vendredi 7 mars 2025

Le Canard Enchaîné



L'infime densité des sentiments m'anime

un électron libre est venu me renchaîner

la différence ainsi n’est vraiment que minime


En lisant mercredi « Le Canard Enchaîné »

les papiers rédigés étaient tous unanimes

un marasme absolu s’est sur nous déchaîné


Marin(e) le pen est le sous-marin de poutine

au plus profond du cœur infiltré de la France

un dictateur ricain s’en est fait sa routine

humiliant l’ukrainien comme un vieux facho rance


Aujourd’hui plus n’est temps de céder à l’émoi

faudra-t-il résister ou bien changer d’endroit

j'ai laissé des poignées d'idées mûrir en moi

l'enfer est un espace infime après le Droit

mercredi 5 mars 2025

Reflet d'optiques



Toute heure est infinie quand on tait les secondes

et le temps qui trépasse est soudain replié

mais les mots rescapés justifient ma faconde


Écrire est comme un vent dans de grands peupliers

soufflant sur mon esprit — la mémoire est féconde

en comptant sur mes doigts tes baisers oubliés —


J'ai bâti des châteaux dont le sable est la ruine

et leur chute en ex-bagne a failli me coûter

l’eau de vie mélangeant l’eau de mer à l’urine

en ton sang goutte-à-goutte il me faut te goûter


Je sais des tentations dont le fond nous déçoit

dont le mirage éteint nos visions synoptiques

assombries tout d’un coup dans le défi de soi

l'illusion de l'amour est un reflet d'optiques

dimanche 2 mars 2025

Assuétudes



Qui que tu sois je voudrais te donner du rêve

au tourniquet du soir où peuplées mes pensées

dénient la vérité que l’existence est brève


En poursuivant le sable écoulé du Passé

la trace émue de pas empruntés sur la grève

on se retrouve épris d’une âme dépecée


Ma nuit se pose ainsi sur toi du bout des doigts

sur tes yeux grands ouverts et que ma main recouvre

— en étant de partout n'étant de nul endroit —

c'est dans l'indécision d'aimer qu'on se découvre


Un jour on m'entendra siffler comme un serin

tout en bénéficiant de notre mansuétude

il suffira d'un rien mais je serai serein

quand j'abandonnerai le goût des assuétudes

vendredi 28 février 2025

En guerre



L'avenir du Monde est en jeu vers Odessa

face aux tyrans malsains nos phrases sont des bombes

en disant seulement ce qui chute en-deça

ces sanglots émouvants qui fleurissent les tombes


On décrit ces visions dont on est obsédé

ça te pète à la gueule aux liaisons déconstruites

(en ne décidant pas pourtant de décéder)

