mercredi 16 octobre 2019

Végétale



T'embrassant, j'ai puisé dans ta langue amoureuse
une humeur éperdue dont la bouche est le puits,
dont la veine où la sève insensée mais heureuse
inonde un innocent de l'encre de tes nuits.

Sa sentence est sensible et son parfum tenace :
on y perçoit cent-six sentiments savoureux,
sans savoir à vrai dire en passant si menace
un orage au détour infini désireux.

Germinal à genou, tu priais ainsi Dieu.
Pour t'accueillir enfin j'attendais Floréal
et chaque enlacement me semblait insidieux.

Si l'on coupe on abat quand la femme est fatale
et dans l'arborescence en boutons les adieux
puisque le féminin d'essence est végétal.

https://soundcloud.com/annaondu/vegetale

samedi 12 octobre 2019

Incise



Je sais : ta bouche en cœur est de couleur fuchsia.
Je saigne à chaque fois qu'hémophile humilié,
grâce à ton grain d'emblée la plage a son plagiat
— son sablier ne permet pas de s'oublier.

Ta beauté se conjugue avec les éphélides,
autant que l'écriture avec les tâches d'encre,
et soulignant tes yeux de ma plume invalide,
un sang bleu-roi s'écoule entre mes doigts de cancre.

Il faudra des prairies repeuplant mes abysses,
inondées d'algues floues comme des confidences
et de posidonies comblant nos précipices,
afin de replonger dans nos deux subsidences.

Il faut bien se résoudre à ce fait qu'on s'aimait :
tant qu'un seul sentiment transpire hors de nos peaux
c'est que la mue s'opère et nous change à jamais ;
nous ne sommes vêtus qu'un instant d'oripeaux.

https://soundcloud.com/annaondu/incise

dimanche 8 septembre 2019

Aquarelle




Je n'avais rien que ton profil
et quelques mots pour en découdre,
à la fin j'avais du gros fil
et des blessures à recoudre ;
en barbouillant ton faux portrait
je décrivais mon coup de foudre
à coups de couteau s'il vous plaît,
j'étais l'écriture à dissoudre...

Étant comme une pluie d'été,
balayé par ton souffle chaud,
de toi je m'étais endetté,
moi l'homme à tête d'artichaut,
moi l'être à teinte d'amarante,
articulant de mes défauts
ce qu'en toi j'attache à ma rente,
aux microsillons de Sapho
qui ne passait pas pour marrante.

Et siphonné par tes paroles
hallucinées le long des murs
— un siphon fond de barcarolles
à chaque endroit de nos murmures —
il me fallait de l'oxygène
et qui plus est de cet air pur,
où je puisais moins qu'en tes gènes,

vendredi 23 août 2019

Siérine



Tandis qu'aphorisant ma vie
dans sa tournure existentielle,
un ingrédient m'ayant ravi
manquait à mon but essentiel :

il me fallait l'évanescence
à ce métaverbiage unique
— exauçant l'aveu d'impuissance
en corps de texte anachroniques.

En silhouette édulcorée,
voire en portrait cataractant,
je te voyais moi, décorée
de l'ombre et d'algues l'humectant.

De ton visage quasi diurne
en s'enfuyant des mots perclus
le soleil arrosant Audierne
enivrait ton humble reclus.

Là, sous les éclats de lumière
embronzés de ton verbe à temps
je fondais sans que la manière
ait de ma cloche un seul battant.

https://soundcloud.com/annaondu/sierine

vendredi 16 août 2019

Au square Tino Rossi



Un soir en septembre
il y a quelques années déjà
repassant les plis de mes chemins d'adulescence
avec un pote
on est redescendu de Montparnasse
en passant par Saint-Germain-des-prés
puis par le Quartier Latin
(Quoi de plus commun?)
mais pour attraper le train de la Gare de Lyon
le RER 
(à l'ère où erre heure, horreur !)
en longeant les quais que je connaissais
mais qui m'avaient méconnu.
la Foule était là qui s'agitait sous les flons-flons
d'un rendez-vous qui devint régulier.
Bien avant que ce bout de Paris ne s'agite
Il y avait des statues contemporaines
apparues comme des OVNI
dans cet espace improbable alors créé...

