vendredi 10 février 2017

Delta Dunhill




Peut-on sculpter dans l'ambre un peu de chair humaine ?
et peut-on raffiner l'essence féminine
ainsi qu'on le ferait d'un perse Cyclamen,
auquel on subtilise un parfum d'endorphines ?

A-t-on la dépendance à ses châteaux de cartes,
alors qu'ils sont bâtis sur un corps impeccable ?
et sert-on de prétexte aux cuisses qui s'écartent,
aux belles enjambées de vers impraticables ?

Il n'est d'Anatolie qu'une réponse ouverte :
elle est posée dans l'air afin d'être sculptée
— son Pygmalion figé dont elle est recouverte,
absorbe avec ses mots sa folle volupté.

Lui, glisse entre ses doigts, dans l'idéale glaise,
un embryon d'amour, une inception d'espoir
à laquelle on succombe en même temps que plaisent
à nos sens énervés ses regards dérisoires...

Elle est Géographie ! ses gestes : des séismes ;
elle est de ses contrées l'incarnation puissante
et des monts, des vallées, parfait anamorphisme
où mes mains comme l'eau, dévalent les descentes.

Une femme est souvent le fruit de son pays :
sa pulpe est toute entière emplie du jus des sources ;
elle est un oasis où chaque homme ébahi,
découvre un monde unique aux troublantes ressources.

Il en est une à part, à laquelle il me faut
rendre un hommage inepte : un baiser sur sa bouche
est le Delta Dunhill ayant pris à défaut
ses cercles de fumée de sorcière infarouche.


mercredi 8 février 2017

L'humoriste




À Charline VH,


Je la vois au filtre de son intelligence,
à l'éclairage abscons des jeux de mots abstrus,
polir en déformant les miroirs d'indigence
où notre image est niée par quelques malotrus.

Je la vois m'enchanter de chants qu'en sémantique,
on dirait dépeuplés de sens et d'importance,
et qui sonnent pourtant du refrain cathartique
auquel une oie confie quelque fois sa substance...

Mais loi blanche est noircie, si tant est qu'on ne vote
un décret pour ceci, pour cela sans l'entendre,
et le verbe revient défroquant les dévotes.

Et le bon mot sorti de ses lèvres si tendres,
a l'éclat du diamant dans les dents des vieux singes ;
et sa beauté se cherche en trouvant ses méninges.

samedi 28 janvier 2017

L'improbable




Il paraît que je suis poète
et que je ponds des euphémismes
à propos d'amours désuètes,
à coups de vers et d'aphorismes...

Il paraît que d'être emplumé
comme un mohican prosodique,
est d'auteur à gage assumé
la voie d'un meurtre épisodique.

L'acte d'écrire est criminel :
on y tue le temps qui s'enfuit
— mon désir est ma sentinelle,
et ton regard en est le fruit —

Je m'y tue du rêve en loser
— et ton regard est un calvaire
à moitié plein mais sans doseur —
et m'y vit le reste à l'envers.

Un regard peut être indécent,
surtout lorsqu'il est hypnotique :
en faisant un fruit déhiscent
d'un cœur cabossé chaotique.

Il était ainsi ton regard :
il pleuvait de verdure en moi
tout en me traitant de ringard
ou d'herbe à chasser les émois.

Je comptais sur tes éphélides
Un brin de mes éphémérides,
Un coup d'épaules aux Invalides,
Mais laissant sans effet mes rides.

J'escomptais ta bouche gourmande,
afin de manger mes paroles,
et du futur que je demande
un trait passé Rivarol...

Un attrait passé d'avenir
auquel il m'est pourtant possible
en me forçant de venir,
épousant ton regard indicible,

Embrassant le temps circulaire
où notre rencontre improbable
est devenue le corollaire
aux fleurs d'un regard impalpable.

lundi 16 janvier 2017

Ara qui rit




Comme un oiseau de pluie, je me suis confondu
— camouflage d'excuse au moindre camouflet —
avec l'eau qui s'enfuit des glaçons qu'ont fondu
de ton cœur de mouflette à mon cul qu'a morflé.

