mardi 26 juillet 2016

Les réponses à Proust




Si tu étais une fleur, tu serais l'orchidée
que je cueille en mon rêve afin de mieux t'écrire,
et si ta peau lissée caressait mes idées,
tu les transformerais en bonheur de maigrir.

Si tu étais un livre ouvert à mes désirs,
je te compulserais sans cesse de mes doigts,
pareille à ce piano dont l'ultime plaisir
est d'inonder d'eau-forte un portrait que je dois.

Si tu étais l'amour, je me serais noyé
dans ton regard vert d'eau dont l'envers est vendu
par l'ombre assurément si fraîche des noyers
qu'il m'en faut peu sous toi pour me sentir rendu.

Si tu étais ma vie coulant à tes côtés,
je me ferais ce fleuve où tu t'irais baigner,
sans crainte de mes crues mais à me bécoter,
je te ferais sous-frire ainsi qu'un doux beignet.

Si tu étais ma mort, ce serait dans tes bras,
alimenté de l'arme imparable des saintes
auxquelles tu confisques l'abracadabra
de la résurrection dans tes formes enceintes.

jeudi 21 juillet 2016

L'ange pleureur



À Solveig Dommartin,




Si j'écris dans l'ombre des astres
une fabuleuse uchronie
que ta noirceur soit mon désastre
et ta nuit le jour que je nie,
je m'endormirai dans le songe
où tu m'attends inconsciente,
où la vérité des mensonges
est notre antidote impatiente.

Du bras qui t'écrit qu'on ampute
on oublie souvent dans l'histoire
que les poètes et les putes
partageaient le même trottoir,
que les prêtres et les bandits
partageaient la même tranchée,
que le poing qu'un jour on brandit
fut celui d'un membre tranché.

Figé dans son manteau de pierre
ainsi qu'un dessus de cercueil,
ne coule plus de ses paupières
un vrai sel que de faux-airs cueillent.
Ne coulent plus dans nos mémoires
que des symboles de l'horreur
et de l'encre au creux des grimoires
un fiel extrait d'anges pleureurs.

Celui qui réside en Amiens
sert de symbole à tous les gars
qui ont à l'exemple du mien
ce trésor de larme en dégâts,
le chaud d'un soleil féminin
dans le puits de leur cœur brûlé,
l'or que — lorsqu'on en démine un —
gagne un souverain de Thulé.

Lorsqu'en rampant je l'aperçois,
la lumière au bout du tunnel,
en dessous des suies qu'on reçoit
des pluies des soleils du shrapnel,
c'est ton iris qui pousse en moi
tel un azur germant charnel
au fond des ténèbres d'émoi
dont ton absence est sentinelle.

Fallait-il donc
                  pour s'échapper
                                       des autres ailes ?
Ou le pardon
                   d'ange écharpé
                                      pour demoiselle ?

J'ai pataugé dans la bouillasse et le brouillon
des vraies passions, laissant l'artère à retrancher
d'un cœur malade usant ses yeux dans le bouillon
bien trop salé pour notre soif à étancher.

J'ai pris ma mine et mes crayons, mon cher fusil
à baïonnette, et j'ai tatoué là sur le front,
les mots d'Amour promis aux vies que Dieu bousille
et que le diable enguignolé vole à Gnafron.

Mais la clarté sur ce cliché pourtant déteint,
de ta candeur en tes beaux yeux céruléens,
de ta rousseur qu'aucune pluie d'ici n'éteint,
m'éclaire mieux qu'un cierge — en ai-je brûlé un ?

Si toute église est aux sanglots dits canoniques,
il n'est pour moi que ta beauté face aux canons,
que ta prière aux trinités neurasthéniques,
afin d'ôter la triple alliance à leurs surnoms.

Ma belle étoile, astre incendiaire et fascinant,
j'ai ton voyage échappatoire ancré dans l'être,
et la cadence au chant macabre et lancinant
s'efface ainsi quand tu choisis de m'apparaître.

Est-ce mon rêve ?
                           Icare ?
                           oui car
                                     je fonds en toi
De toi j'en crève
                         ignare,
                         geignard,
                                    ange en Artois.

