samedi 29 août 2015

Pulp frictions






À Quentin Tarantino,


Et l'on se cogne et l'on s'en fout
plein la peau mâte et les pommettes,
et les sourcils sans garde-fou
sinon des pleurs que l'on permette
à se pencher comme à Corfou,
du parapet vers les lunettes
aux vers fumés des rendez-vous
posés par des lapins poètes.

Et que ça saute ! En bons chasseurs
ou en mauvais payeurs de mine,
ce qui m'importe à l'effaceur
– l'indélébile de ma mine –
c'est l'écriture et son passeur,
et les cercueils que je démine
en ouvrant à des bals traceurs
java macabre as what you mean !

Et l'on cultive dans l'instable
la passion dont on s'exonère,
puisque l'on joue cartes sur table
et plus encore sur nos nerfs,
moi l'écolier du non-potable
ai rempli quelques containers
comme on remplit son vieux cartable
avec un fiel-fuel ordinaire.
 

lundi 17 août 2015

Pendant l'orage




C'est zébré de mon ciel électrisé d'idées
que je livre à relire un morceau de mes chants,
lancés dans les dix vents comme on lance dix dés,
balancés savamment vers les êtres méchants ;
c'est perclus d'un orage évidemment vidé
de sa perte des eaux sur les plains et les champs,
que je siffle à l'instar de cousins cervidés
le brame un peu stocké de vaisseaux alléchants.

Dans l'immense beauté des grandes déchirures
incisant le tissu de par les feux du ciel,
je repense impassible à ces belles parures,
aux femmes qui ne me sont pas providentielles.

J'ai détrompé mon encre aux nuées de Gomorrhe
puisque le coup de foudre est toujours réciproque,
et que l'amour ressemble à ce point à la mort
lorsque la curée vient nue et nous défroque,
lorsque la fin de l'âme est un serpent qui mord
la déveine attendue par le sang que l'on troque,
et que finalement des infinis remords
de l'orage n'est plus que la vie que l'on croque.

jeudi 13 août 2015

Après l'orage




Sur les pavés mouillés ou sur le sable humide,
réside la luisance inconnue sauf à Brest,
sauf aussi dans les yeux de ces beautés numides
dont Jugurtha peuplait ses amours plutôt prestes ;
le soleil revenu, d'abattues pyramides
ruissellent de leur or, bombardées comme à Dresde,
et l'orage oublié comme les sulfamides,
dope un peu plus crûment l'air nouveau qu'il nous reste.

Il n'y a plus d'oiseaux que la grêle a chassés ;
il n'y a qu'un silence assourdissant du vide
où mon cœur à son tour se retrouve enchâssé,
l'absolue vacuité des grands gouffres avides.

Il règne un sentiment d'âpre déréliction
sur les pas de mon écriture inassouvie,
mais son rythme régule à grands coups de diction,
cette errance à laquelle on est tous asservi
après que la foudre eut frappé – fut prédiction –
nous laissant bien souvent sans ressort et sans vie,
mais avec le beau luxe où choisir l'addiction
qui nous permet pourtant de garder nos envies.

Avant l'orage




Tu me disais déjà qu'il ne faut pas s'y fier,
que l'orage évacue des vertes et pas mûres
aux grands balancements d'une faux pacifiée
par la courbe sereine où n'est plus qu'un murmure.
Tu décrivais l'ovale autant opacifiée
qu'on aurait pu s'y voir et sans la moindre armure,
en se disant de soi qu'on est, oh pas si fier !
En se disant de soi qu'un vers est dans sa mue.

J'ai construit des reculs pour tes accouchements.
J'ai bâti des radeaux sertis d'oiseaux fidèles.
Mais au final, je sais que chaque couche ment,
et que ce cœur de femme est un cœur d'hirondelle.

C'était avant l'orage et l'air était très lourd.
De tout Victor Hugo, moi je n'avais rien lu,
mais le vent soulevé quoique je fus balourd,
savait de mes recoins tout ce qui m'éberlue ;
et puisqu'il faut causer d'agapes et d'amours,
des mauvais vers creusés par des passions élues,
j'aimerais mieux couvrir de pertes et d'humour
les trous d'air et l'éclair dont j'eus la plus-value.

samedi 8 août 2015

La beauté du Geste






J'aime l'éclat bleuté – du grillage aux tiges –
de l'électricité des auto-tamponneuses,
et les courbes rompues par la haute-voltige
et par l'habileté de ses mains moissonneuses.

