jade,
Mais ses cheveux me font une écharpe à mon cou.
Et notre éloignement, et notre désirade,
Hurle comme les trains qui roulent vers Bakou.

Vladivostok Station.
Où les brides de main n'ont que verge pour frein.
Où toutes les petites Jehanne s'oublient,
où leurs langues avides n'ont que mal pour faim,
n'enseigné-je pas quelque intime biologie ?
Vladivostok Station.
Où résonnent ces cris dont on sait le refrain.
Où s'emballent souvent les chevaux du désir,
pour cent bals, quelque rouble, art factotum aux fins
de trouver les moyens de s'offrir du plaisir...

Si les ports sont des villes de ponts, aux deux mers,
se raccordent les corps qu'on fantasme à l'envi,
si saint Jean, bon apôtre, a la tête à l'envers,
que donc penser alors de l'état de son vit ?
La douceur océane est entrée par mes pores,
et sa langue diaphane a tourné pour sept fois,
dans ma bouche embaumée par l'odeur de son corps,
les mots en beaux mets qu'elle dévore en moi.

« Je te veux,
       je te tiens,
               te possède,
                       t'engloutis..
Fais un voeu !
Sois chrétien !
      Pour qu'on cède,
                    mens aussi ! »

Les retenues
et les barrages
           du fleuve Amour,
sont contenus
tout contre nus,
compte tenu
de nos grands âges,
             jusqu'à ce jour...

Or, dans un rêve à la Bilal,
les femmes pièges se referment,
comme un flacon de penthotal
dont on a vu venir le terme.
Vladivostok en italique,
et ses Rome de vérités,
Cédant ensemble à la panique
Du fruit maudit d'Eve hérité.
Des Vatican un peu perdus
au delà des déserts gobés
par le grand train qu'on a tenu
sur les rails de Karymskoïe.
Sur les rails blancs de nos mariages,
où messe dite à reculons,
ressemble plus à un voyage
qu'aux défilés de ces wagons...

Alors sans cesse,
         Vladivostok
                 et sa station,
où tous se pressent,
un coeur en stock,
                 en gestation,
marque la fin
de nos errances
              et de nos raids
transcybériens,
où l'on avance
              en corde raide.

jeudi 5 avril 2018

Tanka du soir



Lorsqu'on accueillit
La fleur bleue de l'océan
Comme un gris bouilli
Dans l'herbier de nos romans
Nos plumiers jetèrent l'ancre.

An naon du



Aux sources de mes fabuleux hétéronymes
est un surnom breton qui là me colle aux basques :
« An naon du », c'est la faim noire ou la famine
offerte au plus avide, astreinte au plus fantasque.

Elle est le vrai symbole où chaque peuple en fuite
invente ailleurs un lot de tous ses nouveaux gènes,
Irlande imaginaire et l'Amérique ensuite
— exploitation par le colon de l'indigène.

Et chaque esclave a l’appétit comme un tatouage
à l'âme, infiniment marqué des fers brûlant
dont ses enfants paieront l'incontinent naufrage.

Un appétit de Vérité — métal hurlant
dans le creuset de ce moderne moyen-âge —
existe encore et pousse aussi les non-violents.

mercredi 4 avril 2018

Célinisme


Le voyage au bout de la nuit, c'est aller chercher au bout de la veille un peu de ce que le réel autorise au rêve.

À propos du dérèglement de tous les sens



À propos du dérèglement de tous les sens,
on citera l'étroit passage entre la mort
et la perte absolue des notions de conscience,
avec laquelle on lutte au final et d'abord.

On citera l'excitation de tous les nerfs
et sa corolle hallucinée que l'on effleure
en stimulant du doigt nos belles coronaires,
et qu'en nos poings tendus nous avions renifleur.

Ainsi soit-il, on doit de fait se transformer
depuis notre naissance, avant notre décès,
depuis janvier, jusqu'en décembre, et s'aimer.

C'est mai dans la métamorphose et ses essais,
dans les printemps ratés mais pourtant sublimés
de la Jeunesse étrange étranglant ce qu'on sait.

lundi 2 avril 2018

Aphorisme très tardif...

La Poésie n'est un Art libre en soi qu'à partir du moment crucial où l'on décide incidemment d'oublier de l'appeler ainsi.

jeudi 29 mars 2018

Échos

La mort et son creux écho des descendances, est le toboggan nataliste où s'oublient les nombres éhontés des indigences expressionnistes.
Alors que Toi, je t'aime : un baiser soufflé sur la main, c'est un millier d'années d'études sur un corps damné.
Soufflons fort !

mardi 27 mars 2018

"Ce qui rend contre" — extrait


"La machine de mon corps est un rouage usé par tous les suremplois dont j'ai défié les règles."

D'Arthur Rimbaud à la jeune Camille Claudel

samedi 24 mars 2018

Aphorisme existentiel


La nature de poète est propre à de nombreux enfants, mais la presque intégralité la perdent en grandissant.

Le moi de Mai laid — Republication de mai 2007

Début mai 2007, dès le soir de son élection, la pluie s'abattit deux mois durant sur mon Finistère. Il ne m'en fallut pas moins pour écrire un poème pamphlétaire absolument révolté que voici. Le futur antérieur actuel aurait pour idée de me donner raison quant à l'ignominie présumée du personnage.


Je ne me souviens pas, oh non, de Mai plus triste
Qui ait perdu son charme d'antan, ses musiques,
Sous les vagues de larmes de pluies sarkozistes,
Et l'absence, au-delà, d'un soleil aphasique.

Or, quand moi, de mêlées amoureuses fictives,
Je me suis bercé debout de mes deux illusions,
Je n'ai joint qu'en deux bouts ces calendes rétives
Que le mois de Mai laid laisse à la désillusion.

On le dit mois d'amour aux premières chaleurs,
Mais des juments sans guide ont montré la cadence
A des rideaux rigides de pluies antérieures
Moisissant tous ses jours d'exhalaisons rances.

Alors, faut-il ranger le joli mois de Mai
Sur les rayons fangeux des passés embourbés,
Ou plutôt jouer franc-jeu, faire ce qu'il nous plait,
Sans ces « Je » sans danger des printemps avortés ?

Le Mai laid, c'est foutu, reste Juin pour renaître,
Pour mûrir, un été, comme les blés tardifs,
Comme ces treilles-clefs accrochées aux fenêtres,
Dont les raisins font jus de bons vins laxatifs.

lundi 19 mars 2018

Tanka du soir



L'encrier des nues
Qui de pluies mouille mes terres
Affirme un modèle
Aux syllabes ingénues
Que je lance dans l'éther.

dimanche 18 mars 2018

Vitruve




Longtemps, j'ai défriché des broussailles nerveuses
et restauré le meuble objet de vos cerveaux,
dont les bleues propensions aux dérives rêveuses
ont quitté les hauts quais démarrés par niveaux.

Mais si l'heure est venue d'oublier les amers
et les points de repère où l'on fixait son cap,
il me faut louvoyer à l'exemple d'Homère,
auprès des odyssées farcies de handicaps.

Il me faut squeletter l'image de la Mort
et réorganiser celle aussi de la Vie,
sans souci ni des voix, ni d'eux, ni des remords.

Il me faut composer un hymne assez déconfit
pour passer pâle, enfin pour passer en dehors
ainsi du cercle inscrit d'un sourire ébahi.

https://soundcloud.com/annaondu/vitruve



mercredi 14 mars 2018

En nos nuits quotidiennes




C'est le tapis violent de nos projets déchus,
qui nous conduit tout rouge aux accès indécents
de colères rentrées et d'idées moustachues
qui nous barbent, fleuries de remords incessants.

C'est l'idée de la mort où s'enferme la vie
trop souvent balbutiante à l'aurore avortée,
qui supplante en un sens ce qu'on peut à l'envi,
désirer de meilleur en n'étant pas tenté.

Nous nous perdons sans cesse en de faux labyrinthes,
où la passion s'estompe et se perdent les dons,
nous figeons dans la cire où le talent s'éreinte
un meilleur de nous, même en demandant pardon.

Nous sommes des vagabonds aux mains du destin
dont l'amour à ce point sommaire est un mirage,
et dont le grand désert en forme d'intestin
sans cesse nous digère et nous renvoie notre âge.

Alors, inlassablement battus par les ans,
les écueils aiguisés de nos cœurs endurcis
tranchent de l'art brutal aux ciseaux méprisants
de la rancœur adulte et des rêves rancis.

Pourtant, si tu tailles profond, l'ami sculpteur
qui fraise de tes mots nos ego d'obsidienne,
il t'adviendra peut-être en tapant par erreur,
d'écorcher un soleil en nos nuits quotidiennes.

https://soundcloud.com/annaondu/en-nos-nuits-quotidiennes

samedi 10 mars 2018

120 BPM




S'il en faut cent-vingt par minute
et que du cœur un battement
n'est qu'écho d'amours que vous n'eûtes,
alors dites-moi qui nous ment.

