dimanche 15 décembre 2024

Publi-citer



Je n'écrirai pas ce soir.

Il ne faut pas écrire à chaque soir

ce serait publi-citer.

Ce soir

on écoutera le son des poètes qui m'hypnotisent

ils m'ont emporté dans le tourbillon de leur génie

dans l'épaisseur visqueuse assujettie

des poisseuses amours inspirantes

au bouche à bouche

ignifugées

réfugiées

des passions lentes

un peu comme un cancer

ou comme un capricorne

et qui trop pique

avec l'étiquette au col de l'utérus

afin d’éprouver la marque de Lilith

au fer rouge inscrit par les inquisiteurs de Salem.

Moi ?

Je n'écrirai pas ce soir.

Ou je ne ferai que répéter des choses entendues

publiquement correctes

en saluant les infirmes

abreuvant de ma salive un peu des pires atrophiés du bulbe

et refleurirai de mon langage

une déjà sainte entreprise

à la fleur du fusil

à l'ombre espérée d'une éclipse de lune adorée.

Je n'écrirai pas ce soir.

En laissant mes parfaits acolytes

à leurs diversions alcooliques

on sèmera des graines d'écrivains

dispersées au fil de l'intelligence

et poussant de tous les côtés littéraires

en bâtissant de leurs envies anticipées

ma guirlande lumineuse

au catalogue des fantasmes.

Enfin sur un sapin

se détacheront les boules de feu des fiancées

flambant neuves au détour d'un acte notarié

condamné

prêt à nourrir un petit bois de déceptions anéanties.

Je n'écrirai pas ce soir

il est celui des sombres clercs de notaires

il est celui des clercs obscurs

ils sombrent dans leurs écritures

et leurs publications

— puisque publiques —

offrent aux pauvres gens quelques "Oyez, oyez !"

dont se torchent les flammes amoureuses.

Aucune amoureuse ne me l'a demandé.

Sans amoureuse à quoi bon écrire ?

Être une étoile

à certaines est la fabuleuse combustion

dont le talent crée l'irrésistible éclat.

Lou la planète

Apollinaire était l'étoile

l'Iseult du temps triste et des averses

à Tristan les prévisions météo’

mais théologiques

et la cataracte affective

à laquelle nous rêvons secrètement.

Je n'écrirai pas ce soir

et d'autres pourront le faire à ma place.

