Nous ne sommes plus parfois que fracture
éperdument écartelée dans l'air
d'un temps dont on payerait la facture
à s'être à ce point rendus parcellaires
et perdus dans d'infinies conjectures.
Nous trouvons dans des liqueurs psychotropes
un rêve absent de nos amours navrantes
et nous sculptons un démon misanthrope
où l'on se fond la courbure enivrante
ainsi que se tourne un un grand héliotrope.
Un jour, lassés des cultes d'Hypérion,
la peau tannée comme un corps dépecé,
nous questionnons le pourquoi nous errions,
les raisons nous ayant fait dépasser
les bornes d'un sol que nous espérions.
Nous nous lançons alors à la recherche
impromptue d'un territoire égaré,
sans penser que s'y tend comme une perche
un doux leurre aux ronds qu'on veut en carrés,
que sans cesse en ceci c'est SOI qu'on cherche.
On l'appelle atlante ou continent Mü,
mais c'est en fait notre propre Pangée
qu'on croyait morte et pourtant qui remue,
dont éloigné l'on se sent étranger,
mais qui rassemblée se fait notre mue.
Rochefort
m'enterre sans tes bras, Rochefort en corps encore en Toi... J'ai
fait vidange intellectuelle, J'ai des clartés d'hors du
tunnel, Et d'éclater sous le soleil, Carreau se rit de ces
merveilles... C'est l'été et les remparts fleurissent !
Les
taches de rousseur apparaissent,
Les
grillons bruissent,
Et
les soucis me laissent,
Et
tes sourcils n'ont cesse
D'accentuer
ces pieux délices
Et
d'enrober tes yeux, des lys
Bleus,
Comme
ce ciel d'ivresse !
Et
tes longs cils en liesse,
Sombres
papillons, frémissent
De
cette vie nouvelle
en
Rochefort la belle.
Je
confonds toujours les filles et leurs pierres,
C'est
parce qu'elles se ressemblent !
Comme
Vanessa et Rochefort en Terre,
Ces
deux amies vont bien ensemble !
Il
y a des degrés à franchir,
Comme
chez moi,
Comme
à Pont-Croix,
Et
des méandres qui m'attirent,
Dans
les ruelles,
En
contrebas.
D''autres
degrés qui s'amoncellent,
Près
du lavoir où restent là,
D'autres
bateaux en partir,
D'autres
nacelles,
D'autres
et moi,
Et
mes poèmes à maudire,
Seront
pour celle
Qui
saura
Parfois
me voir, parfois me dire :
"Rouvre
tes ailes,
Remplume-toi
!"
Un
grand oiseau noir,
Loin
de sa mer patrie,
Marche
au matin comme le soir,
Dans
Rochefort d'où il écrit,
Quelques
mots mis, quelque mémoire,
Quelque
reptile sans répit,
Quelque
serpent, quelque lézard,
Sur
tous ces schistes alangui.
Les
murs se chauffent au soleil,
Juin
a remis l'habit de fête,
A
midi, la ville s'éveille,
Quelques
touristes me rejettent...
Rochefort
m'enterre sans tes bras, Rochefort en corps encore en Toi !
Les discours lénifiants de L214 ou de
cette pneumologue psychorigide qui porte plainte contre l'Education
Nationale m'insupportent.
Qui sont ces intégristes moraux, ces
Tartuffe d'un nouveau genre — pire encore parce qu'aussi bien
convaincu de leur intolérance qu'un djihadiste patenté — qui
viennent nous culpabiliser de consommer de la bonne bidoche et nous
accuser d'être les responsables d'exactions menées par des malades
mentaux dans des abattoirs, qui préfèrent voir des minots exposés
aux attentats sur la voie publique à fumer, plutôt que de subir le
risque d'une tabagie passive dans une cour d'école ?
