dimanche 22 octobre 2023

Les poètes maudits

 


Toute attirance est comme une irruption d'acné

comme un besoin physique irrépressible et fort

où toute la pulsion se transforme en acmé


Je te désire enfin mais sans le moindre effort

et face à ta beauté je ne suis qu’un pygmée

j’écris tout ton portrait que je crie haut et fort


Enfin je me dissous pour dix sous éperdus

le désert — quel qu'il soit — est émancipateur

et l'avenir est fait des illusions perdues

mais je t’adore encore écrivant à cette heure


Un regard à ton corps est l’écho qu’on en dit

quand la Poésie peint les belles amoureuses

on se régale au son des poètes maudits

de leurs chansons traitant de ces heures heureuses


samedi 21 octobre 2023

Transnations

 


Dicte-moi tes désirs et j'en ferai des vers

ondulant dans nos corps en nous décomposant

la musique abrutie dont l’essor est sévère


Et dont le sort abstrus qu’on croyait supposant

menait à l’écriture et la tête à l’envers

à l’amour infini sur nous se déposant


Ta chair est attendue ton corps est Poésie

je n'ai que le toucher pour te faire sentir

à quel point je te veux pour te l'écrire ainsi

quelle est la partition juste à se ressentir


En effleurant de mots la douceur de ta peau

comme ma plume avide écorche le papier

j’égratigne amoureux la couleur des drapeaux

dans l’étang de la vie sans Toi je n’ai pas pied

Thérèse

 


La nuit comme un fantôme a recouvert mes yeux

ce n’est pas un miracle et néanmoins je suis

en Normandie mais je ne suis pas à Lisieux


Thérèse en diérèse est l’esprit que je suis

petite sainte enceinte en l’Esprit facétieux

ton image envolée commande à qui je suis


Tout est flou j’imagine un peu de repentance

un air de rien saisi par le froid de l’image

une jolie femme amoureuse en résidence

et de la Poésie sortant de mon plumage


Et si l’écriture est à ce point volatile

un seuil en chaque nuit se franchit dans nos rêves

on sait profondément ce qui nous est utile

les yeux bleus sont pour moi comme un jour qui se lève

lundi 16 octobre 2023

Toi l'inconnue

 


Mon esprit transpercé de pancartes fléchées

cherche un chemin pour te trouver Toi l’inconnue

mais il reste terré comme un ours mal léché


Je te rêve en parlant Toi ma belle ingénue

tu devrais m’interdire et pourtant m’allécher

puisque ce qu’on se dit c’est une mise à nu


La solitude est une compagne exclusive

écrire est la façon de s'y mettre à la place

en pensant de mon âme à ton âme adhésives

un espoir impossible un fantasme de glace


Et dans le « j’en ai marre » où je n’avais plus pied

tu mûrissais bien avant que je ne te touche

aimer charmer mourir en laissant des papiers

le fruit de nos passions pourrira sur nos bouches

samedi 14 octobre 2023

Pont Alexandre III

 




Je me souviens de toi Pont Alexandre III

l’eau de la Seine avait le vert de ton regard

et ton galbe sublime affirmait mon détroit


Que pouvais-je franchir en ayant l’air hagard ?

Ayant l’air apeuré d’être trop à l’étroit

d’oublier ta beauté comme un train mis en gare


En te voyant marcher ma princesse en ces ombres

ignorant les fossés de Saint Germain ma place

on eut dit que tu fus au plus clair au plus sombre

une idée du parfait né que rien ne remplace


On eut dit que tes pas laissant de l’or en trace

éblouissaient ma vue mais c’était vagabond

car je n’ai plus l’adresse et je n’ai plus l’audace

afin de te séduire et de t’aimer pour de bon

vendredi 13 octobre 2023

L'été 2019





Nous étions à la charnière

entre le mois de Juillet

le mois doute

et mon père étant grabataire

avait donné les clefs de sa maison

non sans quelque éclats de voix

mes enfants restant chez moi

— dans la précarité de ses gestes —

à son fils.


Alors, en laissant mes gamins adolescents libres

en m’envolant seul en direction de Paris

j’entrais dans le train normand

qui m’emmènerait Gare Saint Lazare

et par le Météor (un métro sans conducteur et nommé « la 14 »)

à la Gare de Lyon

Sous une indicible effroyable et folle canicule

(en sortant du train climatisé

je croyais mettre au four un corps entier !)

Paris crépitant comme un barbecue

Paris fait de braises et de souvenirs

une chaleur écrasante

un météore en combustion

puis le RER en direction de Maisons-Alfort

de France

un gentil monsieur noir offrant un mouchoir à mon front dégoulinant

la sueur réunie d’un peuple entier laborieux

dans une rame à 40°C

Paris température extrême

et sa plage à la crème

en forme de tarte aux opinions

Je revenais dans les lieux de ma jeunesse amoureuse

un peu comme on revient poète à Moscou.


Je ne me suis pas endormi ce soir-là

puis l’orage éclata

le matin c’était vêtu de vingt degrés de moins

raccourcissant l’escalier des émotions

dans la maison de mon enfance

au fond du jardin l’annexe avait tenté d’être forcée

mais ma résidence adolescente avait résisté

trente ans passés

j’étais de nouveau maître des lieux

je retrouvais toutes les traces de ma mère

un parfum de sa présence évaporée

trente ans passés

l’orage a toujours effacé la température et le temps

parenthèse enfin fermée

le jardin de mon enfance

où je m’imaginais champion de foot ou de rugby

recordman du monde au saut à la perche

— avec le squelette du sapin de Noël —

il me fallait néanmoins revenir au cœur de Paris.


Nôtre-Dame avait brûlé lors de ma venue précédente

et l’odeur était persistante

il faut que vous sachiez que mon cœur hybride

est autant de celui de Paris

que de celui du bout du Monde en Finistère

un cœur écartelé depuis le début de mon existence

entre un pôle existentiel

et l’autre un peu plus fantasmagorique

on est dans notre étendualité

J’étais dans le chez-moi du quartier Latin

des îles de Paris

de ces endroits que j’aime à partager

la Place Saint-Michel

et ses amoureux qui s’y rencontrent en mon nom

la Place Maubert

et son marché dont persiste le squelette en semaine

la Place Dauphine

et le bon vin blanc qu’on y consomme

et le jardin du Luxembourg où je me dorais la pilule en séchant mes cours

à côté

Place de la Sorbonne

où ma mère enceinte allait me promener durant les évènements de 1968

où ma mère arrivée du bout du Monde

apprivoisait Paris

faisant de son fœtus un enfant naturel issu de l’endroit

viscéralement

me partageant de fait entre un Finistère inéluctable

et la capitale en lettres ainsi nommées.


J’ai beaucoup écrit durant cette semaine à Paris

j’allais dans les bars

assis au comptoir

et de bar en bar

en buvant un verre à chaque endroit

j’écrivais un nouveau poème

évitant les pluies d’été

(bon prétexte à se réfugier)

j’écrivais ma vision du Monde en kaléidoscope

en prisme en arc-en-ciel

il fallait beaucoup d’inspiration

mais ainsi que Maïakovski

je ne crois pas en l’inspiration

je ne crois qu’au travail

à l’observation

je fais mon boulot dans mon coin

résistant aux influences

il est protéiforme et tant mieux

c’est le reflet du fonctionnement de mon cerveau

qui se refermait en rentrant le long des quai de Seine

en passant par le square Tino Rossi

par les fêtes dansantes de l’été battant son plein

croisant le sourire éblouissant d’une beauté

qui s’était rasé le crane

affrontant l’avenir au soleil égorgé dans le fleuve

et la Saint-Barthélémy de l’existence.


Il est bien temps que que je réécrive en escalier

pour les marches de Paris.


Mais je suis retourné rejoindre mes enfants.


Je ne suis revenu qu’en octobre

après la vente de la maison proposée

pour la vider

les enfants m’accompagnaient

Nous avons honoré le lieu par le boulot

c’est commun pour nous tous

et mon père est mort un peu plus tard.


En février 2020

juste avant le Grand Confinement

je suis venu rendre les dernières clefs

logeant à l’hôtel

rue de Sommerard (où l’on dort peu)

près du musée de Cluny.