Je bouffais ma baguette au square Tino Rossi
— du Monde Arabe un Institut venait de naître —
ou ma demie baguette en fonction des soucis
financiers d'étudiant, le cœur à la fenêtre.

On se moquait de l'œuvre atterrie sur la place,
et le désert commun propre à la création,
laissait à la sculpture en marbre de la glace,
et le feu rouge aux joues de nos récréations.

Car le Quai Saint-Bernard avait de ton regard,
un éclat de bois brut et de première instance,
où je perdais ma ligne au métro de la gare,
où les voies d'Austerlitz hurlaient leur insistance.

En attendant, le sandwich au pain sec en bouche,
on se pensait dans les courbes des sculptures,
et de la pauvreté germait nos graines farouches
en plein fumier de cette sociale imposture.

Et des années plus tard
on y retrouvait la jeunesse Paris
dans son effervescence.

En laissant couler le sablier du retard
au gré d'Einstein et de Pascal et de son pari
je repris connaissance...

On était en février
je sortais du terrier du lapin
la Ville avait pris des atours estivants vêtue d'un manteau d'hiver
et las d'une longue errance
il me pris de repasser par le square Tino Rossi
là-même où j'avais vu la France
en mouvements divers
agiter les bras du sapin
perdu dans les genévriers.

Dans ma vareuse et mon rayé
— marin d'escarmouche —
une jolie fille au crâne à moitié ras
me gratifie d'un sourire improbable.
Elle a percé mon armure en fer inoxydable.
Il faisait chaud pour la saison.
Je n'oublierai jamais cette croisette enrayée.
Lorsque l'on aime à déraison
c'est que l'on veut du bouche-à-bouche.

En repassant mon col au square Tino Rossi,
mon col bleu-bite au vert en pleine canicule,
avec des mecs armés comme des mafiosi,
dans mon Paris festif on était ridicule.

On était provincial, on était décalé ;
la jeunesse autochtone était pétrie de rythmes,
et dans la viande en bleu qui m'était déballée,
rien ne me distinguait des hideux algorithmes.

En sortant sur le pont, du côté d'Austerlitz,
il m'a semblé sortir aussi d'un rêve étrange :
on rêve de Paris comme on rêve d'Auschwitz,
on y côtoie nos morts et ce qui nous arrange.

https://soundcloud.com/annaondu/au-square-tino-rossi

dimanche 11 août 2019

Les soirées parisiennes



Je n'aurai bientôt plus de soirées parisiennes,
et la page se tourne en me claquant la porte
au nez, comme des volets, des persiennes
obscurcissant l'éclat qu'un réverbère apporte.

À la fenêtre où j'ouvre encore les yeux,
ce sont des souvenirs entre parenthèses
à présent, qu'on referme en un coffret précieux
qui se nomme antithèse ou synthèse ou prothèses.

Alfortville et sa gare ont un goût de moisi ;
le pavillon mis en vente, on s'en est démarqué,
mettant au clou de même un passé pas choisi.

Repassant sur Paris du train de ma banlieue,
le fer à dessouder les liens m'ayant marqué,
je suis venu chercher le testament des lieux.

https://soundcloud.com/annaondu/les-soirees-parisiennes

mardi 6 août 2019

L'air de la pluie sur un sol chaud



Des respirations parisiennes
et des inspirations latines,
on crée des versions vespasiennes
aux intonations palatines.

On crée du sentiment, des thèmes
et la légende d'un naufrage
où l'impression des mots "je t'aime"
emporte le vent des suffrages,

Où l'expression décrite est vaine
à la façon de Virginia
qui fut la sublime écrivaine
affirmant ce que l'autre nia.

L'air de la pluie sur le sol chaud
donne à l'orage un air banal,
et ceinturée de maréchaux,
Paris se sent plus communale...