Malraux écrivit que "le vingtième
siècle serait religieux ou ne le serait pas". Concernant le
vingt-et-unième, il n'y a aucun doute : c'est le siècle des dévots
et des ayatollahs de tous ordres, le siècle de l'interdit, du
jugement de valeur, de l'incrimination fascisante, des prosélytes
d'un pseudo-bien-être qui ne ne recouvre que les névroses dont ils
cherchent à se défier, à défaut de parvenir à les déféquer.
La culture, les arts et l'histoire de
l'Homme sont étroitement liées à son mode nutritif et à
l'invention de ses drogues, de ses gentils poisons. La liberté si
chère à notre engeance est précisément liée au droit de
l'individu de fixer son niveau de consommation de toutes ces choses
dont il hérite avec l'éducation que lui confèrent ses aînés.
Je ne jugerai jamais un végétarien de
faire ce choix de vie, que ce fût tant pour sa santé que par choix
moral ; je ne jugerai jamais un fumeur — bien qu'ayant cessé de
m'adonner à cette passion depuis cinq ans — quand bien même
j'apprécierais de discuter avec lui de la dimension comportementale
de cette addiction ; mais je refuse absolument que quiconque cherche
à me dicter "ce qui est bien", cherche à m'imposer de
façon totalitaire un mode de vie qu'on déciderait pour moi et à ma
place.
Je trouve absolument normal de réagir
aux atrocités commises envers des animaux d'élevage, et je suis le
premier moi-même à réagir, mais je refuse obstinément que des
guignols — auxquels il me scandalise que les média tendent un
microphone écholalique — utilisent ce prétexte et pernicieusement
diffusent leur dogme infiniment contestable.
D'ailleurs, je suis biologiste de
formation, et je trouve à ce titre que l'on oublie bien trop vite
qu'une plante, qu'un arbre, qu'un végétal auquel je m'attache aussi
facilement en tant que botaniste convaincu, soit lui par contre
considéré comme une source de vie négligeable. Qu'on oublie que le
tabac est issu de la feuille d'une plante qu'on laisse vivre, à
l'instar du haschich, de l'opium, du kat, et que les psilocybes
poussent dans les sillons humides et frais de nos belles campagnes.
Je pleure sur la bêtise en train
d'envahir le cerveau des rejetons de notre société grasse et bien
nourrie, que ce soit de steacks aux hormones ou de graines certifiées
"bonne conscience", car à l'heure des attentats qui nous
frappent, elle a d'abord perdu de vue la faim. Il est vrai que ceux
qui prennent la parole ici, ne sont pas ceux d'une nouvelle misère
qui en a retrouvé le sens.
J'ai digéré l'étoile aux branches dispersées
sur l'horizon détruit de la rose des vents,
mais vomi les remords dont on m'eut transpercé
si je t'avais trahie, toi ma fleur en devant.
Les satins de Noël ont laissé leurs rubans
dans les cheveux de fange où j'ai noué mes accords,
mais je guette les rues où somnolent les bancs
me liant à tes mains comme je lis ton corps.
Et dès lors, j'urbanise en lettres capitales
un nouveau monde abstrus qui d'ailleurs capitule
aux flottements de bouche, à toi digitale,
à toi mue de poison dont je me tarentule.
J'ai digéré l'étoile aux éclats des versets
par des tonnes d'espoir et par des milligrammes
assujettis aux fards des œillets déversés
sur le blanc du papier des noirceurs de Milgram.
Cocos coupées à la machette,
Dis, tu m'achètes ? Dis, tu m'achètes ?
C'est pour dix balles CFA...
C'est pour queue dalle à la plaïa...
Il est midi à Grand Bassam,
Lorsque ce petit bout de femme
Sabre les fruits de son pays,
A mes pupilles ébahies...
Il est midi à Grand Bassam,
Le soleil darde de ses flammes,
Le sable des plages privées
Et la sueur des peaux bronzées.
Mais les nuages d'équateur
Viennent charger de leur lourdeur,
La baie fermée sur l'océan,
La presse d'un air oppressant.