Je repense à l’été 2019 où tout s’est décidé.

lundi 9 octobre 2023

Le voyage



Chaque amour est un grand voyage inabouti

rien ne tient dans nos vies quand on est submergé

par cette heure en passant qui demeure engloutie


C’est notre vague-à-l’âme et sa source immergée

qui nous pousse en avant vers bien d’autres outils

et nous chavire enfin mais nous laisse allongés


Je voulais t'aimer sur le rebord de ton ongle

et peindre ta beauté du vernis de ton âme

en usant de mes mots avec lesquels je jongle

en baisant sous tes doigts l’éclat doux de la femme


À chaque hésitation nous aimons mois qu'avant

à chaque instant ta main m’échappe et me rend seul

il me faudrait ton corps abreuvé par les vents

ta beauté dégoûtée me servant de linceul

samedi 30 septembre 2023

Miroir

 



Tout désir est un leurre et tout leurre un appât

je l’apprends si souvent que rien ne me remplace

en le sachant pourtant je le sais pas à pas


Chacun de mes alexandrins pense à ma place

où rien ne me retrouve avant chaque repas

le dessert est divin quand on voit dans la glace


Accroche au fil à linge un amour éperdu

son sourire anonyme est un enfant sauvage

il se sauve à la course en se croyant perdu

pourtant chaque abandon n’est jamais qu’un naufrage


Une nuit cannibale à nous deux bientôt s'ouvre

une bouche agrandie que le jour ignorait

qui nous avale — une pyramide du Louvre

à mon âme entrouverte — et toi que j’espérais

mardi 26 septembre 2023

Vieillir

 



L'âge en amour est difficile à convertir

on le dirait reflet d’impressions vaporeuses

un miroir est la porte ouverte aux désirs


Elle y plonge en se regardant double amoureuse

"on est bien tous les deux" lui répond son plaisir

on est bien seule aussi quand on est malheureuse


Être un peu fou j'assume autrement m’abaisser

sa bouche est comme un cœur rouge et chaud palpitant

j'ai gardé des années le goût de ses baisers

j’ai gardé ce signe indélébile éclatant


Je suis à toi je suis tatoué comme un vieux cuir

un vieux ballon déformé par les coups du sort

un vieux con maltraité je suis un dur à cuire

et vieillir est l'art de s’approcher de la mort

mardi 19 septembre 2023

Les routes de l'à soi

 



Je me mets à écrire ainsi qu'une machine

et dans la bakélite et dans ce cœur d’airain

je trouve un de ces chemins de la soie de la Chine


Il est sur la dune infinie courbe en tes reins

qui remonte étonnamment jusqu’à ton échine

et laisse ainsi trembler les gestes de ma main


L'AZERTY de mes doigts sur ton corps digital

est le double-poison d'une fleur à clochettes

on dirait l’abandon de coupe sagittale

où le dessin dans l’herbier par là se rachète


Un amour est en sorte un accident de vie

le désir est parfois bien trop envahissant

mais brusquement lorsque notre destin dévie

nous sommes sourds à tout et tout est dans le sang

samedi 16 septembre 2023

La mare au diable

 



Quand le soir à moi s'accapare il faut écrire

un rêve irréalisé n'est qu'un cauchemar

et sans bien le comprendre on ne peut que s’aigrir


Il faudrait surpleurer quand tant d’autres se marrent

il faut changer de régime afin de maigrir

et repeindre en bleu-nuit les reflets de l’ammare


Une femme amoureuse est un havre de vie

le fruit de nos pensées se courbe vers la terre

à chacun des instants notre ligne dévie

sans penser son appui nous sommes grabataires


On est un artefact à l'idée de l'union

la nuit n'est que ce drap qu'on tend sur la mémoire

et dans la mare au diable en plongeant son moignon

chacun voit son destin comme on ferme une armoire

vendredi 15 septembre 2023

Rubber

 



J'aimerais crever comme un pneu

sur la route du bonheur

et maquiller de bleu

ta paupière hallucinée

de rouge un peu ta bouche aux traits enlumineurs

un peu ton petit nez

tes tâches de rousseur

et tout ton charme apnée que je ne peux

désirer que de tout mon cœur

ouvert

à tes propositions

comme une aorte heurtée

clampée

dont les jets de sang

depuis trop longtemps

sont stoppés.

Tout ce que j'écris n'est qu'au fil de l'eau

le sombre reflet de notre noyade

et pourtant — Titanic à part —

on pourrait se rouler des pelles au fond du lac...

On dirait que tu es ma naïade

et moi ton monstre où les logs naissent

à coups de réseaux sociaux

de sites de rencontre absolument stériles

et de chemins qui ne se croisent jamais

sur ces routes où je m’use

où l’on me dégomme

où j’ai trop cherché mes muses.

Il me fallait néanmoins m’en trouver

la pauvreté s'habille aussi parfois de richesses intellectuelles

et de sentiments à fleur de peau

parfums de femme idéale

à présent ça sent le caoutchouc brûlé

la manif’ à dix balles

un abandon de son rêve initial

un air atrocement vicié

la pneumonie du baiser.