Comme un drôle d'oiseau qu'on se plaît à plumer,
je m'suis tordu le cou sur ton image abstraite ;
un regard ampoulé m'indiquant que plus mes
désirs étaient piteux, plus ma foi serait traite.

Alors je m'suis caché sous cet épais duvet
dans lequel on épuise un restant de ses rêves
à deviner ce que Papaguena revêt.

Et comme un perroquet, de ces mots dont il crève
en répétant la pièce ou l'aumône au brevet
de son propre examen, d'un plumier j'admire Ève.

vendredi 13 janvier 2017

Croissez corbeaux !




Me regardant dans mon miroir,
Je me demande quel mouroir
Aurait pris note des mémoires
au ticket d'caisse en vieux grimoire.
Me regardant dans cette glace,
Eh bien soudain le sang me glace :
Oh ! Dites moi quelle est ma place !
Oh ! De tous ceux que je remplace ?

Elle est perdue cette amoureuse,
Oh ! L'éperdue pourtant poreuse,
Elle épongea l'humeur cireuse
Où se patine une âme heureuse.
Elle est aigrie du vert-de-gris
Dont les treillis font des abris,
Sur les démarcations des cris,
Sur la suture où tout s'écrit.

Que le temps crève comme un pneu
Que mon âme en rêve encore un peu
Encore un peu, encore un peu
Les bides des hommes se dégonflent
Au gré du gras de leurs baudruches
Et que t'importe s'ils nous gonflent
La meuf est reine dans sa ruche,
La meuf est reine dans sa ruche !

On dit que la nana varie
Et que l'ananas qui s'avarie
Tout comme la loi Savary
Ce n'est en fait qu'une avarie !
Mais moi je pèse mon présent
Dans les maillons anglicisant
Des libertés qu'en incisant
J'accouche au jour laïcisant.

J'en vomis les femmes soumises
Et les versets qui sodomisent
La dignité qui m'est promise
Et le blanc-seing qui m'est de mise.
J'en extrapole un froid brûlant,
Un front pas national hurlant
La fièvre en son poing purulent,
Chouette en matins purs hululant !

Que le temps crève comme un pneu
Que mon âme en rêve encore un peu
Encore un peu, encore un peu
Les bides des hommes se dégonflent
Au gré du gras de leurs baudruches
Et que t'importe s'ils nous gonflent
La meuf est reine dans sa ruche,
La meuf est reine dans sa ruche !

Alors, croissez jolis corbeaux !
Je vous nourris de mon corps beau
Comme un poème de Rimbaud
Vous gaverait des accords bots.
Je vous nourris de mon sang frais
Comme un vampire en chouette effraie
Ceux qui poussant des cris d'orfraie,
Vivent en fait à peu de frais.

Alors croissez jolies corneilles !
Ayez de moi ce golden eye
Auquel un seul éclat s'égaye
et sa sagaie sur Marvin Gaye !
Sexuelle est la blessure humaine,
Et qui la porte en son hymen ?
Mère, épouse ou sœur, Amen !
Où sont passés les supermen ?

Que le temps crève comme un pneu
Que mon âme en rêve encore un peu
Encore un peu, encore un peu
Les bides des hommes se dégonflent
Au gré du gras de leurs baudruches
Et que t'importe s'ils nous gonflent
La meuf est reine dans sa ruche,
La meuf est reine dans sa ruche !

samedi 7 janvier 2017

Yetzirah





J'errais à l'équateur où ton ventre arrondi
me promettait les fruits qu'un ascète exotique
en Prométhée cueillait sur un arbre, or on dit
que le feu se dérobe en mini-jupe antique.

Arpentant tel un maître au repentir heureux,
les courbes de ton corps et leur loxodromie ;
j'étais dans l'entonnoir où l'on tombe amoureux,
dans le baiser sacré que tu m'avais promis.

