mardi 11 juin 2019

Les vers du Gris





Il pleut sur la dune et mes yeux l'égouttent
en pleurant du sable et de l'encre noire,
un orage est fort à ceux qui l'écoutent
et Delacroix cocher, s'en remet à Renoir.

Un éclair alors en rayant la toile,
impose un peu d'or à ces vers du gris ;
j'ai parlé d'un cube à ceux qui l'étoilent,
à Pablo Picasso j'ai préféré Juan Gris.

Quoiqu'on en servit l'abus des nuances,
entre noir et blanc sa vraie vérité,
cassée comme un œuf empli d'influences,
est de Malevitch et de Soulage héritée.

Des nuages lourds aux ventres gonflés
me font cet effet d'un chrome sanguin ;
s'attelle à la tâche un lien boursouflé
réduisant sa fadeur de Van Gogh à Gauguin.

https://soundcloud.com/annaondu/les-vers-du-gris?

dimanche 9 juin 2019

Carmen



Si « poème » en latin — je crois — se dit Carmen,
on pourrait faire aussi de la rime un baiser,
de mes rejets la source où le grand-écart mène...

On pourrait se projeter sur la rive apaisée
qui de l'Île Saint-Louis put se servir de scène,
et de la guerre oubliée du génie de Bizet...

Que le scandale éclate à Paris en brillant,
Carmen est le moment dictant que je m'y mette,
afin que tout s'embrase et s'embrasse en criant
— lorsqu'une idée me vient, je gratte une allumette :

À chaque éclair un feu, puis à chaque lumière
un reflet de tes yeux ; de la courbe première
où je m'étends un peu, ta bouche est cette ornière
en laquelle on vit mieux, sans langue et sans manières.

https://soundcloud.com/annaondu/carmen

mercredi 5 juin 2019

Damascus



C'est la fleur aux fusils, à ses kalachnikov,
ouvertement offerte au viol en son pistil
— à ça la confusion Zaoum et Klebnikhov !

En ceci de cela, le poison qu'on instille
au cœur atomisé d'un peuple en making-off,
agit sans tremblements comme au cœur de la ville.

Il ne nous reste alors en scierie que déboires,
et d'eux quelques copeaux de civilisation
balayés par la guerre et l'adieu de l'espoir,
enrayés par un Monde en décomposition.

Découpée, découpée, la fleur du Proche-Orient !
Cendres dispersées façon puzzl'à Dasmascus !
Ton fantôme accueilli dans la mort en riant
subit, fleur épanouie, le sort d'un hibiscus.

https://soundcloud.com/annaondu/damascus

lundi 3 juin 2019

Tanka gris



Ce que la mer cure
En un geste vif, argent
fonds voire illusions
Sont dans l'abysse insondable
Où sombre une âme éthérée.

samedi 25 mai 2019

Tanka faire à Hauteville/mer



Lorsque l'eau se fond
Comme une huile au gris lavis
Nimbé de stratus
À l'horizon s'accumule
En un bus eau passagère

mardi 21 mai 2019

L'âtre aux cités



J'accrocherai des lampadaires
au cou de mes saoulées cités,
des néons coulant en rivières
et des éclats sollicités
par le frottement des pierres
où s'est nichée ma cécité,
par la névrose hebdomadaire
où j'ai perdu l'intensité.

Les courants flous du Modernisme
ont su creuser l'opacité
de la Raison qui comme un isthme
est séparée quoique excitée
des fantaisies du Communisme
et de son électricité,
des feux grégeois qu'un urbanisme
a su faire en atrocités.

https://soundcloud.com/annaondu/latre-aux-cites-1

dimanche 19 mai 2019

Enfin sage



Je suis un papillon posé sur une enclume :
auparavant lesté du devoir de décrire.
J'avais l'âge de faire et l'emploi d'une plume,
afin de louvoyer dans les façons d'écrire.