Dégringolade



Nous sommes des petits moutons

perdus sur la banquise en fonte

un peu comme les blancs oursons

sous des noirs radiateurs en fonte


Effeuille un peu de tes secrets

tant que l’on est encor vivant

c’est si précieux je t’en sais gré

ce sont des sables émouvants


Je ne suis pas de ces gens bien

qui font leurs lits et leur vaisselle

et des bons vœux je sais combien

se font roulés sous les aisselles


Au milieu des ces fruits d'effet

la serre est dans la bousculade

on croit maîtriser le sujet

tout est dans la dégringolade


Être aimé c'est très important

quand la température augmente

aux vents mauvais nous apportant

dans les nations ce qui segmente


Et dans sa force émancipée

le charme de la décadence

imprime un temps précipité

celui de la dernière danse

samedi 14 décembre 2024

Poème obscur



La nuit s'étend comme un linceul

oublié sur un chantier nu

sur un terrain vague elle est seule

et son message est inconnu


La nuit s'étend sur l'avenir

un peu comme une main gantée

l’étranglant comme un souvenir

il lutte afin de résister


Je veux trouver des mots onctueux

pour mieux effacer ses soucis

malgré ce geste assez vertueux

la nuit tombe et le masque aussi


L'espoir est un paquet de vues

qu'il faut disperser à l'envi

le reste est un grand imprévu

que l’on appelle ainsi la vie


Le passé c'est de la poussière

ramassée d'un balais de mots

comme un éclat d’obus-sorcière

un chas passé par un chameau


Ne dites rien à l'avenir

il vous parle en sous-entendus

qui bien en mal à parvenir

ont néanmoins tout défendu

Paname



L'amour ne naît pas du physique

il naît de l'idée qu'on s'en fait

de sa fraîche et jolie musique

et tout le reste est sans effet


Mon amoureuse est un naufrage

et mon naufrage une illusion

je n’ai pas trouvé les suffrages

à justifier cette intrusion


Cheminer à deux dans Paris

c'est valser sur le dos d'un ange

et puis rêver quoi qu’on parie

qu’on peut s’extirper de la fange


Un peu froid dans le fond du cœur

il est très tard il est trop tôt

du jeu l’on n’est jamais vainqueurs

et notre Seine est sur tréteaux


La Poésie n’est pas de nous

le vent vient nous souffler des choses

acteur on naît mais à genoux

voire ivre et sur le cul si j’ose


Un jour j'ai du quitter Paname

abandonner ma belle amante

écrite à ce mauvais calame

en vérité quoi que l'on mente

vendredi 13 décembre 2024

Papillon de lèvres



Le désir est l'espace où s'épanouit l'idée

que l'on est immortel en vain nous orfèvres

affublés de beaux mots on doit les taillader


J'irai cueillir en ta bouche un papillon de lèvres

au fil de ta respiration j’aimerais me vider

de mon air innocent qui me blesse la plèvre


Étant l'enfant d'une nébuleuse incroyable

amoureux d’un éclat pour une heure ou trois jours

il me sera donné ce juge impitoyable

en un jour un instant tout mourra pour toujours


Rien n'est jamais plus beau qu'un vrai premier baiser

c'est mon écriture illimitée tout en toi

la gouttière ai suivie puis je l’ai déposé

là juste sous ton nez ce creux marqué du doigt

jeudi 12 décembre 2024

Wilde



Peut-on être un poète en n'ayant pas tout lu

— sans considération c’est souvent mal au cœur —

on ne peut pas l'être en tout cas n'ayant rien lu


Tous les diminutifs sont toujours réducteurs

— à chaque orée du Rien réside un Absolu —

sous couvert de tendresse ils cachent la rancœur


Oscar Wilde un modèle et ça vous étonne

écrire est la façon la plus ankylosée

de verser des versets qu’en ce geste on bétonne

enterrant son passé sous la tonne imposée


La nuit tombe opportunément comme un rideau

sauvage — et sa paupière ayant fait des victimes —

en phare enfin braqué sur des yeux remplis d’eau

chaque amour est un leurre une attirance ultime

mercredi 11 décembre 2024

Séquelles



Nous bâtissons le Monde afin de l'habiter

mais nous coulons Rimmel assez mal appliqué

la beauté compte autant que compte la bonté


La larme à l’eau s’ajoute et s’y trouve embarquée

(nous ludions nous luttions contre la remontée

qu'Archimède en principe avait pronostiquée)


Chaque jour est la nuit quand la pluie l'asphyxie

tout ce froid qui nous reste à la séparation

quand le désir atteint par une anorexie

fredonne un petit chant cherchant réparation


Ce qu'il y a de brutal en fait dans la Manche

est ce fronton liquide à la porte duquel

on se trouve planté sans racine et sans branche

infiniment soumis aux marées en séquelles

mardi 10 décembre 2024

Le verbe ôté



Lorsque le pollen à foison

tisse un habit fait de printemps

je m'enrhume aux parfums poisons

m'enivrant des amours d'antan


La nuit s'étend sur nos pensées

comme un rideau cousu de peaux

tant arrachées et dépecées

qu'on en a fait des oripeaux


Mon écriture au cœur du vide

est comme une bouteille à la mer

et ton sourire un peu perfide

a tout fait pour qu’on la libère


Aucun amour en vérité

n'a le potentiel infini

de sa propre inventivité

d’un trait de Leonor Fini


J'aimerais t'enlacer de mots

qui tisseraient autour de toi

l'étreinte amortie de mes bras

par tes seins ces jolis jumeaux


S'il n'y avait pas l'écriture

on oublierait la vraie beauté

et puisque rien jamais ne dure

on garderait le verbe ôté

lundi 9 décembre 2024

Underground



Ce récit se compose hors sol

et se décompose en fadaises

en ces mélodies de sous-sol

où l’espoir est une foutaise


Underground est l’être inhumain

se cachant comme un rat vulgaire

au couteau tracées dans ma main

mes nuits portent conseil de guerre


« Attention : chut aux cœurs de pierre ! »

et dans ce silence absolu

j’ai déplacé ma serpillière 

à pomper des mots révolus


Mais que cherche à faire un poète ?