En parfum de moisi, la terre
exprime une souffrance interne ;
et son chant qu'on croyait austère
est l'éclat de l'être en moins terne.

Un simple tuyau d'arrosage
emporte avec lui sa mémoire
encore inutile : un corsage
ajouré d'une vieille armoire.

https://soundcloud.com/annaondu/lair-de-la-pluie-sur-un-sol-chaud

mardi 23 juillet 2019

Lettré d'Eugénie




J'ai rêvé la Beauté, c'était Toi sous ses traits,
sous le croissant de Lune où ton sourire exquis
friandisait ma langue et ses quelques extraits,
je te rêvais pareille avant Maïakovski.

Je te rêvais grimpant de mes vers l'escalier,
pimpante et mue
                        par tous les arts
                                               que je déploie
— ptérodactylographe
                                  à mes heures payées —
je t'ai revue
                    quand par hasard
                                         quand par exploit
mon premier paragraphe
                          à ses pieds aux mains liés
ressemblait traits pour traits au phrasé que j'emploie.

Dès l'or en ton regard aperçu sous l'orage
en un accent aigu, j'ai décidé d'écrire
un long roman d'envies, coulant comme un naufrage
au cœur intime et cru que l'on ne peut aigrir.

En rang, les mots !
                           Pardi,
                                   ma boite à rime en veut.
Comme aux rameaux,
                          hardis,
                                  nos jeûnes font l'envieux.

J'écrirai des rangs d'algue et la méduse en feu
pour cueillir en mes doigts tes tâches de rousseur,
on maudira ma langue et de t'aimer l'aveu,
mais l'âtre est si brûlant que j'y fonds en douceur.

Au puits de ton regard où la source est si claire,
au fruit charnu brûlant de ta bouche idéale,
il me faut t'aimer dans la vigueur et l'éclair,

et t'attendre ainsi dans la patience immorale.

https://soundcloud.com/annaondu/lettre-deugenie

dimanche 14 juillet 2019

Bi'r Tawil



Musclant la dorsale africaine,
un trapèze étrange étreint
mon âme au moins manichéenne
au regard abstrus des longs trains
dont les yeux en forme de phares
obstruent l'avenir et son huile,
et teintent collant d'autres fards
un sable extrait de Bi'r Tawil.

On ne décide pas de nous !
Notre allégeance est un don,
pas ces abandons à genou
dont quelqu'un s'étrangle au cordon,
dont quelque ombilical avoue
sa passion pour un vide enceint,
par les murs qui nous sont à vous
l'abri, la mamelle et le sein.

Du sable ont surgi les prophètes
et c'est lui qui compte le temps,
qui conte en sourates parfaites
un chant que personne n'attend ;
cultivez votre identité
comme un blanc-seing qui vous étrangle :
on est moins de courbe entité
que rose des vents sous chaque angle.

https://soundcloud.com/annaondu/bir-tawil

dimanche 30 juin 2019

Mercure



Le dernier soir de Juin dégorge et s'hémophile
en pleurant sa rousseur aux parasols en sève,
et des lapins posés dont on perdit le fil,
il n'est plus d'amoureux, non plus d'Adam ni d'Ève.

En retrait la marée, laisse au pouvoir le sel,
et la rouille annoncée se répand dans les airs ;
aux branches humectées comme aux bras les aisselles,
on sent le littoral inspirer nos déserts.

On sent la dune battre ainsi qu'un cœur urgent,
réclamant du bon sang qui ne saurait mentir ;
on sent de chaque essence un peu du vif-argent.

Le mercure ascendant rougeoie sur les martyrs
assumés d'un climat qui devient indigent,
mais le soir ici-bas me fascine et m'attire.

https://soundcloud.com/annaondu/mercure

dimanche 23 juin 2019

Écarte-les



De Quimper à Paris, j'étais écartelé
par un chemin de fer à moitié barbelé ;
les stations — gestation — m'accouchaient à la fin
sur quelque quai de gare aux différents parfums.

Car chaque quai de gare où je jetais ma clope,
avait de mes beautés ce que mes vers éclopent :
un pied donné contre une main finistérienne,
un sourire aérien dans l'ombre parisienne.

