mercredi 9 août 2006

Le Carpon


À Brest,
Il y a tant de ponts,
Il y coule l'Elorn,
Il y a donc deux rives,
Deux taureaux par les cornes
Et autant de dérives...
Après le pont de Recouvrance,
Il y a Rive droite,
Il y a Recouvrance...
Et si tu montes sur ta droite,
Par le quartier des rues des putes,
Il y a le Carpon,
Avant l'autre pont, sur la butte,
Brest est une ville de ponts...

Le Carpon longe un mur
Qui lui-même longe l'Elorn,
Dont ne s'issut aucun murmure,
------------------------------------------(Issut du verbe issir,
----------------------------------- -------Issir, des quatre pompes,
------------------------------------------ Et sans aucun plaisir,
------------------------------------------ Ici, tout le monde se trompe !)
Cocue, chaque brume a ses cornes,
Mais entre ses deux vastes portes,
L'arsenal se carapaçonne
Comme se replient les cloportes,
Laissant le Carpon à Personne.

A Paul Personne...

Je sais l'y avoir écouté,
Dans l'appartement de ce couple
Si jeune et si bien apparié,
Car au Carpon l'on ne s'accouple
Que par nature, autorisé,
Que par brestois égarements,
Par hasard et nécessité,
Par chance aussi de temps en temps...

La supplies-tu de te sourire ?

Lui, c'était le cas, Elle pas.
Lui, c'était mon ami.
Lui, c'était comme moi,
Je l'aimais, Elle aussi...
Elle ne nous ressemblait pas...
Elle riait de nos folies,
Du temps où l'on ne dormait pas.
As-tu aussi les yeux clos, dit ?
Elle fermait les yeux sur nous,
Nos conneries d'adolescents,
ça n'a pas pu tenir le coup,
Car plus on ment, plus l'on descend.
Lui, ce fut mon Juda à moi...
Avec aussi trente déniés...
Puis il fallut qu'elle quitta
Manu qui s'était enfoncé.

Sont-ils verts ou sont-ils clos, dis ?

Mais revenons donc au Carpon !
Et à sa rue de Saint Malo,
Et à sa mythique prison,
A Pontaniou, c'était salaud...
On l'a escaladé le bagne !
On s'est évadé à l'envers !
Près d'une si jolie compagne :
Sa jeune soeur et ses yeux clairs.
Rozen, en breton, c'est la rose,
Elle en avait fraicheur, épines,
Parfum qui m'ankylose,
Saveur de cocaïne,
La même mauvaise habitude
(tu sais bien qu'elle est génétique),
Et puis ces yeux des mers du Sud
Qui font des saints, des hérétiques.

Un joli trio, disait-elle !
Michel, Manu et sa Rozen
----------------------------------------------(M, M et Rose en Barjoland,
-----------------------------------------------Comme des vers qu'on enguirlande),
A moins que ce ne fut Armelle ?
A quel calibre à Brest on peine ?
La sœur, le frère et le faux-frère,
Le monde connait la rengaine,
Et le huis-clos de tes yeux verts,
Et nos aveux que rien ne gène,
Puisque l'on est en Finistère...
Et puisque Saint Mathieu m'a tué,
Et plus encore Saint Urbain,
Et de ces pointes acérées
Dans les bas reins de Saint Martin,
Fasse mon ciel de saints si sciés
Que l'essentiel soit en nos mains,
Et syncitium à nos déchêts,
Et la poubelle à mes demains.

Fasse la chance à nous sonner,
Puisqu'on l'attend et qu'on la craint,
Fasse la chance à nous chanter
Ce qu'elle sait d'autres refrains.
Nous ne sommes jamais trahis
Que par ceux qu'on aime d'amour,
Puisqu'on peut tout leur sacrifier
Sans rien en attendre en retour.

Alors pourquoi se retourner ?
L'eau coule et tout peut se tarir,
Le sang du cœur qu'on s'est donné,
L'encre qui nous permet d'écrire,
Les sanglots longs des violons,
Même le flux des pluies d'automne
Qui mouillent la rue du Carpon
Et l'amitié que l'on se donne.

On suit des gouttes de peinture
Que rien ne pourra effacer,
Des graffiti dessus les murs
Qu'au pinceau, l'on venait tracer,
Et la semelle à nos chaussures
De ce temps qui vient à peser
Sur mes petits pas si peu sûrs
Que l'on croit apprendre à marcher.





Compte à rebours : Restent 5 textes à écrire.
Voici qui clot le chapitre "Brest" (enfin !)

1 commentaire:

Annaëlle a dit…

Nous ne sommes jamais trahis
Que par ceux qu'on aime d'amour,
Puisqu'on peut tout leur sacrifier
Sans rien en attendre en retour.


J'aime beaucoup et ça me parle énormément !
Très beau ce texte cap'tain !!!