Un peu de vent né d'un tapis

d’idées que l'on secoue — bluette —

où l'amour est une utopie ?


De la vision de l'âme humaine

et de sa faiblesse éperdue

lui m'a donné des clés sereines

un bon-sens à jamais perdu


Notre avenir est incertain

Qui que nous soyons

Où que nous vivions

Profitons de ce jour qui vient

dimanche 8 décembre 2024

Il s'ombrera



Il n'est jamais l'heure à dormir

il est toujours temps de rêver

mais le souvenir à vomir

reste en notre écorce à graver


Tel un graffiti sur les murs

un mot doux dure et se maintient

la Poésie comme un murmure

échappe au lois du quotidien


Je suis un enfant du solstice

où l'hiver est sombre et solaire

où l’étrangère araignée tisse

une toile étoilée dans l’air


On meurt en manquant d'attention

de chaleur au ventre (on grossit)

de nourriture et de boisson

de désir et d'amour aussi


Nous parlons incorrectement

des jolies choses de la vie

de nos propres sentiments

changeant incessamment d'avis


Je resterai pendre à ton cou

tant que la corde de tes bras

ne m'aura pas donné le coup

de grâce où l’éclat s’ombrera

samedi 7 décembre 2024

Perdre et peur



La tempête est au cœur et puis le ciel est gris

la pluie tombe et violent le vent moins water-proof

éprouve en nous le sentiment d’un mal aigri


Le silence est l'expression d'un cri qu'on étouffe

et si j'étais Rimbaud j'arrêterais l’écrit

des cheveux qu’on s’arrache on fait vraiment des touffes


Aimer c'est périlleux mais le fuir est mortel

l'amour en vrai n'est qu'une question de non-choix

dans notre relation nos âmes s’écartèlent

et nous faisons semblant sans foi cent fois de joie


Mais tout à la la noirceur dont nous sommes empreints

mon seul désastre est d'aimer plus qu'il ne faudrait

je puise au cœur de notre solitude un grain

si j'ai peur de te perdre alors je te perdrai

vendredi 6 décembre 2024

Merveilleux Monde



Le Monde est beau partout quand on sait l'observer

quand les yeux dans les yeux tout est vu droit devant

quand l’idiot laisse ainsi tout ému l’énervé


Si nos récits d’amour aussi sont décevants

c’est parce qu’en n’ayant pas su nous préserver

nous sommes des fétus balayés par les vents


Je vous laisse un message à l'attention des rêves

en bouteille à la mer aux flots se refermant

comme un coquillage abandonné sur la grève

un petit bout de nacre en sera le ferment


L'antidote à l'horreur est la beauté du Monde

à la guerre est la paix que nous attendons tous

et ces dictateurs inhumains qui nous répondent

à coups de bombe en font l’humanité qui tousse

jeudi 5 décembre 2024

Le Pont Marie



La beauté se conjugue un beau jour au pluriel

elle aussi se découvre à chaque coin de rue

comme un chapeau salue sous sa lune de miel


Aimer c'est s'oublier dans le lit d'une crue

dans le flot dans le flux dans le flanc dans le fiel

et dans notre océan bien trop cuit qui l’eut cru


L'attirance est la partition fort illisible

on le sait dans la crise — en créant on survit —

mais le désir en lui porte un feu moins paisible

éclairant le chemin cahotant de nos vies


Je te veux tu me veux parfois on se marie

le bonheur est enfoui dans un tas de promesses

on s’en lasse on s’enlace à notre Pont Marie

quoi qu’il en soit Paris vaut bien plus qu’une messe

mercredi 4 décembre 2024

Dure Limite



Le crépuscule embrasant les flèches de

la cathédrale de Coutances — au loin —

c'est d'une beauté saisissante

autant que me sont revenantes

odeurs d'herbacées transpirantes

au fil laineux de ma mémoire adolescente.

On tire et les habits se défont

chacun se retrouve à poil

à rebrousse-poil aussi parfois

déshabillé du souvenir.

