vendredi 23 janvier 2026

Épitaphes



Notre instinct c’est bien animal

à chaque relation c'est une exploration

rien jamais ne semble anormal

lieu déclaré pourtant de nos déplorations

là pousse aussi la fleur du mal


Le poison c’est sempiternel

le grand désir est repassé par la fenêtre

et bu comme un lait maternel

il coule en nous fruit de l’amour et du non-être

un sentiment c’est éternel


L'être est une ombre à consommer

dès lors en lieu de tombe on a des cénotaphes

un pansement mais qu’on se met

les revenants sont les longs mots des épitaphes

figeant nos vies comme assommées

mardi 20 janvier 2026

Des fossés



Aux belles femmes de ma vie



La beauté ne se situe jamais où l'on cherche

un brin de son inflorescence

elle est dans la rencontre

et dans chaque instant que nous partageons


Ne me demandez pas pourquoi j'écris tout cela

la nuit les mots me poursuivent

et sans répit me convoquent


À la fin, vous les lisez

(vous l'élisez)

comme un des candidats

de vos propres rêves à vivre en vrai


La première fois que j'avouais mon amour

elle ne cessait de tourner sa cuillère dans sa tasse de café

sans me regarder mais tout en m’écoutant

puis en la quittant à la bouche d’un métro carnivore

elle prit mon cou pour m'embrasser de ses lèvres roses

et nous avions dix-huit ans


La mer est belle à cet âge-là

le monde s'effondre

et pourtant mon amour

est insensible à la gravité


Le noyau de nos mystères

est l'atome absolu

de nos raisons de vivre


Un raz de marée littéraire

engloutit nos a-priori

ta bouche est merveilleuse

enrougie d’un gloss épouvantable

elle est comme un baiser survolé

par un papillon de lèvres

et ton intimité


Parfois le temps creuse à ce point des fossés

que la vie n'est qu'un fleuve

insuffisant à les remplir

lundi 19 janvier 2026

Polichinelle



Je n'ai retenu de l'amour

absolument rien d'autre à voir en vérité

qu'un microsillon de labour

accouché beaucoup trop tôt de l'Ève héritée

mais dont je n'étais que là pour


Racheter l’acte originel

l'enfer est un endroit que tout le monde ignore

— un secret de polichinelle —

et pourtant je sais quand un seigneur est senior

et ses passions sont criminelles


Éléphant dont la trompe enflait

la plume est au sujet sur lequel on abonde

en nous évitant le pamphlet

j'écris pour illustrer la beauté de ce monde

et les femmes en sont le reflet

dimanche 18 janvier 2026

L'aérogare



L'amour se conquiert en rampant

tout est dans l'inaction motivée par nos pleurs

réchauffés au pétrol’ lampant

l'enfer est un jardin cultivé par nos peurs

et le paradis dérapant


Le ciel endroit de l’oraison

la nuit toujours est l'endroit du dénudement

les petits pas que nous faisons

se succédant si saccadés mais rudement

sont cliquetis de nos raisons


Le ciel d'été de ton regard

inonde en bleu mon écriture à l'encre en feu

Je n'ai que mon soleil blafard

à t'opposer miroir où je ne suis qu'un gueux

perdu dans une aérogare

mercredi 14 janvier 2026

Mathusalem



Tout part en couille ici

le matériel qui date de Mathusalem

n’en aime plus personne

il arrive attrapant au vol

un espace de jeune femme

éperdue dans des interstices

où l'amour est fait de caresses

cette étrangeté m'intéresse.


S'extirper des méandres du paraître

un trait de plume est comme un trait de fusain

la trace improbable d'un brûlis peu contrôlé

mon amour est un miroir où

mon image effacée

laisse place au reflet

de ta beauté.


Comment vais-je ?

Eh bien je vais

j'y vais

de toute façon

nous allons tous vers notre fin

ce qui diffère est juste la manière

(il faut parfois

se garder d'écorcher

son regard à propos d’authentiques beautés

dont l’âme en quête de santé

n'est qu'à l'avance hantée).