Car d'un fouet fauchant l'air à donner le vertige,
ses mains rendent soudain l'eau douce et poissonneuse,
et de la fluidité dont je n'ai que vestiges,
une empreinte à ce Geste aux coulées savonneuses.

Ainsi va-t-il souvent de ces chorégraphies :
d'une souplesse atroce ou de raideurs digestes,
leur expression suffit et puis ça signifie !

On est loin des fadeurs d'un spectacle indigeste,
on est dans l'Harmonie que l'enfant magnifie,
dans ce que l'on transmet par la beauté du Geste.

vendredi 7 août 2015

Contre-courant




Qu'enterrerai-je en bon garçon de ma vie nulle ?
Sinon qu'en ayant tant fait preuve d'ignorance,
glisse entre le jambon et le beurre un peu rance
la déveine éclatant de toutes ses veinules.

Je n'ai plus aujourd'hui que l'arbre et la verdure
pour aller tous les jours plus près de l'essentiel,
garder ce qu'on déduit à tort des dons du ciel
mais qu'on reprend toujours lorsque les revers durent.

Or, je n'ai plus non plus que la beauté des eaux
qui, de mer en rivière ont à contre-courant
lavé ce qui déplût d'un « Je » désespérant.

Enfin, je ne suis fier dans cet étroit réseau
que constitue l'Amour sous ses aspects divers,
que des Enfants-Lumière où gît mon Univers.

mercredi 5 août 2015

Chanson nostalgique




Il y a dans le bleu du ciel
le regret des regards perdus,
et dans son souffle existentiel
le vent des Amours éperdues,
dans des nuages substantiels
le duvet des fruits défendus
de ces élu(e)s providentiel(les)
dont on a surtout dépendu.

Il y a dans les souvenirs
tant de couleurs imaginaires
que nul ne pourrait parvenir
à les rendre juste ordinaires ;
on peut peut-être en obtenir
l'extrait sur le pinceau des nerfs
en voyant un astre agonir
au soir de notre vie lunaire.

Il y a toutes nos enfances
et la blessure adolescente,
un peu du poids de nos offenses
et des légèretés blessantes,
au sein de ces cœurs sans défenses
à l'auréole opalescente,
au fur que la mémoire avance
et à mesure incandescente.

Je n'ai donc plus que mélodies
pour m'enflammer d'un air tragique,
tandis qu'un vieux mélo' me dit
de prendre un bon vieil antalgique ;
j'ai mal au crâne et ça mendie
sous les ponts d'un passé magique,
et pour toujours je psalmodie,
poète aux chansons nostalgiques.

dimanche 2 août 2015

Projections




Peut-on vraiment s'imaginer,
se projeter une existence
autre qu'en un lit machiné
sur des roulettes sous potences ?
J'ai dépendu de mes projets
comme on dépend de perfusions,
mais aujourd'hui ce Rien que j'ai
ne traîne plus ces illusions.

J'ai vu tomber comme à Grav'lotte
les couples des maisons « Usher »,
avec leurs château de cam'lote
d'une Espagne valant peu chère,
et de souffrances associées
pesant sur des moitiés livides,
on oublie tout des assauts sciés
par la bataille du lit vide.

On oublie le sexe et les rêves,
on oublie les baisers sucrés,
on oublie l'Amour et sa sève
en violant les serments sacrés,
on oublie parfois l'avenir
par obsession de son passé,
puisque les journées à venir
seront d'un présent trépassé.

Alors faut-il recomposer,
ainsi remettre le couvert ?
Ou faire un point et se poser
et voir moins rose, un peu plus vert ?
Chacun met midi à sa porte
en se forgeant sa vérité
– Celle-là le diable l'emporte,
je ne peux plus me projeter.

jeudi 30 juillet 2015

L'arbre à peaux




Qui n'a jamais parlé d'un jour changer de peau ?
Pourtant, qui sait ce qu'écorcher est le tourment ?
Qui sait la vraie valeur des mues et leurs impôts ?
Qui sait que l'angle-mort, lorsqu'il est aigu, ment ?

La lente étoile amère – affreux échinoderme –
scintille emplie de drogue en haut de l'arbre à cames,
et le moteur grinçant qui tend notre épiderme,
entretient en secret des passions polygames :

mêlant en réservoir, Muse et mues inouïes,
il dépèce (encensoir) les corps beaux de nos rêves
dans l'hydrocarbure air d'un cadavre épanoui.

Dès lors, tout n'est qu'abcès, puisqu'il faut qu'on en crève,
laissant flotter au vent ces inquiétants drapeaux ;
les coups d'un arbre à pains, m'ont fait un arbre à peaux.


mardi 28 juillet 2015

Les méandres de la vie






La Terre est une fourmilière
et sa conscience est bien ailleurs
que dans l'infinité d'ailleurs
des grouillements grimpant ce lierre.

De tous ces corps décérébrés
obéissant à la machine
qui, de L.A. jusqu'à la Chine,
file un beau bât aux démembrés,
blesse à l'endroit des jarretelles
l'insecte pris dans sa résille,
oui, de ces acharnées chenilles,
j'attends les mues accidentelles.

Le Monde est peuplé d'arthropodes
ignorant que leur carapaces
ont fait d'eux des ringards rapaces
ivres de pouvoir et d'iPod.

Quant à l'Amour, oh le doux leurre !
Tout s'évanouit au fond des sexes :
les sentiments mis à l'index
– seconds couteaux au rémouleur –
sont comme la littérature,
objets d'humour et de mépris
(tant mieux qu'aucune ne m'ait pris)
criblés de haine et de ratures.

Dussé-je en avoir eu l'envie,
Nul mieux que moi n'est égaré
Dans cette foule bigarrée,
Dans les méandres de la vie.

lundi 27 juillet 2015

Le lit-bateau



Lentement luttait mon lit dans le malin tumulte ;
aux flots à gîter que mes sommeils froissaient,
répondaient ses beaux draps que mes peurs accroissaient
– gréement qui vous propulse et qui vous catapulte.

C'est ainsi que j'entrai dans les nuits rugissantes
et sans cesse essorées des odieux quarantièmes,
où s'égrainait le temps en millions de centièmes
aussi bien qu'en embruns de marées fléchissantes.

Or, le phare isolé de mon chevet frisait
mon carnet de cuir roux d'une écume de lettres
qui déguisait l'angoisse en conscience de l'Être.

Au-delà de la Vie qui me paraphrasait,
ma rêverie nocturne inondait une eau sombre
qui dégrisait mon lit juste avant qu'il ne sombre.

mercredi 22 juillet 2015

Du Caravage






J'ai balayé les péristyles
et nettoyé mes sarcophages,
afin de retrouver le style
en clair-obscur du Caravage ;
j'ai lessivé la toile honnête
en passant des savons mutiques
à ces insectes notonectes
abreuvés de poisons ludiques.

Un Monde entier s'est fait les dents
sur ma carcasse famélique,
qui solitaire, aux vers l'aidant,
prit le chemin des Amériques
depuis les bords de Guerlédan
puis par les ports de l'ombilic,
ma crêpe aux semelles devant
lui servant de téléphérique.

J'abordai donc d'hideux domaines
où la plume est un étendard,
à pleurs de Lys, quittant le Maine,
je pris aussi tête de Loire,
mais désireux des Océans,
son embouchure eut pour seul dard
le stylo de ce mécréant
qui vous décrit ses grands déboires.

Voguant sur un transatlantique
et paressant en plein soleil,
j'appris la rime épileptique
accessible en un plein sommeil ;
au fond du rêve en accostant,
puis saisissant sur ces rivages
à poignées le sable du temps,
je saisis tout du Caravage.

Et parce que la mue de l'Homme
est changer le reflet de soi,
et que Narcisse en vivarium
est le serpent qu'un rien déçoit,
toutes les nuances de gris
qui sont bien plus qu'une bluette,
ont pris dès lors dans mon esprit,
l'aspect de leur beauté muette.


vendredi 17 juillet 2015

L'effort en thèmes




On pourrait s'imaginer
se penser
ou panser
on pourrait se machiner
se mâcher
se moucher
dans les feuilles d'un pot-pourri
sans jamais renouveler l'inspiration
– fantasme petit-bourgeois selon Maïakovski –
qui nous guide vers l'incarnation
de notre littérature
en traits vivants
où l'élite est rature
apposée sur l'évent
des brocards le soulevant.
On pourrait s'entendre
s'écouter
s'écorcher
on pourrait se tendre
se planter
s'épancher
dans les feuilles d'une rhubarbe
ou sur les marches de Bretagne
sur ces pavés que la rue barbe
à voir l'Amour et la Castagne.
On pourrait penser
que l'écrit
que les cris
qu'on vient dispenser
sur les murs
des armures
et des cités balnéaires
serviraient à soigner nos doigts
– puisque ce qui des dix pend sert –
pour graver ce que l'on doit.
On pourrait fantasmer des tas de choses.
On pourrait croire
au Génie créatif
au génie militaire
au gène y contribuant
je pourrais déjà si j'ose.
Mais c'est dérisoire
et même récréatif,
si pour enfin se taire
on se fait chat-huant.
Il ne faut pas chercher sujet
pour pondre un œuf
– de quelle fable air j'ai ? –
ni pour voler un veuf.
Il ne faut pas pousser l'effort en thèmes
afin qu'en Germinal
croisse en deux Lunes qui t'aiment
mon vers subliminal.
Il ne faut pas pousser l'effort en thèmes
s'il faut tirer le vers d'innées
sensations issues d'anathèmes
et pourtant si bien jardinées.
Il faut oublier le sens qu'on veut donner
s'il faut donner du sens à nos verbiages,
il faut aussi tout pardonner
d'un frais divorce après mariage.
Il ne faut pas chercher l'objet
de ce qui peut nous faire écrire
et juste enfin se partager
oui juste avant d'enfin mourir.

mardi 14 juillet 2015

Décade en s'écrivant



Que passe sous les ponts décade en s'écrivant,
qui fasse en trait d'union décadence écrivaine
et qui, le temps durant, de cadences privant
l'auteur de réflexions, s'avère pourtant vaine.

J'ai gravé dix années de stèles numéraires,
aggravant dans mon cas, le poids de ces cent heures
arrachées à l'autel des chambres funéraires
où l'on se sent soudain privé d'apesanteur.

Quant au fruit littéraire offert à médisant,
quelle est sa vraie durée, comment le quantifier ?
Si par un taon mordu j'avachis le présent,
j'ai par jeu du passé, futur opacifié.

Tous ces étés brûlants fourmillant d'écriture
et ces hivers glaciaux réchauffés par l'absinthe,
ont pris ma vie c'est sûr, pour ma littérature
et mon âme endiablée pour une vierge sainte.


lundi 13 juillet 2015

La clef des vers




Je guette encor l'écho de mon âme éruptive
au détour d'un carnet de voyage ou de bord,
ou d'onglets incarnant d'univers le rebord,
un balcon d'où j'épelle une belle captive.

J'emplirai mon stylo de ses lettres secrètes
et mon songe endetté d'alphabets exotiques,
pour qu'enfin subjuguée d'orchidées érotiques,
coule l'encre inhibée que mon cerveau sécrète.

Seulement, le Futur rejoindra le Passé,
puis la réalité les désirs carnassiers,
dans son enveloppe de chair, d'os et d'acier.

Alors, de La Fontaine en passant par Bossuet,
j'irai puiser le vain que ma source aura sué
afin d'en parer celle autant carapacée.

Le mot se fera page, et virgules valets,
ce qu'on doit de Demain sera pris au comptant,
au banquet du poème on aura l'air content,
car la clef de mes vers, tu l'auras avalée !

Je ferai fi des évanescences pompeuses
et des lubies littéraires professorales :
spontané, j'écrirai jusqu'à mon dernier râle
et prierai pour des fins aussi peu sirupeuses.

samedi 11 juillet 2015

L'étoile d'amour




J'ai rêvé deux couleurs :
anthracite ou bien bleu, les beaux yeux
s'attribuent ces deux biens en doux leurres
et souvent par le biais pernicieux
des regards racoleurs.

J'ai songé vos baisers :
la fraîcheur de vos faux dix-neuf ans
s'envolait avec l'air qui se dérobe aisé,
d'un riche Art de la langue innovant
d'un caquet rabaissé.

J'ai mimé nos étreintes
en tournant mon crayon par à-coups,
qui laissant la mine y déposer son empreinte,
m'a pendu par vos bras à mon cou
que pour vous l'âme emprunte.

J'ai singé les manières
d'un commun des mortels amoureux,
dont le cœur écharpé se délite en lanières
étrillées d'un passé langoureux
puis de mues casanières.

Donc alors de rêver
des couleurs, des odeurs ou de Toi,
est-ce honnête ou crédible, est-ce hurler de crever ?
Fais donc toit dans mon don de tes doigts,
ma ligne d'arrivée.

lundi 6 juillet 2015

Orfeu Nero




La signification de l'Espoir m'interroge :
faudrait-il y chercher dès lors sous quoi l'on ploie
tant que le bât de l'aile « à quoi bon ? » se l'arroge ?

J'ai pleuré des larmes d'encens
dans les chœurs des lamaseries,
et des écheveaux sans pour cents,
gardant ceux dont l'âme se rie
d'être de bons ou mauvais sangs.

Et dans l'onde aérienne où tes traits se déploient
Je ne retiens qu'un cil en abat-jour du feu
dont les flammes consument l'Amour qui s'emploie.

Je ne retiens que les décimales
du nombre π qui me rassurent
quant à cet incroyable mal
et cette inadéquation sûre
où sombre mon état de mâle.

Tu serais Eurydice au brésilien Orfeu,
qui traversait d'un triple-saut ce qu'on abroge :
l'enfer qui l'un dans l'autre est comme une arme à feu.

dimanche 5 juillet 2015

Et que l'Onde coule





La fraîcheur des sous-bois où moussent les ruisseaux,
et de l'adolescence en sa vitalité,
dans la canicule où si peu vite alité,
l'on traîne en canne à pêche, en plumes et pinceaux ;

cette fraîcheur émane au-delà de l'eau douce
ainsi qu'un esprit sain peuplant de jeunes truites
et d'onde intarissable – espace de nos fuites –
une part de l'ego dont nous languissons tous.

Je sais l'éclat de l'eau fait d'un soleil d'écailles
et la joie du pêcheur lorsqu'il lève un poisson,
je sais dans quel bonheur on puise ces moissons.

Je sais que le Destin m'assied sur la rocaille
afin que je dépeigne où l'eau de là nous mène,
je sais bien que la Vie m'a scié la branche humaine.

vendredi 3 juillet 2015

Et Caïn créa





Qu'écrirais-je donc qui ne le fut pas déjà ?
Si ce n'est dans la forme, alors c'est dans le fond ;
pourtant, les tableaux qu'à ces vers nous agrafons,
rejoignent ceux que l'Art des Lettres partagea.

Comment voir plus humain sinon qu'en montrant Soi ?
Si ce n'est d'un bon fond, l'Être reste un Mystère :
il s'efforce à produire un lot de maux à taire
et n'aime finalement que ceux qu'il déçoit.

Baigné de pleurs de lumière en-dessous d'un saule,
je laisse au kaléidoscope étourdissant
de mon cerveau, le soin de tourner cran par cran.

Reproduisant les illusions d'un puissant crawl
– s'il n'est aucun âge libre autre qu'avec rime –
en gros, j'écris ainsi que l'on commet un crime.

jeudi 2 juillet 2015

Gévaudan (republication d'un texte de 2008)





Oui ! J’ai vos dents,
             Comme un trophée,
                                 Autour du cou,
De ces crocs blancs,
                       Prêts à serrer,
                                 Ce monde fou,
Dans un carcan,
                          Très acéré,
                               Un piège à loup,
Oui ! Gévaudan,
               Comme un collier,
                           Est comme un joug…

De Margeride,
                 Jusqu’en Aubrac,
                                  En Marvejols,
Quelques séides,
            Traquaient la traque,
                                En marche folle,
Crimes sordides,
                    La bête attaque,
                               Comme l’alcool,
Cent homicides,
              Sang dans la flaque,
                                   Et trente viols…

On ne peut pas s’imaginer le Gévaudan,
Il faut le voir, le respirer de l’en-dedans,
C’est un lieu flou où le hasard est imprudent,
J’y suis allé à cinq et six et puis sept ans…

Dans ses sous-bois, j’allais cueillir les champignons,
Et dans ses prés, les frais rosés, les mousserons,
Près des genêts, les chevaliers bagués si bons,
L’ombre de la bête planait aux environs…

C’est entre le Malzieu et Saint Chely d’Apcher,
Que de la bête, l’histoire me fut contée,
Et de ses trois ans d’itinéraire meurtrier,
De femmes et d’enfants à ses dents sacrifiés…

Décapitations, éventrations, écorchages,
Nul autre animal ne commit pareils carnages,
Ce n’était pas un loup pas plus qu’un chien de rage,
On eût dit la bête échappée de quelque autre âge…

Fi du capitaine Duhamel, en cavale,
Se riant des battues, si perfide animal,
Il se riait aussi des plus habiles balles,
Charles-Marc-Antoine Vaumesle d’Enneval…

François Antoine,
            Sieur de Beauterne,
                                Le louvetier
D’un roi idoine,
        Sieur beau mais terne,
                             En fit les frais,
Et des arcanes,
                 Et des cavernes,
                                Où se terrait
La bête infâme,
         Quoique elle hiberne,
                           N’était pas tuée…

On fit mensonge
             De quelques loups
                                  Assassinés,
Et de pieux songes
            Pour quelques sous
                              Presque volés,
Mais à rallonge,
                 La liste en nous,
                                 Venait graver
Ce qui nous ronge,
              Dans nos remous,
                          Nos peurs ancrées…

C’est un soir de Juin dix-sept cent soixante sept,
Que de couler, l’histoire, comme sang, s’arrête,
Du bon marquis d’Apcher, allant chasser la bête,
Avec ses gens et famille Chastel en tête…

Jean de Chastel, étrange père, et ses deux fils,
Gens cultivés, un peu sorciers, sans artifices,
Près de Langogne, il s’asseyait, comme à l’office,
Puisque miracle, il le fallait qu’il accomplisse…

Elle était devant lui, assise sagement,
Comme devant son maître, en monstre pénitent,
Chastel arma son arquebuse calmement,
Fit feu, le monstre retomba en titubant…

Naturalisé, le cadavre, à malfaçon,
Fit le voyage de Paris jusqu’à Buffon,
Parvenant en état de décomposition,
Nul ne put dire s’il s’agît d’un loup ou d’un lion…

Or, d’un roi déçu, sous de faux airs impavides,
Ordre fut donné d’enterrer l’être putride,
Quelque part, sous Versailles, légende réside
Que d’aucuns piétinent encore d’un pas vide…

Mais la bête
            N’est pas morte,
                                       Elle vit,
                                                   Autre part,
Dans nos têtes,
            Qu’elle en sorte !
                                  C’est folie !
                                             C’est trop tard…

J’ai vos dents
                  Sur mon cou,
                            C’est à mordre,
                                                     A laisser…
Gévaudan,
                  C’est le trou,
                               Le désordre,
                                                   Bas blessé…
                                                   Bas bât, bah...
                                                   Blablabla...

La bête est en nous, partout, sans emphase,
Elle est dans l’urne du dernier votant,
Des dictatures dont elle est la base,
De leurs tortures et de leurs néants.
On peut se questionner, chercher les cases,
Se demander ce qu’elle était vraiment,
Mais le « pourquoi », loin de faire l’extase,
N’a pas vaincu le « qui » ni le « comment ».
Ces enfants de naufrages, de nos phrases,
Feu, détresse, périt phrase aux couchants,
Quand de ces lames qui parfois nous rasent,
Restent aux doigts quelques gouttes de sang.
Alors les pluies se remettent en phase,
A Mende aussi, puisque tout est payant,
Et qu’en Lozère, les airs sont des gaz,

Et que nos guerres sont en GEVAUDAN.

lundi 29 juin 2015

Bief de Vie


KATE BUSH Hello Earth from Sky Vibes on Vimeo.



Glissant d'azur en gris, mu par la force obscure,
ce long gouffre illumine autant qu'il éclaire,
c'est un puits géniteur que d'odieux forceps curent,
et rempli par l'amnios est bordé par des glaires.

C'est le tunnel étroit qui mène aux renaissances,
quand l'Hideux qu'on écarte offre à voir une issue,
que de l'Hydre et du Sphinx on acquiert connaissance
en nos troubles profonds, nos abysses déçus.

Remontant lentement l'écrasant poids du vide,
les barreaux de l'échelle infinie s'amoncellent
où la Lune est la Vie, d'une clarté livide.

Je savais que j'avais laissé mon âme en celle(s)
dont l'aura juvénile inondait mon linceul ;
j'apporterai dès lors, l'eau de mon moulin seul.

jeudi 25 juin 2015

Des cons, fusion




Demain, j'ai eu la trouille en n'y jamais pensant,
tant et si bien qu'hier, j'irai le mettre en sons
dans un Poème enfreint par un caprice enfant
sans foi ni loi, sans freins, précipice sans fond.

Je dirai l'inutile et les miroitements
de l'eau sur les piliers du pont, comme un poumon
fluctuant, d'un reflet de courbes et de ronds,
de la parfaite illusion de mon Mythe errant.

J'y dirai les secrets de notre Préhistoire,
ceux d'acteurs qui, muets, forgent nos caractères,
et sur lesquels sans cesse et toujours on s'enferre,
et sans lesquels aucun ne sait sa place en foire !

Je disais trop souvent nos futurs illusoires...
Je prédisais vraiment les beaux culs qu'ils usèrent,
et pourtant, dans mes mots je ne suis pas notaire...
Je n'ai besoins en vrai que d'un pauvre écritoire.

mercredi 24 juin 2015

Dame Nation




Chacun dit : « si j'étais à l'état de nature,
baignant dans le Larousse, ou peignant Rousseau
de l'encre rouge où trempe enfin mon fin pinceau,
j'étalerais rupestre, un lit de mes ratures. »

Mais l'État dénature un peu ses citoyens :
c'est ainsi que lorsque ceux-ci se révoltèrent,
ils n'obtinrent plus rien de cet après-Voltaire
et mirent au panier leurs crânes mitoyens.

C'est un pays qui brûle aux tréfonds de nous-mêmes,
il est peuplé de fées en luttes intestines,
il est perclus des feux qui seuls nous prédestinent.

En ce cachot qui crame, il faudrait que je m'aime ?
Je n'ai plus d'horizons autrement qu'en faïence
et ma frontière ouverte embouche leur vaillance.

mardi 23 juin 2015

Harmonie dulcicole




J'aime ainsi paresser le long des berges vertes
où le saule aux cheveux d'ombre chlorophylle,
embrasse au sol les clefs d'où mes partitions filent,
comme de mes carnets aux feuilles recouvertes.

Le vent le fait bruisser d'un son de tourne-page
et le marque, écornant ses rameaux musiciens ;
la mélodie de l'onde est mêlée – dalmatien –
d'un clapotis contraste et contraire aux tapages.

J'y ressens l'Harmonie que souvent l'on me nie,
les entrées en courant dont je suis la logique
et les flux pénitents dits généalogiques.

Puis, entre les roseaux, la toison d'Ophélie
siphonnée par le saule et rendue dans l'extase,
exhibe enfin le chant d'infinies métastases.

jeudi 11 juin 2015

Parfumeur





J'ai souvent rebondi de Charybde en Scylla
sans que la moindre volontaire naufrageuse
ose froncer l'accent dont ma vue sourcilla,
se sachant sûr complexe à tresse ravageuse.

J'ai rarement trempé dans les sources d'ébène
et faiblement pleuré pour les alimenter,
mais des pots débottés de ces plantes d'aubaine,
j'extrayais l'essentiel pour m'en agrémenter.

Et toujours j'ai creusé ces rides innocentes,
avec la conviction que leur odeur tenace
ourlait la mer d'encens et d'innombrables sentes.

Avec la componction de l'éclair qui menace
et l'âpre densité du doseur de l'humeur ;
j'ai l'âme d'un poète armée d'un parfumeur.