Dans l'âtre infernal où ton sourire exposa
l'envers de mon regard dont le fond n'est qu'en toi,
j'ai reconnu l'oiseau du baiser qu'apposa
ta fontaine aérienne à mon désir pantois.

Tandis que de l'arrière affluaient les berlines
alors démaquillées en discrets corbillards,
bandé, faisant la queue, le soldat-la-praline
attendait la razzia de ce décor pillard.

À jouer les Saint-André sur les chevaux de Frise
ou les Saint-Sébastien sous les flèches féroces
arrachées aux roués que l'écheveau défrise,
on passait pour martyre aux roues de ces carrosses.

Dans la nuit phosphorée par tes éclats de larmes,
il m'a fallu sentir la poudre à ton visage,
et la noirceur tigrée par l'éclair de l'alarme
eut ma langue tranchée dont je perdis l'usage.

Alors, « chevaux de Frise » en bas-relief inscrits,
mes barbelés de mots secoururent d'avances
à la promesse absurde où s'étouffait un cri,
l'intuition défaillante et l'abrutie jouvence.

Mais je repense à toi du fond du trou boueux,
Dès que ce qui me sert de toit — le ciel — est bleu,
Pour ton regard uni je tords mon cou noueux,
Car de par lui c'est l'or de tes cheveux qu'il pleut.

L'air passe sur tes traits comme un pinceau d'artiste,
et les gaz en douleur proposent leurs palettes
aux peintres de la mort dont les portraits d'autistes
épargnent ton image à grands traits d'arbalète.

Mon amour, le shrapnel est moins frais que tes dents,
L'un dit que sa morsure est un baiser saignant,
Je dis que ta prière est un chant que j'entends
Parmi les anges morts, tombés ou bien plaignant.

Alors pleure ô ma Flamme avant que je ne meure,
Oh, pleure avant que de n'avoir à me pleurer,
Tu es ma vie car tout mon cœur en toi demeure
et mon espoir quand tu ne fais que l'implorer.

Ce séraphin figé, tes larmes sont les siennes,
Au martyre de l'Homme, aux souffrances des femmes,
On dit que l'ange ému vous rendit musiciennes
afin d'accompagner ce sacrifice infâme.

Je suis — si tu le veux — l'acteur d'un grand suicide
en troupe alimenté, théâtre de la mort,
fourmi dans les vapeurs d'un grand insecticide,
infect empoisonné, je prie pour tes remords.

Je prie le Dieu du miracle en toi mon aimée,
d'infléchir la course folle et traitre des balles,
et je prie l'ange et l'oracle aussi déprimés,
de m'épargner la souffrance ainsi qu'on déballe.

Et je prie la Destinée de t'être clémente,
une pincée de bonheur à te saupoudrer,
si jamais il m'arrivait de trouver charmante
une sotte Miss la Mort pour un sot poudré.

Car je ne peux oublier
                                 ce que nous vécûmes
au bon gré du sablier,
                                de ses grains d'écume,
                                de ses bras d'honneur
— Patrie, Discipline —
                                ces grains de bonheur
et mes grains de Spleen.

Tu vivais en moi des bombardements,
ta silhouette aimée brillait dans mon crâne
ainsi qu'une bombe à retardement,
tu m'étais dans l'ombre un vrai filigrane
et dans la mémoire un contexte amant.

Tu me répétais, sans cesse et semblable
à cette piéta, des vœux résumant
la mélancolie de ma mort probable,
et tes yeux tendaient vers ce bleu prévalant
à ma dilution dans des grains de sable.

Tu me décrivais d'une courte échelle,
à peine agrippée d'un rebord de Manche
ou de fontaine à lui, mon Saint-Michel,
à peine abonnée ma Belle aux dimanches
où ma vie menait son bateau louche, elle...

Tu m'enjolivais par correspondance
en m'imaginant dans les boucles du verbe
où l'épistolaire et folle affordance
ouvrait ta mémoire ainsi qu'un proverbe
à mon amour fou tout en décadence.