Dites-moi le vrai qui du faux
triera l'ivraie du mauvais grain,
qui dira — comme on porte à faux —
la vérité des grands chagrins.

Dites-moi la raison de vivre
et l'absurdité du désir
absolu dont l'eau nous enivre.

À chaque marée de plaisir
on croit qu'un instant nous délivre,
or un instinct vient nous saisir.

https://soundcloud.com/annaondu/120-bpm

vendredi 9 mars 2018

Le cœur des ténèbres




Nous pataugeons dans le chaos
de notre empire en décadence,
et les prémices du K-O
décorés d'odieux pas de danse,
ont les relents des vents macabres
auxquels un pendu se balance,
auxquels un étalon se cabre,
au mètre, à l'or et leurs silences.

Il n'est plus temps pour les palabres,
il n'est plus l'heure aux componctions :
si le cou plie de coups de sabre,
on se dira l'extrême-onction,
mais le moment des jeux funèbres
est encor loin des injonctions
me guidant au cœur des ténèbres
et mon poème à l'extorsion.

Car comment devenir célèbre
en soutirant à vos pâleurs
un sang d'égratignure en zèbre
et coulant d'encre au premier pleur ?
On dit que l'on porta très haut
ce que Vaudou disait des fleurs,
et que poussant dans son préau

mardi 6 mars 2018

La gravité quantique à boucle




Nous croyons voir le temps passer
tandis qu'on passe avec le temps,
que la croyance à dépasser
c'est d'être au cœur de l'existant ;
nous nous berçons de l'illusion
selon laquelle un ordre existe,
où nos futurs à profusion
face aux passés présents résistent.

En pensant mesurer les heures,
on observait changer les choses,
alors qu'en fait d'analyseur
il faut admettre — on le suppose —
une autre entrée dans nos secondes,
où ce sont nos évolutions,
nos changements, nos mues fécondes
accouchant de leurs solutions.

Ce n'est pas le temps qui nous fait :
c'est nous qui fabriquons le temps,
et ce qu'on croit de ses effets
n'est qu'un reflet déconcertant
de mouvements, d'interactions
de la matière en quantité
qui constitue par effraction
la boucle à notre gravité.

dimanche 4 mars 2018

Honte



Et nous nous complaisons
dans notre déraison,
car nous stabylotons
rouge un odieux téléthon
vers les disparitions
des moindres émotions...

Quelle honte !

Un monde aussi pourri
des puissants qu'il nourrit,
peut-il encor donner
l'abscisse et l'ordonnée
des lois, de la morale
aux miséreux qui râlent ?

Honte à vous !

Rejetons de l'échec
assourdis par les chèques
en blanc des œufs cassés
sur l'or dédicacé
de vos comptoirs de banques
où l'impair passe et manque.

Honte à vous !

Financiers indigestes
éliminant d'un geste
un Tiers-Monde éreinté,
deux Tiers-Monde exploités,
l'humaine condition
dans vos compromissions...

Quelle honte !

Ôtons à ces saigneurs
en étant bons cogneurs,
un peu de l'arrogance
et de la suffisance
où ces gens se repaissent
au sang d'la foule épaisse.


mardi 27 février 2018

Étrangère




L'amour absolu n'existerait qu'en dehors
de la carapace exiguë de nos frontières,
et l'ailleurs aurait le goût d'un quelconque Tiers-
Monde incongru dont les baisers vaudraient de l'or ?

En Russie s'ils sont bons, ma salive et mon encre
ont trop peu de réserve à les nourrir d'espoir,
à moins qu'un jour, entre le fromage et la poire,
on serve ce dessert en oubliant ses chancres.

En Amérique, à perdre mon latin, je cherche
en vain l'écho Nord-Sud incontinent qui coule
à la façon d'un Titanic où l'on roucoule
une passion morbide et qui nous tend la perche.

En Afrique aussi, mes poursuites rimbaldiennes
hériteraient d'une abyssine aux yeux de chat,
tandis que le Négus aurait pour mon rachat
la belle jambe amputée d'un vers, saoudienne ?

En religion comme en amour, il faut mentir
et s'inventer de nouveaux horizons possibles,
afin que ceux perdus, que l'on avait pour cibles,
existassent encore à la fin du partir.

Aux chinoiseries que je laisserai là-bas,
mon Amour — où que tu sois — je me dévouerai
pour imaginer les mots qui te décriraient
sans l'artifice indicible où je me débats.

