lundi 20 août 2018

Jeanne



Jeanne, es-tu le fruit du bûcher ?
Sinon, l'étrange énamourée
d'un univers amouraché
par tes échos tant emmurés ?

Jeanne, aussi bien
pourrais-tu n'être
                   en fait qu'un leurre
ou l'autre lien
               vers la fenêtre
                         où les couleurs
de l'arc-en-ciel
ont le besoin
                       de se confondre
en l'essentiel
  unique point
                  d'où tout peut fondre.

Il est un infini de temps juxtaposés
selon lequel on prend des voies aléatoires,
et nos visions, nos voix, sont alors exposées
sur l'ouvrage étoilé d'un Dieu jubilatoire.

Ô victoire arrachée comme un membre à son corps,
à l'hostie des romains tu te trans-substituas,
tu vidas ses boyaux dans le grand désaccord
où stagnaient nos pensées quand tu les instituas.

Jeanne, es-tu le marasme auquel on se consacre
ainsi qu'un vin de messianisme inespéré ?
Sors-tu de la cuisse amortie dont le massacre
a fait d'un Jupiter à terre un apeuré ?

Sors-tu du ventre
              effarouchant
                          des vieux enfers ?
Ou de ce centre
             épanouissant
                         dont n'a que faire
un tribunal
ecclésiastique
                             et corrompu ?
Es-tu banale
ou fantastique ?
                        Es-tu rompue ?

Jeanne, es-tu le fruit du bûcher ?
Sinon, ce que nous fabriquons
de ton histoire endimanchée,
sinon d'un sacrifice abscons ?

« Faisons rôtir de la pucelle
et réservons à chaque femme
un petit peu du sort de celle
à qui l'on fit goûter les flammes ! »

Une lecture
est ainsi faite
                            à mon avis,
d'une imposture
où la prophète
                         eut sur sa vie
payé le prix
du sexe faible
                         et de la guerre.
On l'a compris
(vu de la plèbe) :
                      on ne vaut guère !

Il y a chez ma Jeanne, un relief étonnant :
loin d'être bas, ça sculpte en moi des certitudes ;
un faux-semblant de merveilleux mais détonnant,
confère à son ensemble une absolue quiétude.

Il y a sous les traits tirés de Jeanne d'Arc,
une flèche indiquant la bonne direction,
sous ses soudards ou Rais, le signe qui nous marque :
un brin libre et génial où naît l'incorrection.

vendredi 17 août 2018

De la soul



À la mémoire de Madame Aretha Franklin,


De la soul on en a plein les écouteurs
et de nos fantaisies d'être un plus joli cœur
on garde un bon tempo, comme un souffle au corps
et quelques vibrations qui nous éloignent de la mort...

En garde à la façon des mousquetaires
on ne sait trop verbeux jamais comment se taire
et l'âme au bord des lèvres, on se récite en rythme
une chanson d'amour à la façon d'un algorithme.

On se réclame un peu comme une pub' !
À la façon de ces chansons qui font des tubes
et des jolies chorégraphies de ces danseurs
auxquels une souplesse est truc de prestidigimasseur !

Alors, Aretha, que rien n'arrêta,
repose en paix armée par la beauté des tas
de musicalités que tu mis dans la Soul
et qui littéralement sont les splendeurs qui nous saoulent.

lundi 13 août 2018

Au Huelgoat






À Jacques et Danièle Milon,


On écrivit fort au Huelgoat :
on dégoulinait d'encre alerte
au point d'en avoir les mains moites
et par la plume orange et verte,
au cœur ouvert des pages blanches,
irlandiser la celtitude
et savonner de bleu la planche
où périraient nos certitudes.

On écrivit pour Jack Kerouac
et ses ancêtres montagnards
— au Yeun Elez un vieux bivouac
est comme un Brest aux dieux bagnards —
On écrivit pour Segalen
et ses bretonnes utopies,
pour des prosodies hors d'haleine
envahies d'âmes sans répit.

