jeudi 20 avril 2017

L'Odalisque



Sa chevelure est comme un drap
Couvrant son sein comme son bras

Chevelure en liquide airain
S'écoulant de la tête aux reins

Sa nudité s'est dévoilée
Sur ma rétine dévoyée

Sa peau m'est comme de la soie
Sapant le moindre amour de soi

La nature était son écrin
La parsemant de quelques crins

Mais son baiser tout aquatique
Est une liqueur hypnotique

Où femme est courbe et sur ta bouche
On lit de Courbet quelques touches

Toi, curviligne asymptotique
Issue d'un liquide amniotique

On te retrouve en chrysalide
En ton cocon des Invalides

Offre à ta toile d'araignée
Riche à ma rime où j'ai régné

L'image infinie de tes traits
Suscitant un terrible attrait

Mais sur ton sourire est gravée
Ma Torah d'une âme aggravée

mercredi 19 avril 2017

Melpomène



Du côté de l'œil gauche
On a du mal à caus' de la mèche
Et pourtant je lis l'espoir
Un espoir de journal révolutionnaire
Un désespoir amoureux
Le conflit de l'Idéal et du Spleen
Une verdure à la Verdurin
L'amour contenu comme un lavabo bouché
Vos cheveux sont les rideaux de l'écran qu'on veut découvrir
Une marque sous l'écran gauche
Une éphélide affirmée
Scelle affirmativement ma fascination pour vos traits
Sobres mais parfaits
Sombres mais éclatants
Célèbres avant que de peupler ma littérature
On dirait que vous m'avez anticipé...
Le fluide de ton regard est pur.
J'improvise, allons bon ! J'improvise un peu sur le dos de ta beauté
Vous m'avez laissé ce vieux cliché pour vous aimer
Cessez de vous plaindre : on ne se plaindrait pas même à vos pieds
Le sable de votre peau claire est la plage où se dissout la mer qui jaillit de vos yeux
Je m'y noie sans retenue
Puisqu'en ton île rien n'est nu
Puisque tes baisers sont séditieux
Puisque ma belle aveugle avance aux pieds nus sur des charbons ardents
De l'œil droit je sais l'espoir absolu
L'espoir aveuglé par les promesses abusives
Et le mal d'Amour inhérent aux perspectives cavalières
Il est l'œil éberlué des amazones exténuées
Cherchant l'orage au cœur des ciels arides
Et quelques rides au sein des jeunes dépressions
Les lettres organisées par tes lèvres sur ta bouche sans parler
Recouvrent l'alphabet de mon écriture et me permettent une folie
Je voudrais t'avoir sculptée de mes propres mains pour être assuré que tu n'es pas un mirage

Et te toucher pour savoir que tu existes.

mardi 11 avril 2017

Descendre




Grandir et se chercher
Chercher à se trouver
Ressembler à ses rêves
Et se chercher sans trêve
Adolescent
Adulescent
Grandir en renaissant
Loin de ce qu'on pressent,
C'est bien ça l'âge adulte !
(Et qu'en moi tout insulte.)
On suicide un destin
On lui noue l'intestin
Si l'on coupe appétit
Si petit à petit
L'on détourne un désir
Émergeant du plaisir
Que ressent un enfant
Dans la voie qu'il défend ;
Le souci narcissique
Est un poison classique
À ces mains de parents
Strangulant l'inhérent.
Laissez les à leurs mues !
Tous ces ados émus :
Ce sera l'unique chemin vers l'âge adulte
— On trouve quelquefois des ratés de ce culte
Ils traînent leur post-adolescence attardée
Sur le verdict de ce mauvais lancer de dés
Mais leur vindicte est justifiée par cette suite
Inéluctable où tourne en rond leur faim de fuite.
Élever un enfant
C'est trouver comme on fend
la coquille de noix
pour ne pas qu'il se noie
la barque qui l'emporte
au loin de notre porte,
Et ne pas déverser
nos dépités versets
sur le germe naissant
d'un arbre florissant.