Il m'aura bien fallu t'explorer, ma psyché,
pour en sortir les vers d'une ébauche impromptue,
tandis que les vertus de mon texte arrachées,
s'entassaient sans tasser ces beaux traits qui me tuent.

Les fils d'Ariane obtus, s'emmêlaient consanguins ;
le labyrinthe aussi lance un appel abscons
que l'on sait sans issue, mais que l'on sait sans gains.

Puis sur sa mélodie naît l'son : nous fabriquons
des partitions l'austère hyménée du chagrin,
de ce que papille hume, un modeste micron.

https://soundcloud.com/annaondu/enfin-sage

samedi 11 mai 2019

Vers tueuses


La poésie que l'on marmonne
est souvent faite en vérité
des renoncements qu'on ramone
aux cheminées des cécités,
des vers aux amants de Vérone
insuffisamment bien cités,
tandis qu'ailleurs on fanfaronne
en déclamant des hérités.

Bienvenue chez les misérables
amputés du membre amoureux ;
leur temps ressemble aux grains de sables
égrainés par de sulfureux
compromis dont l'inaltérable
enjeu n'est que pourri par eux,
dont la détresse impérissable
est l'expression d'un soi poreux.

Leur but est la métamorphose.
Et ces chenilles arpenteuses
ont mal à tisser leur névrose
au fil impromptu de lutteuses
échevelées d'anamorphoses,
à la toile, étoile, à la tueuse
en beauté, dont les rêves roses
ont noyé la folie vertueuse.

https://soundcloud.com/annaondu/vers-tueuses

samedi 4 mai 2019

Généalogies



Je cherchais l'un des sangs dont je me réclamais,
perfusant mon histoire à grands coups d'apories,
je sais beaucoup d'avril et beaucoup moins de mai
pour fleurir en passant nos généalogies.

J'arpentais des chemins pavés de parchemins
dont le détail enferme un secret littéraire
et tout en écrivant je te tendais la main,
priant pour qu'on détienne un brin d'itinéraire.

Un brin de graminée sous le veau gras miné,
symbole explicitant qu'en moi le fils prodigue
ait trouvé l'enveloppe où la lettre est cachée.

Pas de pot ! Les paris qu'on assène à ces digues
ont cédé leur valeur aux voies encalminées
qui se sont tues privées des rebonds de la gigue.

https://soundcloud.com/annaondu/genealogies

jeudi 2 mai 2019

Carmina burana






Je passe immanquablement par son son point zéro
celui des kilomètres à varier
celui des viandes à marier
le point zéro de mes amours
à l'état de charogne en Poésie
grosso quasi modo si je l'écris
sous Notre-Dame de Paris.
Puis j'aime en faire le tour
enserrer dans les bras de mes pas
son corps arc-bouté
par tribord
d'abord
(à gauche en lui faisant face)
et gargouillant de ses figures de cauchemar
arpenter le square où sont posées ses fesses
et la flèche qu'y avait planté « violée » le Duc.
Il y a toujours de petites américaines aux gros seins
qui s'y prennent en photo
qui rivalisent
alors que les deux rives à l'aise
humectent la vulve de l'île
et les lèvres de l'église
immense clitoris.
Elle est le sexe de Paris qui est une femme.
Au sodomite, on parlera de l'île Saint-Louis...
Le soir au couchant
lorsque le ciel s'embrase
on la voit tournée vers le ponant
miroiter de lueurs embrasées
embrassées
embarrassées
par ses érubescences
et je n'aurais jamais imaginé qu'une étincelle en jaillisse
et qu'en trouble essence
un feu la dévore à ce point sans retour.
En quittant Paris
j'apprenais l'incendie.
Sur d'improbables quais d'un naufrage itinérant
j'apprenais l'effondrement de mon point de repère
au point zéro d'un parvis tumultueux.
J'étais loin
loin de Paname
et de plus en plus loin de mon âme.
Je ne reviendrai plus à Paris.
L'Amour est mort.
Paris est mort et sa cathédrale en brûlant l'a consumé.
Paris est une femme, et quand on l'oublie, ce n'est qu'un fantôme.
Il me faudrait une femme aussi forte que Paris pour me faire croire à son fantôme
une femme assez bien planquée dans un placard
assez douée tout au moins pour m'y faire un peu croire
et c'est surréaliste.
Un homme est faible alors que Paris ne se noie jamais
sinon dans l'eau de l'anisette
ou dans l'art ichtyen de se noyer tout seul.
En rêvant de ce mélange insensé de flamme et d'eau
je pense à toi que je ne connais pas mais pourtant
quand je te caresse aussi douce, il y a Paris sous ma main
Paris femelle et littéraire
assurément cultivée
délicate et dont les dentelles
à ce point semblables aux fantaisies médiévales
ont l'art à fleur de peau
comme des éphélides.
Une partie de la cathédrale a brûlé
comme un paquet des poésies que je n'avais pas encore écrites.