Alors j'ai pleuré l'ange d'Apulée
dont l'amour avide effeuillait ma prose
et dont l'avatar avait appelé
Psyché pour miroir à l'ombre des roses
et Toi la colombe au cœur empalé.

Puis je t'ai croquée, Pomme de discorde,
aussi belle esquisse à ma mise à pied,
dont je fis dix doigts comme on fait dix cordes
imitant ton rire à ce point copié
qu'il est du bonheur l'écho qu'on m'accorde.

Auprès de Rimbaud dont j'ai les tourments,
tu me reprochais d'être à bonne école ;
j'ai besoin d'Amour et de sentiments
comme un alcoolique a besoin d'Alcools
ou d'encres rougies pour son testament.

Lorsque je regarde au firmament
l'astre de tes yeux bu par les étoiles,
je ne suis plus que cet infirme amant
dont tu te moquais en dehors des toiles
où je peignais tes cheveux filaments.

Lorsque rêvant d'ange à mon cœur battant
les clochers mutins sonnaient le tocsin,
je ne pensais pas non t'aimer autant
que ce que tes bras dont je n'eus vaccin,
m'offrirent en grand d'un butin patent.

Je me suis niché comme entre tes seins
dans cette tranchée suant les blasphèmes,
et dans ce sillon dont le diable est ceint,
je m'exorcisais puisque ma nymphe aime
au cœur du poème être mon dessein.

Je me suis mêlé ta mélancolie
malsaine à mes maux d'écrivain raté,
mais de tes baisers mégotant folie,
je garde un fumet qu'aucun arrêté
ne violerait à ta bouche jolie.

En t'imaginant dans ce ciel brûlant
J'entendais les chants d'obus aux phosphores,
auxquels l'Enfant dut retirer l'élan
de son bateau sous les feux du Bosphore,
alors que croissait ton spectre en hurlant.

Psalmodiant mon nom,
                                  ma littérature,
échoient aux canons
                      l'ombre et les ratures,
                         ton ombre invasive
et ta silhouette pure
                            emportée lascive
au bon gré de ton épure.

Le sang roucoule dans la gorge des pigeons
qui vont et viennent de la cathédrale au front ;
et de leurs nouvelles que nous nous partageons,
nous sommes en Somme un combat que nous livrons.

Symbole de pierre à ma fiancée perdue,
l'ange a sa lumière et toute sa bienveillance,
et plus de prière à Toi l'amante éperdue,
il n'est plus d'hier pour te prouver ma vaillance.

Je t'ai rêvée pudique au creux de nudités
dont l'alarme incendiaire éveillait les échos
desquels les concrétions de ma timidité
fournissaient l'argument de germes bien locaux.

Et j'allais erratique à la croisée des boues
où les crues des chemins suturaient l'appelé,
dont les genoux rompus ligamentaient l'embout
des canons des fusils et des feux chapelets.

En ma chair anthracite où la flamme du soufre
a pu cautériser l'angoisse hémorragique,
il me vient à chanter de ces êtres qui souffrent,
les plaintes pétrifiées de leurs masques tragiques.

On en oublie ce que ses prunelles secrètent
à se les arracher dans les gaz exhausteurs,
tandis qu'on déverse ainsi ses larmes secrètes
avec un angelot pour s'en faire un porteur.

Il nous faudrait percer l'écorce à l'infini
de cette Terre absurde, afin d'éradiquer
ces tranchées en Gruyère aux bords indéfinis
que des sangs nourriciers pouvaient seuls indiquer.

Puisque notre destin s'écrit à l'encre rouge
et que nos intestins sont des foyers de guerre,
il n'est vraiment en nous de bon que ce qui bouge,
et de nos positions les projets de naguère.

Il n'est vraiment de bon que nos métamorphoses,
et l'élan ferrailleur des bâtisseurs de paix,
bien que celle-ci soit aux anamorphoses
un argument réel dont l'horreur se repait.

Cœur à fragmentation — je n'avais plus de moi
qu'un ressentiment vague auquel s'accrocheraient
les prothèses de l'Être et les brouillards de l'émoi,
j'avancerais sans tête au gré des crans d'arrêt.