Comment s'enlever le vide de la tête

alors qu'il l'occupe à plein ?

Le génie de la vie

c'est d'inventer à tout moment

le moyen de la supporter.


La vérité

c'est qu'en se croyant bien aimé

chacun trouve un prétexte

à passer le temps rassuré

d'une présence et dont l'altérité recourt

irrémédiablement

à l'effacement de ce con

de ce qu'on serait parvenu

finalement à devenir enfin tout seul.



mardi 13 janvier 2026

Les serres du Jardin des Plantes



J'en ai passé du temps

dans les serres du Jardin des Plantes

étudiant en bio'

dans les amphis d'en-face aujourd'hui disparus

rue Cuvier

— quand je n'étais pas perdus dans les pilotis de la Halle aux vins

ni même à l'ombre inquiétante des bâtiments sépulcraux

du Quai St-Bernard —

à m'y réchauffer notamment l'hiver

avec mon sandwich

et mon entrée gratuite

ou mai triomphant

juste au-dessus

quelques tâches de rousseur à mes lèvres accrochées

la reine de Lutèce

à mon souvenir.


On y retrouve

-----------------un peu de tous

-----------------------------------les végétaux

ceux qui recouvrent

-----------------à peu près tout

----------------------------------continentaux

des grands déserts

-----------------aux forêts vierges

----------------------------------hors des frimas

mais qu’on dessert

-----------------avec un cierge

---------------------------------à nos climats.


Car il faisait bien chaud

là-bas

comme au sein d’une matrice

abritée du gel

en rentrant habillé

dans ces vagins de verre

à la flore intestine

épanouie

fleurissante

aux parfums vénéneux

capiteux et sensuels

en plein cœur d’un hiver

rigoureux

parisien.


Sans transition

------------------de moins zéro

-----------------------------------jusqu’à plus trente

en position

---------------de sombre héros

-----------------------------------d’Omsk à Tarente

on bousculait

---------------les latitudes

------------------------------et l’air du temps

qu’on calculait

----------------dans l’attitude

----------------------------------d’un débutant.


J'ai connu le Grand Amour

et mon problème est précisément de l'avoir connu

trop jeune afin de comprendre

aimer pourtant c'est changer

c'est bouleverser

c'est imaginer

c'est sortir enfin du cocon dans lequel on fait sa mue

sortir aussi des serres

et de leur emprise

au Jardin des Plantes

ou d’ailleurs

d’ailleurs

ailleurs

rimailleur

ramoneur de mémoire

et fossoyeur

en souvenirs

enterrant tous ces vieux grimoires

et l’alchimie qui désespère.

dimanche 11 janvier 2026

Balzac et la petite tailleuse chinoise



Balzac était nul en amour

rempli pourtant de génie situationnel

Eugénie s'épuise en secours

essoufflée de ses sentiments émotionnels

où nous de même on se goure


En entendant dans le ressac

"caresse-moi les seins" d'une voix féminine

il me semble en vidant son sac

écouter les gémissements d’Anaïs Nin

et pris son con pour un cul-d’sac


À chaque fois et tous les mois

des pectoraux des seins des objets de caresses

(et j’ai coincé ta bulle en moi)

se voient libidineux mais abjects de paresse

éteignant pour toi mon émoi

samedi 10 janvier 2026

La vraie vie



Séparer le grain de l’ivraie

caresser ton épaule est un geste anodin

mais après tout je t’enivrais

de mon comportement quelque peu cabotin

le souffle court un souffle vrai


Je n’ai pas d’usages prescrits

chaque vague à mes yeux te dessine en beauté

ma main sur ton sein mon esprit

dans un tourbillon lent se retrouve emporté

par la marée de mes écrits


Je suis un ermite asservi

les courbes de ton corps ont dévié mon regard

et mon envie sans préavis

d’un désir imagé qu’un baiser contrecarre

aussi bien que dans la "vraie vie"

