mercredi 22 octobre 2008

Le veilleur d'ennui


Découvrez François Roubaix!



Je fais des pieds, je fais demain,
et quelques rimes de misère,
en train d’épier de mon prochain
et d’icelle qui s’est mise hère,
les routes nues et creux chemins,
les lassitudes de l’hier,
et d’aujourd’hui, les jeux machins,
dont on se fait le corps de lierre.

Je guette tous ces feux éteints
aux flaques des passions guerrières,
tous ces radeaux naviguant vains
d’une habitude marinière,
dont le phare a perdu le tain
du miroir des cœurs à l’envers,
je scrute l’horizon lointain
de l’ennui, pour tirer des vers.

Parfois, sur mon divan divin,
se pose un voleur de lumière,
la chapardeuse de bon teint,
pensant tricher de ses paupières,
mais le seul vice qui m’atteint,
quand dans l’écrit, je persévère,
c’est le secret des vrais matins
dans la tiédeur de tes ovaires.

François Villon, mon bon copain,
langue fourchue, patibulaire,
m’a soufflé comme on dit mot « pain »,
comme on arrache des molaires,
tous ces mensonges sacristains
de confessions épistolaires,
qu’on retranscrit en bon crétin,
ne gardant plus que des mots, l’air.

Foin des miracles de lapin
et des chapeaux à des sorcières !
Faire la cour à l’écrivain
ressemble à une souricière,
quatre belles planches de pin
en écritoire pour l’enfer,
et quelques bouts baveux, bovins,
dont on ne sait plus rien qu’en faire…

Veilleur d’ennui transcybérien,
j’ai mis la balle au revolver
des grands touts et des petits riens,
auxquels encor, je lèv’ haut l’verre,
pour que se recréent les parfums
exotiques de Baudelaire,
et pour qu’en guise de mot « fin »,
de mon job soient vos cieux plus clairs.

3 commentaires:

angelina a dit…

Lever des vers à la faveur de l'ennui afin éclairer les cieux, c'est un bon job.

Annaelle a dit…

Très beau comme d'hab !
Quel talent
Chapeau Capitaine de mon coeur
Bise

Anonyme a dit…

a little hard to read for me