Au sujet du prétexte littéraire

— un « pré-texte » est l’ensemble des pensées

précédant l’Écriture —

une expérience affective

est effective

il faut bien l’admettre

une mamelle à traire

abondante en lait d’opium

en anecdotes

assez souvent traumatiques

enrichies

de gestes malheureux.

Ta nana comme une étoile filante

tu la regardes briller

dès qu'elle a filé

son bas

tu peux guetter la suivante

(un amour vrai

ça se gagne une fois

puis se perd le reste de la vie).

C'est aux antipodes des notions

de cotations

boursières

et de valeurs réelles.

C'est à l'infini des sensualités matérielles

un mélange de souffrances

et de jouissances.

C'est un absolu

l’instant fugace et pourtant pour l'éternité

c'est une ordalie

le jugement d’odieux

petits détails

une dure-mère

encéphalopathique

un coussin méningé tenu par des nerfs pas du tout sympathiques

une dure-mère entoilée par l’arachnoïde

actant sa Dure Limite

une allégorie de l’Amour et des séparations qui en découlent

un mur

qui n'a pas de faim.

La nuit s'est installée

comme un transat' au-dessus des pins parasols

enveloppés des reflets d’argent

dont la lune menteuse

amorçant son C

tandis qu'elle décroît

fait dessins d’ombres fantomatiques

en éteignant l'éclat des étoiles.

L’écriture laisse au passé ce qui revient à ses arts !

mardi 3 décembre 2024

Canopée



C'est quoi écrire ?

Une idée te traverse...

On te la souffle

on ne sait d'où

parfois c'est dur

et parfois doux

parfois ma foi perverse

il faut en rire

au point que l'on s'essouffle

et pourtant l'air épure.


On cherche alors à la convertir

avant la Saint-Barthélémy

d’émotions

(des mots scions!)

que déverse un sang d’encre

épais comme un boudin

comme un bout d’impro’

(d’improvisation)

comme un but d’un pro’

sur un terrain d’amateurs

— on s’attache où l’on meurt —

et sa tâche (au sang)

c’est d’être indécent

d’être anodin

tandis que cinq bars te l’aient mis

par intraveineuse (alcoolique !)

afin de te sauver pauvre cancre…


Il faut me raconter la suite de l’histoire

un mariage ?

Un divorce ?

Un cocufiage ?

Un tour de force ?

Un dépotoir…

Il en va de nos vies comme un jeu de poubelles

où tournent les camions-benne inlassablement

La Liberté ?

Cela s’achète à coups de poings dans l’estomac

des coups de trique aussi quoique on débande enfin

La Vérité ?

Je n’en sais rien…

Je ne suis qu’un adepte issu de Saint Thomas

qui doit toucher les plaies pour y croire ardemment

les feux de nos amours éclairent les plus belles.


Écrire ?

Est-ce un soin palliatif ?

On se soumet souvent à la plume à l’épée

(sans ce masque inutile)

afin de transformer le plomb en pesants d’or

et le désir est volatile

il se dépose en rosée sur les canopées

sur le plafond rêvé du mode indicatif

où la conjugaison permet de le décrire.

lundi 2 décembre 2024

Brest '91



J'aimerais vous parler de Brest

en décembre 1991

alors que venait de s'effondrer l'URSS

en étouffant le putsch de Moscou durant l'été

le mur effondré

je rejoignais un bateau de guerre

en déplorant ma mère

morte

un peu plus tôt

salée l'addition

déplorant mes errances

et mon grand amour sacrifié

ma Béatrice innocemment dantesque

et ma culpabilité

tandis qu'elle avait su me suivre au bout du quai de la gare

Austerlitz

un soleil obscur

à sa douceur intrinsèque

Hourtin

le froid de novembre agressant les semelles

et le plomb de l'absurdité

tout s'emmêle

Il y avait sous les doigts du givre

un espoir incertain mais fondateur

et l'embarquement vers ailleurs

au bout du monde 

on la dit "cité du Ponant"