On se croirait à angle droit,
Au moins à sa moitié, je crois,
Tant les degrés se superposent
Aux chaleurs dont ils sont les causes.
Je me lève du transat',
Je me lente, aimant avec hâte,
Vers l'eau salée qui, comme un lac,
Semble une soupe à nos hamacs...
La plante de mes pieds me brûle,
A vingt-huit est la grande bulle,
Elle est pourtant rafraîchissante,
Cette eau si pure et transparente...
Il est midi à Grand Bassam,
Et des heures à nos grands dams,
Se passent en baigneurs modèles
Dans l'eau ou les couleurs se mêlent :
Le blanc, le noir et l'océan,
Le rire dilué des enfants,
Il est midi à Grand Bassam,
Ainsi s'humidifient nos âmes !
Les ananas nous sont fragrants,
Et tous leurs jus dégoulinants,
Quand on les grignote en tournant,
A la façon d'un cuisseau lent.
Et le soleil est insolent !
Et le sommeil est un saut lent !
Puisque nul ne peut deviner
Quand dans la sieste il va sombrer.
Les cocotiers se font la malle,
De Grand Bassam, la coloniale,
Pays qui, de trois capitales,
Côte d'ivoire est la vénale !
Reste de celle-ci, fantôme,
Le destin flou d'un carcinome.
Il est midi sur Grand Bassam,
J'en rêve encor après les drames...
Mes vers d'escales s'escaladent,
Comme latitudes malades,
Mais des rémissions télévisées,
En sont l'image imaginée.
Demain, le soleil ne se lèvera pas : il restera dans sa coquille d'huître à flétrir de baisers qu'il ne donnera pas. Le jour restera fermé comme une serrure à double tour et comme un disque au ralenti, comme un diamant posé rubis sur l'ongle à l'avatar d'où nos âmes rodent afin de s'en délivrer.
Demain, le soleil ne se lèvera pas : il aura supporté les clous et les blessures des torturés communs, des pauvres qui n'ont jamais voie de Cité, des crucifiés à la fleur du fusil et des crucifères embrassant les bouches des canons.
Demain, l'urne élira ses monuments funéraires, dressera de gigantesques tombeaux à ses morts hasardeux, et sanctifiera dans une grande embrassade, en l'absence de gène un plaisir sulfureux.
Alors, ignorant le fils du père, l'enfant de la mère, on sabrera ces petites têtes sans pagne afin qu'elles n'aient plus d'origine contrôlée.
Hier, j'ai visité le ventre des porcs afin de vérifier qu'ils étaient conformes à toute religion... Ensuite, je me suis occupé des textes sacrés : la Bible, l'Évangile et le Coran. J'aurais préféré comprendre le chinois et ses vieux grands philosophes, mais on ne fait pas du sperme avec du sang.
Demain, le soleil ne se lèvera plus comme avant : des monstres lutteront contre les résurrections, des assassins chercheront à tuer des enfants, et la lumière éblouissante de Pacques éclairera tous les meurtres en devenir.
Le doigt que je fais glisser sur tes rouges lèvres est l'absolu symbole amoureux des combats qui nous attendent, et dont la féminité criarde est la bouée salvatrice en laquelle il m'est donné de me raccrocher.
Demain, le soleil ne se lèvera pas, mais la lune triomphante éclairera le chemin des résistants.
Nos mondes personnels sont la
conjugaison d'inextricables liens entre de petites choses
individuellement insignifiantes, mais dont l'harmonie constitue
l'édifice fragile assurant une beauté fulgurante et fugace et
précaire. Nos mondes sont comme une poésie : ils se doivent de
trouver la bonne résonance, le bon rythme et l'équilibre
indispensable à leur donner encore un sens.
Et c'est ainsi, en toute réciprocité,
qu'une nouvelle poésie constitue d'elle-même un nouveau monde.
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