Ô ma progéniture
Oh, j'aime ta nature
Et ne ressemble pas
À ton hideux papa.

lundi 3 avril 2017

Les ports de pêche (republication de 2006)

Je sais une rue longue et terne,
Qui donna le nom d'un quartier,
Au dessus du port de pêche d'Audierne;
On l'appelle Poulgoazec d'un trait,
Comme un nom de caserne
Qu'on pourrait oublier.
Du temps des grandes pêches on comptait
Plus de deux cents bars, c'était hier...
Chaque commerce, en fait, tenait
Buvette et cafetière,
Les marins venaient s'y saouler,
Racontant leurs fortunes de mer.
Les filles de joie traînaient,
La coiffe en bataille,
Et les femelles mariées guettaient
Leurs hommes au portail,
La brouette pour les ramener
En ivresse au bercail.
Et le célibataire, la racaille,
Allait dans sa galtouze de sel,
Jaunie de marées en pagaille,
Remuer le ventre de celle
Qui l'attendait sur la paille,
Leurs sabots pêle-mêle...
Et les nuits s'enlisaient parallèles
A ces aubes laborieuses,
Où les démons de l'enfer éternel
Et du stupre des nuits sulfureuses,
Ramendaient, comme l'on fait des dentelles,
Leurs filets d'une main méticuleuse.
Et des perches se dressaient majestueuses,
Sur les bords de ces vieux gréements,
Armes dociles et affectueuses,
Qui de ces thoniers étaient l'armement,
Pour prélever en ces mers poissonneuses
La rançon des colères du vent.
Puis venait alors le moment
De prendre la mer en grand nombre,
De chasser d'un revers de hauban,
Les heures de plaisir et leurs ombres,
Et les femmes reprenaient leur rang,
En ces ports qui ne sont plus que décombres.
Si ces mots, ce sont à moi qu'ils incombent,
Comme la vision d'une autre vie,
Ils nous reste tous des traces d'outre-tombe,
Dont on veut témoigner à tout prix,
Et dont les rimes pleuvent comme des bombes,
Sur Brest re-détruit...

lundi 27 mars 2017

Le poète et la fleuriste (réécriture d'un texte de 2005)


Y'a un p'tit poète (y pèse pas bien lourd)
Dont le pauvre texte a rempli d'amour
Un furieux prétexte à passer les tours.
Y'a une p'tite fleuriste et belle com'le jour,
Avec un cœur triste à pleurer toujours ;
Elle est artiste et blessée dans sa tour.
Un jour le p'tit poète a rencontré la p'tite fleuriste,
Ils se sont souri, se sont pris la main puis se sont dit :
"Toi, le p'tit poète, remet dans mon cœur, un air fantaisiste !"
"Toi la p'tite fleuriste, remet donc des fleurs, dans ma poésie !"
Y'a un p'tit poète : il sait qu'elle existe,
Elle est bientôt prête et jolie fleuriste
(Or, c'est jour de fête alors qu'il insiste).

dimanche 26 mars 2017

Le goût de la Vie






Le goût de la Vie, celui de la Mort,
un trait qui dévie sur un méridien,
l'amour est en vrai ce baiser qui mord
aux dents mais qu'effraie ma plume d'indien,
d'apache iroquois criblé de remords.

Or, nourri du Quoi de mes mots fléchés,
l'argent de la paix qu'allumait ma flemme,
ainsi se repaît comme un veuf léché
par un feu d'enfer — à moins qu'un veuf l'aime —
et par les revers de tous ces déchets.

Camille ! Un acide est rentré dans l'Art,
et rien n'est lucide, et rien n'est extra ;
Paris ceinturant Créteil et Balard,
oublia nos rangs, nos voix, nos contrats
dans un bain de boue mêlé de mollards...

Un chaos debout masqué de lavis,
s'emmêla la nuit dans la politique,
et l'Art est inouï dans l'eau de l'avis,
lorsqu'un matamore est plein de l'éthique
ou le goût de mort est bien de la Vie.

mercredi 15 mars 2017

Tout est Vin



Tout est Vin dans le fond, depuis le sang du Christ,
une humeur est mauvaise où l'on en fait la lie ;
c'est aussi pour cela qu'on chope le Vin triste
et qu'un demi sans col est un juste hallali.