C'est le Chaos qui nous inspire !
Et de la fleur de ses rochers,
je sale au mieux, je sale au pire
(avec un grain bien arraché),
le plat corsé d'un Finistère
auquel l'identité sans doute
est le fleuron de cette Terre,
est au Huelgoat à toute écoute !

On écrivit aux Monts d'Arrée
depuis toujours et de tous temps,
Connemara, maisons d'arrêt,
de Pontaniou son Léviathan,
j'ai bâti ma mythologie
dans un café dans la forêt,
l'esprit des bois quand il agit,
transforme un être perforé.

https://soundcloud.com/annaondu/au-huelgoat

lundi 30 juillet 2018

Sur le Zéro et l'Infini



Comment penser sur le Zéro et l'Infini ?
Pourquoi, comment survivre à nos effondrements
tout en brillant comme une étoile au firmament
dont la nova rejette aujourd'hui le déni ?

Nous oscillons entre la mort et la naissance,
entre deux bornes d'un néant commensurable,
et parfois même entre deux états misérables,
entre métamorphose et pâle évanescence.

Au moins conscients des vacuités de nos destins,
des pauvretés que nous laissons en héritage,
il faut s'enorgueillir de nos plus beaux ratages !

Ainsi, l'infini qui nous tord les intestins
— né du zéro signant, je crois, sa bouche ouverte —
avale en l'Univers un peu des vies offertes.

https://soundcloud.com/annaondu/sur-le-zero-et-linfini

vendredi 27 juillet 2018

Orage



J'ai su des clameurs de l'orage,
aspirer le venin gazeux
qu'un éclair arrosait du feu
des eaux libérées d'un barrage.

Et cascadaient en fruits de lumière
(abreuvant) les prismes des gouttes,
au vent que les soucis d'écoute
orientait d'étrange manière.

En éventrant la canicule
ainsi qu'un poisson qu'on torture,
un orage aux températures
administre un coup sans recul.

Une vie dévie de son cours,
un long fleuve en torrent de boue,
serpente en joignant les deux bouts
de son ex-absurde discours.

Où te trouves-tu Désespoir ?
Et ce que je baille à Corneille
est-il un vernis de vermeil
ou les vers nés d'eaux sous la poire ?

Orage ! Il était écrit là
qu'un craquement de l'univers
en ressuscitant l'Art du vers,
aurait l'effet d'un Attila.

https://soundcloud.com/annaondu/orage

mardi 24 juillet 2018

Descendance



Descendre d'un ancêtre ou descendre un ancêtre ?
Il suffit d'un seul mot fait d'une seule lettre
et bascule le sens à cheval sur un trait,
d'unions nous l'attachons : la phrase a son attrait.

Tout est détail ici, tout est battements d'ailes ;
un nœud de papillons vient à tâcher le ciel
— auréole où l'essaim pigeonne à l'horizon —
quand le chant des grillons frissonne en oraison.

Sur un trait d'arbalète on voyage plus vite !
Et les petits carreaux qu'à la nappe on invite,
ont le damier déçu des drapeaux d'arrivée.

Je ne sais de ces liens que l'on fixe aux rivets,
qu'une silhouette floue que mes rimes cadencent,
et descendre est un Art inspiré d'ascendances.

dimanche 22 juillet 2018

Veau doux



Je déjouerai le Verbe et son début mythique
en composant pour toi, tel un théâtre No,
nos ombres découpés de « si » si concentriques
en un veau doux, veau d'or aux cinq points cardinaux,
que l'on s'enivrera d’idéal esthétique.

« Enjoue les mots, com' sur des touches de piano !
Joue sur mon corps, pour effacer toute romance !
Et que les sanglots lents de nos violons porno'
rameute un peuple entier d'envies et de semences,
afin de danser sur les reliques de nos os ! »

J'invoquerai des dieux antérieurs aux croyances
et des esprits sortis du ventre de la Terre,
afin de retrouver dans tes yeux de faïence
un peu de ce qui fit ma vertu grabataire
et de ma chasteté l'absolue défaillance.