Les seuls gens dignes d'intérêt s'intéressent à vous

si vous vous intéressez à eux

mais le miroir est pauvre

en s’y cherchant si l’on trouve

un diable au garde-à-vous salue

d’un réflexe hitlérien.

J'aime les femmes qui n'ont pas d'avenir

elles ont le talent de chasser mon passé

sans projet tu n’es plus à punir

au présent plus simple à se conjuguer.

Les pneus se remplacent à chaque fois par paire

et je suis seul à rouler ma bosse

à moitié crevé

mais pour un échange

il faut trouver son semblable

et ce n’est pas gagné

c’est l’extension du domaine de la lutte

un capitalisme abstrus du sexe et de l’âme

œuvrant à la production de profils Internet

internés dans l’usine où rechapés

le rebus les menace

où dégonflés plus rien ne leur est plus net

ils sont pris dans la nasse

emportés dépréciés

les sentiments sont trop sérieux pour être laissés aux romanciers

mardi 12 septembre 2023

Paris sous la pluie

 



La grisaille à Paris s’est posée sur les toits

— le zinc a l'art abstrait des reflets amoureux —

s’est posée dans tes yeux je me souviens de toi


Le zinc et ses bistrots qui nous rendaient heureux

ces bistrots parisiens dont le charme au patois

parigaud résonnait des éclats vaporeux


De ton rire ébloui par le bris de mes verres

et de mes vers pilés par ta jolie beauté

de mon poème idiot quoi que je persévère

il me faudrait d’un saut rendre un sourire ôté


D’un saut de paragraphe et d’un enjambement

te parler de Paris sous la pluie dans le vent

provoquer tes frissons lorsque ta jambe ment

d’une nuit de désir et d’un soleil levant

samedi 9 septembre 2023

Chaos

 



Je suis le chevalier adoubé du Chaos

dont l’écriture infâme est l’objet du désordre

et plus loin j’écrirai plus j’irai au K-O


Je voudrais vous choquer désobéir aux ordres

heurter la Chine et l’Occident de Macao

jusqu’à Paris la poudre est bien sans en démordre


Amoureux sans issue j’ai cultivé le vide

en mon esprit floué les mots se précipitent

et se culbutant je les gère au CoViD

aggloméré sans cesse au sein d’un incipit


À l’anticorps abstrus qui l’a déterminé

il m’a fallu faucher chacun de tes sarcasmes

et de mes champs sémantiques déminés

J’ai gardé la violence un peu de ton orgasme

mercredi 6 septembre 2023

Coup de foudre





Quand une femme un homme ont envie de s'unir

il n'y a pas de force à pouvoir les contrer

la foudre s’abat sur deux arbres à punir


On pourrait s’étaler sur l’art à démontrer

mais rien n’est rationnel on ne peut prémunir

aucun d’entre nous jamais de se rencontrer


L'Amour est l'instant déchiré du Noir au Blanc

le moment fulgurant du passage improbable

où l'on vit sans gène où l'on ne fait plus semblant

le moment fugace où l'on trouve son semblable


Alors en fulgurés aux feuilles de fougères

aux figures de Lichtenberg ainsi tatouées

nous subsistons marqués par ce que l’on digère

un peu de sa décharge inouïe d’intensité

dimanche 3 septembre 2023

Sabre au clair

 





L'Amour au Mont-Saint-Michel un soir d'équinoxe

au moment du jusant lorsque la lune éclaire

une étendue d’eau mue de manière orthodoxe


On pourrait tout attendre et puis juste un éclair

un coup de foudre immense et menant à l’intox’

inonde infiniment nos esprits sabre au clair


Aimer c'est se projeter vers un avenir

et la brune aux yeux verts revient peupler mes rêves

on ne saura jamais ce qu’on peut devenir

et les jeux de l’amour ont aussi peu de trêves


Écrire écrire écrire afin de chasser tout

je veux nous inventer des destins merveilleux

tisser mon jeu de carte en gros c’est un atout

tant bien que je te fasse est l’ennemi du mieux

samedi 2 septembre 2023

La belle ingénue

 