vendredi 9 janvier 2026

Goretti



Ils l’ont appelé « Goretti »

le vent frappe ici tel un marteau sur l'enclume

et pourvu qu'elle m'aime aussi

j’écris sans souffler mots que mon poème emplume

malgré ma nullité rassie


Comme quand j'étais un minot

cette tempête a tu ce qu’on ne me dit pas

déroute en piètre chemineau

l'amour est un chemin qu'on suit à petits pas

de fer à faire en cheminot


Ce soir on a fini la course

ô nuit dissèque un corps oublié par nous-mêmes

ma peau que l’on décote en bourse

est enfin bonne à vendre à condition qu’on m’aime

en promotion de la grande ourse

jeudi 8 janvier 2026

Georges d’Anthès



Nous baignons dans le bouillon sale

où des salauds les mains se lavent

où de grandes eaux nous dessalent

est-on de salpêtre ou de lave ?


Viens donc sur moi cueillir un brin de vie florale

la plus jolie femme est toujours en un beau rêve

un peu comme un grand jeu d’aurores boréales

éblouissant d’un feu du dieu des passions brèves


Et ma mère ignorait la mer

et la sirène hurlant son chant

(mon père aimait surtout la terre)

ressemble aux cris les plus méchants


Tu as un joli nez dont la trompette enchante

à la froideur austère importante en russie

saint-petersbourg est mort et ma passion déchante

en société là-bas rien ne m'a réussi


Je ne suis pas Edmond Dantès

en tuant le prince des poètes

et ne suis que Georges d’Anthès

un amant pour une mouette


Tchekov a su décrire en pièce de théâtre

une façon bourrue de renverser la table

et Dumas fit Gontcharova tout près de l’âtre

un sanglant trait d'amour est un rasoir jetable


Les russes ne font pas la guerre

ils nous imposent la terreur

hurlant comme on le fit naguère

ils sombrent ainsi dans leur erreur

mardi 6 janvier 2026

La fille au frêle esquif



Le Beau par essence est femelle

l’amour est un objet que l'on ne peut saisir

on s’y fait — de quoi l’on se mêle —

à moins de s'y livrer dans l'absolu plaisir

(on pense à de jolies mamelles)


Un fantasme à tout prix pour ça

c’est parce que j'ai refusé de m'y plier

j’en reste à ce que je perçois

de la beauté sans parvenir à t'oublier

c’est pourtant toi que j’aperçois


Tu m’as depuis longtemps quitté

puis un matin j'ai croisé celle que je kiffe

et je me sens d’elle acquitté

la fille aux yeux calots de mer au frêle esquif

accosté juste à mes côtés

Succube



Dieu qu'il est pour moi compliqué

de ne pas succomber — étant bien sous ses charmes —

à mon succube inexpliqué

(belle enfant de Lilith à la peau qui désarme

à la séduction dupliquée)


Le vide à ses gestes s’oppose

entre nous deux l’espace oublié s’amincit

la caresse que sa main pose

et chacun sait que quand cela se passe ainsi

c'est que la tyrannie s'impose


Une épaule nue se révèle

au delta de son muscle est un bel oasis

aux feux d’une lune nouvelle

une courbe d’un sein s’il faut que je choisisse

une autre ligne me nivelle

lundi 5 janvier 2026

Linceul



La nuit s'étend comme un linceul

on croit souvent ma foi que c’est là pour toujours

en manteau blanc me laissant seul

à la lueur rosâtre en cette fin du jour

éclat nuancé d’un puzzle


Et de tes tâches de rousseur

(incroyables fragments que ma vie séquençaient)