Vertèbre après vertèbre, en jouant de leur flûte,
il me fallut ce doigt posé sur ta note,
afin d'ôter deux trois soupirs nés de nos luttes
et des doux grincements de nos jolies quenottes.

Il me fallut ce Sephiroth ultime où Toi,
puisant sans fin la sève de l'arbre de vie
— palindrome admirable où l'âme se nettoie —
tu sois l'image unique aux sources de l'envie.


dimanche 25 décembre 2016

Au pays des merveilles




Aux beautés du ciel étoilé que le soleil a laissé,
la lune qui ment qui décroit, décrit un C ;
le bruit d'une marée qui montait sans prév'nir,
Est empesée du poids des astres sans av'nir.

Ainsi, tyran du noir et du poids que j'ai pu,
soutirant la cigüe des canons que j'ai bu,
je monte au firmament d'où je verrai le monde
au complet, bleu marine, en son costume immonde.

On dira de mon cas qu'il était d'un pauv' type,
aussi que du paria, c'en était l'archétype,
et pourtant sur mon lit je laisserai ce fleuve :

un torrent asséché quoiqu'il vente ou qu'il pleuve,
un torrent de pensées, d'empathie, d'heur' de veille,
un humble ruisseau dont il eût fait des merveilles.

lundi 19 décembre 2016

Épice




J'ai pris ta beauté dans la face
on ne peut mieux cachée des lunes,
où contant dans de floues préfaces
un, deux, trois moutons de Panurge,
un de La Bruyère en callune,
on divague aux jeux dont rien n'urge,
et ta beauté dans la figure
imposée par une ou deux fées,
par des vagues de bonne augure
au-dessus d'un berceau de braises,
implose — en mon verbe agrafée —
comme un coulis sucré de fraises.

Elle explose en sang comme en milles,
et le nœud gordien de la bise
est sur ta bouche un vœu débile
où je m'abime en rêve (abscons),
puisque toi tu joues l'insoumise
et que moi j'aime comme un con,
que ta beauté que Marcel Proust
aurait brossé de quelques phrases,
est à mes mots la sale rouste
— incorrection de ton portrait —
l'humiliation que tout embrase
et tout le feu de tous tes traits.

dimanche 18 décembre 2016

Le plus joli sourire du Cinéma français




À Elsa Zylberstein,

Prévert aurait dit de Toi des trucs incroyables !
Il m'est bien compliqué de pondre un tel incunable...
Il n'est de votre éclat qu'un rire éblouissant
Dont l'Adam se pinçant se remord jusqu'au sang.

Tout en m'encalminant sur vos lèvres carmines
Et dessinant leur beau de ma mauvaise mine,
Il m'a fallu passer pour un moins mauvais maître,
afin de me dépasser, traître enceint, minime être,

Et sur la pellicule, en tout petits flocons
Se sont posés les vers que je pleus comme un con :
J'ai fait de votre vue mon principal attrait.

Sinon, contemplateur aux yeux que je fronçais,
Je ne pouvais qu'écrire en écheveau de traits,
Ton plus joli sourire au Cinéma français.

dimanche 11 décembre 2016

Fleur de rêves




À miss K,

Je m'suis payé ma fleur de rêves
en mots niais doux, en monnaie d'songe,
ai mis mes battements en grève
en mon cœur inapte au mensonge ;
aimant sans l'espoir d'être aimé,
j'ai punaisé des photos d'elle
à l'intérieur des vers rimés
là s'envolant à tire-d'aile.

Ainsi, je fais de son portrait
le p'tit chemin de poésie
qui de la copier trait pour trait
guide ma plume et la saisit ;
je compose de mes doigts gourds
une mélodie pour muets,
dont le talent d'être ainsi sourds
est d'indiquer ma voie muée.

Puis je la cueille en mon recueil,
elle est ma pensée tout en fleur,
et son essence est mon accueil
en son domaine que j'effleure,
en son pays dont je respire
un fond d'épice et son parfum ;
s'il est dit « fais donc de ton pire »,
eh ! je la croquerai par faim !