la mort est bien une fiancée mal instruite


En l'Art est résistance et la stance est en or

en airain la Loi naît de ces métaux précieux

qu’on nous vole à l’envi que nous piquent les forts

et dont ces antéchrists en décorent leurs cieux


Vous pauvres fous reconvoquant les démons

de la guerre et des maux d'insondables ténèbres

en mettant contre vous Saint-Michel et son Mont

c'est du mal incarné dont vous serez célèbres


En russie d'aujourd'hui c'est ce mal incarné

l’odieux viriliste où se cache un impuissant

dans sa tombe Pouchkine aura beau se tourner

de poutine il aura cette épitaphe au sang


La pute en toi putain d'putois peste intestine

— affreux vampire horrible assassin qui nous fâche —

abat le jour enfin comme une guillotine

en nuit recouvre absolument les yeux des lâches


Ô lâches infamants vous les laids vous les traîtres

occidentaux menteurs et mesquins usuriers

votre chef insensé fait office de prêtre

et vend son indulgence au pire aventurier


Dans l'armée de mes mots point n'est de bon soldat

nous ne nourrirons pas les loups du cauchemar

au contraire un aveu que la vie m’accorda

la plus belle invention de l'Homme est la mémoire

dimanche 23 février 2025

Pousse-au-crime



J'ai vu l'imaginaire infini de nos sens

opter pour un massacre en petit comité

pour un meurtre acceptable oubliant l'innocence


À présent délivré de toute infirmité

j’ai cédé le dérèglement de toute essence

à ceux bénéficiant de l’unanimité


L'amour endimanché se comporte assez mal

aimer c'est déserter le champ du tout-puissant

qui juge et se prévaut parfois d’être aussi mâle

aimé si pauvrement qu’un pale adolescent


Faisant preuve à la fin de malhabileté

tombant le masque assez souvent comme on se grime

on récite son conte aux comptabilités

chacun de nos désirs est un vrai pousse-au-crime

vendredi 21 février 2025

Éprouvant



Chaque amour est un effort ininterrompu

le désir est un appareil en immersion

son périscope a vu (la noce était rompue)


D’un sous-marin jauni la fausse direction

l’expression tordue d’un fichier corrompu

le vrai code incivil actant sa suppression


La Beauté se tarit d'aridité du cœur

et dès lors on vieillit sans se soucier vraiment

des lèvres tuméfiées qu’on baise en chroniqueur

aux lettres enflammées d’un Verbe où l’on se ment


Les chemins de nos vies ont la pente infinie

la descente est rapide et peu sont survivants

le rythme est brisé (les pronoms indéfinis)