Ma vie n'aurait dès lors plus que le sens inique
en direction duquel une folie mondiale
aurait privé mes sens de tes parfums cliniques
et des soins mitigés de tes mains primordiales.

Ma vie sauvée par l'or de ton aile angélique
et par tous les écrits d'une plume arrachés,
serait encore ici — quoique bien famélique —
afin de témoigner d'un ignoble bûcher.



jeudi 30 juin 2016

Gestation






Tous les humains vivent deux fois
durant le temps de leur séjour,
mais la seconde quelquefois
clopin-clopant ni pour toujours,
non n'éclot pas ni ne se voit
comme un cristal en contrejour,
dont on eut étouffé la voix
et mis l'éclat en abat-jour.

Certains croyaient en s'en privant
tuer dans l'œuf la vie fœtale
ayant pourtant rendu vivant
l'espoir de naître à l'hôpital
des naufragés et survivants
marquant l'hémorragie létale
à l'aide d'un membre écrivant
le moignon des issues fatales.

Car qui qu'on soit en l'ignorant
— flottant dans la vasque amniotique —
il nous faudrait en ligne, au rang
du rêve expliquer l'identique
et l'affreux chant du cormoran
par un paradoxe acoustique
où le phénix intempérant
se couve en cas thérapeutique.

Sur l'illusion de l'existence
incessamment nous embrayons,
dans le mépris des circonstances
où se remuent nos embryons,
baignant déjà dans l'inconstance
et dans de tristes prestations,
nous subissons les résistances
à terminer nos gestations.

L'esprit est ovovivipare,
il s'incube en un vase clos
qui sait bien qu'une eau vive en part
à chaque instant quand s'est éclos
le calice où tout se répare,
où du symbole alors forclos
surgit — là, quand il s'en empare —
dans le réel un autre enclos.

lundi 30 mai 2016

Pangée





Nous ne sommes plus parfois que fracture
éperdument écartelée dans l'air
d'un temps dont on payerait la facture
à s'être à ce point rendus parcellaires
et perdus dans d'infinies conjectures.

Nous trouvons dans des liqueurs psychotropes
un rêve absent de nos amours navrantes
et nous sculptons un démon misanthrope
où l'on se fond la courbure enivrante
ainsi que se tourne un un grand héliotrope.

Un jour, lassés des cultes d'Hypérion,
la peau tannée comme un corps dépecé,
nous questionnons le pourquoi nous errions,
les raisons nous ayant fait dépasser
les bornes d'un sol que nous espérions.

Nous nous lançons alors à la recherche
impromptue d'un territoire égaré,
sans penser que s'y tend comme une perche
un doux leurre aux ronds qu'on veut en carrés,
que sans cesse en ceci c'est SOI qu'on cherche.

On l'appelle atlante ou continent Mü,
mais c'est en fait notre propre Pangée
qu'on croyait morte et pourtant qui remue,
dont éloigné l'on se sent étranger,
mais qui rassemblée se fait notre mue.

dimanche 29 mai 2016

Rochefort en Corps (republication d'un texte de juin 2006)