Écarte-les d'emblée tes pauvres souvenirs !
Ils sont tous alignés, les dolmens et menhirs,
en ligne un peu brisée par leur chemin de pierre.

Écoute en leur écho leur Art et leurs manières,
assume enfin ta vie, j'en suis tout martelé !
De Quimper à Paris, j'étais écartelé

https://soundcloud.com/annaondu/ecarte-les

samedi 22 juin 2019

Tanka bleu



Je me le sens bleu
Quand quelque part vers le Nord
La côte est d'azur
Et qu'au lieu dit d'Aliénor
On veut Mathilde et Bayeux

mardi 11 juin 2019

Les vers du Gris





Il pleut sur la dune et mes yeux l'égouttent
en pleurant du sable et de l'encre noire,
un orage est fort à ceux qui l'écoutent
et Delacroix cocher, s'en remet à Renoir.

Un éclair alors en rayant la toile,
impose un peu d'or à ces vers du gris ;
j'ai parlé d'un cube à ceux qui l'étoilent,
à Pablo Picasso j'ai préféré Juan Gris.

Quoiqu'on en servit l'abus des nuances,
entre noir et blanc sa vraie vérité,
cassée comme un œuf empli d'influences,
est de Malevitch et de Soulage héritée.

Des nuages lourds aux ventres gonflés
me font cet effet d'un chrome sanguin ;
s'attelle à la tâche un lien boursouflé
réduisant sa fadeur de Van Gogh à Gauguin.

https://soundcloud.com/annaondu/les-vers-du-gris?

dimanche 9 juin 2019

Carmen



Si « poème » en latin — je crois — se dit Carmen,
on pourrait faire aussi de la rime un baiser,
de mes rejets la source où le grand-écart mène...

On pourrait se projeter sur la rive apaisée
qui de l'Île Saint-Louis put se servir de scène,
et de la guerre oubliée du génie de Bizet...

Que le scandale éclate à Paris en brillant,
Carmen est le moment dictant que je m'y mette,
afin que tout s'embrase et s'embrasse en criant
— lorsqu'une idée me vient, je gratte une allumette :

À chaque éclair un feu, puis à chaque lumière
un reflet de tes yeux ; de la courbe première
où je m'étends un peu, ta bouche est cette ornière
en laquelle on vit mieux, sans langue et sans manières.

https://soundcloud.com/annaondu/carmen

mercredi 5 juin 2019

Damascus



C'est la fleur aux fusils, à ses kalachnikov,
ouvertement offerte au viol en son pistil
— à ça la confusion Zaoum et Klebnikhov !

En ceci de cela, le poison qu'on instille
au cœur atomisé d'un peuple en making-off,
agit sans tremblements comme au cœur de la ville.

Il ne nous reste alors en scierie que déboires,
et d'eux quelques copeaux de civilisation
balayés par la guerre et l'adieu de l'espoir,
enrayés par un Monde en décomposition.

Découpée, découpée, la fleur du Proche-Orient !
Cendres dispersées façon puzzl'à Dasmascus !
Ton fantôme accueilli dans la mort en riant
subit, fleur épanouie, le sort d'un hibiscus.

https://soundcloud.com/annaondu/damascus

lundi 3 juin 2019

Tanka gris



Ce que la mer cure
En un geste vif, argent
fonds voire illusions
Sont dans l'abysse insondable
Où sombre une âme éthérée.

samedi 25 mai 2019

Tanka faire à Hauteville/mer



Lorsque l'eau se fond
Comme une huile au gris lavis
Nimbé de stratus
À l'horizon s'accumule
En un bus eau passagère

mardi 21 mai 2019

L'âtre aux cités



J'accrocherai des lampadaires
au cou de mes saoulées cités,
des néons coulant en rivières
et des éclats sollicités
par le frottement des pierres
où s'est nichée ma cécité,
par la névrose hebdomadaire
où j'ai perdu l'intensité.