l'attirance est un imaginaire éprouvant

mardi 18 février 2025

Problème



Chaque baiser que l'on pose est un don de soi

quand la nuit s'offre au jour on attend leur enfant

cependant le soir a l’aspect d’un bas de soie


Victime assez souvent d’un intime étouffant

le couple agonisant chaque fois se déçoit

c’est fatal y compris lorsque l’on s’en défend


Sans toi ni loi je suis sous les intempéries

comme tombe la pluie s'abat la guillotine

et le meilleur récit venu le temps périt

comme achevé pour sûr à coups de chevrotine


Il faut toujours fermer la parenthèse après

chaque histoire entamée puis finie quoique on l’aime

arithmétiquement se font tirer les traits

chaque enfant du désir est le fruit d'un problème

lundi 17 février 2025

De cape et dupée



Sans ta lumière il m'est impossible d'écrire

à ton chevet la liberté s'achète au prix

du sacrifice amoureux si simple à décrire


Il est venu le temps d'effacer le mépris

ce sentiment fardeau qui ne cesse d’aigrir

et cherche dans l'après de son jardin l'épris


Quand un désir inspire on l'explore en transports

on s’en souvient plus tard à la plume ou l’épée

quoi qu’il en soit l’amour après coup c’est du sport

à tirer l’attiré(e) cette escrime est dupée


La question de la mort est notre espace ultime

à fleuret moucheté qu’on se touche ou qu’on nie

tout n’est que l’expression de notre verbe intime

un pépiement d'oiseau sonne en parfaite harmonie

dimanche 16 février 2025

Délicate



J'ai perdu la passion du poème et Rimbaud

sa houle et son clapot comme son bateau tangue

ivre enfin j’imitais l’impression du rabot


Dessinant en ces mots des entrelacs de langues

enterrés sous les nuées ce vestige du beau

que je cherche et retrouve extirpé de sa gangue


Alors en pataugeant dans ces flux véhéments

tous mes pieds sont des pas mon poème est en marche

il faudra nous brûler pour exister vraiment

dans les feux du couchant notre alliance est une arche


Entre les éléments qui forgent cet anneau

tous ces chaînons manquant que j’assemble avec hâte

il reste une impression tombant dans le panneau

nos relations sont une passion délicate

samedi 15 février 2025

Le mérite



Qui saurait décrire un sentiment si puissant

qui pourtant nous emporte au courant malotru

qui coule en vain — mes mots affluent comme le sang


J'ai laissé l'opportunité d'un rêve abstrus

croître entre les deux mains de mon futur absent

grandir incidemment comme un vulgaire intrus


Mon présent n'est pas vôtre il est de ma mémoire

il est ce récit faux qu’on raconte en leurrant

tout ce qui s’accumule au fond d’un vieux grimoire

aux pages écornées que l'on tourne en pleurant


L'amour est impartial et sa rancœur aussi

chaque femme a son ressenti qu’un homme irrite

et quoique nous trichions ce n’est pas sans soucis

nous n'avons que les amoureux qui nous méritent

vendredi 14 février 2025

Orangeade



Rien ne prévoit ce qu'il existe à graver

quand le ciseau pour pierre a repris son essor

un peu de ma mémoire en semblait aggravée


Mais ton sourire immense est un pôle un ressort

rêver c'est aimer autant qu'aimer c'est rêver

ton aisselle est salée ton épaule en ressort


Et si ma langue obtient de la tienne un avis

toi tu es si jolie que la tête m'en tourne

écrire est ma façon de truander la Vie

ta silhouette m’enlace et ton âme m’enfourne


Exister c'est croire autrement sa destinée

ta bouche appétissante au goût d’une orangeade

a la saveur inouïe qui fait que j’y suis né

dans les croissants de lune et de tes yeux de jade

jeudi 13 février 2025

À cru



J'ai longuement rêvé d'espaces insoumis

de plages d'écriture où débarquer sans crainte

aux mines de crayon peignant mon insomnie


J’ai dessiné le trait des voies que l’on emprunte

afin de s’éviter le son des calomnies

du mensonge inhumain dont les voix sont l’empreinte


À cheval à présent sur une partie rance

où déferle un remord aux dents mal équarries

j'ai composé la partition de l'attirance

et disséqué l’amour en bon Romain Gary


Les horizons bouchés des fins de nos histoires

ont cet air embrumé des bas quartiers de Londres

et l'atmosphère accrue qui mène au désespoir

aux confins de la nuit qui se nourrit de l'ombre

dimanche 9 février 2025

Syndrome d'abandon



L'amour est l’artefact à la séparation

de la mère et pour ça quoi que nous en pensions

se pose à nous le genre et troupes de questions


Fusant à son sujet jusqu'à l'indigestion

bien malheureux le sexe en a la propension

loin de nous seulement l'impossible gestion


L'idéal est un gros bateau dans l'inconnu

dérivant dans la glace et souffrant de l’onglée

ne tournant pas la page ouvrant au festin nu

nous sommes dans la nuit des enfants aveuglés


Le passé nous rattrape y compris dans l’oubli

les meubles regorgeant de papiers voient le don

de ces vieux mots lointains que l’on a mis sous pli

nous sommes les forçats souffrant de l’abandon

vendredi 7 février 2025

Malsaine



L'attirance est une embuscade insignifiante

où nous plongeons sans cesse (une cascade inouïe

dont la valeur en vrai ne vaut pas une fiente)


Un brin de lumière au plus profond de la nuit

me permet d’éclairer nos chemins sois confiante

on ne sait jamais trop quel obstacle nous nuit


Fait face à l'océan tu n'es qu'une brindille

et les vents nous balaient sans se soucier de nous

mais tout au loin là-bas notre étoile scintille

et nous l’honorerons sans plier le genou


L'amour est une errance où chacun puise un peu

pourtant sous le pont Mirabeau coule la Seine

et l’eau que l’on en tire est sanglots adipeux

l'attirance est bien triste et la passion malsaine

mardi 4 février 2025

Le sommeil



J'ai fait de mes envies l'idée de mon sommeil

il n'y a de l'amour aucun échappatoire

et dans sa ruche enflée je ne suis qu’une abeille


Une ouvrière usée cherchant son moratoire

ayant jeté tous ses fichiers dans la corbeille

utilisant son dard ainsi qu’un écritoire


Inventer le désir est trouver d'autres mots

je garde tes beaux yeux dans ma boite arrachés

de l’attraction des astres (hypnose aux animaux)

