lundi 14 janvier 2019

Transe



Les par-dessus jetés dans l'air
et les dessous doués de raison,
la danse impose aux partenaires
un supplément de diapason :
le corps oscille et visse en vain,
le cœur aussi comme un pendule
et de ses battements (cent-vingt)
noue la fréquence qu'ils modulent.

On a si peu décrit la danse
et ses substances animales,
et ses suées dans la cadence
— où est le fiel, où est le mal ? —
alors que toute mise en transe
— où est la fille, où est le mâle ? —
est en son genre (oh, quelle outrance!)
une évasion plus maximale.

On se déhanche, on déambule,
on rêve en geste, on vibre enfin
sur quelques sons, petites bulles
où l'on s'éclate en mort de faim ;
pressant les muscles et les sons,
la communion des sangs, des chairs,
embrase un âme à la façon
d'un champ de braise hors de jachère.

https://soundcloud.com/annaondu/transe

mardi 1 janvier 2019

Les étrennes



Nouveau roman le nouvel an ?
Au moins nouvelle ou bien essai,
car le récit qu'on ouvre est lent
d'un cuir relié qu'on dépeçait.

Qu'on dépassait tous à nos tables
en l’obscurité de Janvier,
qu'on dépensait sans cartable
après Noël, cadeau que j'enviais.

Cela se nommait les étrennes
et l'hiver en est l'emballage ;
encore aujourd'hui je les traîne
en ne sachant plus de quel âge.

Oui, de quel âge est la sacoche
où je rassemblais mes crayons,
mécréant m'écrivant d'encoches
au nouvel an de mes passions.

https://soundcloud.com/annaondu/les-etrennes

dimanche 30 décembre 2018

Les preuves




Tu m'as dessiné des soleils dans l'occiput,
et les pigments de ton iris ont peint des fresques
hallucinées d'azur et s'offrant en dispute
à mon Verbe éclaté sur des mots pittoresques.

Escaladant leur gorge entr'ouverte au scalpel,
au sourire algérien dit kabyle en grimpant,
j'ai rédigé ces vers ramassés à la pelle
et feuilleté nos vies que l'on tient en suspend.

Parle-moi par les yeux comme une âme muette,
on sacrifie l'agneau de nos passions rêvées
dans l'isthme hyper-étroit qui nous sert de luette.

Et dardant de lumière en voulant arriver
sur les quais de ton cœur où se jouent nos bluettes,
il me faut rédiger ce poème éprouvé.

https://soundcloud.com/annaondu/les-preuves

samedi 29 décembre 2018

Du temps du Capital



Souvent, nous bâtissions des mausolées d'argent,
de puissants coffres-forts éblouissants d'ordures
où le système était le maître et nous l'esclave,
où sous les traits obscurs d'un soleil astringent
brillait l'éclat d'obus cinglant des lingots durs
et la fragmentation sociale où tout s'enclave.

À cette époque, un monde immonde et dialysé
par les pétro-dollars, avait pour fin fatale
une surchauffe épidémique et démunie
d'alternative, hormis des maux stigmatisés :
Marx écrivant en toutes lettres « Kapital »
était un diable en rouge aux Nations Désunies.

Mais rien ne dure impunément qui fait le Mal !
En décroissant bien sagement, l'Économie
fit sa métamorphose en papillon de soie,
car en l'Intelligent qui sait l'Homme animal,
est un réflexe inné, celui de sa survie,
celui du choix permis qui jamais ne déçoit.

https://soundcloud.com/annaondu/du-temps-du-capital

jeudi 27 décembre 2018

Étretat



J'implorai le pluriel à des pluies déplorées,
la singulière apnée d'un sanglier tondu,
quand un pantin né du Cotentin coloré,
me guida sur la Manche au fil de l'eau tendu.

Le destin s'entortille, et l'intestin sorti
se répand sur la carte, et ses pans qu'on écarte
ont l'éclat d'un diamant d'un endroit desserti :
la beauté barbotée d'une humeur incarnate.

Au long de ta côte a sailli mon désir de ravin ;
j'éprouvai des régions qui pouvaient m'être état,
de mes cris vent sortit pour me rendre écrivain.