https://soundcloud.com/annaondu/carmina-burana

mercredi 1 mai 2019

Pendule



J'ai balancé ce qu'encorbelle
à la corbeille nos mémoires !
Et j'ai retourné la poubelle
et retrouvé ces vieux grimoires
où s'écrivait l'intimité
dans l'ingrat des papiers-journaux
de nos poèmes imités
(des barbecues pour hauts-fourneaux).

Dans les détritus de nos rêves
On cherche un espace infini
dédié par avance à nos crèves
à nos maladies démunies
des anticorps où l'on s'achève
à la façon d'amours honnies,
perdues dans le suc et la sève
où se diluent nos harmonies.

J'ai balancé le métronome
et sa mesure insupportable.
Aux pages du Deutéronome
un grand Autodafé m'attable !
Et me délectant, Maldoror,
ainsi des vers dégoulinant
de ton festin nu mais sonore,
un accident m'est permanent.

https://soundcloud.com/annaondu/pendule

vendredi 26 avril 2019

Au vide



Si j'en appelle au vide, Ovide à la rescousse
en ses transmutations et ses métamorphoses,
en ce que l'avatar apporte en ses secousses
en ses mues, c'est pour abolir une overdose.

On sait les opiacées, les bonbons psychotropes
et les boissons alcoolisées qui nous trahissent
à chaque épiphanie de pulsions lycanthropes.

On sait le beau naufrage et les vaisseaux fantômes
hantant en temps voulus cet étroit précipice
où sombre un éclair d'écriture en plusieurs tomes.

Ovide ! Au vide issus de nos catharsis
et de nos éclosions par-delà nos cellules,
il nous faut affronter comme le beau Narcisse,
une image en miroir où les monstres pullulent.

https://soundcloud.com/annaondu/au-vide

mercredi 24 avril 2019

L'indécence absolue



J'ignorai l'indécence absolue des passants
tandis que, te déshabillant de mon regard,
il me fallait couvrir en un mot comme en cent,
l'étendue sémantique où je lus tes égards.

Il me fallait T'écrire, un peu comme un portrait,
passant mon doigt comme un crayon sur ton sourcil,
il me fallait T'apprendre en te lisant traits pour traits.

L'alphabet de ta bouche en voyelle ustensile,
ouvrait le dictionnaire amoureux de l'abstrait
sur la page écornée d'un douteux codicille.

Il me fallait l'ignorer, l'indécence absolue
des passants dépassés par ton pas sans pareil,
et puiser l'épuisée beauté non dissolue
dans l'onde inassouvie de ton simple appareil.

https://soundcloud.com/annaondu/lindecence-absolue

mardi 16 avril 2019

Semis parisiens



Puisque nous sommes partagés
de droite à gauche, en haut, en bas,
j'ai de Paris les émotions,
la passion vraie d'arts même âgés
qui vivants lorsque l'on tomba,
garderont tout d'une impression.

Comme les deux valves d'un cœur
écoulant le sang de la Seine
écartelée par ses deux bras,
l'île Saint-Louis d'un air moqueur
accueille en mélodie malsaine
un vers qu'un chevalet cabra.

