Par un bout de ma fenêtre
un de mes regards est porté vers le lac
il absorbe un nouveau soir
à la façon
d'un gros dinosaure herbivore.
En Finistère
au bout du monde
on est déjà dans l’ailleurs
au bord de l’océan sans fin
dont en pensait qu’il nous précipitait dans l’abîme
et c’est peut-être en vrai la vérité
dans ce qu’on délave
hérité
de la jeunesse éloignée
perdue dans les limbes
où le souvenir égaré
choisit d’autres chemins
ceux des tourbières
au Yeun Elez
entre un Roc’h et l’autre et recouverts
à l’infini de landes
et baignés dans l’eau de pluie qui s’accumule
en délavant les images oubliées.
Les monts d'Arrée
de par leur étrange appellation
marquent à la fois le départ et la fin
je crois bien être un des enfants
de ces plus vieilles montagnes du monde
où tout se perd et se rejoint
tellurique et puissant
juste écrasé de Nature
et me souvenant du passé
que je vous raconte en poème
à la façon des chansonniers.
Les gros dinosaures
herbivores
ont disparu sans plus rien à manger
la mémoire anthropophage est vive
et mon disque dur en boucle
— au micro professeur —
envoie le son
d’une chanson
d’un suicidé
de satiété
d’un post-adolescent
blondin comme les blés
les pieds dans les glaïeuls
il est comme un aïeul
et dort au Val-fourré
qu’est notre Père-Lachaise
où gisent des géants.
Partager de la musique
est une façon de communiquer
des morceaux profonds
de ce qui nous constitue.
C'était il y a plus de trente ans
j'étais assez beau garçon
je faisais mon service militaire
au sein de la
Marine
Nationale
Française
à Brest
en discothèque
il m'est arrivé d'embrasser des filles
en dansant sur ce morceau mythique
ensuite
on est parti en Afrique
on est revenu
— la salive est une denrée rare —
à Brest
au port de commerce
il y avait une discothèque appelée "César"
à Guipavas
le "Melody"
ce morceau retentissait comme une apothéose
aimer d'amour est une lente destruction
Kurt Cobain avait compris ce froid concept.