Je suis son grand méchant Pialoux
— p'tit chaperon de l'armée rouge —
et sa beauté vole aux filous
le joyau de son corps qui bouge ;
elle est le sel de l'existence :
à sa surface, en fleur de rêves,
on récolte un peu de mes stances
et ma guerre ignorant sa trêve.

mercredi 7 décembre 2016

Michel ange



Si mon regard ainsi posé n'est qu'insidieux,
votre image est du doigt de Dieu
ce qu'il aurait touché pour embellir son monde,
est mon amour, il vagabonde.

Et cet amour étrange est le fruit d'une blonde
au sein de laquelle est une onde
infiniment pesant sur le choix de la brune
où la bruine est l'eau de la brume.

Il pleut dans le brouillard épais de mon bitume ;
on dit que j'aime sans la thune ;
un poète est l'incontinent de son pays :
c'est un prolo' tout ébahi.

C'est un preneur de son dans les cheveux du blé,
c'est un cueilleur exclu d'emblée,
mais à vos boucles drues s'accroche un pou du verbe :
à votre beauté, qu'est la gerbe ?

dimanche 4 décembre 2016

Panama

À fort isthme il est un courant
qui renverse le tour du monde
et fait passer d'un océan
vers un delta qu'un fleuve inonde,
et tout en fumant des Dunhill
en Panama qu'aux larges bords
on tire à nos sources du Nil,
on laisse aux hublots les sabords.

On laisse aux carreaux des lunettes
un doigt de dette astronomique,
et le transat' en la dunette
où l'on s'étend cyclothymique ;
on laisse au dents des Caïmans
notre destin pris en otage,
à la machine qui nous ment
l'absurdité pour héritage.

Aphorisme encré d'euphémismes,
il faut sucrer ta fraise infecte :
un percement de l'infâme isthme
est la carie de nos affects,
est l'autarcie qu'un pas nomma
d'un ballon porté sur la tête
et d'un chapeau du Panama
recueillant l'argent de la fête.

On sombre en rythme pacifique
en ces clartés crépusculaires
où les alertes séraphiques
ont perdu le lien séculaire
unissant les deux hémisphères
et les vertiges cérébraux,
dont l'amour n'est que l'atmosphère
et dans leur soupe un peu chabrot.

Cœur battant




J'ai dressé le portrait de bien des femmes mues
par le désir d'ivresse et par l'inconséquence,
alors qu'on emportait battant par le SAMU,
le cœur dont on savait éperdue la fréquence.

J'ai dressé par le fouet de jolis yeux en neige
en bâtissant des vers qui fondaient au soleil,
il semblerait pourtant — mais quelque charme n'ai-je ? —
à vrai mentir au vent que l'amer le délaye.

Il semblerait vraiment qu'on oublie la douceur,
et que le miel issu de nos contrées sauvages
ait perdu le piment de vos belles rousseurs.

Oh, mes femmes émues dans un verbe muet,
rappelez-moi nos vœux qui firent des ravages,
et toi ma sacrifiée, rassemble mes huées.

jeudi 1 décembre 2016

L'œuf de Colomb




Comme je divaguais sur les rives avides
où la mer édentée vient briser ses gencives,
il me plut à penser tel un canon qu'on vide,
aux beautés enlacées qu'on a laissées pensives.

Il me plut à penser aux sirènes d'alarme,
affligées par les vents dont la baleine a peur,
et par les parapluies retournés par les larmes,
auxquelles les statues font gâteaux à vapeurs.

Une part de mon âme est tombée dans la flaque
où l'onde paresseuse a mouillé l'entrecuisse
incidemment meurtri des talons que je claque
ou des sables d'amours si mouvants que je fuisse.

Un désir maritime a brisé mes remparts,
une brise altérée s'est mêlée d'un partage
où ma bouche assoiffée d'un liquide ovipare
a gobé leur mensonge en parfait héritage.

lundi 14 novembre 2016

La précession des équinoxes




De loin le Monde tourne rond
mais vu de près c'est bien moins sûr,
et lorsque brûlent sous Néron
les capitales qu'on pressure,
on sait que lettres après sont
de tout papier la déchirure,
et des mots que nous agressons
l'encre incarnat de nos ratures.

