dimanche 8 février 2026

Dix-neuvièmiste



Voilà, j'écris…


C'est toujours ainsi

ça me prend au cœur de la nuit

(Céline ainsi l'avait parfaitement décrit)

"Plus ne m'est rien"

c'était le titre infligé par Yslaire et Balac

au premier album de "Sambre"

— évidemment le plus beau ! —

qui m'a beaucoup marqué dans mon adulescence.

Il m'est difficile à vrai dire en effet

d'évacuer ma dimension gothique

et romantique

héritée de mes lectures

absolument

dix-neuvièmistes

où Lautréamont

Baudelaire

et consort

avaient pris toute la place.

Il me semble avoir été

rarement

compris sur ces points.


Finalement

tout s'écrit gratuitement

puisque l'écrivain

se retrouve abandonné

plaçant son énergie dans des projets

qui ne concernent que lui

qui ne sont compréhensibles en vérité

que de lui

dont l'horizon ne peut s'apercevoir un instant

qu'en ses yeux.


La poésie pousse comme une fleur sauvage

— un champ mis en jachère —

un peu trop cultivée

produit d'ouvriers ayant trop défriché

la pauvre risque alors de disparaître

au profit d'une écriture productiviste.


Il ne faut pas prédire une poésie

mais se contenter de l'accueillir

et nul ne sait

ni peu l'importe

au sujet de sa forme finale

une poésie n'est belle en vérité

que parce qu'elle échappe

aux règles qui voulaient l'enfermer.


La poésie, c'est l'oiseau de Jacques Prévert

c'est une cage ouverte

où ce dernier prend forme

à cause en vrai qu'elle est ouverte

en explosant les frontières

et les règles prosodiques

(en ce qu'ont montré des gens

comme Arthur Rimbaud).


Mais en faisant de l'explosion de ces règles

une nouvelle règle

on a subi l'auto-proclamation de nouveaux rois

qui l'ont renfermée.


Le problème de notre temps quant à sa poésie

c'est d'abord qu'à la différence du XIXème

et des siècles qui l'ont précédé

tout le monde ait appris l'écriture

et que beaucoup s'en croient donc écrivains.


L’autre problème est que l'interprétation

des licences osées par les auteurs transgressifs

ait été prise pour argent comptant

puis institutionnalisée par une académie

construite à leur suite

en un moment d'intellectualisation de la société

— totalement antithétique avec la nature des auteurs susnommés —

dans une forme de dogme brutal

auquel une majeure partie de la population

reste absolument hermétique

alors qu'il détiendrait une vérité propre

à quelques élus.


C'est ce qui permet pour finir

à certaines "intelligences"

issues de cette nomenklatura

d'affirmer à propos d'aucuns

— sans la moindre once d'humilité —

que "l'on n'écrit plus ainsi depuis le XIXème siècle".


Imbéciles et qui seront balayés par le souvenir futur.

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