L'arrêt cardiaque en souvenir,
on a mordu sur quelques planches !
On aime, on m'aime, on me déteste,
et tous mes papiers à venir
(abusant d'encre noire ou blanche)
ont un théâtre entre mes textes.

On se tient coi du côté cour ;
et par la main côté jardin
— les quais d'Orléans et Bourbon
gravant les voies de nos recours —
on se perçoit presque anodin
sur les genoux de « l'à-quoi-bon ».

La rue Saint-Louis — petite artère —
enobscurcit cette vision
d'un Paris-proie, d'un parti-pris
dont l'âme est la chose à retaire,
au corps en transsubstantiation
dont les loyers n'ont plus de prix.

De guerre on se prélasse enfin,
Là où naguère on fit la paix ;
les tangos longs n'ont plus l'accord
au suave et capiteux parfum
de ces gouttières qu'on lapait
timide, et qu'on regrette encore...

Or, ton sourire est le fer blanc
de l'alchimie de mon désir :
il faut je crois me le tatouer
sans jamais plus de faux-semblant,
sans jamais plus de faux plaisirs,
sans plus jamais vivre à moitié.

https://soundcloud.com/annaondu/semis-parisiens

mardi 9 avril 2019

À table !



À table ! On dînera de la Démocratie.
Ta serviette aura la couleur intensément
tâchée d'un bon gros rouge enivrant sans sursis,
d'une Commune au vain divin dérèglement.

Quand on a fait de la politique un climat,
qu'en ces bureaucraties l'on maltraite mon œuvre,
en m'éditant d'avance en différents formats,
je t'inviterai pour mon repas de couleuvres

Et vomissant des pluies remplies de phylactères,
on brandira le point à la ligne infinie
de l'averse écrivaine et de ses caractères
accumulés par les rancœurs de leurs dénis.

Toussant de travers, on avale un nu festin.
Tout ce qu'on peut faire est essayer d'y pourvoir.
Tout ce qui nous effleure est le doigt du destin.
Tout ce qui nous effeuille est la main du pouvoir.

https://soundcloud.com/annaondu/a-table

lundi 8 avril 2019

Les harmonies métamorphiques



Les harmonies métamorphiques
ont de vrais effets maléfiques,
et pourtant d'un accord triton,
quelle ombre d'harmonie trie-t-on ?
Chélatant de mes palimpsestes
un élément de faire en sieste
un songe étrange et pénétrant,
ces sons m'ont fait leur impétrant.

J'en avais pondu des si belles
pour le décès des décibels
et des si noirs et des si beaux
pour remplacer les placebo,
les harmonies leçons des sons,
les sons laissant des vers tessons,
ses sont mêlés comme des sangs
dans mes poèmes indécents.

Mais sur les cordes de ta voix,
sur tes yeux mieux de ce qu'ils voient,
sur ma faiblesse à ton contact
(mon fabuleux manque de tact),
arrivent les oiseaux des rimes
et les sentiments qu'ils arriment ;
alors enfin leur harmonie

dimanche 7 avril 2019

Auteur



Parfois il se dit saoul dans son effervescence,
harcelé par un lourd hoquet d'idées tenaces ;
il veut contrer par l'alchimie de la menace,
un peu du mal où fleurit son adolescence.

Il veut dans le recul, inventer nos décors,
et dans sa perspective inaugurer des feux
qu'à la Saint-Jean mimée de nos tissus nerveux,
nous reléguons d'un coup dans l'ombre de nos corps.

À sa lecture, un grand frisson se fait défunt,
trouvant des vies la solution dans le mot FIN,
mais pour autant, chacun s'étonne à sa candeur.

Souvent mutant, changeant de peau comme un lézard,
aux pieds d'argile, un colosse erre entre les Arts,
Auteur fragile, il manque un H à sa hauteur.

https://soundcloud.com/annaondu/auteur

vendredi 5 avril 2019

Libellule




J'en livrais bien au feu, des châteaux d'eau céans,
j'enivrais bien aussi de baisers mon amante ;
on écrit comme on peut, comme on crie quoique on mente,
on est vrai par souci de s'aimer doucement.

Mais rien n'y fait ! Ça brûle et quoique ça tourmente,
on y met les dix doigts sur nos peaux de serpents ;
de nos mues libellule est l'insecte ! On répand
de l'essence à l'endroit que l'absence pigmente.

On répond de sa faute en traînant de la patte
en reptile écorché par des chasseurs d'ivoire,
on repaît de festins dénudés qu'on appâte.

À la fois prédateur et proie (mais sans s'y voir),
on défait l'intestin des destins psychopathes
en pêchant sur la rive inouïe du Devoir.

https://soundcloud.com/annaondu/libellule

dimanche 24 mars 2019

Duel



Nous nous affronterons
sur les berges de la Rivière Noire
aux alentours de Petrograd
ou d'ailleurs, d'ailleurs
aux alentours infinis de notre personnalité
dont les contours quoi qu'on dégrade
ont bien le trait
l'attrait
de l'étrange entonnoir
— attracteur à la façon du nombre d'or
et de sa théorie du Chaos —
courbé par la matière
et la relativité
de nous à nos reflets railleurs
et d'un ancêtre cacao
Pouchkine au Duel aussi nous nous confronterons.
Noirs et Blancs
Partie d'échecs
Duel
Manichéisme
Ni les slovaques ni les tchèques
en slaves esclaves et libres en faux-semblants
n'ont cette putain de russe et terrible âme
et l'art de la roulette
appliqué sur la tempe individuelle
où l'on fait mat et machisme
à la façon d'un inévitable blâme.
Alors Pouchkine
avec le plomb de ton avenir littéraire dans les intestins
avec le plomb de ton amour en corde autour du cou
par sa profanation
raconte-moi comment tu devins ton pire ennemi
bien au-delà de la laideur des beaux-fratricides
et comment dans ces méandres du destin
dans tes poèmes qu'on bouquine
il y a bien l'explication
qu'un Duel est un suicide
est un putain d'origami
plié d'avance par beaucoup.
Nous nous affronterons
sur les berges de la Rivière Noire
entre nous
entre toi et moi
entre moi et moi
Nous n'en avons avons pas de pire !
Et les miroirs qui se répandent dans l'éther
— eaux gelées dont le reflet me glace —
ont des éclats tranchant comme un rasoir
et des amours dessus des hommes à genou
franchissant le Styx et l'Achéron
explorant leur envers et leur Enfer.

https://soundcloud.com/annaondu/duel

vendredi 22 mars 2019

Granit et sable



Nos vies fleuries sont des déserts en devenir :
un sable en s'écoulant les noie le temps passant,
ce jusqu'à ce que sous ses dunes l'avenir
expire en respirant des passés trépassant.

Rien ne peut se construire en sables émouvants ;
tout bascule et les fondations, sans retenir
une main qui se tend, pas plus qu'un mur, auvent,
vont s'enfoncer sans forcer l'axe d'un menhir.

On trouvera dans le mélo' des mégalithes,
un grand méli-mêlant les temps de l'existence,
et des traces de vies gravées sur le granit.

On oubliera les filiations sur des instances,
un grand chaos m'accouplera jolie Lilith,
à l'avatar herculéen de l'inconstance.

https://soundcloud.com/annaondu/granit-et-sable

mercredi 20 mars 2019

Tanka fer



Laissant la descente
À ce que le fil défère
Il faut que l'on sente
À quel point donc se défaire
Urgemment d'amours récentes.

samedi 9 mars 2019

Un rayon de soleil



J'aimerais tant écrire un rayon de soleil
en la bibliothèque où ne sont que poussières,
où les auteurs défunts que les écrans balayent
ont leurs mots mis au clou d'un complot fiduciaire.