J'ai trente neuf marches en magasin,
Brillent les petits points d'or
                    Sur le tissus rochefortin,
La ville dort,
                Il est deux heures du matin,
Et le vieux fort,
                    Affable,
                              Et faible,
                                        Est féminin,
Vu de dehors,
                     S'évide entre mes mains...
                            Je rentre au Pélican...
Allongé dans sa gueule,
                             Le hamac m'attend,
Et le Mahabharata,
                         Veule,
                       De mes trente sept ans,
De mes trente six chandelles,
                                           Plus une :
                                           Toi !
                                           Toit...
Rochefort m'enterre sans tes bras,
Rochefort en corps encore en Toi...
J'ai fait vidange intellectuelle,
J'ai des clartés d'hors du tunnel,
Et d'éclater sous le soleil,
Carreau se rit de ces merveilles...
C'est l'été et les remparts fleurissent !
              Les taches de rousseur apparaissent,
Les grillons bruissent,
                                 Et les soucis me laissent,
                               Et tes sourcils n'ont cesse
D'accentuer ces pieux délices
Et d'enrober tes yeux, des lys
                                            Bleus,
                                 Comme ce ciel d'ivresse !
                                 Et tes longs cils en liesse,
Sombres papillons, frémissent
De cette vie nouvelle
en Rochefort la belle.
Je confonds toujours les filles et leurs pierres,
                                C'est parce qu'elles se ressemblent !
Comme Vanessa et Rochefort en Terre,
                               Ces deux amies vont bien ensemble !
Il y a des degrés à franchir,
                                         Comme chez moi,
                                   Comme à Pont-Croix,
Et des méandres qui m'attirent,
                           Dans les ruelles,
                                           En contrebas.
D''autres degrés qui s'amoncellent,
                       Près du lavoir où restent là,
D'autres bateaux en partir,
                         D'autres nacelles,
                                         D'autres et moi,
Et mes poèmes à maudire,
                        Seront pour celle
                                                 Qui saura
Parfois me voir, parfois me dire :
                         "Rouvre tes ailes,
                                          Remplume-toi !"
Un grand oiseau noir,
                                 Loin de sa mer patrie,
Marche au matin comme le soir,
                        Dans Rochefort d'où il écrit,
Quelques mots mis, quelque mémoire,
                            Quelque reptile sans répit,
Quelque serpent, quelque lézard,
                        Sur tous ces schistes alangui.
Les murs se chauffent au soleil,
                            Juin a remis l'habit de fête,
A midi, la ville s'éveille,
                     Quelques touristes me rejettent...

Rochefort m'enterre sans tes bras,
Rochefort en corps encore en Toi !

jeudi 12 mai 2016

Ennuis debout




À mon fils,


J'éprouve une vive rancœur
envers ceux qui délitent
aux lycéens dont les grands cœurs
plient aux propos des prosélytes,
qui les farcissent, les soudoient,
qui les détournent de leurs pistes
comme on fait des enfants-soldats
dans les cellules djihadistes.

Ceux qui dénoncent l'injustice
n'en sont pas pour autant des Justes
et je ne sais qu'un interstice
entre les maux que l'on déguste,
entre le Bien, le Mal et l'Ordre,
entre l'Amour et le Chaos
qui n'ont eu cesse de me mordre
au point de m'avoir mis K-O.

Je veux, mon fils, t'ouvrir un peu
des horizons aux coins bleu-ciel,
où nul étang de sang ne peut
nous rincer de cet essentiel :
la Vie n'est pas un vase clos
ni la Parole un tract ignoble,
en ces coquelicots éclos
réside une œuvre bien plus noble.

dimanche 1 mai 2016

Catacombes




Si j'ai sniffé le bleu d'éther
et le nuage blanc des terres,
en omettant les quelques tares
où d'autres puisent le nectar
infiniment crûment offert
par ces abeilles mellifères
abhorrant toute idée de dards,
aussi tout ordre et tout standard,
en précédant de l'une hiver,
à l'autre ai cédé l'univers...

Petites bêtes qui m'aimiez,
lorsque les drapeaux à damier
s'affaleront comme un linceul
sur le lit froid de mon plein seul,
daignez encore à bien m'épier,
placez vos corps juste à mes pieds,
pleurez vos sels comme on dégueule
et négligez ma sale gueule ;
nous avons tant à nous dédier
que l'Amour est un saladier.

Et dans le ventre de la tombe
où tout un chacun son jour tombe,
il est un soleil anthracite
aux poésies que d'aucuns citent,
un joyau noir comme une bombe
enflée lorsque les torts se bombent,
et la dépouille aux saprophytes
— oui, dans la vie, mort ça profite ! —
argue à tous ceux dont elle incombe :
offrez un os aux catacombes.

mercredi 27 avril 2016

Le Val-André (republication d'un texte du printemps 2007)