Mais trions les mots traits dont on nous maltraita :
si l'on se faufilait sur la falaise en vain,
l'être étreint te traite en traître au train d'Étretat...

https://soundcloud.com/annaondu/etretat

mercredi 26 décembre 2018

Chiens



Je ne parlerai plus de la couleur des yeux
ni de la rouille en tâche aux creux de vos pommettes ;
il me faudra bien trouver l'argument fallacieux,
pour m'abattre assez fin méprisant les Baumettes.

Et de ce château d'If inhalant le sapin,
de l'apnée salvatrice inhérente à vos fuites,
il faudra conserver le bon suaire de lin
comme gueule de bois juste après sale cuite.

En effet, l'on est fait dès que l'on romantise,
alors que les dits faits défaits sont diffamants,
que la haine est un feu diffus que l'on attise.

À l'Amour on échange au besoin les amants,
le sexe est une excuse à de pâles bêtises ;
et l'astre émasculé se perd au firmament...

https://soundcloud.com/annaondu/chiens

dimanche 16 décembre 2018

Quinqua-génère



Dans le verger, petites pommes,
on leur ressemble en faux-amis,
j'en ferai tout d'abord la somme,
épellerai leurs faux habits.

J'appellerai du nom du cœur
un fruit confit par le désir,
et de sa mère offrant sa fleur
un épithète à mieux choisir.

Un épi tête au gré du vent,
le flux mêlant tous les pollens,
et fécondé d'un adjuvant
corrigera sa triste haleine.

Corps y géra sa gestation ;
si c'est sorti de nos entrailles
et de la procrastination,
nous en ferons de vraies batailles.

Interférant sur tous les points,
nous brouillerons toutes les pistes,
et brandissant dégoût de poings,
nous resterons cruciverbistes.

En restaurant l'évolution,
nous croiserons nos génétiques,
évaluant nos émotions,
l'équation sera pathétique.

Et quoi ? Scions là la branche assise
en l'arbre généalogique
où les filiations imprécises
obstruent les voies ontologiques.

Au trou la mémoire éternelle
et le chromosome innocent !
chaque nouvelle ritournelle
est un enfant d'un nouveau sang.

Éteint n'importe quelle étoile,
il en renaîtra des milliers ;
si tu tissais sur moi ta toile,
il faudrait aussi m'humilier.

S'effondrer comme un astre ancien,
puis rejaillir en sa nova,
c'est le destin nécromancien
qu'un artiste un jour innova.

Qu'on attriste en pleurant de pluies,
de moussons drues, volumineuses,
un peu des vers rongeant depuis
longtemps, l'encre en est lumineuse.

On tend à vieillir et pourtant,
loin d'Einstein et loin de l'espace,
infiniment de Carentan,
mes 50 ont le goût qui passe.

https://soundcloud.com/annaondu/quinqua-genere

jeudi 29 novembre 2018

Chanson mixte



Dans le silence étourdissant des solitudes,
on aperçoit la silhouette évanescente
amourachée des quelques mots de platitudes,
aussi versés comme une braise incandescente.

Et l'enfumé mirage ainsi se dispersant
dans l'atmosphère empuantie du brasero,
laisse à mon rêve un goût de cendre, un goût de sang,
laisse à la larme un goût de sel, ingrat zéro.

La chanson mixte est à deux voix reprise en cœur,
est à deux cœurs ouverts au vent qu'on dit mauvais ;
la chanson mixte est un accord à nos rancœurs.

Elle associe dans son seul corps, un seul Yahvé,
dans son hostie, le goût du pain dont la liqueur
a parfumé d'encens l'enfer et ses pavés.

https://soundcloud.com/annaondu/chanson-mixte

dimanche 11 novembre 2018

La Der des Der




De ton regard en ce cliché surexplosé,
je garde avec l'éclat cuivré d'or fragmentaire,
un peu du ciel d'azur ayant autorisé
des pluies d'acier sur un édredon militaire.

Éventrement songeur et rêves bâillonnés,
l'air a tranché le vif-argent contestataire
où, dilué dans l'eau-forte, on vous rit au nez,
bail honnête au sang bleu se signe en ton éther.

Un armistice un peu cruel est désigné
par un doigt délateur ignorant de la terre
où nous vivions cachés, la beauté résignée.