Tout est fluide emprunt des versets de Xavier Grall
et s'écoule indolent dans ceux qu'il éberlue ;
tout écrivain se vante au jour du dernier râle,
aussi de ses saints marcs que l'eau-de-vie dilue.

L'absinthe immaculée conçoit que d'autres voies
génitrices sont crues par d'odieux hérétiques ;
or, le Vin de message amène à vive voix
le besoin de s'accroire en des dieux hermétiques.

Tout est Vin de surface et de supermarchés :
tous les vers qu'il charrie sont des poésies mortes ;
il m'en fallut beaucoup (toutes corde à l'archet)
pour enfin repousser le battant de sa porte.

mardi 14 mars 2017

La poésie s'est gourée de route et la chanson l'a déposée

comme une auto-stoppeuse en mal d'hygiène.

jeudi 9 mars 2017

Sans phare




Écrire à cette femme aimée
comme on se réveille en sueur,
et de ses premières lueurs
absorber l'onde sublimée.

Être à ses côtés comme un vers,
épiçant l'épissure où l'âme
infiniment déroule lame
et marées, rochers découverts.

Il me faudra trouver les lettres,
afin de me décomposer
dans ce que je t'ai proposé
de mots croisés sur un mal-être.

Et pourtant nus sous ta lumière,
on sait mes mots jurant blafards,
on sait ta beauté sous ses fards
avoir ma laideur pour chaumière.

mercredi 1 mars 2017

Le Sacré-Cœur de pierres




À mes titis, Mathieu et Olivier,

Quand sur des morts on monte un monument de pierre,
afin de plus encore écraser leur mémoire,
on bâtit un caveau sur un amas de chairs
— un baptiste en vomit d'un pareil assommoir !

Un chrétien véridique en serait affligé
du Sacré-Cœur ouvert en Sacré-Cœur de pierres,
du cercueil profané d'un massacre infligé,
le sang du Christ est vain lorsqu'il n'est plus que bières...

Alors, on boit l'absinthe aux cafés du cerveau,
pour tenter d'oublier dans leur triste oubliette,
on regarde passer le bourgeois comme un veau
s'en allant pour voter en ramassant nos miettes...

On s'abstrait peu à peu de ce réel atroce,
où le pus du fascisme s'écoule à grands flots,
tandis qu'un archevêque à grands coups de sa crosse
assène un pieux sermon qu'on entend rue Soufflot.

Je préfère au Chardonneret le partisan,
dont le chant plus christique est aussi plus critique
et je laisse aux faux-culs leurs plumes de faisan,
la mienne est toute acquise aux visions extatiques.

Elle est l'alliée — la folle — insoumise et déçue
de ces parfaits rêveurs, oubliés et défaits,
dont on cause à l'occas', entre deux par-dessus,
sous la pluie dont l'oukase a lavé les préfets.

Ma religion n'est pas « nouvel ordre moral »,
et mes idées en conflit sont au su de Paris :
tantôt pétries de bien, tantôt pétries de mal,
et sous ses beaux pavés dont on fit des paris.

Des SAMU, PMU, qu'on applique à ces fins,
j'ai François-Jean Lefebvre de La Barre au ventre,
un goût de sang moisi par l'odeur des défunts
de la Vierge Rouge et qu'à la fin tous éventrent...

Alors, ô basilique du veau national,
en te peignant j'assure en ce geste si leste
une déconstruction d'un art subliminal
où la Jérusalem communarde est céleste.

vendredi 10 février 2017

Delta Dunhill




Peut-on sculpter dans l'ambre un peu de chair humaine ?
et peut-on raffiner l'essence féminine
ainsi qu'on le ferait d'un perse Cyclamen,
auquel on subtilise un parfum d'endorphines ?

A-t-on la dépendance à ses châteaux de cartes,
alors qu'ils sont bâtis sur un corps impeccable ?
et sert-on de prétexte aux cuisses qui s'écartent,
aux belles enjambées de vers impraticables ?