Après, je te lirai dans ton seul caractère,
apposerai mes mains sur tes rêves blessés,
qui s'y déposeront comme on pose un cautère,
et tes cils incurvés comme une lune en C,
décroîtront lentement sur tes soleils austères.

Enfin libre en mes vers lents de chanter bien assez,
j'étirerai mes mots dont la phrase élastique
animera le pouls de ton cœur élancé
dans une course folle aux accents pathétiques,
à l'accent grave épique et l'angle aigu dressé.

https://soundcloud.com/annaondu/veau-doux

samedi 21 juillet 2018

L'illusionniste




Bien qu'on le croyait seul, il vivait comme à deux ;
son image était floue mais son âme était belle.
Il écumait des mers en périple hasardeux
qu'il imitait grâce à d'étonnants décibels :

Enroulements de tambours, jolies pétarades,
on l'écoutait nourrir en ses feux d'artifices
un espoir incongru mais qui laissait en rade
un peu du Saint-Esprit, tout du Père et du Fils...

En sa cathédrale où, sous d'écrues verreries,
le kaléidoscope agissait sur chacun,
faisant du temps passé de jolies vieilleries,
Lui, bâtissait des mains nos présents baldaquins.

« Le lit de l'avenir est écrit dans vos paumes »,
annonçait-il au vent véhiculant ses airs,
« en pondant le premier, j'attends vos seconds tomes
et leur suite infinie qui surgit en geyser. »

Ainsi, nous l'écoutions, tout emplis d'optimisme ;
un magicien du Verbe animait nos esprits.
Qu'on le lut en musique ou qu'on l'eut au mutisme,
à son église encré l'art avait le bon prix.

C'est aux temps du Poète et de ses mélodies
que l'on règle un tempo des battements du cœur,
et je regrette aussi la saveur des non-dits
de cet illusionniste aux savantes liqueurs.

https://soundcloud.com/annaondu/lillusionniste

vendredi 20 juillet 2018

Métamorphique



Comment dire aussi crue, votre beauté flagrante
et mon ivresse émue par vos traits délicats,
sinon par l'éclat de splendeur émigrante
en vos yeux rutilants d'innombrables micas.

Nous sommes composés de multiples trésors,
et les couleurs des yeux ne sont qu'un verre amorphe
où le reflet de l'âme est un vieux dinosaure
assujetti souvent aux pressions métamorphes.

Alors on change en pierre un vain cœur d'artichaut
que l'amour effrayait tandis que l'on frayait,
que l'effroi des passions se peignait à la chaux.

Redessinant ta bouche au hasard des rencontres,
il m'arrive aujourd'hui d'y payer mon loyer,
de me loger en toi, contre toi, oui, tout contre !

https://soundcloud.com/annaondu/metamorphique

vendredi 13 juillet 2018

Filles & Garçons



Je décomposais sur les cordes de tes côtes
un mouvement musical auquel on tenait
comme au week-end autopsié d'hôtel à Zuydcotte,
où nous bavions de ce que l'Amour contenait.

Qu'on l'y masse ou qu'au lit macère entre deux ombres
un de ces embryons, qui sait de ce fœtus
un brin de vérité dont la part d'encre sombre ?
Un brin des entrelacs dont on est un fétu ?

Foin de bombe hirsute et de canons de beauté !
Je décodais ta clavicule en la longeant ;
la paille était dans l'œil ainsi désorbitée.

Je déconnais parfois, tandis qu'en t'allongeant,
j'offrais en sacrifice un agneau dépité
par une maladresse en mon être indigent.

mardi 3 juillet 2018

Aphorisme sino-cantonesque

Quand on est cantonné cantonnais qu'entonnait canto né, l'on rit jaune au nom de Cantonna.

jeudi 28 juin 2018

Aphorisme jupitérien


Emmanuel Macron souhaite «voir aboutir» la suppression du mot «race» dans la Constitution : la race l'harasse.

mercredi 27 juin 2018

Le blé sauvage






Comment dire un peu plus des mots de la beauté ?
Dire un peu plus des maux de tête à son image,
et raconter comment par un éphèbe ôté,
le reflet du miroir est masque à son visage.