Si l'Amour est la guerre et l'amant délétère,
on a su conserver de leur substance ignée,
l'Art de les raconter, la passion de les taire.

https://soundcloud.com/annaondu/la-der-des-der

jeudi 8 novembre 2018

Vents couverts




À Véronique Sanson,


Je t'écoutais souvent chanter à mots couverts,
armer l'amour haineux d'un paradigme atteint,
peupler la Rome en nous de plébéiens divers
égorgeant le soleil à ses nouveaux matins.

J'ai dans ce sacrifice à tombeaux et cœur ouverts,
amassé tant de freins et tant de baratins,
que les discours en vain des baladins trouvères
ornent ma poésie d'un purgatoire éteint.

Je chante avec mes maux couvés d'effet d'hiver,
un édredon de neige enveloppant d'étain
l'argent fondu d'un rêve issu d'un couvent vert.

Et t'écoutant chanter sur ces éclats de tain,
la banquise en miroir où je suis Vancouver,
une lame en glissant trace un baiser patin.

https://soundcloud.com/annaondu/vents-couverts

samedi 3 novembre 2018

Gavrinis



J'abondai sans raison la douleur en dollars
alors que le cercueil à l'émotion serti
servait pour avaloir à mes dealers de l'Art ;
au plus profond de mon marasme, à quoi sert-il ?

À quoi sert donc le chalumeau des mots fertiles
arrosant les vallées de lunes funéraires ?
À quoi bon découler l'encre à mort sur le Nil
et son serpent liquide aux relents littéraires ?

Avant la venue des charrues, passait l'araire ;
avant l'avenue des ces champs coalisés
contre le temps qui passe, avant l'horaire,
existaient les anciens, les non-mondialisés.

Gavrinis, en tes courbes immortalisées
clignant du doigt comme une paupière erratique,
est mu le corps que l'on débraille analysé
par l'ignorance émue des accords informatiques.

À quoi sert donc le dromadaire épileptique
et son Marché dans le désert évanescent
des illusions de la modernité pratique ?
Un oasis est presque un fantasme indécent !

J'allais sur Gavrinis pour y chercher du sens ;
au cœur de sa spirale, on entre, on s'entortille,
et dans son labyrinthe on s'emplit de l'essence
abandonnée, perdue, cachée sous les orties.

https://soundcloud.com/annaondu/gavrinis

vendredi 26 octobre 2018

Dissidence



On aura beau philosopher
dans les boudoirs des ambassades,
et s'échiner à parapher
le bel envers de nos glissades,

on restera — pauvre Socrate —
addict', esclave et dépendant
de notre aparté démocrate
où je vécus en dissident.

J'étais comme un poison dans l'eau
le verbe abstrait que l'on dilue
pour en larguer d'un pédalo
la caisse usée qui nous pollue.

Le corps est creux des résonances
oubliées par de vains artistes,
et de leurs faibles assonances
on ne retient que leur air triste...

Où sont les sons de vos poèmes
et les baisers de vous groupies ?
Les illusions de vos bohèmes
ont accouché des mes harpies.

De ces arceaux dans les arts pires,
où notre cerveau reptilien
songe à nicher tous ces empires,
il me reste un réflexe îlien :

celui d'un gars du bout du Monde
inondé de sa Baie des âmes,
et qu'un réel en fait immonde
à tout moment volé désarme.

Unissons les chants de nos vents
dans les tuyaux de l'espérance,
et souffrons même en nos boyaux
qu'elle ait parfois cet aspect rance...

Empoisonneuse et fugitive
est ma passion pour la ciguë
que l'on consomme impérative
au moment de la crise aiguë.

https://soundcloud.com/annaondu/dissidence

dimanche 21 octobre 2018

Le savant




Nous réglerons un jour un peu du contentieux
qui nous dressa l'un contre l'autre,
un autre jour au loin, dans l'infini des cieux
dont l'éther est sniffé, l'apôtre !

Un canif à la main d'un gosse offrant la sienne
aux chemins creux du Gévaudan,
pour quelques champignons cueillis sur des anciennes
illusions de la Bête à dents,
brillait de cet éclat — du chef il Opinel —
infiniment confiant, confié
par la main de son père à la vie qu'un tunnel
au labyrinthe allait convier.

Si l'entropie croissante et le second principe
avaient pour thermodynamique
un meilleur argument, qu'un passé participe
à décoder tant de mimiques,
on résoudrait probablement les équations
de nos différents ciels abstrus,
nos peuples intérieurs auraient pris pour Nation
la même tribu sans intrus.