je garde une douce saveur

en songeant qu’en désir un instant c’est quand c’est

la main dont on a la faveur


Oublions les bruits du passé

chaque amour est nouveau mais rien n'est éternel

linguistiquement dépassé

mais te recherchant de façon sempiternelle

la langue en ton âme est passée

dimanche 4 janvier 2026

Mal à terre



Les papillons carbonisés

de ma jeunesse évaporée dans du formol

ont néanmoins fossilisé

ta note en demi dièse et ton baiser bémol

afin de les utiliser


Ma solitude est comme un gage

et ma pupille infinitude écarquillée

l’étrange route où tu m’engages

est carrossable — à toi je suis celui qui est

le premier des derniers en cage


J'ai rembourré ma pauvre barque

avec un peu de mes faux-airs et ton sourire

et les bombards odieux du parc

à pareille beauté s'essouffleront sans rire

autant que les odieuses Parques


Alors on se sent mal à terre

une idylle est finie le désir est mortel

on n'a de goût que délétère

on n’a de sentiments que dans un grand bordel

et de passion que pour l'amer

Sans confessions



L'amour est au début de tout

mais il n'est à la fin de rien

son jeu s’écarte et sans atouts

reste un grand vide saharien


L'amour est un instant fugace

et nos yeux sont à sa recherche

incessamment il nous agace

et pourtant on lui tend la perche


Aimer c'est partager l’idée

que le meilleur est à venir

et que le pire est loin de nous

le jour s'invente en l'avenir


Aimer c'est quoi sinon le vœu

d’un lit pour deux que nous prions

sommeil est un mot merveilleux

résonnant comme un carillon


L'amour est une hésitation

trouble entre le rêve et l'envie

qui se décore en citations

s’accommodant avec la vie


L'amour est une concession

comme une tombe et perpétuel

il est muet de confessions

ce n’est pas un intellectuel

samedi 3 janvier 2026

Aux fers



Toutes les pluies sont bénéfiques

en inondant les chants d'amour

et fleurissant sont magnifiques

coquelicots dans les labours


On les arrache en rêvassant

sans sourciller d’une effusion

comme des gouttes de nos sangs

qu’on boirait dans des infusions


L’attirance est une assertion

qu'infirme immédiatement l'art

en lui n’est plus que l’immersion

mais moi je suis son canular


Imaginant chercher l’erreur

en tout si telle est ma mission

je n’ai cédé qu’à ma terreur

revêche et sans compromission


La capacité de surprendre

(affect est en priorité)

capable on se doit de comprendre

un vers avec autorité


Le désir est un tissu d'anses

où chacun voudrait débarquer

mais la sortie c’est l’issue dense

où de nos fers on est marqué

vendredi 2 janvier 2026

Amoureux de l'Amour



L'amour est un cadeau du ciel

Il nous faut l'attraper au viol

— ah non — cela m’est essentiel

il faut regimber de la viole


La petitesse est à l'esprit

ce qu'au sexe est la castration

le rabais sur l’être épris

sans la moindre compensation


Don Quichotte il se dépensa

comme un grand cheval efflanqué

pourtant quoique Sancho pensa

pour s'aimer il faut se manquer


Nous ne sommes que des porte-paroles

écrivain poète à tout crin

porteur de petite vérole

à la fin du Monde on te craint


Qui sait ce que le feu révèle

l'amour est un achalandage

je sais bien qu’il est irréel

addict et dépendant de l'âge


Et quoique j’en fisse un barrage

écrire est penser à rebours

à mon corps défendant de rage

je suis amoureux de l'Amour

jeudi 1 janvier 2026

À contumace



L'amour est une fleur sauvage

et pousse en dehors des jardins

rural il devient citadin

s’éloigne en quittant son rivage


J'ai tellement rêvé de lui

que celui-ci n'est plus qu'un rêve

et l’existence étant si brève

il n’est qu’une flamme qui luit


Sans penser à se lever tôt

les bombes pleuvent et la pluie cesse

en faute à tous ceux qui t'agressent

Il n'y a plus de végétaux


L'amour est un instant subtil

au lit dans lequel on se couche

où dépendant de notre bouche

il pend à la lèvre infertile


Il y a dans chaque désir

un morceau de désespérance

un brin de ma vaine attirance

un bras d’une veine à saisir


Accoutumance est une loi

qui fit de moi le bon coupable

et le génie de l’impalpable

à contumace et bon aloi