C'est même un message SNCF en gare à l'arrivée

comme une guillotine

on s'aime à tout vent

J'étais marin de guerre

on partait pour l'Afrique

et rien ne rassurait

on n'avait pas de fric

et l'on se susurrait

qu'il fallait s'envoler

loin de la taille humaine

en gros tout ce que je racontais dans mes « Fuites »

(à part Brest en décembre 1991

et cette ambiance improbable insufflée par Kurt Cobain)

une Golf GTI noire aux vitres fumées

comme des lunettes

et des nuits blanches en quittant l’arsenal

échappant le temps d’un soir à la discipline armée

guidé par les marins de carrière au volant

dans la Cité du Ponant

vers un port de commerce à l’époque encore assez délabré

glauque

— ambiance un peu « Cargo de nuit » —

mais en boucle un nouveau titre

on y baigne

écourte

écoute

au César

en plein PO-GO

« Smells like teen spirit »

Head banging

autant les étudiants que les marins

les jeunes filles et les garçons

dans l’abandon

de leurs inhibitions

de ce qui les irrite

un jeudi soir en automne

(en sortant besoin d’un sonotone)

et quittant le dancing

allant du bar au parking

en rejoignant l’arsouille en croisant les flics-mar’

en se couchant dans sa banette

(à ras du sol en dessous du niveau de flottaison)

juste en dessous des deux autres où ça ronfle

— à voile un vent ça gonfle

à vapeur on est plus malhonnête —

est-ce un rêve en mémoire ou bien un cauchemar ?

