jeudi 31 juillet 2025

Le Passage

Il fait tiède ou chaud sur Paris

Je suis de passage au Passage

Affichés Les seins s’apparient

Ce qu’on voit quand on n’est pas sage.


Enfoui dans la foule estivale

On se sent super anonyme

On se souvient bien ce que valent

Les souvenirs qu’on réanime.


Un endroit dont rien n’a changé

Si ce ne sont les gens qui bossent

Et que l’on ne pourrait échanger

Mais que la mémoire cabosse.


Ici j’écris ce court poème

Issu de mon passé fourbu

De ces années de ma bohème

Avant ma foi d’avoir tout bu.


Je fredonne au Quartier Latin

Quelques quatrains d’octosyllabes

Et je fermente en mes matins

De l’institut du Monde Arabe.


En finissant ma pinte ambrée

J’achève aussi ce texte en vrai

J’ai fait le constat délabré

Que cette vieille porte ouvrait

mardi 29 juillet 2025

Engrenages



Je n’ai jamais bien su si c’était la bonne heure

en réglant mon horloge aux ressorts qui se tendent

et ce malgré qu’elle sonne en jurant sur l’honneur


Rien n'arrive en nous-même à moins qu'on ne l'attende

être un être adoré suffit-il au bonheur

réussir à s’aimer est-ce enfin qu’on s’entende


À toute relation qui souvent se délite

on attribue le tort au seul amant qu’on eût

c'est un sujet rangé qu'on se donne entre élites

à ta bouche amoureuse embrassant l'inconnu


J'ai conçu ma machine et tous ses engrenages

à la façon de Léonard et de ses rêves

elle est là pour voler les années d’un jeune âge

oublié sous les ponts d’une existence brève

lundi 28 juillet 2025

Le fils innocent du présent



Tout est possible Amour y compris l'impossible

on s’y perd on s’y trouve un labyrinthe en nous

c’est pourtant un enjeu qui me laisse impassible


Il est inopportun de finir à genoux

soumis d’emblée par un désir irrépressible

il faut se contenter des liens que l’on renoue


Chaque nuit qui défile est comme un bas qui file

l'attrait indélicat se cache entre nos lèvres

et nous nous murmurons tout bas dans nos profils

une vérité fausse est levée comme un lièvre


Aimer de passion c’est assassiner le passé

c’est deviner en fait ce que chacun pressent

la nuit s'ouvre au rêve et ses pensées dépassées

tout futur est le fils innocent du présent

dimanche 27 juillet 2025

Qui vivra verra



J'écris sans m'arrêter pour que ta main m'empêche

à chaque beau sourire une éclaircie s'affiche

et toute ensoleillée j’aime ta peau de pêche


Une femme est si belle au point que l’on s’en fiche

idiotement souvent parfois je me dépêche

à rattraper ce temps perdu qu’on laisse en friche


Écrire est s'escrimer ma plume est une épée

ma main sur ton épaule est un serment fidèle

une botte inconnue qui m’aurait échappé

Nevers est devenue ta citée citadelle


L'amour est illusoire en face du désir

on ne décide pas le sort y pourvoira

le sexe imprévisible autant se ressaisir

afin de moins mourir et qui vivra verra

samedi 26 juillet 2025

Orgasme



J'ai délaissé de l'ombre en cherchant ta lumière

écrire un poème est s'inventer de nouveau

dans l’éclairage où tu m’as plongé la première


Il s’en fallait de peu — je n’ai pas le niveau

dont tu m’as relevé ma splendide infirmière

alors que je stagnais au fond du caniveau —


J'ai rêvé de tes seins comme un enfant perdu

de ton large bassin comme un lit d’autrefois

je t’ai décrite en fait d’un désir éperdu

nous ne faisons l'amour au moins qu'aucune fois


La nuit sombre est l'endroit de nos plus beaux fantasmes

on y songe en geignant comme des animaux

j'aimerais tant qu'enfin tu connaisses l'orgasme

en me lisant tout juste à tout bout de mes mots

vendredi 25 juillet 2025

À propos de Rien



Chaque femme est unique et porte un avenir

en elle — un peu comme on porterait un enfant

comme un accouchement qui s’efforce à venir —


Elle est plus forte et plus tenace en agrafant

tous ses amants (certaine aussi d’y parvenir)