de poule écarquillée dans des œufs tout crachés


J’ai fait de mon sommeil un rivage insensé

l’infini monstration de ce miroir sans tain

lorsque le verbe « échouer » n’est plus qu’un impensé

parfois ce qui s'éteint n'est pas ce qui s'est teint

vendredi 31 janvier 2025

L'ingratitude



Chaque oiseau dans le noir est l'enfant de nos rêves

il fait froid dans mon cœur et l'hiver est en moi

la tempête et le vent qui s’essoufflent sans trêve


Aussi bien les années se décomptent en mois

la vision du monde est en partie dans nos brèves

insoumissions dont l’art est souvent de l’émoi


Le puits de ma mémoire est un tombeau d'images

et le goût de ta bouche un espoir oublié

le parfum de la myrrhe à portée d’un roi-mage

encensant l’écriture et son beau sablier


Tout baiser n'est qu'un signe où le verbe est sans langue

oui la nuit le début c'est de l'incertitude

où chaque pieux mensonge arraché de sa gangue

est le fer de sa lance et de l’ingratitude

vendredi 24 janvier 2025

L'éclair obscur



Nous rêvons de la Lune et souvent des étoiles

et pourtant bon an mal an nous ne sommes que

de petits individus perdus sur la toile


Et tout en pataugeant dans ce rêve visqueux

la plume et son goudron nous dépeignent à poil

écrivant des sonnets sans en-tête ni queue


Le pinceau de l’artiste est sa seconde peau

le moyen de la mue si précieux que ramène

une illusion divine agitant son drapeau

le froid remplit les canalisations humaines


Un désir est une itinérance insensée

les ardeurs de l'Amour ont des vertus d’envies

mais loin de tout cela je voudrais encenser

la nuit qu'éclaire obscur un peu de notre vie

mardi 21 janvier 2025

Raz-de-marée



Je fus le citadin de villes englouties

marchant le long des rues sans dégoût marchand d'armes

égoutier des chats de gouttière abrutis


J’errais donc menotté sous le joug des gendarmes

Ys et sa cécité sous les flots emboutie

par un beau tsunami dans un odieux vacarme


Accoudé sur les rebords et sur les balustres

effondrés sous mes bras des balcons de papier

sombrant au plus profond de ces cités lacustres

il me fallait la nage où je n’avais pas pied


Je me noyais dès lors à ce flot clapotant

de plastique ordurier — l’art ineffable ment —

de l’argent ne restait l’illusion que le temps

raz-de-marée recouvre inexorablement

samedi 18 janvier 2025

Baîllonnés



L'obscurité s'étend comme une tâche d'encre

un amour est ancré tout entier dans tes yeux

ce fond d’écran me dévore un peu comme un chancre


En constatant le bond fait à titre gracieux

je ne suis plus pour toi qu’un indicible cancre

auquel on a donné des billets fallacieux


L'espoir est cantonné dans un regard à fables

aimer sans vanité c'est s'offrir au billot

c’est ce qu’il se produit lorsque l’on passe à table

et qu’on s’avoue morue de l’autre en cabillaud


Retrouvons-nous dans les rêves de la nuit

quand tous les deux restons insoumis par les forts

aspirons de baisers le poison qui nous nuit

nous sommes des enfants bâillonnés par l'effort

jeudi 16 janvier 2025

Tunnels



Les constructions de nos présents

sont les ruines que regardent déjà

nos enfants enveloppés de mensonges

et l’ange exterminateur

expiant mes songes

a la tâche ardue

dont l’auréole est maculée

d’arc-en-ciel

où le soleil est diffus

le propos confus

la parole essentielle

où le pouvoir d’achat

se matérialise en mots malaisants

de ce qui reste un dû

d’un verbe indûment reculé.

Les êtres se bercent dans l'illusion d'être

alors qu'il faudrait pour ça

dépasser les illusions du paraître

et du vouloir exister

sans rien bouger autour.

Il faut entrer dans la bouche ouverte

où le monde avale

ingère

à moindres pertes

un morceau du genre humain

« Le dormeur du val »

un peu de chair

et de vieux parchemins.