On a bâti des murs afin de l'afficher,
de l'enfermer dans un atroce labyrinthe,
et comme un minotaure absurde amouraché,
j'ai Picassé sur elle un signe qui m'éreinte.

En broutant la prairie de son regard avide,
en buvant ses désirs inavoués au martyre,
hors d'Elle il m'a fallu faire un infini vide.

Il m'a fallu — tanguant — mimer Carlos Gardel,
et crucifier comme une option que l'on retire,
un blé fol et sauvage ayant la passion d'Elle.

https://soundcloud.com/annaondu/le-ble-sauvage

vendredi 22 juin 2018

Inspiration, transpiration

L'engagement fait suer quand on est en nage de se marier.

samedi 16 juin 2018

Amphibien



J'ai ciselé ma rose des sables
à ton image attelée d'amour,
aux lingots dès lors impérissables
où je me confondais des labours
exigeants, mais à mention passable.

Il soufflait de mon oued assoiffé
le flux nourricier de tes vaisseaux,
de tes baisers soudain décoiffés,
la salive édulcorée des sauts
consentis par des faux paraphés.

Tout en toi résonnait d'Arabie ;
mon index indécent t'effleurait
— microbe en mode anaérobie —
ne pouvant déflorer tes forêts,
mais t'enlaçant d'un corps amphibie.

https://soundcloud.com/annaondu/amphibie

jeudi 14 juin 2018

Poussières




À la mémoire de Philip Roth,


Rien ne dure et pourtant rien ne passe,
on ronronne, assis aux chats d'aiguilles
au salon (pendule au temps rapace),
entrelacés en chiens de fusil
afin de tisser nos carapaces.

Et justement puisque rien ne passe,
on devine aussi que rien ne dure,
on sait que nos rêveries trépassent
et qu'étranglées nos passions futures
auront les goûts que l'épice espace.

On l'aura dans l'os aux catacombes,
infiniment dans le désarroi
du souvenir auquel on succombe
en étant de ces décombres un roi
sans que pourtant rien ne nous incombe.

https://soundcloud.com/annaondu/poussieres

mercredi 6 juin 2018

Orphée



L'or fait le malheur
et l'argent le bonheur ?
Orphée fut tout entier
plongé dans le creuset
de ce métal hurlant
que l'on appelle « Amour »,
et qu'en versets violents
je déverse alentours.

Mes coquelicots fondent
Et l'étain fait des balles,
Ô joie que l'on confonde
un fatras qu'on déballe.
Or, argent font la guerre
et naguère est jadis
— ôtez-moi du vulgaire,
offrez-moi l'Eurydice.

Offrez-moi l'opportune
à quérir aux enfers ;
à ce point sans la thune
on ne sait pas quoi faire,
on ne sait pas pas quoi dire,
on essaime à tout vent
mais on donne au nadir
un parfum de l'avant.

Mais on vole au zénith
un espoir insoumis
qu'un poison d’amanite
agrémente au semis.
L'asphodèle est au Mal
un emblème optimal,
et les forges d'Hadès
ont créé mes déesses.

https://soundcloud.com/annaondu/orphee

mardi 5 juin 2018

L'effet papillon



Lorsqu'un papillon bat de l'aile
et qu'un chaos lui fait écho,
qu'un moissonneur a des allèles
à triturer mode Art-déco',
la génétique est un naufrage
et le génome est un scrutin
d'où le plus niais de ses suffrages
est hybridé par des crétins.