Les courants flous du Modernisme
ont su creuser l'opacité
de la Raison qui comme un isthme
est séparée quoique excitée
des fantaisies du Communisme
et de son électricité,
des feux grégeois qu'un urbanisme
a su faire en atrocités.

https://soundcloud.com/annaondu/latre-aux-cites-1

dimanche 19 mai 2019

Enfin sage



Je suis un papillon posé sur une enclume :
auparavant lesté du devoir de décrire.
J'avais l'âge de faire et l'emploi d'une plume,
afin de louvoyer dans les façons d'écrire.

Il m'aura bien fallu t'explorer, ma psyché,
pour en sortir les vers d'une ébauche impromptue,
tandis que les vertus de mon texte arrachées,
s'entassaient sans tasser ces beaux traits qui me tuent.

Les fils d'Ariane obtus, s'emmêlaient consanguins ;
le labyrinthe aussi lance un appel abscons
que l'on sait sans issue, mais que l'on sait sans gains.

Puis sur sa mélodie naît l'son : nous fabriquons
des partitions l'austère hyménée du chagrin,
de ce que papille hume, un modeste micron.

https://soundcloud.com/annaondu/enfin-sage

samedi 11 mai 2019

Vers tueuses


La poésie que l'on marmonne
est souvent faite en vérité
des renoncements qu'on ramone
aux cheminées des cécités,
des vers aux amants de Vérone
insuffisamment bien cités,
tandis qu'ailleurs on fanfaronne
en déclamant des hérités.

Bienvenue chez les misérables
amputés du membre amoureux ;
leur temps ressemble aux grains de sables
égrainés par de sulfureux
compromis dont l'inaltérable
enjeu n'est que pourri par eux,
dont la détresse impérissable
est l'expression d'un soi poreux.

Leur but est la métamorphose.
Et ces chenilles arpenteuses
ont mal à tisser leur névrose
au fil impromptu de lutteuses
échevelées d'anamorphoses,
à la toile, étoile, à la tueuse
en beauté, dont les rêves roses
ont noyé la folie vertueuse.

https://soundcloud.com/annaondu/vers-tueuses

samedi 4 mai 2019

Généalogies



Je cherchais l'un des sangs dont je me réclamais,
perfusant mon histoire à grands coups d'apories,
je sais beaucoup d'avril et beaucoup moins de mai
pour fleurir en passant nos généalogies.

J'arpentais des chemins pavés de parchemins
dont le détail enferme un secret littéraire
et tout en écrivant je te tendais la main,
priant pour qu'on détienne un brin d'itinéraire.

Un brin de graminée sous le veau gras miné,
symbole explicitant qu'en moi le fils prodigue
ait trouvé l'enveloppe où la lettre est cachée.

Pas de pot ! Les paris qu'on assène à ces digues
ont cédé leur valeur aux voies encalminées
qui se sont tues privées des rebonds de la gigue.