Ce que j'aime dans la notion de « Voyage

au bout de la nuit »

c'est qu'elle n'a pas de rationalité délibérée

qu'on peut lui chercher un sens trivial

— elle lui échappe perpétuellement —

parce qu'elle n'est pas le produit d'une pensée philosophique

elle est l'expression spontanée

d'une vision poétique

inouïe

même inespérée

juste incoercible

innée

conviviale.

Au fond des égouts de Paris

depuis le camp de Mauthausen

pour une grande évasion

beaucoup les ont pris pour cibles

enfonçant dedans

la pelle à l’appel

en fonçant dedans

rats de laboratoire

en fronçant les sourcils

en forçant le respect

souterrain oratoire

où l’on prie le Dieu du justice

agneaux consentants

d’un sacrifice.

On se débat dans les idées

tel un Homme à la mer

on les saisit

comme autant de bouées de secours

et dans les trous

tel un Homme à la terre

on figure à la proue

d’une franche hérésie

sévère et sans recours

aux abris anti-aériens.

La perspective de rien

c'est déjà des brins de bonheur

et tout ce que l’on doit

dont l’on mérite aussi l’honneur

aux ténébreuses fantaisies

tout effleurées du doigt.

Depuis des années

je visite des tunnels

à la recherche d'une issue

vers je ne sais quelle existence

alors que chercher suffit à exister.

dimanche 12 janvier 2025

Littérature



Il faut inventer l'improbable

afin de créer du bonheur

et considérer ses semblables

avec infiniment d’honneurs


Rêver est opportunité

d’écrire un vers en chevrotant

l'amour est d'une éternité

qui ne dure qu'un certain temps


Je faisais pitance à mon fils

aimer c'est donner à manger

sans l'idée d'un bénéfice

aimer c'est être boulanger


Parfois rouler dans la farine

en découvrant par un seul bras

sa couverture ultramarine

et j'en retire à moi les draps


Jamais Beauté n'égalera

l'idée que l'on veut bien s'en faire

ou le fantôme d’une aura

jugée par un seul bras de fer


Ainsi vont les pressentiments

dans ce monde où plus rien ne dure

immensément les sentiments

constituent la Littérature

vendredi 10 janvier 2025

L'écran



La nuit n'est qu'un espace interstitiel aux jours

aux exploits quotidiens dont on s’est anobli

d’un bon geste en douce et des sentiments qu’on choure


En tout récit d'amour est un récit d'oubli

dans ces bas-fonds je me sentais seul de séjour

et pourtant tout résiste incommode et tout plie


L'avenir est une question de point de vue

qui dépend du passé que l'on n'a pas vécu

qui ne tient jamais compte en fait de l’imprévu

l’histoire au bout du bout s’écrit sur papier-cul


Le drap de mon écran pose au spectateur

un voile infiniment délicat sur les yeux

le temps d'aimer revoir un film et ses acteurs

afin de les juger d’un papier sentencieux

jeudi 9 janvier 2025

Paris



Mon récit s’écartèle entre

un lointain Pont-Croix

la rue qu’on traverse à Paris

— j’en suis né à cinq odieux mètres —

une mère arrivée du bout du monde occidental

et qui m'a collé

le prénom d'un roman sibérien.

Nous enfantons des monstres

à chaque fois que nous cherchons

à penser pour les autres.

Avant de chercher l'autre

on devrait se chercher soi !

Je suis un enfant du point zéro kilométrique

au pied de Notre-Dame.

On pourrait passer des mois planqué

si l'on n'est pas complice avec soi-même

on se trahit :

les idées se diluent dans les discours

ainsi qu’un rêve en la réalité.

Les rois sont arrivés le 6 janvier

— date de l'Épiphanie

de la naissance de Jeanne de France

enfumée dans Rouen

là vit ma fille issue de la même date

après Roubaix dont les pavés menant à Paris

l'ont donc aussi faite petite reine —

ils crèchent à présent dans la crèche.