Ma Liberté s’est envolée
sur ta sélection darwinienne
et sur tes cils à la volée
bâtant la campagne iranienne
au gré des transperçants yeux pers
où se logeait l’aînée gordienne
en laquelle enfin je me perds,
en là sombre un trait d’obsidienne

Alors ? Où se trouve la flèche
afin de trancher les cordons
qui nous relient tant qu’on se lèche
à nos ombilicaux codons ?
Puisqu’on est vraiment dans la dèche,
alimentons la controverse !
On aura l’encre d’une seiche
à déverser à la renverse.

https://soundcloud.com/annaondu/leffet-papillon

jeudi 31 mai 2018

Jeu Thème

Ou comment poser ses sentiments sur l'échiquier de l'autre.

vendredi 11 mai 2018

'68



Qu'on teste à terre
un peu du goût du pavé
gris lacrymogène en brume idéaliste
ou qu'on s'entête à la terreur révolutionnaire
aux visions de Trotsky par le crible insidieux de l'Europe
aux desseins de Mao par celui d'idéogrammes
aux utopies anarchistes
on garde au cœur un peu de ce nouveau temps des cerises
un peu de cette Commune amphitryone
à laquelle on n'ose consacrer des messes
autrement qu'en oubliant l'année qui la contint.
'68
un demi-siècle après le conflit qui marquait le début de celui-ci
— la moitié du vingtième alors qui finirait aujourd'hui ? —
'68
une étrange et bleutée solution posée sur l'équation des mondialisations
cuivre embobiné par les trompettes de la renommée
sulfatage abominable à droite, à gauche, à l'extrême gauche
à l’extrémité maladroite où s'échouent les idées
'68 est née telle une hydrocéphale
une enfant de béton, de ciment
déchirant la matrice agencée d'un temps révolu
sciant les poutres dont elle fit son bois de chauffage
et l'effondrement d'un ensemble effaré de principes.
On reparle à veau-l'eau de cet an compassé
sans mesurer jamais vraiment l'épaisseur effrayante
et les replis pâtissiers de ses événements
dont on se délecte à présent comme on bouffe un passé.
'68
en janvier tu t'es faite au visage humain d'un socialisme optimiste
(on oublie ce ton donné par la Bohème et ses enfants d'amour)
un Poème — on dit « Carmen » en latin —
débité par un futur jardinier de Prague
Alexandre Dubcek
illustré par le cinéma jeune et triomphant de Milos Forman
bourgeons naissant dans la froidure hivernale
avant la venue d'un printemps qu'il faudra que la violence élague
alors qu'au mois suivant les patineurs triomphaient en hockey
du grand frangin russe et signaient de tchèques en blanc
les Killy-Killy des médailles olympiques.
À Nanterre, on troquait les canons du 18 pour ceux du 22 mars.
Un juif allemand quoique français, rouquin de surcroît,
laissait jaillir une sève élaborée de théories libertaires
et la mort de Gagarine étouffait dans l'œuf ensanglanté de Spoutnik
un vent de révolte en Pologne
un soulèvement des étudiants gonflés de désirs inventés
que le rugby français concrétisait d'un grand Chelem inaugural.
'68 était un mélange inquiétant d'extrêmes
espoirs incongrus
répressions innommables.
En avril, ils ont tué Luther King.
En tuant la non-violence, on ouvrait la boite de Pandore
et le déferlement des sauterelles sur les chants de nos cultures
en avril, alors que Prague était tout à son Printemps
le grand fourmillement des forces intellectuelles et populaires
œuvrait sourdement mais sûrement au Grand Soir
en avril on a tué Martin comme on a tué Gandhi
comme on a tué la pensée de Tolstoï juste avant
comme on a voulu tuer celle du socialisme à visage humain
celle admirable où l'Anarchie n'est pas mue par la brutalité
mais par la négation de l'état face à l'individu.
'68 explosa donc en mai
cocktail Molotov
au cœur de mon quartier Latin
celui de François Villon
place de la Sorbonne et rue des écoles
ombilicale entre la « Bonne sœur » et Jussieu
Tout à côté du Boul'Mich'
et du Luco' qui me vit vendre aussi mes poésies
là, près des bassins secrets vers lesquels les amoureux parisiens de toujours ont leurs flirts
alors, comment ne pas romantiser cette pseudo-révolution qui ne fit pas de morts?
Entre un sitting où passait une jeune femme enceinte et quelques barricades
on y croisait des fausses connes et des vrais bandits
sous les diatribes de Dany Cohn-Bendit.
En mai, défait ce qui te déplaît !
Car ce mois de mai fut paraît-il estival
on dit que cet été prématuré fut le déclencheur opportun de cette crise adolescente
et qu'avec la pluie du mois de juin le peuple impubert revint à ses voitures
on dit aussi qu'une infirmière au sein des barricades
aperçut un beau jeune homme en train de coller des affiches pour un concert de musique irlandaise
et qu'ils tombèrent amoureux
Mai '68 est un mythe, un mythe est peuplé non de gens, mais de ses légendes
et qu'on se les raconte afin qu'un poète un jour les écrive.
On assassina le mouvement puis Bob Kennedy
Manifestant ses 2000 mots
Prague haranguait
face à l'ultimatum du Pacte de Varsovie.
Les 70 mm de l'Odyssée de maître Stanley
ne donnèrent pas naissance à l'enfant de l'étoile rouge
et le mois d'août fut un mois dur
écrasé par les chenilles arpenteuses des tanks
auréolés de croix gammées — comble de l'Histoire —
Ô Kafka, grand prêtre halluciné
ta patrie pétrie de déboires
était un bateau livré pour l'exemple.
En Afrique, on biaffrait d'impatience
en affamant le peuple
et le pain coûteux des jeux du Mexique
offrait une tribune au Black Power
aux poings tendus — le droit, le gauche, il faut bien se partager une paire de gants —
tandis que crevait Marcel Duchamp (bidet mal réparé)
l'automne aussi mourrait.
La surnage au Napalm
enveloppait de son brasero
l'âtre âpre et fuligineux du Viet-nam
épuisant le mirage américain de la cavalerie morte en héros.
L'élection de Nixon avait les airs d'un hallali
pour ces élans de transgression.
C'est curieux : les aspirations de renouveau semblent accoucher des pires retour à l'ordre.
Et pourtant, c'est juste une impression : doucement, le changement s'insinue comme une faille à la morale.
En décembre, Apollo VIII envoya trois garçons faire un tour de notre satellite
et j'étais sur orbite à mon tour
avec Explorer de 2001
sous la surveillance attentionnée de HAL 9000
et de mes jeunes parents
dont l'une au bras de l'autre était passée place de la Sorbonne
enceinte
en mai dernier.