Et j'aimerais réjouir en cette époque sombre
un bon paquet de gens par des mots bien sentis,
mais lorsque un rire est jaune et lorsque un bateau sombre,
il est temps de pleuvoir en regrets consentis.

Je n'ai qu'un parapluie d'encre illusoire et fraîche
à diluer dans tes yeux pour un peu de lumière,
et dans le gris c'est dur de créer une brèche.

Et dans l'écrit c'est sûr, en son humble chaumière,
on n'a pas de recette, on n'a pas plus de prêche
annotée de récits qu'à notre heure première.

https://soundcloud.com/annaondu/un-rayon-de-soleil

mardi 5 mars 2019

L'absolue beauté



Ce soir
est un soir
et le soir est le velours
adoucissant la dureté du jour
enveloppant là dans ses soieries de soirée
la laideur absolue dans l'absolue beauté.
Les vapeurs de l'alcool
ombilical à la peau collent
et l'alambic idéal est l'encre irréelle
où je perfuse à fond mon verbe, où rêver Elle
est Peut-être ou Jamais
mais plein pot de peinture aux visions que j'aimais.
Le Louvre est recouvert
de ton visage vert
et la pyramide accouche en criant très très fort
excessivement du fond du trou, des contreforts
accouche enfin de l'enfant-roi
qu'on nomme aussi le désarroi.
Paris.
Pari, pas vu pas pris.
Le PMU latin secoue dans ses entrailles
un intestin mal digérant ses retrouvailles
avec un gros microbe
en robe
immaculée d'incertitudes
auréolée de solitude
errant
tout près de Mitterrand
de la rue qu'on dit de Bièvre et des bouquinistes
et de ses faux bretons qu'on dit surréalistes.
Il m'aurait suffit d'une flamme
afin de me marier au FEU
Mais je ne veux plus que la lame
en ta langue invasive et de ce son l'aveu
des prières sommaires
et de l'ombre sa mère.
Il restera ce soir
éclipsant d'un revers de paume du demain
nos prestations compensatoires
un peu d'un mauvais rêve humain
le joug que l'on porte en sautoir
et l'âcre souvenir de tes baisers carmins.
Mais ce soir
est un soir
amortissant l'horreur
et maudissant lors heure
où je perdis de toi cette humble société
la laideur absolue dans l'absolue beauté.

https://soundcloud.com/annaondu/labsolue-beaute

dimanche 3 mars 2019

Le pacte



D'un bon jus d'encre efforce-toi
comme un citron que l'on dépresse,
efforce-toi de t'écouler
— lancinante plaie que l'on doit
cautériser dès que l'on presse
au moins d'un doigt, l'art écroulé
dégoulinant le long du toit
du bâtiment né de nos stress
et d'or en ayant découlé.

Des prêchi-prêcha de gouttière
on a fait des prix littéraires,
et d'eux des talents avortés ;
que sont les génies de poussière
ainsi devenus sans leur air,
et l'horreur est-elle héritée ?
Du contenu sans la matière
on a voulu bien au contraire,
extrapoler nos sociétés.

Mais rien de la supercherie
ne peut subsister trop longtemps :
comme une vigne au raisin mur,
un bon jus d'encre en boucherie
coulera d'un présent mutant
sur les façades de nos murs,
actant le pacte — Ô vacherie ! —
qu'avec les Saints, qu'avec Satan,
fit notre divine écriture.

https://soundcloud.com/annaondu/le-pacte

dimanche 24 février 2019

À nos désillusions perdues



À nos désillusions perdues
dans le cœur de nos labyrinthes,
à nos Amours mal entendues
qui trop souvent bien nous éreintent,
à ces fabuleux résidus
signant, saignant de nos étreintes,
à nos enfants l'âme éperdue
de leurs parents se trouve éteinte.

Et d'une lampe d'Aladin
malsaine et pourtant magicienne,
on se mesure en son jardin
l'action de semer à l'ancienne
un peu des mots des baladins,
les poésies qu'on se fit siennes,
et lors d'un désastre anodin,
nos propensions patéticiennes.