Et lorsque brillent sous néons
les théories d'un genre assis,
peu sont qui de cette année ont
tiré les marrons circoncis
ni les poèmes, les chansons
des paradoxes ébahis,
des cheveux coupés de Samson
par Dalila qui l'a trahi.

Peu sont qui de cette année, Mie,
sauront le vertige aérien,
l'incidence à l'astronomie
qui fonde le Tout sur le Rien,
ton grand éclat quand tu souris
sans démêler le tien du mien,
le grain de sable ou bien de riz
qui charme mon cœur bohémien.

L'incidence à l'astronome est
la précession des équinoxes
et ce pendule qui jamais
ne cède au moindre paradoxe :
une toupie qu'on emmenait
sur le grand plan de l'écliptique,
osa prétendre en mue monnaie
que ce n'est qu'être épileptique.

dimanche 30 octobre 2016

La Monaco du Nord





Mon cœur déambule sans but
comme les passants sur Granville,
il n'a plus le moindre attribut
si ce ne sont sautes serviles.
Et le courant marin l'emporte
au gré de vagues mélopées
qui — soucis salés — l'insupportent
à moins que de l'envelopper.

Les promenades surpeuplées
boivent le soleil de l'automne
ainsi qu'un filtre où décuplées,
sourdent des foudres qui l'étonnent.
Et versant sur le flanc rocheux
de notre Monaco du Nord
un liquide aux éclats fâcheux,
la lumière écoule et s'honore.

L'égorgé cri des goélands
martèle incessant les tympans
d'un rythme dont l'écho est lent
mais dont la clameur se répand.
Et dans ces nuées pisciformes
aux battements d'Elle incivile,
un cœur esseulé se déforme
ainsi qu'une foule à Granville.

mercredi 19 octobre 2016

Les fruits du testament




J'ai mal dormi chez Maldoror
en lisant tout du Dix-neuvième,
imaginant des tas d'aurores
infusées dans des matins blêmes.

J'ai mal rêvé chez De Nerval,
licorne à la cravate au cou
si serrée que de mes nerfs valent
un nœud coulant que l'on secoue.

Dans les fameux châteaux brillants
sont des légendes éphémères,
et des bandits violant, pillant
les jeunes filles et leurs mères.

Dans le mot « spleen » de Baudelaire,
il y a l'épaisseur d'un livre
ouvert aux microbes de l'air
qui de leurs vains maux nous enivrent.

Le « cellulaire » de Verlaine
est une porte verrouillée :
depuis le crâne jusqu'à l'aine,
un sexe est un cerveau rouillé.

Quant aux « étés » d'Arthur Rimbaud,
j'en ai connu qu'au purgatoire
on ne sut plus qu'en faire un beau
cataplasme à tout exutoire.

J'ai saigné de veines de suies
que m'imposait l'autre Zola,
Tandis que me lavaient les pluies
d'éclatement de leurs zonas.

Nageant dans ces étangs de pus
— tant d'encriers aux miséreux —
j'écrivis donc tant que je pus,
si tant crier m'ait mis heureux.

J'ai reniflé l'odeur fétide
où l'auteur puise sa semence,
et sous les bras des cariatides
un brin de puanteur immense.

Ils se sont pris pour Montcorbier
mais n'ont pas su que nous voulons
le droit du verbe et son bourbier
quand on vient de François Villon.

mercredi 5 octobre 2016

La connue




Je n'aborderai plus les sujets maritimes
et je me méfierai des royaumes lacustres ;
en ne me baignant plus que dans ma mare intime,
on tuera les canards qui me traitent de rustre.

On dira de mon texte une ou deux conneries,
des vieux trucs hors contexte afin de m'oublier,
mais moi, de ton regard quand ta bouche sourit,
je resterai le rat des gouttières pliées.