Il n'est d'Anatolie qu'une réponse ouverte :
elle est posée dans l'air afin d'être sculptée
— son Pygmalion figé dont elle est recouverte,
absorbe avec ses mots sa folle volupté.

Lui, glisse entre ses doigts, dans l'idéale glaise,
un embryon d'amour, une inception d'espoir
à laquelle on succombe en même temps que plaisent
à nos sens énervés ses regards dérisoires...

Elle est Géographie ! ses gestes : des séismes ;
elle est de ses contrées l'incarnation puissante
et des monts, des vallées, parfait anamorphisme
où mes mains comme l'eau, dévalent les descentes.

Une femme est souvent le fruit de son pays :
sa pulpe est toute entière emplie du jus des sources ;
elle est un oasis où chaque homme ébahi,
découvre un monde unique aux troublantes ressources.

Il en est une à part, à laquelle il me faut
rendre un hommage inepte : un baiser sur sa bouche
est le Delta Dunhill ayant pris à défaut
ses cercles de fumée de sorcière infarouche.


mercredi 8 février 2017

L'humoriste




À Charline VH,


Je la vois au filtre de son intelligence,
à l'éclairage abscons des jeux de mots abstrus,
polir en déformant les miroirs d'indigence
où notre image est niée par quelques malotrus.

Je la vois m'enchanter de chants qu'en sémantique,
on dirait dépeuplés de sens et d'importance,
et qui sonnent pourtant du refrain cathartique
auquel une oie confie quelque fois sa substance...

Mais loi blanche est noircie, si tant est qu'on ne vote
un décret pour ceci, pour cela sans l'entendre,
et le verbe revient défroquant les dévotes.

Et le bon mot sorti de ses lèvres si tendres,
a l'éclat du diamant dans les dents des vieux singes ;
et sa beauté se cherche en trouvant ses méninges.

samedi 28 janvier 2017

L'improbable




Il paraît que je suis poète
et que je ponds des euphémismes
à propos d'amours désuètes,
à coups de vers et d'aphorismes...

Il paraît que d'être emplumé
comme un mohican prosodique,
est d'auteur à gage assumé
la voie d'un meurtre épisodique.

L'acte d'écrire est criminel :
on y tue le temps qui s'enfuit
— mon désir est ma sentinelle,
et ton regard en est le fruit —

Je m'y tue du rêve en loser
— et ton regard est un calvaire
à moitié plein mais sans doseur —
et m'y vit le reste à l'envers.

Un regard peut être indécent,
surtout lorsqu'il est hypnotique :
en faisant un fruit déhiscent
d'un cœur cabossé chaotique.

Il était ainsi ton regard :
il pleuvait de verdure en moi
tout en me traitant de ringard
ou d'herbe à chasser les émois.

Je comptais sur tes éphélides
Un brin de mes éphémérides,
Un coup d'épaules aux Invalides,
Mais laissant sans effet mes rides.

J'escomptais ta bouche gourmande,
afin de manger mes paroles,
et du futur que je demande
un trait passé Rivarol...

Un attrait passé d'avenir
auquel il m'est pourtant possible
en me forçant de venir,
épousant ton regard indicible,

Embrassant le temps circulaire
où notre rencontre improbable
est devenue le corollaire
aux fleurs d'un regard impalpable.

lundi 16 janvier 2017

Ara qui rit




Comme un oiseau de pluie, je me suis confondu
— camouflage d'excuse au moindre camouflet —
avec l'eau qui s'enfuit des glaçons qu'ont fondu
de ton cœur de mouflette à mon cul qu'a morflé.

Comme un drôle d'oiseau qu'on se plaît à plumer,
je m'suis tordu le cou sur ton image abstraite ;
un regard ampoulé m'indiquant que plus mes
désirs étaient piteux, plus ma foi serait traite.

Alors je m'suis caché sous cet épais duvet
dans lequel on épuise un restant de ses rêves
à deviner ce que Papaguena revêt.

Et comme un perroquet, de ces mots dont il crève
en répétant la pièce ou l'aumône au brevet
de son propre examen, d'un plumier j'admire Ève.

vendredi 13 janvier 2017

Croissez corbeaux !