Quand je repense aux vaines pensées à maudire

à ces postillons mêlés de morve et de glaires

il est difficile à présent de nous prédire


À cours de mots soudain j'ai tenté de te plaire

avec une assonance embrassée — c’est tout dire —

un baiser volé c'est l'escroquerie qu'on flaire


Il y a tant de vers et de rimes à taire

en gardant de tes yeux l'éclat qui m'a tranché

la veine littéraire et mon artère à terre

aujourd’hui que je ne peux avancer sans flancher


La nuit consomme en vain ma conscience égarée

qu'un volatile espoir emporte dans les nues

quoi qu'il en soit pourtant ma mémoire est carrée

colorée de rondeur à ma belle ingénue

vendredi 1 septembre 2023

Le bateau vivre

 



Soumis aux courants comme un voilier sans mâture

— le destin se décide à pile ou face aussi —

j’écrivais spontanément jamais sans ratures


Un peu de travers en récitant mes récits

la sensualité n'est qu'un échange immature

et la raconter bien souvent nous déprécie


Survivre est vivre mieux mais beaucoup plus longtemps

ne pas s’accrocher tel une abeille à son dard

à moins de finir éventré car en gros taon

l'amour imaginé c'est juste une œuvre d'art


Il te suce le sang c’est un buvard avide

et ta coque percée se verse à son calame

écrivons tant qu’on peut pour évacuer le vide

un désir est tombé dans les égouts de l'âme*


https://soundcloud.com/annaondu/le-bateau-vivre


jeudi 31 août 2023

L'art d'aimer



L'amour est toujours à deux touches de pinceau

de la vérité car aimer c'est faire un choix

de ce que la beauté produit dans nos cerveaux


Parfois le grand secret se trouve dans la voix

dans le chœur bien qu’ailleurs on souffre et peu me chaut

de l’alchimie cachée car il faut être soi


J'ai gardé de notre art une idée d'idéal

et pourtant si violent jamais un lien n'est rien

comme au marché du cœur on établit des halles

on confond l'attirance et l'amour aérien


Nos relations sont le produit d'un seul baiser

dont on crève en pleurant c’est vrai qu’on en a faim

qu’on voudrait qu’il perdure et même malaisé

le secret de l'amour est de s'en foutre enfin

samedi 26 août 2023

Décomposition musicale

 


De la nuit soviétique on sort en mort-vivant

la liberté se joue sur des rives d'espoir

et la russie sordide un marasme éprouvant


La russie c’est le mal aujourd’hui sans mémoire

oubliant l’écrivain par hasard écrivant

la russie ne m’est plus qu’un vulgaire assommoir


Et si tu m'as quitté jamais ressuscité

tristesse ô mon amie ne me laisse pas seul

l'amour en vrac est ma quittance de loyer

l’appartement de tes baisers c’est mon linceul


L'amour est une décomposition musicale

une braise indécente en l'âme incandescente

un temps mort un silence abstrus juste une escale

et la beauté de ton bleu regard en descente

dimanche 20 août 2023

Amazoniaque





La nuit se pose ici tranquillement sur les eaux peu profondes du lac

écrire est un privilège absolu permettant d'imaginer un monde un peu moins laid

j'essaierai toujours de trouver par mon écriture

un passage atteignant votre instinct.

Tandis que l’émotion s’exilait

je découvrais l’existence improbable

et néanmoins véridique

en Amazonie

de Camille Monfort

accusée de vampirisme

après sa mort

raconter est un isthme

entre le mensonge et la vérité

passer de la gamme à la tessiture

aller du Styx au Léthé

mentir au moins sur son sort

afin d’en trouver le paroxysme

et la longueur de l’intestin.

La beauté d'une femme est un lever de soleil après la nuit du célibat

la beauté des amours est souvent dans leur amour de la beauté

le ridicule ne tue pas, sinon je serais mort depuis longtemps…

Nous ne sommes pas des enfants mais des orphelins que le temps bouscule

que le modernisme émascule

et néanmoins, de temps en temps

nous cédons aux vapeurs d’ammoniaque

infestant nos lits et nos ébats...

Le "Theatro da Paz" était le centre de la vie culturelle amazoniaque

et sa cantatrice à la voix d’or

à la beauté sulfureuse

était française

et se nommait Camille Monfort.

En suscitant des désirs inavouables auprès des riches seigneurs de la région

la jalousie de leurs épouses en raison de son rayonnement

Camille était l’épicentre assumé des tremblements de nerfs.

Elle osait danser nue dans les rues de Belém...

Elle attendait probablement de lire un jour abstrait qu’on l’aime

en traînant dans ses robes en fourreaux sous la lune enceinte

au cœur obscurci de l’encre inutilisée.