Je t'observe en tremblant : ta faiblesse infantile
est le retournement stupide
entre l'enfant mûr et le périssodactyle
— un cheval-bascule intrépide —
entre existence et mort, entre amour abandon ;
nous consumons à petit feu
ce qui nous sert d'éclair et nous sert de brandon,
ce qui nous éclaire étant vieux.

Nous réglerons un jour un peu du contentieux
qui nous posa l'un à la suite,
un autre jour au loin, dans l'infini des cieux
dont l'éther est sniffé, par fuites...

https://soundcloud.com/annaondu/le-savant

vendredi 12 octobre 2018

Bris de vie






On est des animaux de verre
à la fourrure accidentée,
dont le passage un peu sur Terre
est foin d'une paille écourtée.
Je suis aussi Patrick Dewaere
à l'incongrue fragilité,
tu es Romy devant-devers
un Cinéma facilité...

Facilité par l'intuition
que n'aiment pas nos sociétés,
nos distendues fréquentations
tombant comme un slip empoté
sur notre désincarnation,
sur un écran de cécités
s'offrant nos propres projections.

L'objection tâchant notre honneur
est bien loin des sénilités ;
la Mort est un vieux poinçonneur
accrochant des Lilas gâtés
sur des tickets dont la longueur
est à géométrie ratée,
marquant d'un fer avec rigueur
un brin de ruine horodatée.

De ceux qu'on perd un éclat reste,
éblouissant de sa clarté
les tourbillons qui vont de Brest
au cœur de l'intériorité.
Parfois, des tessons qui l'attestent
épousant l'image annotée,
s'en font le concret manifeste.

On se croit si souvent servi
dans l'orgasme ou l'alacrité,
pourtant partout le temps sévit ;
richesse ou bien médiocrité,
la Mort ajuste son devis
comme un monteur ayant monté
débris de verre en bris de vie.

https://soundcloud.com/annaondu/bris-de-vie

Tanka du 12 Octobre 2018


Balle de soleil
Elle au-dessus des filets
Plafonne aux nuages
Et d'écailles poissonneuses
Emplit son poumon cyclope



samedi 6 octobre 2018

Corps vidé



On pourrait naviguer dans des sortes de nasses
et se noyer aussi dans leur épais filet,
deux voies s'offrant en gare où je lus mon Parnasse,
il me fallait l'interstice où me faufiler.

L'infime intervalle où le ruisseau des pensées
rejoint ton estuaire et toutes tes commissures,
un Delta dont l'erreur est la mort annoncée,
dont l'errance à ton bras n'est que la moisissure.

Aimer écrire, écrire « Aimer », mais — lacrymal —
alarmer de l'armée des mots l'alacrité,
me rend mâle à femelle et ta fleur à mon mal.

La couleur d'un corbeau dont la médiocrité
dissimule assez bien le talent littéraire,
est venue de sa plume éclairer les terreurs.

https://soundcloud.com/annaondu/corps-vide

mercredi 3 octobre 2018

Orpaillage



Je baignais dans ton huile et son lac en mercure,
orpaillant de mon mieux ton iris épanoui ;
t’aimer en t’écrivant m’étais la sinécure
à laquelle en mes vœux je m’étais évanoui.

Je sais le poids des mots, celui des métaux rares ;
écrire est l'industrie toxique et très plombée
d'un pic incidemment plongé dans le curare
et dont pourtant leçon vous laisse bouche bée.

Des cylindres ronflaient comme des tuyaux d'orgues ;
on en sentait la fugue où l'Amour y perdure,
et le Poème était comme l'eau de la Sorgue,
en partage entre nous d'héritage hyper-dur.

On composait une ode à la femme sans âge,
à son trait lunatique et fantasque à dessein ;
mais j'aimais à ce point caresser ton visage
à la plume adoucie, qu'il était comme un sein.

Lorsque la fleur affleure à la larme de l'encre
et que le stylet grave en ses aigus tes angles,
on te dirait sortie de ma cuisse où le chancre
accouche endolori des tourments de la langue.