dimanche 6 mai 2018

Au bord du Goyen



Je t'ai couchée dans l'herbe, allongée dans le frais
cresson du bord de l'eau, fondant sous la chaleur
irradiée de ton corps adulte et qui s'offrait,
lascivement ouvert à mes doigts cavaleurs.

Endormie, j'observais ta beauté dans l'écrin
végétal où ton souffle apaisé soulevait
légèrement ton ventre arrondi, dont le grain
délicat sous ma main lentement se mouvait.

De petits animaux curieux t'approchaient :
l'insecte, ou la belette en reniflant ton bras,
t'effleuraient mais pourtant jamais ne te touchaient.

Je restais quant à moi dépourvu d'embarras,
m'unissant au décor, à toi, rien ne m'empêchait
d’absorber tout entier ce soleil d’apparat.

samedi 5 mai 2018

Unique étoile



J'ai le croissant de lune aveuglant de ta bouche
au petit-déjeuner de ma quête amoureuse,
et le sentier creusé par ton bras sur ta couche
en guise de tranchée vers ta gorge onéreuse.

Et rien ne m'est plus cher que ces draps de fumées,
que ton éclat debout dans la lumière éteinte :
il me fallait deux buts dont ta main parfumée
guiderait mes écrits d'agonie hors d'atteinte.