Écrire au-delà de minuit

c'est masquer la plume

(on est toujours loin de tout

lorsqu'on n'est près de rien).

Paris ma ville mamillaire

a lâché ma main littéraire

un sourire accueilli sur un quai conquis

le Quai Conti

le pont des Arts

et ses lézards

et ses lézardes

en faisant le pan-désastre

à la recherche de moi-même

et de Peter Pan.

Le petit roman qu'on se bâtit

n'est qu'un trou

dans le le mur de l'Histoire

on fait beaucoup de bruit

sans bruit

quand on préfère aux slogans

la plume alerte.

Aimer

finalement

c'est le seul verbe à ne se conjuguer

qu'à deux personnes.

Elle était si jolie dans cet univers grouillant

qu'on dirait une perle

au milieu d'un bouse.

Et si la véritable envie

le désir accompli,

résidait simplement

dans nos proximités sensitives

et nos pensées partagées ?

Je savais qu'à Paris

j’allais écrire assez différemment

c'est l'éloignement de Paris

qui me rabat à l'alexandrin

comme au Spleen.

Écrire est aussi riche

en vrai

que composer

— nos partitions sont infinies.

Dès que je reviens dans ma ville-lumière

et son Quartier Latin

je change

un peu comme un Mr Hyde ébloui

dont le verbe ébahi

s'ouvre à toute opportunité.

Mon silence est l'écho du bruit que mes mots font

demain n’est qu’une hypothèse

hier un château de cartes abattu.

Je me souviens de Paris

de son Quartier Latin

de ce luxe ancien

qui miroitait de souvenirs

un peu comme une peau de serpent

qu'on finit par jeter

(nous bousculons nos nuages entassés

pour nous inventer du ciel bleu).

Paris me manquera

parce qu'elle a le visage alternatif

où mes grandes amours

— réelles ou rêvées —

se sont affirmées.

Chaque effondrement

pose une pierre à nos reconstructions.

Je retrouve en Paris,

l'infinité de tous les possibles

où ma jeunesse avait crû

les amours oubliées que ses pierres ont retenues

les opérations de survie patentées

tout résonne en moi

de manière irraisonnée.

Les pierres ont fossilisé ton âme

au coin de la rue de la Montagne

et de la rue Laplace

engourdissant pour une éternité nos étreintes

et nos baisers.

Ceux-ci fossilisés

gardent un goût de calcaire

et l’émotion

DLC dépassée

de Paris.

dimanche 5 janvier 2025

L'intègre attitude



J'attends la pluie pour me laver

de tant d'insolations de femmes

et quelques feux pour emblaver

l'improbable retour de flamme


Ou réagir un peu plutôt

j'ai dépensé bien des baisers

dans tant de loteries plus tôt

déjà débaisant des pensées


Des pendules et des horloges

un battement de cœur est mien

car en la cage où je le loge

il est celui d’un bohémien


D’un bateau ivre en cargaison

j’ai pris le pire et l’ai défait

le sexe est la conjugaison

d'impératifs à l'imparfait


Si le désir est taciturne

alors il faut s'en ennuyer

pétrir une passion nocturne

évidemment sans s'y noyer


Mais quoique en intègre attitude

on ferait dire autant de messes

aimer est une ingratitude

où l'on se paie de ses promesses

samedi 4 janvier 2025

Écoulements



Je luttais contre une attirance irréductible

il y avait ses seins son visage et sa peau

tout en elle était à mes sens irrésistible


Et de mes yeux posés je caressais son dos

le désir est une conquête imprédictible

aux sommets les plus hauts de notre libido


Je regarde le lac où la pluie dégouline

en janvier le temps n'est que son visage en pleurs

un beau miroir où se reflètent les collines

où s'épand la tristesse en sa plus froide ampleur


Or en belle amoureuse elle a parlé des gens

la nuit forme un delta dans notre écroulement

son doux fleuve est en crue la rivière est d’argent

nos liqueurs ont vécu de ces écoulements