Me regardant dans mon miroir,
Je me demande quel mouroir
Aurait pris note des mémoires
au ticket d'caisse en vieux grimoire.
Me regardant dans cette glace,
Eh bien soudain le sang me glace :
Oh ! Dites moi quelle est ma place !
Oh ! De tous ceux que je remplace ?

Elle est perdue cette amoureuse,
Oh ! L'éperdue pourtant poreuse,
Elle épongea l'humeur cireuse
Où se patine une âme heureuse.
Elle est aigrie du vert-de-gris
Dont les treillis font des abris,
Sur les démarcations des cris,
Sur la suture où tout s'écrit.

Que le temps crève comme un pneu
Que mon âme en rêve encore un peu
Encore un peu, encore un peu
Les bides des hommes se dégonflent
Au gré du gras de leurs baudruches
Et que t'importe s'ils nous gonflent
La meuf est reine dans sa ruche,
La meuf est reine dans sa ruche !

On dit que la nana varie
Et que l'ananas qui s'avarie
Tout comme la loi Savary
Ce n'est en fait qu'une avarie !
Mais moi je pèse mon présent
Dans les maillons anglicisant
Des libertés qu'en incisant
J'accouche au jour laïcisant.

J'en vomis les femmes soumises
Et les versets qui sodomisent
La dignité qui m'est promise
Et le blanc-seing qui m'est de mise.
J'en extrapole un froid brûlant,
Un front pas national hurlant
La fièvre en son poing purulent,
Chouette en matins purs hululant !

Que le temps crève comme un pneu
Que mon âme en rêve encore un peu
Encore un peu, encore un peu
Les bides des hommes se dégonflent
Au gré du gras de leurs baudruches
Et que t'importe s'ils nous gonflent
La meuf est reine dans sa ruche,
La meuf est reine dans sa ruche !

Alors, croissez jolis corbeaux !
Je vous nourris de mon corps beau
Comme un poème de Rimbaud
Vous gaverait des accords bots.
Je vous nourris de mon sang frais
Comme un vampire en chouette effraie
Ceux qui poussant des cris d'orfraie,
Vivent en fait à peu de frais.

Alors croissez jolies corneilles !
Ayez de moi ce golden eye
Auquel un seul éclat s'égaye
et sa sagaie sur Marvin Gaye !
Sexuelle est la blessure humaine,
Et qui la porte en son hymen ?
Mère, épouse ou sœur, Amen !
Où sont passés les supermen ?

Que le temps crève comme un pneu
Que mon âme en rêve encore un peu
Encore un peu, encore un peu
Les bides des hommes se dégonflent
Au gré du gras de leurs baudruches
Et que t'importe s'ils nous gonflent
La meuf est reine dans sa ruche,
La meuf est reine dans sa ruche !

samedi 7 janvier 2017

Yetzirah





J'errais à l'équateur où ton ventre arrondi
me promettait les fruits qu'un ascète exotique
en Prométhée cueillait sur un arbre, or on dit
que le feu se dérobe en mini-jupe antique.

Arpentant tel un maître au repentir heureux,
les courbes de ton corps et leur loxodromie ;
j'étais dans l'entonnoir où l'on tombe amoureux,
dans le baiser sacré que tu m'avais promis.

Vertèbre après vertèbre, en jouant de leur flûte,
il me fallut ce doigt posé sur ta note,
afin d'ôter deux trois soupirs nés de nos luttes
et des doux grincements de nos jolies quenottes.

Il me fallut ce Sephiroth ultime où Toi,
puisant sans fin la sève de l'arbre de vie
— palindrome admirable où l'âme se nettoie —
tu sois l'image unique aux sources de l'envie.


dimanche 25 décembre 2016

Au pays des merveilles




Aux beautés du ciel étoilé que le soleil a laissé,
la lune qui ment qui décroit, décrit un C ;
le bruit d'une marée qui montait sans prév'nir,
Est empesée du poids des astres sans av'nir.

Ainsi, tyran du noir et du poids que j'ai pu,
soutirant la cigüe des canons que j'ai bu,
je monte au firmament d'où je verrai le monde
au complet, bleu marine, en son costume immonde.