À nulle autre pareille est la beauté lunaire
et le vert de la pomme en tes yeux de velours ;
on maudirait de toi ton reflet dans mes nerfs,
il m'en resterait tant que léger serait lourd.

https://soundcloud.com/annaondu/orpaillage

dimanche 23 septembre 2018

La peau



La peau lecteur, la peau hésite à chaque mue
comme la poésie déchirée par trop d'amours,
et sa métamorphose aux jeux du PMU
n'est qu'une anamorphose en ses odieux labours.

Il me faut, toi lecteur, assurément t'ouvrir
au mystère absolu de la transmutation
que Nicolas Flamel eût su d'un sceau couvrir
et délivrer pourtant de toute inquisition.

La peau n'est que le masque affublant le visage
éteint de ceux dont le sourire est la grimace
ou la moue triste affichant sur ce paysage
un rictus amer et mou, d'un baiser de limace.

Et traînant — mollusque informé du triste sort
étrennant ma vie larvée sur le bord du rien —
de-ci de-là, me flétrissant sans ressort,
on me voyait compter, métronome aérien.

Compter le temps qui passe et la ride imprévue,
dont s'en suit la frayeur et la grande panique
où le Monde s'avance à perte de bévues
vers un iceberg à la façon du Titanic.

On pourrait balbutier des tas de poèmes
au sujet de cette élasticité perdue,
de la vergeture et de ce que la peau aime
indépendamment des lents jours et de leur dû.

Quoi qu'il en soit, sans passer par quatre chemins,
lorsque la mienne effleure un brin de son histoire,
à la peau de mon Amour est un Parchemin
gravé par la caresse infinie de l'espoir.

https://soundcloud.com/annaondu/la-peau

mercredi 19 septembre 2018

Tanka du 19/09/18



Marcher sur le sable
Et contre le vent nager
À contre-courant
D'air et d'embruns inondé
Flux marins impérissables

lundi 17 septembre 2018

Septembre



Lorsque le crépuscule étendant sur Septembre
une main délicate aux rousseurs étiolées,
se replie à son tour en ses nuits étoilées,
ma noirceur intimiste évaporée se cambre.

Écheveau de mon Verbe et passion de ma vie,
je me suis crucifié sur ses grilles de mots,
labyrinthes d'émois sur un grill où l'ego
bâtirait ma Babel au bois dormant d'envies.

Lorsque le crépuscule éteignant en Septembre
un été désiré comme un enfant de vair,
il nous faut distinguer de chaque endroit l'envers.

Il nous faut naviguer sur la Meuse et la Sambre
en oubliant le son de nos passions guerrières,
en oubliant le sang d'une aurore incendiaire.

https://soundcloud.com/annaondu/septembre

mercredi 12 septembre 2018

Chemin d'faire



Je t'ai pensée comme une plaie,
Passant des mois durant, l'ego
dans l'air d'un vent dont tu m'app'lais
tout en bottant dans mes légos.

Si ta beauté me statufie,
me stupéfie, me rend pas Loth,
on te voudrait comme un défi
sous mes baisers comme à Grav'lotte.

Et dans ces glauques embrassades
où l'eau fermée des grands poètes
inonde à l'encre aiguë de Sade
un désespoir anachorète,

Il me déplaît de m'oublier
sans ton fantôme envahissant,
sans ton fantasme à tout plier
de ton visage étourdissant.

Je te noierai dans mes prières
en donnant l'air d'savoir y faire,
Comme quand j'pissais après dix bières
Le long des rails du chemin d'fer.

Élongation des sentiments
— puisque la coke est un chemin
qui déraille au gré des gréements
d'un bateau ivre en parchemin.

dimanche 2 septembre 2018

Asphaltes



Je voyais du Désert une peau chamarrée,
la carapace émue d'une Terre épuisée,
dont les larmes taries par un flux trop puisé,
ruisselaient de leur sel attendant nos marées.

Là-bas, sous l'horizon des asphaltes brumeux,
J'ai cherché des raisons de prier l'inconscience
entourant de son voile un objet d'impatience
appartenant aux débris d'un fantasme écumeux.

Puis, creusant ma mémoire à la façon d'un trou,
j'ai fouillé dans son ventre un vestige amoureux
(l'ombre éclaircie de l'or en pépite en ses yeux),
je poursuis aujourd'hui de ce vice un écrou.