et défendant les choix de son cœur en griffant


L'avenir est au rêve et le rêve aux baisers

céder à la dictature honnie des pulsions

c’est le symptôme enfin d’un fantasme apaisé

le plaisir infini s'écrit avec passion


Chaque vers est un don que l'on fait aux pensées

si la muse est jalouse et son charme aérien

je n'imaginais pas que tu l'aies offensée

le sexe est une chose et pourtant il n'est rien

mardi 22 juillet 2025

Baie des Trépassés



J'ai bâti des châteaux qu'on commande à la carte

aux cités englouties dont le rêve est perdu

sans jamais me soucier de tout ce qu’on écarte


Amoureux sans espoir et pourtant éperdu

j’ai vécu sans raison je ne suis pas Descartes

à jouer sans passion passe et manque impair dus


Les hanches et les seins — tout contact est primal

le désir est plus fort elle oublie sa réserve —

et les doigts dans le sexe il n’y a plus de mâle

à lui faire un faux bien qu’un vrai rien ne préserve


Un instant de bonheur est à cueillir en fleur

une fille au passage assez jeune au passé

le rappel est fécond accouchant persifleur

au bout du Monde on a la Baie des Trépassés

Le couloir rhodanien



J'inventerai des lieux célébrant ta beauté

ton charme inaccessible et ton regard ailleurs

une statue de mots dans tout ce verbe ôté


Toi la femme brillante éclairant mes frayeurs

apprend moi je t'en prie ce que chaque mot t'est

je n'écris jamais rien qui ne soit ton meilleur


En caressant des yeux ton pubis épanoui

je te rêve affranchie dans de beaux bas de soie

ne sois pas s’il te plaît ce fantasme évanoui

l'illusion du désir est un désir en soi


J'ai ton galbe idéal en tête et tout ton corps 

est entré dans chacun de mes tristes neurones

un delta séduisant quoique j’en doute encore

et soufflant sur un sexe en ta vallée du Rhône

dimanche 20 juillet 2025

Embruns



Nous les petits embruns de la vague océane

au gré du vent portés loin de vagues douleurs

on se construit l’image incluant assez Anne


Nos photos ont jauni dans de vagues couleurs

et bien que le temps passe en tableau de Cézanne

nos sentiments sont un océan de douceur


Anna de Kyiv et qui s’en venait d’Ukraine

— en statue jardin du Luco — conquit Paris

le cœur est un outil inouï pour une reine

elle en usait un peu comme on pose un pari


Les décalcomanies de l'âme à notre peau

sont les petits desseins d'un espoir insensé

le message avorté que transporte un corbeau

le corps beau dans l’oubli qu’on voudrait encenser

samedi 19 juillet 2025

Tomber



Nous ne sommes chacun que des jouets dérisoires

aux mains d'un destin fou d'aveugler en pleins phares

un papillon brûlé de lumière illusoire


En Monet ne garder que ses vieux nénuphars

en monnaie n'accepter qu'un crédible arrosoir

et survivre à tout prix sans mensonge ni fard


Écrire est ma façon d'échapper au réel

et de marquer d’un point final un long chemin

la plume me dira quand je la voudrai elle

en m’accrochant comme on peut aux doigts de sa main


L'amour est l'illusion de nos envies perdues

sans la sexualité nous serions estompés

c’est sans doute mon cas dans ces voies hyper dues

le désir est un piège où nous aimons tomber

vendredi 18 juillet 2025

D'océan



Je suis le messager d'un printemps perméable

apporté sous mes doigts par ta peau moins malsaine

et chacun de mes vers est ici malléable


Infiniment plus lentement coule la Seine

à ces attouchements d’un contact agréable

et chaque nuit comme un rideau tombe sur scène


Un estuaire est ouvert en ton sexe imagé

ce corps aussi bien fait en effet c’est le tien

la part du temps qu'on perd est une viande hachée

l'Amour est d’une indécision qui nous retient


Que de vagues instants s'échouent sur le rivage

où je t’ai vu poser ton si joli séant