On dira de mon cas qu'il était d'un pauv' type,
aussi que du paria, c'en était l'archétype,
et pourtant sur mon lit je laisserai ce fleuve :

un torrent asséché quoiqu'il vente ou qu'il pleuve,
un torrent de pensées, d'empathie, d'heur' de veille,
un humble ruisseau dont il eût fait des merveilles.

lundi 19 décembre 2016

Épice




J'ai pris ta beauté dans la face
on ne peut mieux cachée des lunes,
où contant dans de floues préfaces
un, deux, trois moutons de Panurge,
un de La Bruyère en callune,
on divague aux jeux dont rien n'urge,
et ta beauté dans la figure
imposée par une ou deux fées,
par des vagues de bonne augure
au-dessus d'un berceau de braises,
implose — en mon verbe agrafée —
comme un coulis sucré de fraises.

Elle explose en sang comme en milles,
et le nœud gordien de la bise
est sur ta bouche un vœu débile
où je m'abime en rêve (abscons),
puisque toi tu joues l'insoumise
et que moi j'aime comme un con,
que ta beauté que Marcel Proust
aurait brossé de quelques phrases,
est à mes mots la sale rouste
— incorrection de ton portrait —
l'humiliation que tout embrase
et tout le feu de tous tes traits.

dimanche 18 décembre 2016

Le plus joli sourire du Cinéma français




À Elsa Zylberstein,

Prévert aurait dit de Toi des trucs incroyables !
Il m'est bien compliqué de pondre un tel incunable...
Il n'est de votre éclat qu'un rire éblouissant
Dont l'Adam se pinçant se remord jusqu'au sang.

Tout en m'encalminant sur vos lèvres carmines
Et dessinant leur beau de ma mauvaise mine,
Il m'a fallu passer pour un moins mauvais maître,
afin de me dépasser, traître enceint, minime être,

Et sur la pellicule, en tout petits flocons
Se sont posés les vers que je pleus comme un con :
J'ai fait de votre vue mon principal attrait.

Sinon, contemplateur aux yeux que je fronçais,
Je ne pouvais qu'écrire en écheveau de traits,
Ton plus joli sourire au Cinéma français.

dimanche 11 décembre 2016

Fleur de rêves




À miss K,

Je m'suis payé ma fleur de rêves
en mots niais doux, en monnaie d'songe,
ai mis mes battements en grève
en mon cœur inapte au mensonge ;
aimant sans l'espoir d'être aimé,
j'ai punaisé des photos d'elle
à l'intérieur des vers rimés
là s'envolant à tire-d'aile.

Ainsi, je fais de son portrait
le p'tit chemin de poésie
qui de la copier trait pour trait
guide ma plume et la saisit ;
je compose de mes doigts gourds
une mélodie pour muets,
dont le talent d'être ainsi sourds
est d'indiquer ma voie muée.

Puis je la cueille en mon recueil,
elle est ma pensée tout en fleur,
et son essence est mon accueil
en son domaine que j'effleure,
en son pays dont je respire
un fond d'épice et son parfum ;
s'il est dit « fais donc de ton pire »,
eh ! je la croquerai par faim !

Je suis son grand méchant Pialoux
— p'tit chaperon de l'armée rouge —
et sa beauté vole aux filous
le joyau de son corps qui bouge ;
elle est le sel de l'existence :
à sa surface, en fleur de rêves,
on récolte un peu de mes stances
et ma guerre ignorant sa trêve.

mercredi 7 décembre 2016

Michel ange



Si mon regard ainsi posé n'est qu'insidieux,
votre image est du doigt de Dieu
ce qu'il aurait touché pour embellir son monde,
est mon amour, il vagabonde.

Et cet amour étrange est le fruit d'une blonde
au sein de laquelle est une onde
infiniment pesant sur le choix de la brune
où la bruine est l'eau de la brume.

Il pleut dans le brouillard épais de mon bitume ;
on dit que j'aime sans la thune ;
un poète est l'incontinent de son pays :
c'est un prolo' tout ébahi.