Suffirait-il d'échoir aux nationalités
pour oublier que notre rencontre est future ?
Et que si tout reste et que pourtant rien ne dure,
un paradoxe est le miroir de ta beauté ?

L'amour absolu — ce prétexte littéraire —
est un pourvoyeur de chemins à parcourir,
or, si tant est qu'on veuille un jour en discourir,
un prétexte est un moyen dispensé d'horaires.

Alors, il me reste évidemment tes yeux verts
à dépeindre avec un sirop de mon cerveau
fertile, avec un peu de ce qui équivaut
sans doute, à la gouache exclusive de mes vers.

lundi 26 février 2018

Et un second tanka pour la route !



Sur l'or en passant
Comme une main sur l'échine
Adoucie de pluies,
J'ai laissé l'eau m'envahir
Et ce bleu d'encre de Chine.

Nouveau tanka (ça f'sait longtemps !)



C'est la main de Dieu
Posant ses doigts rayonnant
D'un filtre aérien
Sur le rivage insidieux
Qu'elle couvrira d'un rien.

dimanche 25 février 2018

Suprême ombre, suprême aurore


...Du reste, ce qu'on appelle beaucoup trop durement, dans de certains cas, l'ingratitude des enfants, n'est pas toujours une chose aussi reprochable qu'on le croit. C'est l'ingratitude de la nature. La nature, nous l'avons dit ailleurs, «regarde devant elle». La nature divise les êtres vivants en arrivants et en partants. Les partants sont tournés vers l'ombre, les arrivants vers la lumière. De là un écart qui, du côté des vieux, est fatal, et, du côté des jeunes, involontaire. Cet écart, d'abord insensible, s'accroît lentement comme toute séparation de branches. Les rameaux, sans se détacher du tronc, s'en éloignent. Ce n'est pas leur faute. La jeunesse va où est la joie, aux fêtes, aux vives clartés, aux amours. La vieillesse va à la fin. On ne se perd pas de vue, mais il n'y a plus d'étreinte. Les jeunes gens sentent le refroidissement de la vie; les vieillards celui de la tombe. N'accusons pas ces pauvres enfants.

Victor Hugo, "Les misérables", Livre neuvième - Chapitre I - Extrait final

samedi 24 février 2018

Métal Hurlant




J'écris ce que j'écris dans le souci de tordre
absolument les mots qui, compris de travers
ont l'air hallucinant de se remettre à mordre
un pointillisme abstrus, la paume de mes vers.

En priant de mes vœux le Mektoub opportun,
j'ai fendu de l'amer un rouge imputrescible,
et mu de tes rougeurs au joli fond de tain,
je me suis fait de ton reflet l'ami, la cible.

Aucune icône écrue n'a plus de foi que toi,
nulle amoureuse exclue n'a plus de prétendants ;
je sais dans ton sourire un ver que l'on nettoie,
rongeant les partitions de ma pomme d'Adam.

Maudite exposition des œuvres du Malin !
Si je te dis divine, un doute est ton sillon :
je ne sais ni diamant ni saphir alcalin
capable d'effacer ta trace et ses rayons.

J'écris ce que j'écris pour te rendre plus belle,
et le gris de tes yeux comme un étain d'urgence,
allume au fond du crâne une telle étincelle
hurlée, que d'un métal est toute l'indigence.

https://soundcloud.com/annaondu/metal-hurlant

mercredi 21 février 2018

L'œuf




Que peut-on concevoir au pire en Poésie
sinon que la redite et ses répétitions,
sinon que les mots déjà lus pleins de moisi
de leur vomi gluant noient quelque autre édition... ?

Du beau cul de ma poule est toujours sorti l'œuf
— indécent mais brillant prétexte littéraire —
auquel il eut fallu (divorcé plus que veuf)
offrir un avenir au tracé circulaire.

On nous saoule aisément de ces valses abstruses :
entre la Femme aimée que l'on dit pourtant Meuf
et la phrase elle-même, il est plus qu'une intruse !

Il est plus récurrent de frotter — lampe à neuf —
entre la Femme aimée que l'on dit pourtant Muse
et le génie du Verbe, un nouvel œil de bœuf.

vendredi 16 février 2018

Composite




Comme les matériaux nous sommes composites,
et comme une amoureuse à ce point fragmentaire
(explosée sur ma toile au règne parasite),
on plonge au plus profond des façons de se taire :

on désapprend le bouche-à-bouche décousu
par les serpents rompus d'un coup de caducée,
par les fatalités incidemment issues
d'un rêve où le réel oublie l'autre pensée.