samedi 30 novembre 2024

De ce qu'on fit confit


Aux combattants de l’Ukraine,


L'effroi de l'horizon dicte un rythme à nos mains

nous sombrons dans le songe en espérant survivre

en applaudissant un cauchemar inhumain


Tout d’un coup nos carreaux se recouvrent de givre

il n’y a plus de vieux ni non plus de gamins

dehors est la tranchée qu’on arpente encore ivre


Il pleut des bouts d’acier sur un champ désolé

des canons putassiers d’un chant qui rugirait

trouent notre sol en vain je m’y sens isolé

j'ai rêvé d'un brouillard où ta main surgirait


L'effort est à bien peu de frais quand il fait froid

mais il s'avère affreux si l'on effraie son fruit

de nos entrailles on fit confit de ce qu’on broie

du noir écho déconcertant de ce grand bruit

jeudi 28 novembre 2024

De ce qui nous échappe



J'ai piqué dans le reflet de l'eau ton image

afin d’en faire une œuvre aimée que l’on rudoie

l’astre atteint sur la piste étoilée des rois-mages


En brins d'humanité filant entre mes doigts

j’ai tout comblé d’un sable évitant les dommages

embruns d’un océan qui paiera ce qu’il doit


Mon erreur a toujours été de causer trop

bien qu’aujourd’hui je veuille apprendre à filer droit

comment faire autrement quand on est au bistrot

parfois vivre à l'envers est vivre à cet endroit


Charmer c'est envelopper d'amour un bon mot

c’est noyer dans l’alcool un complexe et sa chape

autrement comment faire en étant sans jumeau

nous n'avons de passion qu'en ce qui nous échappe

mardi 26 novembre 2024

De ce qui fit offense



À Béatrice,


Je veux trouver de quoi nous émouvoir un peu

je veux vivre en apnée pour ôter ton parfum

de ma mémoire enflée comme un songe adipeux


Toute attirance en fait n'est qu'un élan défunt

mais je répète en vain ce qu’un singe a dit peu

soyons à l'origine et d’un meurtre à la fin


J’ai récité pour toi des versets singuliers

d’un pluriel extrayant dans la récitation

l’oxygène en ces eaux d’un rythme régulier

je ne suis pas coupable à chaque inspiration


Le son d’un coquillage en regardant la mer

est l’écho bien souvent de ce qui fit offense

en mer amie l'amour à mort est même amer

aimer c'est se souvenir un peu de notre enfance

jeudi 21 novembre 2024

L'intimité des mots



Puisque aucun de nous deux n’a jamais peur du vide

inventons notre histoire afin de la dicter

tu t'ouvrais au levant comme une fleur avide


Un peu comme un livre et qui se serait livré

tu fais tout en marchant de cet air impavide

hypnotisé de toi je me suis addicté


La clarté d'un regard est comme une eau de source

en y plongeant sans fin j’y puise une eau de vie

puis sous ta lèvre en bas je puise mes ressources

et sur la supérieure un rêve inassouvi


Le fruit de nos pensées fut soumis à l'amende

intime ou corrompu peu m’importe il est beau

mais dans nos corps rompus plus rien ne nous commande

énonçons nos pensées en fabriquant nos mots

lundi 18 novembre 2024

Bride abattue



Je sais bien que ta main c’est l’affaire à saisir

aux mouvements portés par l'onde des marées

quand le soir est tombé j’ai senti ton plaisir


En coupant la séquence on vit l’indemne arrêt

chaque illusion d'envie trompe le vrai désir

(un cheval amarine à peine démarré)


J'ai distillé l'amour en de vagues liqueurs

en sentiments confus dont on pose la chape

en vapeurs éthérées qui m’ont brisé le cœur

(un état de nos décisions qui nous échappe)


On s’y perd assez vite et quoique l’on nettoie

dans cette dépression c’est qu’il faut surveiller

toute la pluie que j'éponge en m'allongeant vers toi

la nuit vient à bride abattue nous réveiller

dimanche 17 novembre 2024

Le silence



Nous n'inventons en vrai que des paroles fausses

écrire est pianoter des mots sur un trottoir

et finir au bout du décompte au fond des fosses


Aux lions nous accordons la victime expiatoire

un agneau sacrifié que nos passions défaussent

au roman le récit dont on fait répertoire


À l’adresse indiquée n’était aucun secours

et sur un corps de rude on aime en raide corde

être seul est être en vérité sans recours

aux bouts d'humanité dont nos mains se raccordent


Au départ on ne voit que l'amour en Poème

on se perce à veau l’eau le bidon de six lances

et de flèches d’éclisse aperçues en Bohème

en véritable intimité qu'est le silence

samedi 16 novembre 2024

Le grain de raison



Le grain de raison que l'on cueille au bon moment

s’il est le fruit de nous n’est pas mon seul atout

les grandes amours sont les lignes d'un roman


Nous cherchons à séduire en discutant de tout

nous oublions souvent le pourquoi du comment

nous croyons à l’exploit d’un plus grand Manitou


Notre attirance est-elle une fantaisie pure

un désir est un clignotant qui fait de l'œil

observant maladroit ta fantastique épure

et son carnet perdu dans un lit portefeuille


Il faut aimer sans cesse et sans fesse à céder

je suis à l'apogée de mon attrait pour toi

ce symbole absolu d’une lune obsédée

que le soleil attire en vain comme en Artois

vendredi 15 novembre 2024

Fragments



Ta fleur éclose et dans la rosée de son pré

ma foi tout arrosée de ton génie rampant

sous un ardent soleil lui permit de s’ombrer


Je n’ai pu la cueillir en cuillère et soupant

(s'inventer autrement s'évitant de sombrer)

la promesse est comme un cadeau que l'on suspend


J'ai laissé sur tes yeux le voile du mensonge

et ma tête est tombée d'accord avec le reste

ici quand on est mal on s'imagine en songe

on guillotine ainsi se vantant d’un beau geste


Énoncer des pensées en fabriquant des mots

tous les fragments de toi que je rassemble ont faim

de s’emboîter dans l’autre infinitésimaux

l'illusion de l'amour est un roman sans fin

mardi 12 novembre 2024

À corps et âme



J'ai dépêché dans le bassin de ton regard

un poison merveilleux dont l'encre est de ce bleu

qui fait l’âme amoureuse et le clin d’œil hagard


Un cyanure emprunté sur des bas-fonds sableux

peut-être aussi volé sur le quai d’une gare

on ne sait jamais ce qui déteint quand il pleut


La nuit fournit au lâche un pauvre abri précaire

autour étrangement de nos littératures

et de tous les tracés d’un compas d’une équerre

et d’un itinéraire en sa température


Enfiévré je t’écris sur cette mélodie

la parole est donnée si l’on s’en donne accord

respirer l’air ambiant puis tout ce que l’eau dit

tous deux sont imprégnés du parfum de ton corps