Je crois avoir posé sur le chemin du rêve,
un gravier fait de mots et de ressentiments,
dispersé par les roues d'un soleil véhément,
par des rayons d'enclume où se battre sans trêve.

vendredi 31 août 2018

Alchimique



Au feu de tes cheveux ne nous exposons pas.
Préservons-nous de ta fontaine d'or fondu.
Le plomb sur ma cheville adapte à tous mes pas,
le rythme où mes versets à tes creusets sont dus.

Le lac où le mercure en tes yeux stagne aussi,
renvoie l'écho profond d'un métal en fusion,
dont les reflets sur tes deux pommettes roussies,
d'harmonie pure en font l'infinie profusion.

Mon regard tangue au gré de ce si beau fourneau,
qu'il me faut effacer tout espoir de survie :
je sombre en ta clarté dans le théâtre No

de ma mort imagée par l'amour et l'envie,
par la troupe inspirée de mes maux doux porno',
par l'immensité que ta Beauté m'a ravie.

mardi 28 août 2018

Fatale



Nous sommes dévêtus de paille
et balayés par tous les vents
qui pèlent nos cottes de maille
à la façon d'un fruit savant ;
souvent, sous l'écorce enlevée,
nous révélons de nos ripailles
un cancer si bien élevé
qu'on l'adopterait sans chamaille.

Alors, des beautés que nous fûmes
en nos jeunesses désinvoltes,
on garde un joint que l'on fume
à défaut des deux-cent-vingt volts
auxquels on s'était transformé
— dans des flots d'encens qui parfument
au plus profond les mal-formés
que nous sommes — air que neuf eûmes !

Et pourtant, dans ce curieux flou,
je ne pourrais pas oublier
ce magnétisme âprement fou
sans lequel en papiers pliés
j'aurais négligé ma Fatale,
et qu'en bateau ivre on renfloue
comme un supplice de Tantale.

https://soundcloud.com/annaondu/fatale

lundi 20 août 2018

Jeanne



Jeanne, es-tu le fruit du bûcher ?
Sinon, l'étrange énamourée
d'un univers amouraché
par tes échos tant emmurés ?

Jeanne, aussi bien
pourrais-tu n'être
                   en fait qu'un leurre
ou l'autre lien
               vers la fenêtre
                         où les couleurs
de l'arc-en-ciel
ont le besoin
                       de se confondre
en l'essentiel
  unique point
                  d'où tout peut fondre.

Il est un infini de temps juxtaposés
selon lequel on prend des voies aléatoires,
et nos visions, nos voix, sont alors exposées
sur l'ouvrage étoilé d'un Dieu jubilatoire.

Ô victoire arrachée comme un membre à son corps,
à l'hostie des romains tu te trans-substituas,
tu vidas ses boyaux dans le grand désaccord
où stagnaient nos pensées quand tu les instituas.

Jeanne, es-tu le marasme auquel on se consacre
ainsi qu'un vin de messianisme inespéré ?
Sors-tu de la cuisse amortie dont le massacre
a fait d'un Jupiter à terre un apeuré ?

Sors-tu du ventre
              effarouchant
                          des vieux enfers ?
Ou de ce centre
             épanouissant
                         dont n'a que faire
un tribunal
ecclésiastique
                             et corrompu ?
Es-tu banale
ou fantastique ?
                        Es-tu rompue ?

Jeanne, es-tu le fruit du bûcher ?
Sinon, ce que nous fabriquons
de ton histoire endimanchée,
sinon d'un sacrifice abscons ?

« Faisons rôtir de la pucelle
et réservons à chaque femme
un petit peu du sort de celle
à qui l'on fit goûter les flammes ! »

Une lecture
est ainsi faite
                            à mon avis,
d'une imposture
où la prophète
                         eut sur sa vie
payé le prix
du sexe faible
                         et de la guerre.
On l'a compris
(vu de la plèbe) :
                      on ne vaut guère !

Il y a chez ma Jeanne, un relief étonnant :
loin d'être bas, ça sculpte en moi des certitudes ;
un faux-semblant de merveilleux mais détonnant,
confère à son ensemble une absolue quiétude.

Il y a sous les traits tirés de Jeanne d'Arc,
une flèche indiquant la bonne direction,
sous ses soudards ou Rais, le signe qui nous marque :
un brin libre et génial où naît l'incorrection.

https://soundcloud.com/annaondu/jeanne