Nous fûmes du Haschich un embryon transfuge,
un germe existentiel où sombre la clarté
d'un philosophe anguille au génie lucifuge
— on fraie parfois d'idées pêchées en aparté.

Notre vie résiduelle est un patchwork ourlé
de beautés métissées que nous offrit la chance,
avec en corollaire une fleur au parlé
teinté de Poésie, teinté de la vraie France.

À Marseille un bleuet sait ce qu'est le trou rouge
où pousse au cœur du Vieux-Port un coquelicot,
tout endroit qui survit, c'est un endroit qui bouge,
et l'âme en main de femme un joli calicot.

mercredi 14 février 2018

Camille Claudel et Rimbaud



« — Avez-vous trouvé l'Amour en écrivant ?

— Non... J'ai trouvé l'écriture en m'énamourant. »


"Ce qui rend contre", Acte III - scène 3

lundi 5 février 2018

Cathédrales




On croit bâtir des cathédrales
en dressant des châteaux de cartes,
et lorsque tout s'effondre en râles
il reste un chemin dont l'on s'écarte,
il reste un glorieux champ de ruines
où le futur est un fantôme,
où l'air se mélange à la bruine,
à l'asphyxie de nos atomes.

Alors, il faut tourner la page
en affrontant ces lieux-communs,
lorsqu'un séisme en dérapage
a gommé tout de nos demains,
comment réduire en quelques mots
cette fracture indélébile ?
Et comment traire au chalumeau
le Pi de ronds dans l'eau débiles ?

On croit dès lors aux cieux de plombs
dont les vitraux sont assemblés,
dont les cheveux roux, bruns ou blonds
sont l'écheveau de trois replays,
dont l'impossible est bien français,
voire aussi russe ou tahitien,
vu qu'on sait bien que ce qu'on sait
n'est plus qu'un rite aux dieux anciens.

J'ai tant rêvé d'architextures
ourlant sa lèvre en les disant,
que j'ai perdu mon écriture
en la cherchant depuis dix ans,
me confondant parfois d'excuses
à la façon d'un maître d'œuvre
aux malfaçons que l'on récuse
en dégueulant de mes couleuvres.

On croit qu'on doit bâtir enfin
des monuments surnuméraires
en ode à notre amour défunt
plutôt qu'à celle à qui faut plaire !
En vérité je vous le dit :
ma fée Viviane a les yeux verts
emprisonnant ma prosodie,
ma cathédrale en divins vers.

mercredi 31 janvier 2018

Présumé Coupable




La culpabilité des uns
nourrit le soupçon sur les autres,
et l'on prend du jus d'nos raisins
pour l'un des sangs qui sont des nôtres ;
on traite aussi d'odieux pervers
en jugeant d'intentions pendables
un Candide en cet univers
où l'on est présumé coupable.

Un grand mélange absurde et con
sert un Grand-œuvre puritain
— dans son très vieux Satyricon
Pétrone écorchait les mondains,
qui dans la Rome décadente
Ouvraient leur bouche abominable —
on sait que la bêtise édente
un Homme présumé coupable.

Alors, la triste populace
agite avec vigueur un drap
taché de règles dégueulasses
où les bla-bla bafouent la loi,
pour s'en faire un drapeau-d'lapin,
pour s'en vêtir (intolérable!)
à la façon d'un escarpin
perché de présumés coupables...

Il est question de s'affirmer
l'antisocial de vos réseaux,
de dégueuler vos « Moi » de « mais »,
vos présomptions sado-maso',
vos mœurs enguirlandées de morve
et vos bassesses improbables
ourlées de réalité torve
où l'on est présumé coupable.

dimanche 28 janvier 2018

Interne être




En croyant s'ouvrir sur le Monde,
on s'est laissé bercer de rêves
— en fumées de brune ou de blonde
embaumées dans leur version brève —
auxquels il fallait décéder
sans décider ni réfléchir,
auxquels on voyait succéder
d'étranges courbes à fléchir.

Et c'est ainsi que d'Internet
on eut le cocon de nos mues,
qu'on fit papillons sans planète
avec le soi qui se remue
sous les clichés que l'on défile
au gré des pires impudeurs,
au vent des instruments sans fil
où s'échouent tant de nos plaideurs.

On dit : « connecte-toi toi-même »,
afin que Je soit bien un Autre,
et des astres nommés « Je m'aime »
on ne retiendra que le nôtre...
Or, il faut survivre à genoux ;
mais d'en mourir il faut bien naître
en oubliant que c'est pour nous
la dissection d'un interne être.