toute sexualité se digère avec l'âge

et nos ressentiments se diluent d'océan

jeudi 17 juillet 2025

Sans défense



Tout émoi se fait père au texte en gestation

loin de l’imprécation d’un féminin phallique

et c’est fou tout amour est une tentation


Le lac au soir a pris sa couleur métallique

il inspire une idée de son incarnation

l’écho de cette phrase écrite en italique


Attirance et féminité sont des moteurs

à tout homme affamé de quête existentielle

en les cherchant tout en suivant la même odeur

on peint les yeux du bleu d’un quelque existant ciel


Infiniment de gens oublieux sont morts sots

mais ma mémoire inouïe d’éléphant sans défense

en son vieux cimetière a caché ses morceaux

je me suis enterré dans un monceau d'offenses

mercredi 16 juillet 2025

Voleurs de vers



L'énergie de la vie m'a quitté sans un mot

sans amour à nourrir ou plaisir à donner

perdu l'élan vital est un vieux chalumeau


Qu'on rallume à moitié mais s’étant pardonné

la jeunesse est cruelle et sans cesse elle hume eau

de la vie qu'on lui laisse en chiens abandonnés


Le fusil à la main j’aiguise en bon graveur

un poème au couteau d’un long jour au stylo

la nuit n'est que l'abri du faible et du rêveur

étant bien l’un et l’autre évitons le salaud


J’ai peuplé mes écrits de propos vénériens

souvenirs arrachés à mon vieil univers

en cherchant une gare à nos transcybériens

je n'intéresse plus que des voleurs de vers

mardi 15 juillet 2025

Sujétion



La pluie tombe en secret sur des parts d'émotions

les ardoises des toits du Huelgoat ont trop mis

de temps à s’assécher dans cette commotion


La meurtrissure est là des baisers qu’on promit

que l’on ne reçut pas sans une commission

nous signons des adieux à chaque compromis


Sommes-nous les objets d’un contrat consensuel

ou les pions qu’on déplace au gré d’un vent dément

l'enjeu décisionnaire est un piment sexuel

l'Amour est l'inflation des plus doux sentiments


L'objet de l'impatience est le besoin d'être ivre

à la folie de vous d’une autre suggestion

l'objet de la patience est le besoin de vivre

en retardant l'instant de notre sujétion

dimanche 13 juillet 2025

Ce qu'un homme est



L'avenir est écrit comme des pointillés

sur un vieux palimpseste en posant douze pieds

ma plume est avertie tant que sa pointe y est


Mais ce n’est pas l’inceste en aimant ses papiers

plutôt l’idée de mots dont l’éclat scintillait

de rallumer la flamme en jouant les pompiers


Je frappe ma monnaie d'un profil erroné

ce n’est pas Alexandre en conquête oublié

je ne prétends à rien n’étant pas héros né

le temps lent s’est muni d’un douteux sablier


De compter sur les miens je sais ce que je dois

la trompette est bouchée — comme on la renommait —

tout cela n'est jamais qu'un curieux jeu de doigts

mais je ne saurai toujours pas ce qu'un homme est

mardi 8 juillet 2025

Parcours



Le Modernisme est une fabrique en chemin

nous avons en nous tout ce qu’il faut pour changer

laissons tomber enfin tous ces vieux parchemins


Depuis des mois ma bibliothèque est rangée

(toi le bouquin que je préfère entre mes mains)

parfois l'élan vital est un spectre étranger


Nous sommes les pauvres enfants d'un pays riche

et nous papillonnons sans cesse en poursuivant

l’insecte qui nous a laissé le cœur en friche

et pourtant en criant chaque fois « au suivant »


Chaque incident s'entend comme un choix du destin

chaque accident de vie dans tout ce qu’il nettoie

j’ai suivi dans un car — il est nu ton festin —

le parcours amoureux qui me rattache à toi

dimanche 6 juillet 2025

L’art expérimental



Je pratiquais souvent l’art expérimental
en sculptant nos deux corps qui donnent d'un doigt ton
teinte et saveur aux relations monumentales