https://soundcloud.com/annaondu/genealogies

jeudi 2 mai 2019

Carmina burana






Je passe immanquablement par son son point zéro
celui des kilomètres à varier
celui des viandes à marier
le point zéro de mes amours
à l'état de charogne en Poésie
grosso quasi modo si je l'écris
sous Notre-Dame de Paris.
Puis j'aime en faire le tour
enserrer dans les bras de mes pas
son corps arc-bouté
par tribord
d'abord
(à gauche en lui faisant face)
et gargouillant de ses figures de cauchemar
arpenter le square où sont posées ses fesses
et la flèche qu'y avait planté « violée » le Duc.
Il y a toujours de petites américaines aux gros seins
qui s'y prennent en photo
qui rivalisent
alors que les deux rives à l'aise
humectent la vulve de l'île
et les lèvres de l'église
immense clitoris.
Elle est le sexe de Paris qui est une femme.
Au sodomite, on parlera de l'île Saint-Louis...
Le soir au couchant
lorsque le ciel s'embrase
on la voit tournée vers le ponant
miroiter de lueurs embrasées
embrassées
embarrassées
par ses érubescences
et je n'aurais jamais imaginé qu'une étincelle en jaillisse
et qu'en trouble essence
un feu la dévore à ce point sans retour.
En quittant Paris
j'apprenais l'incendie.
Sur d'improbables quais d'un naufrage itinérant
j'apprenais l'effondrement de mon point de repère
au point zéro d'un parvis tumultueux.
J'étais loin
loin de Paname
et de plus en plus loin de mon âme.
Je ne reviendrai plus à Paris.
L'Amour est mort.
Paris est mort et sa cathédrale en brûlant l'a consumé.
Paris est une femme, et quand on l'oublie, ce n'est qu'un fantôme.
Il me faudrait une femme aussi forte que Paris pour me faire croire à son fantôme
une femme assez bien planquée dans un placard
assez douée tout au moins pour m'y faire un peu croire
et c'est surréaliste.
Un homme est faible alors que Paris ne se noie jamais
sinon dans l'eau de l'anisette
ou dans l'art ichtyen de se noyer tout seul.
En rêvant de ce mélange insensé de flamme et d'eau
je pense à toi que je ne connais pas mais pourtant
quand je te caresse aussi douce, il y a Paris sous ma main
Paris femelle et littéraire
assurément cultivée
délicate et dont les dentelles
à ce point semblables aux fantaisies médiévales
ont l'art à fleur de peau
comme des éphélides.
Une partie de la cathédrale a brûlé
comme un paquet des poésies que je n'avais pas encore écrites.

https://soundcloud.com/annaondu/carmina-burana

mercredi 1 mai 2019

Pendule



J'ai balancé ce qu'encorbelle
à la corbeille nos mémoires !
Et j'ai retourné la poubelle
et retrouvé ces vieux grimoires
où s'écrivait l'intimité
dans l'ingrat des papiers-journaux
de nos poèmes imités
(des barbecues pour hauts-fourneaux).

Dans les détritus de nos rêves
On cherche un espace infini
dédié par avance à nos crèves
à nos maladies démunies
des anticorps où l'on s'achève
à la façon d'amours honnies,
perdues dans le suc et la sève
où se diluent nos harmonies.

J'ai balancé le métronome
et sa mesure insupportable.
Aux pages du Deutéronome
un grand Autodafé m'attable !
Et me délectant, Maldoror,
ainsi des vers dégoulinant
de ton festin nu mais sonore,
un accident m'est permanent.

https://soundcloud.com/annaondu/pendule

vendredi 26 avril 2019

Au vide



Si j'en appelle au vide, Ovide à la rescousse
en ses transmutations et ses métamorphoses,
en ce que l'avatar apporte en ses secousses
en ses mues, c'est pour abolir une overdose.

On sait les opiacées, les bonbons psychotropes
et les boissons alcoolisées qui nous trahissent
à chaque épiphanie de pulsions lycanthropes.

On sait le beau naufrage et les vaisseaux fantômes
hantant en temps voulus cet étroit précipice
où sombre un éclair d'écriture en plusieurs tomes.

Ovide ! Au vide issus de nos catharsis
et de nos éclosions par-delà nos cellules,
il nous faut affronter comme le beau Narcisse,
une image en miroir où les monstres pullulent.

https://soundcloud.com/annaondu/au-vide

mercredi 24 avril 2019

L'indécence absolue



J'ignorai l'indécence absolue des passants
tandis que, te déshabillant de mon regard,
il me fallait couvrir en un mot comme en cent,
l'étendue sémantique où je lus tes égards.

Il me fallait T'écrire, un peu comme un portrait,
passant mon doigt comme un crayon sur ton sourcil,
il me fallait T'apprendre en te lisant traits pour traits.

L'alphabet de ta bouche en voyelle ustensile,
ouvrait le dictionnaire amoureux de l'abstrait
sur la page écornée d'un douteux codicille.

Il me fallait l'ignorer, l'indécence absolue
des passants dépassés par ton pas sans pareil,
et puiser l'épuisée beauté non dissolue
dans l'onde inassouvie de ton simple appareil.

https://soundcloud.com/annaondu/lindecence-absolue