C'est un preneur de son dans les cheveux du blé,
c'est un cueilleur exclu d'emblée,
mais à vos boucles drues s'accroche un pou du verbe :
à votre beauté, qu'est la gerbe ?

dimanche 4 décembre 2016

Panama

À fort isthme il est un courant
qui renverse le tour du monde
et fait passer d'un océan
vers un delta qu'un fleuve inonde,
et tout en fumant des Dunhill
en Panama qu'aux larges bords
on tire à nos sources du Nil,
on laisse aux hublots les sabords.

On laisse aux carreaux des lunettes
un doigt de dette astronomique,
et le transat' en la dunette
où l'on s'étend cyclothymique ;
on laisse au dents des Caïmans
notre destin pris en otage,
à la machine qui nous ment
l'absurdité pour héritage.

Aphorisme encré d'euphémismes,
il faut sucrer ta fraise infecte :
un percement de l'infâme isthme
est la carie de nos affects,
est l'autarcie qu'un pas nomma
d'un ballon porté sur la tête
et d'un chapeau du Panama
recueillant l'argent de la fête.

On sombre en rythme pacifique
en ces clartés crépusculaires
où les alertes séraphiques
ont perdu le lien séculaire
unissant les deux hémisphères
et les vertiges cérébraux,
dont l'amour n'est que l'atmosphère
et dans leur soupe un peu chabrot.

Cœur battant




J'ai dressé le portrait de bien des femmes mues
par le désir d'ivresse et par l'inconséquence,
alors qu'on emportait battant par le SAMU,
le cœur dont on savait éperdue la fréquence.

J'ai dressé par le fouet de jolis yeux en neige
en bâtissant des vers qui fondaient au soleil,
il semblerait pourtant — mais quelque charme n'ai-je ? —
à vrai mentir au vent que l'amer le délaye.

Il semblerait vraiment qu'on oublie la douceur,
et que le miel issu de nos contrées sauvages
ait perdu le piment de vos belles rousseurs.

Oh, mes femmes émues dans un verbe muet,
rappelez-moi nos vœux qui firent des ravages,
et toi ma sacrifiée, rassemble mes huées.

jeudi 1 décembre 2016

L'œuf de Colomb




Comme je divaguais sur les rives avides
où la mer édentée vient briser ses gencives,
il me plut à penser tel un canon qu'on vide,
aux beautés enlacées qu'on a laissées pensives.

Il me plut à penser aux sirènes d'alarme,
affligées par les vents dont la baleine a peur,
et par les parapluies retournés par les larmes,
auxquelles les statues font gâteaux à vapeurs.

Une part de mon âme est tombée dans la flaque
où l'onde paresseuse a mouillé l'entrecuisse
incidemment meurtri des talons que je claque
ou des sables d'amours si mouvants que je fuisse.

Un désir maritime a brisé mes remparts,
une brise altérée s'est mêlée d'un partage
où ma bouche assoiffée d'un liquide ovipare
a gobé leur mensonge en parfait héritage.

lundi 14 novembre 2016

La précession des équinoxes




De loin le Monde tourne rond
mais vu de près c'est bien moins sûr,
et lorsque brûlent sous Néron
les capitales qu'on pressure,
on sait que lettres après sont
de tout papier la déchirure,
et des mots que nous agressons
l'encre incarnat de nos ratures.

Et lorsque brillent sous néons
les théories d'un genre assis,
peu sont qui de cette année ont
tiré les marrons circoncis
ni les poèmes, les chansons
des paradoxes ébahis,
des cheveux coupés de Samson
par Dalila qui l'a trahi.

Peu sont qui de cette année, Mie,
sauront le vertige aérien,
l'incidence à l'astronomie
qui fonde le Tout sur le Rien,
ton grand éclat quand tu souris
sans démêler le tien du mien,
le grain de sable ou bien de riz
qui charme mon cœur bohémien.

L'incidence à l'astronome est
la précession des équinoxes
et ce pendule qui jamais
ne cède au moindre paradoxe :
une toupie qu'on emmenait
sur le grand plan de l'écliptique,
osa prétendre en mue monnaie
que ce n'est qu'être épileptique.