La règle est invasive et sûrement doit-on
changer la tristesse en élan sentimental
afin de trouver ce que l’on cherche à tâtons

J'ai peuplé d'un espoir une foule aberrante
et d'une aberration son shaman incrédule
en me revendiquant d’une messe atterrante
ou bien en forniquant comme les crépidules

L'instant d'hésitation qui nous guide est subtil
la fin de l'existence est le début du Verbe
et l’écriture une petite mort utile
un orgasme une errance en forme de proverbe

samedi 5 juillet 2025

La laideur



Je témoigne à la plume et vous aime sans ailes

angélique adorable agréez ma demande

en la main qui me manque sans elle


Le fruit de nos désirs est souvent une amende

au péché si véniel ou qu’on commet sans zèle

et qui sont les effets que les besoins commandent


Ici je ne suis plus que ce simple échanson

qui vous servait des vers assez beaux à part laids

j'ai perdu l'usage de la parole en chanson

l'amour me fait trop chier j'arrête d'en parler


Je réponds à la Beauté par la Poésie

que je décore en sorte avec un peu de frasques

avec un naturel et ma fausse amnésie

la laideur a son avantage elle est un masque

vendredi 4 juillet 2025

Le vent m'emportera



Auprès de la pythie j’interprétais Cybèle

avec toi seulement j’ai fait le premier pas

peuplant mon univers avant de décibels


À ce son délivré comme un dernier repas

j’ai compris à quel point t’étais si belle

l'amour est indolent tant qu'on ne le fait pas


J’étais l’ami rapide en ce sol étranger

ni fat ni las si répondant et résolu

qu’évitant de venir et de te déranger

je me suis contenté d’amours irrésolues


Quand la rousseur du soir se pose sur les arbres

un chaud suroît se lève et ce qu’on porte ras

(la jupe) a fait ma vie je ne suis pas de marbre

étant enfant du vent le vent m'emportera

jeudi 3 juillet 2025

Seul



La nuit frappe à la porte et je n'ai pas les clefs

rien ne se passe et le silence est un enfer

un bateau sans vapeurs atteint mon Paraclet


J’ai l’illusion d’amours à ne savoir qu’en faire

ma date de naissance est celle aussi de Klee

de mon pied droit je shoote un vieux bidule en fer


Et je me trouve écrire en cherchant l’aliment

comme le fit Monet de sa pièce impression

tout poème est un acte offert aux éléments

qui se déforme à volonté sous leur pression


Dans mes dissertations j’ai mis tout à l’envers

verbe et sujet c’est ma prière en son linceul

la muse est ma chérie je la peins tout en vers

rien n'est certain dans l'univers et l'on est seul

mercredi 2 juillet 2025

Jolie



Je me souviens souvent de ces étés indiens

sur ta peau mordorée dans un ciel évanoui

beaux c’est certain comme un plaisir clitoridien


Nous essayons de nous construire une arche inouïe

pour nous enfuir au loin de notre quotidien

mais d'un Noé Noyé rien ne s'est épanoui


Le bruit que fait l'Amour est dans un cœur qui bat

ta fleur ouverte entend ce doux son comme on doit

dans le baiser promis que j’agrafe à tes bas

le désir est la discussion du bout des doigts


Te l’écrivant soudain j’ai su ta robe ôtée

j’ai nettoyé le bois de son indigne orée

ma laideur est plus lourde enfin que ta beauté

la femme étant la plus jolie peut s'ignorer

mardi 1 juillet 2025

Lévitation



Chaque occasion d’aimer permet d’en descendre un

tout en se prévalant de risques minimaux

dans l’étendue qu’il faut pomper avec cent drains


C’est vain de s’agiter au signe des gémeaux

quand compter sur ses doigts permet l'alexandrin

compter sur toi permet de t'y décrire en mots


J'apprécie la beauté que mes amies expriment

et la tienne est sublime et sensuelle et tes yeux

ont l’éclat d’un joyau (je suis chasseur de primes

au galbe de ta jambe un bel objet précieux)


Le galbe de ta jambe est le trait de ma plume

et notre attirance une faible hésitation

tu m’as permis que je ne sois plus une enclume

et grâce à toi le fait d’être en lévitation