Il me fallait rêver que tu m'étais possible,
afin qu'en quelques vers on devinât ton corps,
et que ton âme aussi prise à ce point pour cible,
offrît à mon désert une oasis accorte.

Il me fallait danser sur les définitions,
sur les sons, sur les sens et sur l'essence de toi
pour capter en plein cœur de ma méditation,
ta beauté camouflée que mes larmes nettoient.

Ce sont de vies d'avant que nos sentiments sourdent
et de se reconnaître il est bien compliqué ;
j'avançais en aveugle et d'une oreille sourde
avant que de t'entendre en cueillant ton bouquet.

Chaque étoile est unique et leur nombre infini,
chaque amour en effet n'est qu'une tentative ;
une rencontre dont on ne s'est prémuni
ne concède au hasard aucune alternative.

https://soundcloud.com/annaondu/unique-etoile

Hidjab



Mes pensées s'en allaient sur l'onde paresseuse
ainsi que cette feuille où se pose ma plume ;
un oiseau chapardeur entamant sa berceuse,
illustrait par ce chant toute mon amertume.

On pose, au fil de l'eau, des années de bonheur
en parfaite ignorance, en coupable insouciance,
et le marteau du juge implorant votre honneur,
enclume avec le temps les faux-cils de la science.

Il me faudrait pour toi fondre un vocabulaire,
un dessert olfactif, un bonbon de syllabes,
afin qu'un chocolat d'émois sous ta molaire

ait le croquant des feints jurons faits sous hidjab,
et que l'on classe au creux de tes intercalaires
une beauté née d'un calligramme arabe.

dimanche 29 avril 2018

Aphorisme abstrus

La beauté ? C'est l'expression d'un Vrai dans une liste de Faux.

mercredi 25 avril 2018

Brummell





Je voyais en Brummell
un phare en direction de la terre gaste
un rêve embrumé
dont la vie fantasque
et la fin misérable
hantait mes fantasmes existentiels.
On devinait chez Brummell
un charme indéfinissable
exposé comme au musée des vents contraires
utilisé par les morales arbitraires
afin qu'ainsi mis à l'étal
on démarchât de son statut
d'un piédestal accidentel
où l'on vendit à la bougie
sa séduction calculatrice
à l'élégance artificielle.
On peut citer Barry Lindon
et les dandies qui dans Paris
peuplent aujourd'hui les boites
en sniffant les rails urbains
d'un underground un rien trop métropolitain...
Jamais pourtant ne disparaît
l'image en mon miroir
où dans son halo de buée
paraît Brummell et son mystère :
il inventa Bowie,
la classe et l'éclectique
aura de l'humain désinvolte
intense et débranché
en avance à chaque instant d'un temps
(voire un peu plus parfois)
puisqu'à la fin crever
c'est notre lot commun
bougeons l'aiguille au gousset
de l'heure inexorable
et des règlements castrateurs
allons vers un futur absorbé par le présent
cadeau lui-même du passé !
Brummell était un artiste un peu particulier :
l'auteur et l'œuvre en lui se confondaient ;
son attitude était des vers en escaliers
qu'on monte et qu'on descend d'un seul regard ;
il inspira d'autres dandies dont Wilde est mon modèle,
évacuant de fait l'ordre sexué
des pensées créatrices
offrant le chant défriché des pulsions masculines
à l'expression d'une esthétique émancipée.
Mais le tableau se fige un jour
et les couleurs palissent
et si c'est simple comme bonjour
en vérité de La Palisse
on fuit pourtant l'odieux verdict
où le temps tyran lui nous dicte
un gros retour de manivelle
et de ses fourches caudines
un ego trop long que nivelle
un joli coup de guillotine.
Alors, moi de Brummell
— ectoplasme invasif —
il me reste, incisif,
un brouillard qui s'emmêle
aux rêves de marine anglaise
aux vapeurs de l'encens
au Génie de Baudelaire
aux mains de Camille enfoncées dans la glaise
aux révolutions couleur de sang
dont le muguet parfume assez bien l'air.