Sa pâleur aux reflets sélénites

accusaient son aspect mortifère

— impossible de s’en défaire —

et les vapeurs affirmées de l’absinthe

ajoutaient des fantasmes imbéciles à la vision débonnaire

attendue d’une amante hématophage incidemment.

Dans les sangs mal analysés

comme dans les menstrues

se trouve un infondé :

la haine des femmes et des vues qui s’obstruent

poussant les mâles au bout du mal

et de la femme aile amputée comme un doigt

par une violence animale

empêchant de voler ce qu’elle lui doit

pourtant depuis cette abominable contagion.

Ce que la colère a

se retrouve en chaque humain dominateur

et la belle emportée par le choléra

garde un mystère au sujet de son inhumation :

se trouve-t-elle sous ses stèles ?

On dit parfois qu’elle a 154 ans

qu’elle est toujours aussi belle et qu’elle est abreuvée du sang des vierges et des puceaux d’Europe

en troquant contre un peu de leur sang

l’éternité qui convient à sa magnificence.

Il faut fabriquer de la légende afin de trouver du sens

et faire d’une sainte une salope

il faut faire de Camille une Estelle

et d’Estelle une femme et son humiliation.

Les poésies — celle que je lis, celle que j'écris — m'ont permis de survivre au chaos d'une vie déchiquetée

mais je reste hanté

par ce fantôme et sa beauté

par ce vampire amazoniaque au regard odieux que l’on n’a pu m’ôter.

mardi 15 août 2023

À l'orée



J'imagine un bel avenir en ton sourire

un bel été futur et quelques papillons

l’éclat de tes jolies dents dans quelques fous rires


On rêve et sans soucis nous nous éparpillons

dans des arcs-en ciel où j’aimerais bien mourir

ivre des trésors absolus que nous pillons


J'embrasse sur ta bouche une idée du Bonheur

en posant sur ton sein la main de notre espoir

on chassera la guerre on fera de l’honneur

une valeur usée rangée dans une armoire


Au petit jour venu j’en ferai mon labour

et peuplerai ton rêve à coups d'idées nouvelles

un vrai désir est à l'orée d’un grand amour

et des forêts de pensées en nous s'entremêlent

dimanche 6 août 2023

La nuit



La nuit prioritairement s'offre aux rêveurs

et dans ce ciel entrain les wagons sont bondés

de ces constellations dont on tait la saveur


Hors de tout nos passions vont à vagabonder

nous cherchons l’être aimé nous cherchons le Sauveur

en masse en perdition nous voulons abonder


La rencontre est le fruit de la confiance en nous

j'aimerais bien mieux parler d'amour que de bombes

et les masses pourtant s’enfuient comme les gnous

poussés par les odieux prédateurs à leurs tombes


Et cependant la nuit je repense à l’essence

on repasse son linge et quelques souvenirs

écrire est insensé mais nous mène au bon sens

et quelque fois probablement à l’avenir

vendredi 4 août 2023

Adorations



Le fruit de nos adorations croqué sans faim

le désir est un spectre hantant nos solitudes

avide et vide avant qu’il ne faiblisse enfin


Je pensais trop souvent à ma pauvre attitude

et dans le vent soufflant je me courbais sans fin

je n'avais pour orgueil au moins que gratitude


Entre nos mains le temps s'écoule imprudemment

je suis un papillon dont l'aile est perforée

le sable la traverse ainsi qu’un prude amant

passant de cœur en cœur infeste ces forêts


De nos adorations nous ne gardons en vrai

que les notions que nous leurs avons attribuées

que les effets des sentiments ayant œuvré

la pluie chasse à nouveau tous les soleils embués

mercredi 2 août 2023

La recherche



Rien ne sera plus jamais pareil à ce jour

imaginer le bien ne chasse pas le mal

et l’éclat n’est parfois qu’un curieux contre-jour


Il n’est parfois que sur ton sourire animal

en retournant ma langue en violent abat-jour

on pourrait deviner ta mâchoire anormale


L'amour est une interception du temps passé

j'ai beaucoup plus plu comme on pleut que comme on plaît

mais j’ai fini souvent par tes dents dépecé

tu m’avais appelé pour que je sois ta plaie


Je suis mort à présent de t’avoir aimé tôt

ce grain de beauté sombre où s’emmêlent les mouches

a criblé mon regard à grands coups de marteau

l'horizon de mes yeux s'est posé sur ta bouche