Je resterai transi comme un vol avorté,
je resterai l'instant sur ta lèvre carmine
accroché par les mots comme un doigt sur la mine.

Il pressera dès lors le bouton dégoûté,
la goupille en mon cœur où sont décapités
les corps des poésies que ton ombre domine.

lundi 26 septembre 2016

Ligne devis



Goûte au baiser secret de la mélancolie,
dont ton âme s'épanche en glissant mollement
sur le bois de la planche où parjure aux serments,
tu gravis les degrés de la douce folie.

Nul ne cherchera plus ton obscure origine ;
en dressant ton bûcher, nous chanterons tes vers.
Un bourreau, deux bouchers, trois poètes pervers,
saleront ta bidoche en purs Moravagine.

Alors, tu sombreras dans l'obscur labyrinthe
où les fauves du Cirque oubliant leur nature,
à grands coups de faiblesse, à grands coups d'imposture,

incessamment sans doute et sans cibles s'éreintent,
organisant la mort d'un passé qui les hante,
et d'obséquieux cercueils revêtus d'amarante.

dimanche 25 septembre 2016

Capiste




Je regrette Océan mes pluies du Finistère
Et leur grand courant d'Ouest où les filles recoiffent
Un rouge de leur lèvre où le ciel peut se taire,
Écartelé par des rougeurs qu'on boit sans soif.

Je pleure mon pays tout pétrifié de sel,
Et ses quais désertés par la misère adulte,
Alors que son enfance en suintant des aisselles
Essaie de lui gommer ce qu'on lui fit d'insultes.

Je sais ce doigt de Dieu tendu vers l'Amérique,
Afin de l'approcher dans un ultime échange,
Et des plafonds de mes chapelles hystériques
Un peu de ces passions qui hantaient Michel-Ange.

Je suis l'humble chanteur d'un lointain bout du Monde
Où la lumière est folle et le vent persistant,
Où toute femme en sa beauté m'est la Joconde
Au sourire interdit mais au verbe insistant.

mercredi 21 septembre 2016

Porcelaines




Vautré sur un radeau d'algues cancérigènes,
un cadavre embaumé parfumait l'air marin.
Ses chromosomes mûrs avaient largué leurs gènes
aux hasards des courants sur des brisants d'airain.

Si sa peau s'écaillait comme une vieille écorce,
était-ce afin — poison — d'en polluer les eaux ?
Ou d'aller d'aller poignarder comme en vendetta corse,
un fantôme en sa mue dont on brisait les os ?

Nous ne sommes pourtant que des morts en sursis,
ballotés par des jours à l'écume astringente
et par des flots boueux sur des mers de soucis.

Nous voguons nous aussi sur l'épave indigente
à laquelle on s'attache, ainsi qu'à la baleine
où Jonas découvrit d'avalées porcelaines.

dimanche 18 septembre 2016

Kassandre 6




Votre nom s'habille de nuit ;
Ta beauté maquillée de lumière
Extirpe un lecteur de l'ennui
Dont on sait l'intention première.
Et votre habitude malsaine
habite enfin mon intérieur
de tes imprécations obscènes
où va naissant l'être inférieur.

Rampant comme une renoncule,
un lézard moderne innocente
un serpent qui nous inocule
un venin de pas dans nos sentes.
Et l'orvet reconnu martyre
avec ses pattes arrachées
ne vaut pas plus que ce qu'on tire
à corde insoumise à l'archet.

Toi ? Petit bouton d'or des prés,
vous préserve Madame en moi
des déprédations de l'après,
puis des chauds effrois de l'émoi.
J'aime les îles parcellaires
allant constellant vos pommettes,
et l'hydre absolument stellaire
allumant ton feu d'allumette.

Vous êtes l'Art que je tutoie,
la perfection du trait, du style,
et l'Amour — dès que je vous vois —
peuplant d'un geste un péristyle.
Or, sois ma Muse, une onde vive
où se mêle mon encre au vide,
où votre visage ravive
un souvenir d'amante avide.


