Voilà, j'écris…
C'est toujours ainsi
ça me prend au cœur de la nuit
(Céline ainsi l'avait parfaitement décrit)
"Plus ne m'est rien"
c'était le titre infligé par Yslaire et Balac
au premier album de "Sambre"
— évidemment le plus beau ! —
qui m'a beaucoup marqué dans mon adulescence.
Il m'est difficile à vrai dire en effet
d'évacuer ma dimension gothique
et romantique
héritée de mes lectures
absolument
dix-neuvièmistes
où Lautréamont
Baudelaire
et consort
avaient pris toute la place.
Il me semble avoir été
rarement
compris sur ces points.
Finalement
tout s'écrit gratuitement
puisque l'écrivain
se retrouve abandonné
plaçant son énergie dans des projets
qui ne concernent que lui
qui ne sont compréhensibles en vérité
que de lui
dont l'horizon ne peut s'apercevoir un instant
qu'en ses yeux.
La poésie pousse comme une fleur sauvage
— un champ mis en jachère —
un peu trop cultivée
produit d'ouvriers ayant trop défriché
la pauvre risque alors de disparaître
au profit d'une écriture productiviste.
Il ne faut pas prédire une poésie
mais se contenter de l'accueillir
et nul ne sait
ni peu l'importe
au sujet de sa forme finale
une poésie n'est belle en vérité
que parce qu'elle échappe
aux règles qui voulaient l'enfermer.
La poésie, c'est l'oiseau de Jacques Prévert
c'est une cage ouverte
où ce dernier prend forme
à cause en vrai qu'elle est ouverte
en explosant les frontières
et les règles prosodiques
(en ce qu'ont montré des gens
comme Arthur Rimbaud).
Mais en faisant de l'explosion de ces règles
une nouvelle règle
on a subi l'auto-proclamation de nouveaux rois
qui l'ont renfermée.
Le problème de notre temps quant à sa poésie
c'est d'abord qu'à la différence du XIXème
et des siècles qui l'ont précédé
tout le monde ait appris l'écriture
et que beaucoup s'en croient donc écrivains.
L’autre problème est que l'interprétation
des licences osées par les auteurs transgressifs
ait été prise pour argent comptant
puis institutionnalisée par une académie
construite à leur suite
en un moment d'intellectualisation de la société
— totalement antithétique avec la nature des auteurs susnommés —
dans une forme de dogme brutal
auquel une majeure partie de la population
reste absolument hermétique
alors qu'il détiendrait une vérité propre
à quelques élus.
C'est ce qui permet pour finir
à certaines "intelligences"
issues de cette nomenklatura
d'affirmer à propos d'aucuns
— sans la moindre once d'humilité —
que "l'on n'écrit plus ainsi depuis le XIXème siècle".
Imbéciles et qui seront balayés par le souvenir futur.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire