mardi 29 mars 2016

Grand Bassam (republication de ce texte de 2006 en l'hommage de cette cité meurtrie)



Cocos coupées à la machette,
Dis, tu m'achètes ? Dis, tu m'achètes ?
C'est pour dix balles CFA...
C'est pour queue dalle à la plaïa...
Il est midi à Grand Bassam,
Lorsque ce petit bout de femme
Sabre les fruits de son pays,
A mes pupilles ébahies...
Il est midi à Grand Bassam,
Le soleil darde de ses flammes,
Le sable des plages privées
Et la sueur des peaux bronzées.
Mais les nuages d'équateur
Viennent charger de leur lourdeur,
La baie fermée sur l'océan,
La presse d'un air oppressant.
On se croirait à angle droit,
Au moins à sa moitié, je crois,
Tant les degrés se superposent
Aux chaleurs dont ils sont les causes.
Je me lève du transat',
Je me lente, aimant avec hâte,
Vers l'eau salée qui, comme un lac,
Semble une soupe à nos hamacs...
La plante de mes pieds me brûle,
A vingt-huit est la grande bulle,
Elle est pourtant rafraîchissante,
Cette eau si pure et transparente...
Il est midi à Grand Bassam,
Et des heures à nos grands dams,
Se passent en baigneurs modèles
Dans l'eau ou les couleurs se mêlent :
Le blanc, le noir et l'océan,
Le rire dilué des enfants,
Il est midi à Grand Bassam,
Ainsi s'humidifient nos âmes !
Les ananas nous sont fragrants,
Et tous leurs jus dégoulinants,
Quand on les grignote en tournant,
A la façon d'un cuisseau lent.
Et le soleil est insolent !
Et le sommeil est un saut lent !
Puisque nul ne peut deviner
Quand dans la sieste il va sombrer.
Les cocotiers se font la malle,
De Grand Bassam, la coloniale,
Pays qui, de trois capitales,
Côte d'ivoire est la vénale !
Reste de celle-ci, fantôme,
Le destin flou d'un carcinome.
Il est midi sur Grand Bassam,
J'en rêve encor après les drames...
Mes vers d'escales s'escaladent,
Comme latitudes malades,
Mais des rémissions télévisées,
En sont l'image imaginée.

dimanche 27 mars 2016

Demain


Demain, le soleil ne se lèvera pas : il restera dans sa coquille d'huître à flétrir de baisers qu'il ne donnera pas. Le jour restera fermé comme une serrure à double tour et comme un disque au ralenti, comme un diamant posé rubis sur l'ongle à l'avatar d'où nos âmes rodent afin de s'en délivrer.
Demain, le soleil ne se lèvera pas : il aura supporté les clous et les blessures des torturés communs, des pauvres qui n'ont jamais voie de Cité, des crucifiés à la fleur du fusil et des crucifères embrassant les bouches des canons.
Demain, l'urne élira ses monuments funéraires, dressera de gigantesques tombeaux à ses morts hasardeux, et sanctifiera dans une grande embrassade, en l'absence de gène un plaisir sulfureux.
Alors, ignorant le fils du père, l'enfant de la mère, on sabrera ces petites têtes sans pagne afin qu'elles n'aient plus d'origine contrôlée.
Hier, j'ai visité le ventre des porcs afin de vérifier qu'ils étaient conformes à toute religion... Ensuite, je me suis occupé des textes sacrés : la Bible, l'Évangile et le Coran. J'aurais préféré comprendre le chinois et ses vieux grands philosophes, mais on ne fait pas du sperme avec du sang.
Demain, le soleil ne se lèvera plus comme avant : des monstres lutteront contre les résurrections, des assassins chercheront à tuer des enfants, et la lumière éblouissante de Pacques éclairera tous les meurtres en devenir.
Le doigt que je fais glisser sur tes rouges lèvres est l'absolu symbole amoureux des combats qui nous attendent, et dont la féminité criarde est la bouée salvatrice en laquelle il m'est donné de me raccrocher.
Demain, le soleil ne se lèvera pas, mais la lune triomphante éclairera le chemin des résistants.

Dany l'heur rouge


Daniel Cohn-Bendit = Danton chien bidel

(Le bidel est le capitaine d'armes, l'autorité sur un bateau.)

Daniel Cohn-Bendit : le nouveau Danton...

samedi 26 mars 2016

Monde et Poésie


Nos mondes personnels sont la conjugaison d'inextricables liens entre de petites choses individuellement insignifiantes, mais dont l'harmonie constitue l'édifice fragile assurant une beauté fulgurante et fugace et précaire. Nos mondes sont comme une poésie : ils se doivent de trouver la bonne résonance, le bon rythme et l'équilibre indispensable à leur donner encore un sens.
Et c'est ainsi, en toute réciprocité, qu'une nouvelle poésie constitue d'elle-même un nouveau monde.

mardi 22 mars 2016

C'était au temps




C'était au temps défunt d'une Europe haletante,
au temps perdu des voix, des éclats de Bruxelles,
et les éclats de bombe ont ce que l'abrupt scelle
en ces éclats de vers servis en dilettante.

C'était au temps du rêve à présent enterré
sous les sombres gravas de ces sourds attentats,
sous les ombres de nuit d'un odieux potentat
se réclamant toujours de faux dieux atterrés.

Répondant à l'appel des douleurs citoyennes
il m'a fallu la pelle à ramasser les maux
et les morts et la peine, afin d'écrire un mot.

Il m'a fallu la lettre à cité si doyenne,
et ce noir capital à saisir ce qu'impriment
en nos front redressés quelques chasseurs de primes.

lundi 21 mars 2016

Défendu




De longs figements de baisers basaltiques
ont creusé dans l'airain de nos corps statufiés
des tourments facétieux et des maux cathartiques
auxquels l'eau de tes yeux porte un flot pacifié.

Je ne sais si l'allant dans cet immobilisme
a cédé son ressort à des mares stagnantes,
ou si l'évocation de notre nombrilisme
aura su la remuer comme une onde feignante ;

mais j'entends clapotant, les pieds des poésies
qui soudent les serments devinés par l'Oracle,
et dont certains voyants dans leur grande Hérésie
se seraient revêtus comme d'un grand miracle.

Les mots ne sont jamais de nos réalités :
ils sont les ouvriers serviables du fantasme
et recouvrent d'un drap de syntaxe allitée
la crise d'égotisme ainsi faite enfant d'asthme.

Et pourtant j'abandonne à l'idée d'effraction
la clé de ton puzzle en kaléidoscope
où ta rousseur détache en d'infimes fractions
ta beauté que s'arrachent deux, trois périscopes.

Je t'ai décapitée, mon en-tête amoureuse,
avec un Sans-souci fleurant la terreur
et la quête abrutie d'une bourgeoise heureuse
alors que j'accumule en ton sein tant d'erreurs.

J'ai refait tant de fois ton portrait mon ultime
et rempaillé la chaise où ton cul se posa,
que je ne puis dès lors me poser qu'en victime
en mots, art suicidaire, et que là crime osa !

Mais quarante-sept ans sont bien trente de plus
que l'âge du rêve à ce point abimé
que d'amours innocentes je ne rêve plus
sans flétrir à l'instant de relations mimées.

Le rasoir de la vie m'avait gravé la ligne
en ma main d'éconduit, le chemin défendu
qu'on visite pourtant, la vibration maligne
où les sexes se trouvent à deux des fendus.

vendredi 18 mars 2016

Brazil




Des oiseaux — glas d'odeur — parfument les journaux
comme du papier-cul ; le reste de leurs plumes
engraisse le pilon des papiers au fourneau,
mais je garde du Rouge un marteau sous l'enclume.

Et je garde prétoire à la folie commune,
à la Folie-Neubourg où l'amour se consume,
au mur des fédérés de la pauvre Commune,
ou, regardant mes doigts, à ce qu'un quinconce hume.

J'en viens donc à chercher des loyers, qui bailla
Salvador Allende dans le pays tout contre,
aux camionneurs soumis à la sombre NSA,
j'en viens donc à l'ultime, à notre ombre rencontre.

Si le pays titube en passant l'arme à droite,
et que de bleues scories virent du jaune au vert,
faute n'est qu'à la gauche aux envies maladroites
en vain de s'éviter ses odieux découverts.

Mais l'accent circonflexe est sur tous les fossiles,
et l'horrible indécence, elle, empire un peu plus,
dans un méandre aqueux d'une humeur indocile,
il me faut retrouver ce qui chez moi vous plut.

Peu m'importe qu'il vente ou qu'il saigne ou qu'il pleuve,
étouffé d'un tropique où où j'enseigne ma Zone,
oui, je contesterai les pets d'un roman-fleuve
abusant du courant de ma fibre amazone.

J'ai voulu pour écrire éviter les récifs
de mon verbe natal que d'autres tarzanisent,
oubliant de l'article un rôle en leurs poncifs,
ce sont eux les abstrus qui pourtant galvanisent.

Ce sont eux les verbeux de petite vertu
qui promulguent les lois que d'emblée je contourne
à l'aide de la rime en laquelle un vers tue,
comme au brio de Jeanne, héros de ce qu'on tourne.

J'ai fait de mon Poème une cage dorée,
ses barreaux éclatants sont ma jungle — un asile —
et le fourmillement de sa flore adorée,
plainte carnivore, est un cri menu : Brazil !

mardi 15 mars 2016

L'angoisse




Si dire en quelques mots ce serpent constricteur
était dans les moyens de mes hauts et mes bas,
je dirais du Poème où dès lors je m'ébats,
que c'est l'acte essentiel où s'étouffe cette heure.

Et la ligne serpente au creux de nos deux mains,
comme un ruisseau de sang vers l'embouchure vaine
attendant l'oppressant fleuve de la déveine
au rendez-vous de l'air de dealers lendemains.

Puis, venant, s'enroulant de nos reins à la gorge,
elle enserre en ses ronds sirupeux de spirale
afin de nous extraire un odieux dernier râle.

L'angoisse est le métal dont l'enfer est la forge
et dont l'acier trempé dans l'aigreur de l'alcool
est le collet monté des passions qui nous collent.

vendredi 11 mars 2016

Aurigyne




Je ne suis pas Crassus, abreuvé d'or fondu,
je ne suis pas crasseux non plus de cet amnios
dont sont enveloppés ceux qui dehors font dû
de leurs maternités sans corps ni eaux ni os.

Je ne suis pas non plus privé de l'ombilic,
et mes rétrocessions à ces femmes qui comptent,
ont les valeurs unies des amours faméliques
auxquelles j'ai souscrit, qu'en vain je raconte...

Or, j'ai conçu des murs d'enceinte époustouflants,
destinés au Mektoub afin de m'épargner
la quête aux pauvres saouls dont les vers s'essoufflant
ne laisseraient qu'à colle une énigme à renier.

Je suis sorti d'un ventre où la morve en guirlande
a baptisé mon front d'un baiser déhiscent,
s'accrocher à Tara, buste d'exsangue Irlande
est comme pendre à Sein d'où chacun voit son sang.

lundi 29 février 2016

Clandestins




Puisque l'on n'est pas sage et que l'on est passager
de cette vie mutine où l'Amour est un leurre,
il me faut propager les mots des messagers,
les cruelles vérités qui vont à mille à l'heure.

Puisque l'on est mortel et faillible d'essence,
aucun des jugements pouvant être portés
sur l'Art de ce voyage à la belle indécence
évidemment ne peut froidement s'accepter.

Les tristes bourgeoisies bâtissent leurs frontières
et s'inventent des camps, des Jungles et des murs
embarbelant nos vies et les zones côtières,
interdisant l'Espoir derrière ces armures.

Mais plus fortes seront nos transgressions intimes
lavant de l'amidon ceux qui bouclant Destin
– l'avant de l'ami donc qui fit leur clan d'estime –
auront nos billets doux, passagers clandestins.

jeudi 25 février 2016

Harbor essence




J'ai pour les végétaux, quand on est soi-même arbre
une passion bizarre dont l'Art s'enracine
ainsi que les versets déversés par Molière
et gravés à jamais dans ces pommes de marbre
– ô beaux fruits dépendus par Monsieur Jean Racine –
enveloppées de fait par mes aigres mots-lierre.

J'ai gêné au logis mes généalogies,
semé le germe absent qui pourtant poursuivait
l'absurdité de moi voulant qu'on en fit l'homme
à cette écoute absconse issue d'astrologies
dont l'âme frauduleuse à nos yeux décrivait
l'apparente évidence inscrite en ce phylum.

Je n'ai donc plus l'écho des poètes mes frères,
abrutis par la mort m'approchant à son tour,
que l'éclat de leurs vers dans un miroir sans tain
m'éprouvant à l'endroit de leurs mots à l'envers,
et à la rutilance aveuglante à l'entour
de nos soleils abstrus que la bêtise éteint.

lundi 22 février 2016

La Pieuvre




Enflée de sa spartiate élite
(qui se mêle au cul l'air)
qui l'a mise sur orbite
aveuglément s'étend l'emprise inique et pernicieuse
à vau l'eau de la Pieuvre financière
aux racines de ces plaies d'heures
et de ses traders
autant t'accule un système aux fondations vicieuses
édifié sur un péché
KAPITAL
celui de l'Usure et du Profit
dont tout le Monde ne profite pas
celui du mensonge et de l'exploitation
celui des marchands du Temple moderne
– où la Bourse ou l'avis ne changent
à hauteur que de quelques taux de change –
celui qui dresse le prochain contre son prochain
grand Rouage de la Guerre
OUI (depuis « Jadis et naguère »)
celui qui fait des religions l'outil abstrus de la pensée
dont plus personne ne se soucie plus que de l'hydre de Lerne
et dont la barbarie se nourrit avec délectation
scindant l'engeance en camps distincts
que leur fatalisme fit
tant oublieux des premiers pas
de l'Homme sur son satellite
et dont les armées militent
tuent
fabriquent les clandestins
qui s'évertuent
sur les frontières de l'argent que l'on ne peut pas toujours franchir
comme on ne peut toujours pas s'affranchir
du KAPITAL
et des sirènes de Wall Street
hurlant sur des lieues à la ronde
comme les foudres des STUKA
de leur plainte horrible et lancinante et souscrite
à toutes ces obligations
à ces jeux de fonds de pension
qui sont des pierres à la fronde
avec laquelle on crève l'œil des borgnes qui s'en font cas
comme des bulles de chewing-gum
gonflées jusqu'à l'éclatement
du système inepte appelé de « réserve fractionnelle »
auquel les banques centrales
ôtent tout crédit
puisque l'argent créé d'un coup de gomme
est l'effet du remboursement de toute dette
et que de ce non-dit
de ce péché originel
on a bâti des cathédrales
et des châteaux de cartes
et d'insondables casse-tête
où les vertus de l'hermétisme
ouvertement racolent
un max' des vices du capitalisme
écrit sur la blancheur des cols
de ces banquiers triomphalistes
osant poser au bout de chacune de leurs listes
une estimation de la valeur du travail de l'Homme
en devises
en mauvais proverbes
(il n'est rien avant le Verbe
et rien avant que l'on ne vise
à l'atteinte d'un summum
pourtant bien plus projet de vie
que simple ligne d'un devis).
Le capitalisme est né d'un commerce de dupes
où les valeurs sont fiduciaires
et les acteurs indignes de confiance
auxquels on a cédé la gestion de notre Monde
un concentré de narcissisme égocentrique
au sein d'un système où le fric héliocentrique
attire avec gravité les instincts le plus immondes
et tous les cygnes de méfiance
– ô vilains petits canards boiteux des ouailles financières –
avec lesquels on plumera les peuples nus
uniquement vêtus de leurs voix ingénues
des oripeaux sociaux dont aucun ne s'occupe...
Je voudrais tracer cette voie
avec le trait cursif des lignes
et le rasoir au fil des paumes
ô belle vie redessinée
de par des maladies malignes
évitées dans le Maelström
où toute économie dévoie
le sens intime du devoir
et sa capacité de voir
où mènent ses abominables constructions
cette Babel aux fissures ataviques
où toute ouvrage amène à sa démolition
dans une étrange récurrence maléfique
inepte
hors de contrôle
soumise à des adeptes
assujettie aux long cours du pétrole
et des sangs d'une Terre à ressource épuisable
essoufflée par les dents de ces vampires
et par leurs odieuses machoires
où soufflent des vents pires
à l'Art de choir
au creux du sablier qui fit de nous son sable.
Aussi, cessons ainsi d'être aussitôt si sots !
D'être encamisolés par ces illusionnistes
et pantins mus par ces prestidigitateurs
maniant l'Usure à l'usure
et les Arts d'un laser dont l'azur hédoniste
accorde un air dévastateur
à ces tristes désirs de notre démesure
où des orgueilleux se maquillent
se jonquaillent
allongeant la liste
et les biens endettés dont on est débiteur
et tous les faits divers dont on est la racaille
et les putes mondaines qui s'offrent aux plus offrant
et le taux de l'Euro
du Dollar
et la disparition du Franc
qui n'a plus de Hérault
que dans l'Art
et dans l'inflexible volonté de convertir
toutes ces devises à d'autres religions
qui n'ont sans cesse d'investir
sur des pseudo-marchés dont on nourrit légions
fondant lingot par lingot
le mur doré d'un sordide ostracisme
abruti par la quête obsédée d'un magot
que ce système enfin porte à son paroxysme !
Et si la grande Angoisse emplie des dents de Laws
celle de la Banqueroute
et de retraits instantanés
de l'exigence des valeurs
et coûte que coûte
(un nœud m'est à l'écoute
un nœud gordien
le nœud d'un indien
qui joue les voleurs
sur les succédanés
des véritables biens de l'univers réel
et des baisers volés
par des impairs Noëls).
De la vidange des réserves
(elles n'auront rien recouvert)
je veux savoir de quels volets
– ni trou béant, ni pot-aux-roses –
on sera l'esclave et quoi qu'on observe
(ô barque vomitive qui se met au vert)
enchaînant notre peuple à coups de découverts
et l'aliénant aux pieds que brisent mes vers
en chaque succursale
où se blanchirait l'argent sale
en un songe hypnotique
en un délire un brin psychédélique
en un oubli de qui nous sommes
et de l'obscénité de tant de sommes
acquises sur la misère inexprimable
affectant la plupart des plus petits hommes
et sur la traîtrise ineffable
à laquelle une bourgeoisie si bien pensante
accorde un blanc-seing d'une teneur indécente
afin de s'y construire un petit nid merdeux
fait d'une maison neuve
et de biens périssables
et de châteaux de sable
et de manques de preuves
et de sombres subprimes
de virus et de miasmes
qui pourriront leurs existences
et me feront poser ces stances
afin que mes ancêtres
aient de mon geste de révolte
un peu de ce qui fut leur être
et beaucoup plus de mes enfants
qui par-delà les perpétuent
comme ce blé que l'on récolte
en luttant contre ce qui tue.

jeudi 18 février 2016

TANGO (republication d'un texte arraché au mois de mars 2009)






Couleur rouge-orangée vive, comme les feux de la vie que j'ai brûlée, elle me ressemble, surtout sertie de ce noir d'encre d'antisèches que je n'ai su qu'écrire.
TANGO, c'est aussi le nom de l'album de Corto que je préfère. L'action se déroule à Buenos-Aires.
Dans cet album, il y a une planche unique.
Pas de bulles ! Pas de paroles sommaires, juste les yeux, les regards des danseurs, pas plus !
Cette planche ressemble à un extrait d'un film de Sergio Leone; il est vrai qu'Hugo Pratt était italien, lui aussi.
Si...
Si j'avais eu des cheveux, ils auraient été gominés comme ceux de Corto.
Si j'avais eu de la chance, j'aurais aussi été dans la planche, avec ces plans sur les regards, ces plans sur les pieds, ces plans en plongées et contre-plongées.
Si j'avais eu une oreille à laquelle une orpheline du quartier de San Isidro, sœur féline de l'armée du salut qui vient tanguer aux bras musclés des joueurs de rugby, loin de la Bocca, du football, si j'avais eu cette oreille durant cette danse ensablée, dans les méandres de leur beauté, de la splendeur des orphelines que Corto m'a volée, cette oreille, moi aussi je me la serais faite percer !
Je voudrais connaître l'Argentine !
Rien que ce nom semble promesse d'Eldorado.
Avant moi, avant Corto, Butch Cassidy et Sundance Kid l'ont énamourée.
Et Corto a retrouvé Butch...
Quelle doléance !
Les passés ne sont à nos présents que des souffrances...
Il parait que la famille dont je porte les armes a des branches en Argentine. Ils y fabriquent l'un de ses vins magnifiques dont le goût ne s'imite nulle part ! Fait avec un cépage dont seuls les gens de Cahors et de la Bourgogne s'enorgueillissent.
Malbec l'auxerrois...
Il saoule ce vin...
Comme la musique qui l'accompagne : C'est du vin couleur TANGO.
Des légendes disent que le TANGO, ce combat, est né dans les rad' de la Bocca, sur le port, de marins qui sans femmes, s'affrontaient dans une danse entre hommes... Jusqu'à ce que les putes de la Bocca se l'approprient.
Elles doivent être si belles les putes de la Bocca !
Hugo Pratt m'a dit que dans cet improbable mélange de sangs qu'est l'Argentine, espagnol, gallois, italien, allemand, français, suisse, américain, indien, il y a la quintessence de la beauté de la femme terrestre; l'argentine n'est pas un pays, c'est une femme terrienne qui sublime la femme par son universalité, par sa sensualité, par son aptitude à voler la danse des hommes pour en faire un cri de sa sexualité :
TANGO.
Pour l'Argentine où je voudrais aller et l'Argentine qui saura m'aimer.
Cet espace sera le lieu de Carlos Gardel, cet espace sera pour elle...
Ecoutez !
Ecoutez Carlos Gardel !
Le monde dans ses champs a fait des chants qui vous sont incrustés.

mercredi 17 février 2016

Out of Africa





J'ai ta lèvre en miroir sur l'étendue lacustre
aperçue vers Dakar au missel de l'avis
contradictoire en vain depuis les vagues lustres
de ta beauté qu'enfin tu me voues à la vie.

Le Rose est masculin mais ta rose est limpide
et le lac alcalin me soude à ton image
aussi certainement qu'une alliance insipide
entre ce qui nous ment mais qui te rend l'hommage.

Es-tu mon continent dont je n'ai rien connu
sinon l'impertinent mouvement de tes hanches
imprimant sur tes flancs la beauté de tes nues ?

Je sais l'époustouflant vertige qui s'épanche
à force de rêver d'un repas sans menu
paraissant arriver d'un regard qui se penche.

mercredi 10 février 2016

Clair-obscur



J'éclaterai ma peau, la partie déhiscente
à mon être, enveloppe insoumise et rebelle
et que tes yeux - velours, pot de péchés, descente -
inonderont de l'onde inconnue des si belles
hiérarchies qu'on en vide un trop plein (l'indécente
arrogance où j'épuise un sot Do, deux poubelles).

Tandis que l'Ut éreinte alors ma partition,
je devise un quartier de ma ville et des cibles
hachées, machées en mots comme une punition,
pour bouillir d'impatience en mon verbe irrascible
à ne plus te revoir, hanté de permissions
durant d'Alfortville à mon Cap impassible.

Et je rêve à nouveau d'impossibles rivages
où se déverseraient les tiroirs de mes nuits,
ta beauté lancinante et ses odieux ravages,
où es-tu Melody qui me laisse à l'ennui ?
Je me transforme en "clair-obscur" du Caravage
en oubliant que ma mue qui te sert moi me nuit.

mardi 9 février 2016

A une actrice





Je me suis égaré dans le vert irlandais
des prairies d'un regard que mon champ de vision
ne pouvait éviter, quand mon chant baladait
des notes sur les mots que nous nous redisions.

Car c'était ceux de cette existence antérieure
à laquelle un aîné nous fit la référence
absolue du poème, une voie supérieure
à suivre en élevant la voix du rêve, errance.

Nageant dans l'extraordinarité des limbes
et dans les coloris changeant de vos iris,
il m'a fallu les tons que ces nuages nimbent,

afin de m'en extraire en ces vers qui murissent
- étonnants fruits d'un vert dont les pieds se regimbent -
un peu des noms doux qui sur vos lèvres périssent.

lundi 1 février 2016

Némésis






Si je me suis enfui dans des sables d'oubli
– ceux qui content des temps les heures apocryphes –
est-ce afin de forger sur des feux anoblis
par l'humain sacrifice, un diamant dans tes griffes ?

Est-ce enfin dans l'absence où brûlent tes baisers,
pour souffrir de la soif en cet endroit torride ?
Sur les braises du reg une marche apaisée
m'a cuit le cuir à point, puis en effet mes rides.

Les jours qui passent sont la longue traversée
des déserts de l'affect ; et truffés d'oasis,
ils ne gardent que l'eau de nos sanglots versés,
tant notre adoration s'achève en Némésis.

Le pauvre cœur de l'Homme est comme un dromadaire :
il erre en l'océan d'impropres sécheresses,
et se maraboutant, se donnant un peu d'air,
il vit sur sa réserve et sa lente paresse.

dimanche 31 janvier 2016

Mission



L'abcès de l'absinthe obsédante
obstrue l'abstrus substrat d'abstraites
voies menant à l'Enfer de Dante,
à ces paradis qu'on maltraite,
à l'image ainsi l'incidente,
à ce paradigme aussi traître,
aussi privé de prétendante
et désespéré de « peut-être ».

Nous sommes de petits objets
dont les abjectes conditions
nous poussent un jour à bouger
loin de notre compromission,
plus loin que d'une pierre un jet,
plus loin qu'on a la permission :
si l'on veut espérer changer,
il faut s'en faire une Mission.

vendredi 29 janvier 2016

Prise en grippe




A ces anciens amants qui se sont pris en grippe,
à ces ex' eux d'un an, de plusieurs ou d'une heure,
essuyant leurs crampons sur le corps du bonheur :
un cadavre est un pont sur lequel on s'agrippe !

Et les mortes amours comme les mortes-eaux,
font grève et font labours aux charrues de l'ennui,
contestent les marées édictées par la nuit,
ses lunes démarrées qui nous rongent les zoos.

Nous tannons les barreaux de cette peau de singe
et lavons nos carreaux des effusions de sang,
qui sans cesse épuisées nous ont fait indécents.

Nous prêchons ce puisé par nos pauvres méninges,
oubliant l'essentiel attrapé par hasard :
les bleuités du ciel en si peu de regards.

mercredi 27 janvier 2016

Schnorchel






Puisqu'il faut un moteur à chaque sous-marin,
le cœur à parcourir tant de lieues sous les mers
et sans mil à piller chez tous ceux qui l'aimèrent,
apprendre à se nourrir d'un peu de tamarins ;

puisqu'il me faut admettre un jour que le tort pile
au moins des illusions l'aspect qu'on donne au rêve,
et dans ce cas précis, pour pas que l'on en crève,
accepter de toucher ces fonds qui m'horripilent ;

alors, entre deux eaux, j'attends de la surface
un technicien du vers dont l'âpre nettoyage
ôterait de mes plaies le sel de mes voyages

ou les crocs des écueils, et que grand bien me fasse
après cette décade à voguer au schnorchel,
où le nom de Micha tut celui de Michel.



lundi 25 janvier 2016

Les anges eux




Petite mouche essoufflée par l'évent
des baleines de parapluie
je bourdonne en cornes, Muse,
à ta beauté peinte par le vent
mais délavée par la pluie
dont pourtant tu t'amuses,
comme d'un rouge à lèvre effacé de mon doigt;
des doux baisers que je te dois
de l'Atlantide à notre bel Amour
de la grenouille à notre belle anoure
et de la sensuelle hirudinée
dont le sang sue de cette corde rude innée
qui suspend le temps du rêve aborigène
à tes lèvres délicieuses
et sous les lézardes de la maison Huscher
et de nos corps de raides qui ne cessent de s'attirer
de se tirer, de s'entourer, de s'étirer
comme deux larves de chair
du sens à se donner désireuses
et de la volonté de l'absence de gène
je voudrais écrire des tranches de poésies
ou des hachés à la limite
pour ces femmes qui m'aiment vraiment
pour que ces hommes qui m'aiment vraiment
au travers de ma prosodie
et de tous mes auteurs qu'elle imite
aux façons d'un rideau de fer
et d'un passeport est-allemand
contrefait sur les métiers fins du métissage
et de l'amour européen
sur les chemins qu'on évite de faire
en sachant qu'en fait elle ment
aient au plus beau des vernissages
exposé ma part d'art cyclopéen
et mon désir sans borgne
envers cette beauté qui peuple mon imaginaire
et vers laquelle on lorgne
et vert est ton regard qui pèse sur mes nerfs
et l'ombre des aulnes dépourvus d'un roi
m'entraîne dans le Bush
dans des extrémités dépourvues de courroies
mais dont la satiété
s'obtient aux flexions de ta bouche
à mes lectures sourdes
enflées des sociétés
qui s'enfouissent sous les sables
et dont les jeux sont insensés
les anges
eux
indispensables
et les enjeux non dispensés.

vendredi 22 janvier 2016

Débauche d'ébauches




I

Paris
Paris mon amante oubliée
dont les trottoirs suent de gène une révolution manquée :
la mienne au long de ta périphérie
de tes deux seins
de tes deux saintes :
Geneviève à gauche et ton sacré cœur à droite
inversion
interversion latine en mon quartier d’étudiant
anteversion des hanches au saxophone
Bird’s land et son entrée à l’hygiaphone
whisky, slalom, descente
l’Absinthe, l’absente
et l’ombre de celle que je n’ai jamais rencontrée
Toi
tandis que la Seine comme une cravate de notaire
s’épanche en nous faisant nous taire
et que les fenêtres sur cours
s’ouvrent à l’ombre chinoise de tes courbes
qu’une vague chemise absorbe comme une onde
au reflet gris des murs calcaires des immeubles
et celui brut du zinc des toits sur Toi
de mon écriture à l’encre de tes doigts.
Tes hanches pour un sexe aphone
les boucles de tes mèches blondes
ta main déposée sur le meuble
est comme une sculpture
en quête de rupture
l’interrupteur
corrupteur
et la Fée des faubourgs de la Cité
s’en vient déposer sa couronne de ronce étoilée
sur la chevelure de la ville où ton image s’insinue
au goutte-à-goutte d’or ;
est-ce ainsi nue
qu’à son flanc tu t’endors ?


II

On le sait pourtant que de part et d’autres
- enfermés dans l’oubli du fleuve d’Apollinaire en cette ville de ponts -
des corps cèdent aux corsets de leurs fébriles colonnes
aux décors de départ et non sur leur points de détail à la ligne
aux baisers langoureux du gel et de ses lèvres malignes
à sa blessure en gerçure félonne
où l’araignée de l’écriture ampoulée pond
les larves des rêves qui sont nôtres
et que sur les trottoirs en dévers
où claquent les boules de cristal
celui qui rend but tôt
celui qui tombe à la rue bouffe tard
celui qui se voudrait crapaud n’est que têtard
celui qui voudrait table n’aura que tréteaux
dont cloquent les fesses qui s’installent
à même tous ces tessons de verre
bouteille
à la couleur de mon regard désabusé sur le Monde
et sur la pauvreté
le misérabilisme
l’hypocrisie de l’immobilisme des orteils
dans sa lente marche immonde
et sur la pauvreté
le misérabilisme
extrayant la pulpe de ta beauté
comme un nectar épuisé de leurs nombrilismes
à la presse expresse imprimée par mes vers
dans la paume de l’Amen où survécut Prévert
dans la douceur de ton sourire aux glaciations d’hiver
et dans le cirque abstrus de ton regard bleu-vert...
S’il m’est donné le don
de cueillir couleurs et parfums
d’arpenter le bitume à la recherche du mot FIN
si je suis l’abandon
le parapet des quais
le faiseur par hoquets
des couleurs de la Ville
oublie l’instant de notre incontournable entrevue
qui sera forcément la plus terrible bévue
de nos vies déjà viles.


III

Le miroir de ma Seine m’assène ma scène incontournable
oubliant ses méandres pourtant
et les détours importants
qui m’ont mis si minable
à moitié connu
à moitié de circonstance
à moi Thiais, Vitry, Charenton jusqu’à Paname
à moiteurs égalées rien ne vaut le couloir du souvenir de ton corps
et les heures déversant du fleuve incontinent l’inconstance
en torrents d’encre qu’éternuent
mes spasmes hérités de l’Indochine ou du Viet-Nam
dans ce treizième - oh mon décors ! -
Glacière
glace hier
miroir des patins inoubliables
des amourettes suédoises
équatoriennes
et des passions sublimes mais friables
édictées au tempo des premières prosodies grivoises
afin que tu sois mienne
et des absurdités de la jeunesse triomphante
abattant la mesure
prise en courant
après les métros gnomes
enfoncés comme une aiguille dans les artères en céramique de la capitale
penthotal
polynômes
équations délirantes sur la poursuite de ces objets récurrents
dont on ne perçoit que tardivement la démesure
et la nécessité existentielle
objets de splendeurs peinant à l’essentiel
à savoir trouver dans l’inquiétude de la débâcle dont nous sommes les glaçons
l’âme-sœur, la fille ou le garçon,
cet iceberg isolé sur la Seine
dont on ne voit que la “partie émergée”
la partie forcément saine
l’aparté qu’on ne fait qu’émarger
en se limitant à signer des prospectus administratifs
dans nos décisions prises d’un pas toujours trop hâtif
à lier nos existences
ainsi qu’un boulet d’entrave à nos chevilles
et dont la grande instance
inspire un verdict à ces filles.
Mais les peines d’amour et de prison
sont rarement définitives
qu’on s’aime à tort ou à raison
c’est de façons impératives
et chaque jour, chaque saison
succède à l’autre itérative
en imprimant sur le pavé de la Ville Lumière
le reflet qui s’humecte de nos larmes
et fait briller le bel acier de l’arme
en cette vérité première.

lundi 18 janvier 2016

Impressions soleil couchant



Nous ne débattrons plus des ailes du désir
ni des échos de Proust en Normandie marine,
nous chercherons au plus à fuir le déplaisir,
afin d'au moins rouler dans l'écume farine.

Puis, sur l'estran désert qui reflète nos braises,
nous échouerons minés par notre vague-à-l'âme,
et servant au dessert les feux que nos vies fraisent,
la mer les éteindra du retour de ses lames.

Nous marcherons alors vers ces sombres lumières
où la chaleur mourante est un âtre hypnotique
où l'astre échevelé s'achève à la manière
infinie des reflux de mon être hermétique.

Nous ne nous ouvrirons d'aucun idéalisme,
et laisserons le temps démarrer des marées
qui brusqueront le ciel, là : sur le réel isthme
de ton regard où mon chaos s'est amarré.


Non


"One of These Days" by Pink Floyd from Jeff Tepper on Vimeo.


Non, la Beauté ne se donne pas à manger ;
elle est gardée secrète au fond d'un vieux tiroir
et de sa feuille blanche où viennent s'engranger
les ronds de ton sourire aux courbes du miroir.

Non, rien ne m'est facile en peignant ton regard :
ta coiffure indocile en trouble le reflet,
et l'ombre de tes cils dont je ne fais pas gare
est la rouge faucille où martèle un pamphlet.

J'invente par mes mots d'autres révolutions,
mon sacrifice humain pour l'Amour impossible,
et nul ici n'avance à ces résolutions :
le contraire absolu, lui te laisse impassible.

Non, ce que l'on ressent du fluide interactif
qui coule comme un sang jusqu'au bleu de tes yeux,
remplit dans mon esprit le tissu conjonctif
des toiles de l'artiste en complément des cieux.

vendredi 15 janvier 2016

En Janvier à la Plage



En Janvier à la Plage, au spectre de la Lune,
on inspecte attelage à nos résolutions,
ce chariot de mensonge entre bruit hier, callune,
et le vert de mensonge absent de solutions.

Traçant la promenade avec mon pas fuyant,
j'écris d'une grenade un fruit de profusion
et la belle explosion des serments s'essuyant
d'embruns dont l'effusion sont l'arme à confusion.

J'ai rêvé d'être un jour le prince des poètes ;
au résultat toujours, c'est moi qui fais la manche
et face au flux montant des lignes isohyètes,
étant tout autant d'arguments dans la Manche.

En Janvier à la Plage, on visse le béret,
pour qu'enfin leur pelage – à nos moutons d'Irlande –
soit l'unique enveloppe à nos esprits barrés,
à la verte Salope où mon cœur s'enguirlande.