© Kassandre Modèle

mardi 13 septembre 2016

Kassandre 3



J'ai des fils de fer tendus sur le corps
de ma métropole, est-ce à ton image ?
Elle, elle envahit, forme mon décor,
accord démineur puisque c'est dommage,
et que c'est dans ça que l'oiseau picore.

Ainsi vont les vents que les temps baptisent
et maugréent du son mielleux que lèche harpe,
autant que ton feu que mon cœur attise
au foyer douteux dont tu fis l'écharpe,
usa la gorge où s'enrouent nos hantises.

Et les spasmes gris des moteurs acides
imprimant leur rythme aux toux salutaires,
ignorent de toi ce geste impassible
ordonnant aux fantômes de se taire,
intimant au fou d'être extra-lucide.

Il n'y a que ta bouche extrapolée
dont la salive épuisée m'est la source
extrapolaire aux jetées épaulées
par les mots massicotés d'épars ours,
à laquelle on s'étoile en vers pilés.

C'est en défaisant les toiles des rêves,
incidemment, que j'appris à tisser
celle où d'à régner sur des nuits sans trêves,
on se déconstruit de feux attisés
par l'humble phalène en nos vies si brèves.

jeudi 8 septembre 2016

Kassandre 4



J'ai posé de l'écharde une goutte de sang
sur des vieux manuscrits de détresse et d'emphase,
où l'ombre d'un poète à ce point indécent,
frise à ta chevelure un parfum de ses phrases.

Et l'épine de rose a criblé ton visage
innocent de milliers de ces tâches de rouille,
à ce point qu'il faudrait fuir en ton paysage
afin d'en recueillir quelques unes qui grouillent.

Alors, on finirait dans le bleu de ta vue
comme dans un bassin d'oxygène interdit,
des gens me payeraient sur la cour imprévue
des miracles offerts aux poètes maudits.

De bon matin le train qui fit de rois des mages,
où le soleil se lève et les nations se couchent,
offre entre la mitraille en douloureuse image,
un peu de l'écarlate ornant ta tendre bouche.

Inutile à toute heure et pourtant essentiel,
un écrivain se tord sur tes traits lumineux ;
il a fait de ton cas son drame existentiel,
un problème gordien qui n'en a que des nœuds.

Je vis au jour le jour, un peu comme un Maasaï,
le futur n'a pas place en mes glauques pensées ;
les traverses ne sont qu'au défilé de ses rails
un chemin barbelé qui n'a rien dépensé.

Plus rien ne nous arrive et la nuit s'écartèle
en se voulant la pute en laquelle on s'oublie,
sans que rien ne soit plus froissement de dentelles,
Jarretière épanouie sans qu'on soit anobli.


© Kassandre Modèle

mercredi 31 août 2016

Kassandre 5




Te souviens-tu des ciels du Finistère
lorsque tu pendais à mon bras la nuit
sous la voute céleste et délétère
ornée d'étoiles filantes d'ennui,
d'un métier mu dont je fus grabataire ?

Te souviens-tu des mots brûlant les lèvres
— alcools panachés de compromissions —
et des respirations niquant les plèvres
à nos barreaux de chaise en rémission,
Toi la comète entre mes doigts d'orfèvre ?

Oh ! La bleue Lune est un clair de Kassandre.
On ne connait pas celle qui se cache
au-delà de ses yeux couleur de cendre
et des horizons que sa beauté gâche,
on n'en sait que des pentes à descendre...

On m'éveille à l'aube des derniers feux ;
le lierre s'est enroulé sur mon corps
comme un péché sur l'arbre des aveux,
mais la tentation d'un ultime accord
bourdonne ainsi que des baisers baveux.

Tout emmiellée de tâches de rousseur,
une ombre d'ego compose des vers
(hydromel extrait de tant de douceur)
dont les qualités prennent à revers
un galbe indécis pour son rebrousseur*.

*http://dictionnaire.reverso.net/francais-definition/rebrousseur