L’océan, vous savez ?
La mer, celle qui est
                              de la couleur des yeux,
que l’on regarde inquiet
                          comme en faisant un vœu,
balade du Val-André,
                                 la nuit,
                                           lorsque l’on cause,
promenade des français,
                                    suit,
                                sans effets ni sans clauses,
la route des aiguilles
                              du temps qui passe tel
glisse une vive anguille
                                 entre nos passerelles…
Nous sommes bien dressés
                            à la place des ponts
                                          que nous pourrions bâtir :
l'une à l'autre, blessé,
                      dit ses passées passions
                                                et ses divins empires.
La baie de Saint-Brieuc
                           ressaque dans la nuit,
                       ressasse leurs deux vies,
                                              qu'on ne distingue plus...
Et même à qui-mieux-mieux
                      dans ce qu'ils se sont dit,
pas un parfum d'ennui,
c'est normal, il a plu...
En Egypte, elles étaient sept.
Au Val-André, elles sont neuf.
Neuf plaies à Pléneuf-Val-André,
De tout ce qu'on peut raconter,
Quand on se rend compte en acètes
Que l'on se rencontre à Pléneuf.
Preuve par neuf et croix en X,
Au saint des saints du Val-André,
Du casino où l'on se fixe,
Qu'après il faut aller marcher...
Et quelques rires
                     aux fous comptoirs
                                              de cafés forts,
                                                                collets serrés,
quelques soupirs
                          sur les hasards
                                              à moitié morts
                                                                de nos passés.
'cause it was a stormy monday,
Qui de ceux qu'on s'offre à leur âge,
Quand on sait qu'Avril s'en allait,
Garde les saveurs du partage
Et ces parfums de premier Mai,
L'odeur mouillée d'après l'orage,
Pour peu que Pléneuf vaille en traits
L'esquisse des beaux paysages
Qu'on rêve comme des étés,
Quand la jeunesse a fait naufrage,
Qu'au front de mer du Val-André,
L'avenir n'est plus qu'un otage.


mardi 26 avril 2016

Pieds et mains liés




Que devrait-on écrire à propos des silences
au cœur des partitions qui nous soulèvent l'âme
et tranchent l'Art cochon dont tant d'autres me blâment
alors que je n'en ai que des pieux et six lances ?

Je n'ai pas su bâtir un empire aquatique
aux sirènes dont l'air, quand bien même on s'honore
au fil de l'arrosoir d'avoir perdu son Nord,
dont l'air en mélo' dit le bel amour sceptique.

Et dès lors se défausse une harmonie possible,
un fort piano forte ressasse une sonate
où coule un son comme un cheveu dans une natte.

Je n'ai dressé de Lizst aucune de mes cibles
et négligé ma vie pour relever deux notes,
hormis cet astérisque au péril des menottes.

jeudi 21 avril 2016

De suivre ou d'être




Si je ne suis plus rien, alors mon âme sombre
obscurcit de ton corps les chemins, les méandres
et les trop longs discours des gigantesques ombres,
auxquels je ne concède aucune excuse tendre.

Si je ne suis plus rien rien, alors mon âme sombre
au plus profond de l'océan de tes yeux clairs
et dans l'abysse hurlant dont ta silhouette s'ombre
afin de me confondre au spectre d'un éclair.

Alors, à toi bel astre, occupant de mes cieux
la principale part issue de mes enfers,
on a cédé la place entre mes deux essieux
sur mon automobile, et tu n'as su qu'en faire...

De l'heure — indice en lacérant la moleskine —
il ne t'est revenu que le champ d'asphodèles
où l'or fait du délice une source mesquine,
un jardin merveilleux où tout homme est fou d'elle.

De l'écartèlement d'un cœur ouvert sur toi,
je n'ai de palpitant qu'un désastre isolé,
que les quelques coulées de pierres sur un toit,
que tes larmes cachées d'un sourire immolé.

Je n'ai de palpitant que mes fables étranges
à-propos d'amants morts sur des bûchers solaires
et sur ta belle Terre avec sa peau d'orange
où tu ne t'épanouis qu'en plante parcellaire.



Louve




Abreuvé des menstrues de la Mer éternelle
et du lait frelaté de ta peau duveteuse,
il m'a fallu tester ton instinct maternel
afin de me penser en ta bouche ainsi tueuse.

Amour, oh toi si seule et qui te pense mère
à m'avoir en ton ventre à défaut de honteuses
absolutions livrées à ce problème amer,
écoute enfin le son des poésies vertueuses.

