mercredi 30 septembre 2009

PALINDROME



Puisque  les   routes  qui  nous  ramènent  à  RomE,
Ayant  dans  leur   maquis   les   poisons  de  l'aruM,
Lignes   rondes    pareilles   au    mur   d'un    igloO,
Ignorent   l'appareil    des    mineurs    de   la  RuhR,
Nous poursuivons des  voies dont notre sort dépenD,
Dont les impairs  se voient tels des plumes de paoN,
Rassemblant  les  troupeaux  de  ce  désert  MaasaI
Où  les  idées  trouent  peau  s'amassant  en  séraiL,
Malmenant  heure et  date  où  le  terme  adviendrA,
Et  qu'ôtant  à   la   hâte,   on   recouvre   d'un  draP.

8 commentaires:

Mu LM a dit…

clap clap
Le fond la forme... un petit bijou :)

Michel P a dit…

Merci Mu !

Seshet Noun a dit…

C'est énorme, un poème complètement foU !
Où nous mènent ces lignes en forme d’igloO ?
Une descente vertigineuse, une falaise à piC
Calée dans les eaux profondes d’un trou peaU
Où vont ces lignes ? A Rome ? A WaterloO ?
Un aller-retour en double sens, en cul-de-saC…


:s
Oh ! L’Angoisse… ;o)

Bonne nuit,
Seshet

Seshet Noun a dit…

Excuz... Il est tard... J'ai plus les idées bien en phase... lol...ZZZ

v a dit…

Tu écris en artisan du vers, chapeau bas.

Michel P a dit…

Précisément, "l'inconnu par le dérèglement de tous les sens", ainsi que l'écrivit AR dans le courrier que je propose au billet précédent (d'où fut extrait de son contexte, souvent fort mal à propos son fameux "Je est un autre"), et que je nous invite à relire à la lanterne de ce que je vais tenter d'exprimer ici :

Tu t'es montrée particulièrement réceptive à ce court texte, Seshet, chère amie littératrice, au point d'en rendre un écho spontané duquel tu t'es ensuite sentie intimidée... Tu as été sensible à sa circularité, plus, à sa forme en anneau de Möbius. C'est une facette de ce qu'Hugo Pratt nomma, dans le dernier épitre de son héros fétiche, "Mû" (on admettra que ce titre, au prétexte du nom d'un continent perdu, recèle bien des tiroirs), le "labyrinthe harmonique". Je suis en train de lire « Hypérion » (en grec ancien Ὑπερίων / Hyperíôn, « celui qui est au-dessus ») de Dan Simmons, un ouvrage de SF qui est, entre autres, un prétexte allégorique à une exégèse sur le concept de poésie.
Je me suis donc procuré un recueil de John Keats (sorte de pré-Rimbaud britannique, mort lui aussi très jeune, et noyau dur de la réflexion de Simmons) et me suis renseigné sur le mythe d'Hypérion.
Pour ce faire, j'ai cheminé hyperboliquement dans Wikipédia, sur les liens qui m'ont mené évidemment d'Hölderlin à Keats, à la théogonie d'Hésiode (contemporain d'Homère), puis aux cosmogonies diverses, à l'arbre Yggdrasil des vikings (lui aussi présent dans l'univers de Simmons), à celui de la vie et des sephirots de la Kabbale, à son grand livre du Zohar où l'on trouve la recette de la pierre philosophale... Sur ce dernier article, j'ai lu ceci :
« …
Voici ce qui en serait la recette simplifiée, telle que décrite par Nicolas Flamel (1330-1418) :
L’œuvre au noir, du nom de la couleur que prend la préparation : on calcine la matière pour la purifier (du grec pura, le feu) et ainsi atteindre l’état de putréfaction, dans lequel la matière est débarrassée de ses impuretés.
L’œuvre au blanc, ou petit-œuvre ou petit-magistère : on ne connaît pas le déroulement de cette opération, qui donne la Pierre Blanche, capable de transformer les métaux en argent. L’opération est symbolisée par un arbre portant des lunes.
L'œuvre au rouge, ou grand-œuvre ou grand-magistère : là aussi, nous n’avons aucune information, si ce n’est que cette étape transforme la Pierre Blanche en Pierre Philosophale, représentée par l’arbre solaire.
... »

Michel P a dit…

Puis ceci (le plus important !) :
« …
Interprétation symbolique
L'alchimie ne se limiterait pas à son apparence matérialiste ; Les manipulations chimiques seraient essentiellement symboliques de la transformation psychique, menant l’individu à une évolution spirituelle. Carl Gustav Jung notamment voit dans la lapis philosophicae (Pierre Philosophale) la métaphore culturelle du processus d'évolution psychique de tout être humain, la force le poussant vers davantage de différenciation.
... »
La mue en quelque sorte... Mû, ou le continent perdu.
L'alchimie ne serait alors qu'une vision thérapeutique de la poésie ? Et quid de la poésie ?
La conception première de l'humanité, était celle des muses inspiratrices, une conception selon laquelle, finalement, le poète n'était qu'un porte-voix des dieux. Cette conception ne fut battue en brèche que par Boileau, puis plus tard par des visions ouvrieuses du poète, telles qu'en purent porter Valéry ou Maïakovski. Mais ces visions s'opposent-elles vraiment si franchement, surtout si l'on tient compte de l'adage edisonnien nous prônant que « le génie, c'est 1% d'inspiration, et 99% de transpiration » ?
Arthur Rimbaud nous écrit « Les souffrances sont énormes, mais il faut être fort, être né poète, et je me suis reconnu poète. »
Il ne devient ni ne se proclame poète, il est « né poète » et s'est « reconnu poète » (et c'est pour cela que « Je est un autre » !)
Il ne devient pas plus poète qu'on ne devient guérisseur, mais s'affirme dans son état par l'intensité de son travail d'écriture qui englobe son état, c'est à dire son exploration de l'âme humaine, son voyage impénitent.
Rimbaud, Villon, Hölderlin, Keats... Les chants du labyrinthe harmonique remontent peut-être au Big Bang, à la naissance des étoiles ; ils se faufilent dans l'espace et le temps pour ressurgir ça et là, dans une certaine langue, sous une certaine forme. Rimbaud se dit vouloir devenir « voyant » : est-il fou ? Probablement pour l'entendement commun, mais qui peut faire répondre son génie de l'entendement commun ? Il se sent branché sur un autre monde, sur d'autres fréquences que celles de la réalité, se sent médium, d'une certaine façon (d'où ce terme étrange de « voyant »), et en retranscrit le chant à sa manière de lettré. Les lettrés ne font pas les poètes, mais les poètes le sont...
Le besoin d'écrire est une puissance irrépressible, indomptable, une évidence à celui qui en est possédé, un labyrinthe à explorer, le sien propre et celui de tous, un anneau de Möbius à déficeler, un palindrome à déchiffrer.

Philippe a dit…

très fort!