Et soit ma sœur ou ma fleur de pensées
dans l'encre consanguine où ta bouche est laiteuse,
où ton âme écrivaine — ô miroir insensé —
m'est l'écho maladif à tant de voix tortueuses.

Enfin, m'étant livré jusqu'à la carotide,
il m'importe avant tout qu'à toi belle menteuse,
à toi Louve affamée par ma vaine Atlantide,
on concède en corpus une envie défectueuse.

mardi 19 avril 2016

Larmor-plage (re-publication d'un texte du printemps 2007)




On peut se croire à Saint-Brévin
Lorsque l'on traîne à Larmor-plage,
Ce n'était plus petit matin
Mais un réveil en décalage.
J'avais strangulé ma Bretagne
D'un cordon Nord-Sud de voiture :
D'un Saint-Brieuc foin de cocagne
Jusqu'en Lorient, rien n'est moins sûr...
C'est « An orient », si mal nommée,
Que je n'ai pas goûté l'opium
De paradis désespérés,
Qui, j'étais bête en étant homme,
A Larmor-plage et ses rochers,
Quand l'amour nage en factotum,
Mais qu'on le pêche à l'épuisée,
Lui que l'on prêche en symposium...
Le ciel de la couleur des yeux
Et des paroles sans nuages,
Quand tout se mêle à ces flots bleus
Qui sont bien moins que bavardages,
Tout n'est alors que vastitudes,
Elastique à nos temps perdus,
Nos manques de béatitudes,
Ce qui survit quand il a plu...
Mais à Larmor, au gré du Sud,
Sont des cafés bien tapageurs,
Bordant la plage et ses quiétudes,
Sentant bon la retape à joueurs.
Les demis s'y consomment sourds,
Sous l'éclaircie des premiers Mai,
Quand on sait qu'à revoir le jour,
Tour à tour, sommes appelés.
Et nos démarches boitilleuses
Font tant et tant des avancées,
Qu'à toute côte pointilleuse,
Il faut édifier des jetées...
Des jetées à l'eau pour chacun,
Sans ces « je t'aime » pathétiques
Qui croyant nous rendre malins,
Nous ont rendus paralytiques.
Des jetées qui pour s'épauler
Prendront l'amarre à la marée,
Et sans ces doigts griffus, greffés,
Tendront la main à la mariée.
Les petits ports sont ambitieux,
Ouverts qu'ils sont vers le grand large,
Comme brillent tous les beaux yeux
Sous le soleil de Larmor-plage.

jeudi 14 avril 2016

La proximité de la Mer



En hommage à Jorge Luis Borges

On nage entre deux eaux comme en un placenta,
dans l'étreinte alternée du flux et du jusant,
dans l'étroit sablier qu'une femme enceinte a
retourné, m'évitant le siège où va gisant
la statue bienheureuse à ce que sa sainte a.

Mais de la Baie de l'âme à celle de Belem,
il me faudrait pourfendre en ta virginité
le fer inoxidé qui me fit si bel hème
à mon hémoglobine en toute immunité,
en toute intimité le feu que Lebel aime.

Or d'avoir remâché gencives des tranchées,
je garde ton empreinte inscrite sur la plage
et l'ombre de ton pied qu'à peine retranchée
j'ajoute au régiment des fidèles volages
auprès desquelles mon cœur s'est toujours tranché.

Si j'ai tant ramendé les nœuds de tes filets,
me cousant de mots pour que rien n'atteignisse
un seul fil à tes bas que l'on voulait filer,
ce n'était pour qu'enfin le divin Montaigne hisse
une étoile de Mer aimant bien défiler.

Et dans ton beau mirage infiniment marin,
borde de ta poitrine un peu de mes falaises,
épouse aspérités puis courbe sur mes reins
la paume de tes mains absorbant mon malaise
en pompant l'essentiel de ce qui n'est plus rien.

Sur la proximité que l'Océan violente,
au sujet de l'acide et de la corrosion,
nul ne sait le remord maudit que le viol hante
et le sel affligé de tant de corruptions
martyrisant gaîment l'époux de quelques lentes.

J'ai donc écrasé d'un pauvre coup de poing
l'horaire des marées qu'on consulte aux Pléiades,
et tout près de la Mer je ne déteste point
ta beauté bustée mais belle ma naïade,
et ton désir abstrus pour mon bel embonpoint.

mercredi 13 avril 2016

Sainte Victoire




Par Bruno Zunino — Travail personnel, CC BY 2.5, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=1421971



Gardant de la candeur de mon adulescence
un peu d'immaculées concrétions versant Nord
et de mon escalade une suée qui m'honore,
il m'en souvient du roc une magnificence :

Par les chemins, lorsque l'on quitte Vauvenargues,
en randonnant du pas de la jeunesse odieuse,
sans souci si descend des sentes insidieuses
un torrent sec alors que le sommet nous nargue,

il faut se cuire à point sur cette rôtissoire,
il faut donner de soi vers l'ange anthropophage
accueillant en son sein (ce laiteux sarcophage).

Car là-haut, éclate aux lueurs du pré-soir
le grain du prieuré d'une blancheur avide,
et de Sainte Victoire, on penche sur le vide.



Par Matthieu Gauvain — Travail personnel, CC BY-SA 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=21681368

vendredi 8 avril 2016

L'effroi défendu




Marchant dans le couloir des gigantesques ombres,
une artiste éphémère effleurant de ses doigts
la harpe de nos vies dont chaque corde sombre,
a peuplé nos espoirs des désirs qu'on lui doit.

Car ainsi s'effeuillant sur ses toiles — débris
de ma barque éventrée qui vomissant son verbe,
évacue sa beauté pour s'en faire un abris —
la belle adulescente a poussé de brève herbe.

Et son soir exotique emplit l'âme des torches,
amoncelle en ce feu des couleurs impossibles
où se fond la nuance à laquelle on écorche
une expression visible en chacun pris pour cible.

Elle est sur le chemin de ce grand labyrinthe
à l'intérieur duquel mes vers péristaltiques
ondulent en mimant les péchés qui m'éreintent
et la pomme infiltrée de visions cathartiques.

samedi 2 avril 2016

Coup de gueule de la nuit

Les discours lénifiants de L214 ou de cette pneumologue psychorigide qui porte plainte contre l'Education Nationale m'insupportent.
Qui sont ces intégristes moraux, ces Tartuffe d'un nouveau genre — pire encore parce qu'aussi bien convaincu de leur intolérance qu'un djihadiste patenté — qui viennent nous culpabiliser de consommer de la bonne bidoche et nous accuser d'être les responsables d'exactions menées par des malades mentaux dans des abattoirs, qui préfèrent voir des minots exposés aux attentats sur la voie publique à fumer, plutôt que de subir le risque d'une tabagie passive dans une cour d'école ?
Malraux écrivit que "le vingtième siècle serait religieux ou ne le serait pas". Concernant le vingt-et-unième, il n'y a aucun doute : c'est le siècle des dévots et des ayatollahs de tous ordres, le siècle de l'interdit, du jugement de valeur, de l'incrimination fascisante, des prosélytes d'un pseudo-bien-être qui ne ne recouvre que les névroses dont ils cherchent à se défier, à défaut de parvenir à les déféquer.
La culture, les arts et l'histoire de l'Homme sont étroitement liées à son mode nutritif et à l'invention de ses drogues, de ses gentils poisons. La liberté si chère à notre engeance est précisément liée au droit de l'individu de fixer son niveau de consommation de toutes ces choses dont il hérite avec l'éducation que lui confèrent ses aînés.
Je ne jugerai jamais un végétarien de faire ce choix de vie, que ce fût tant pour sa santé que par choix moral ; je ne jugerai jamais un fumeur — bien qu'ayant cessé de m'adonner à cette passion depuis cinq ans — quand bien même j'apprécierais de discuter avec lui de la dimension comportementale de cette addiction ; mais je refuse absolument que quiconque cherche à me dicter "ce qui est bien", cherche à m'imposer de façon totalitaire un mode de vie qu'on déciderait pour moi et à ma place.
Je trouve absolument normal de réagir aux atrocités commises envers des animaux d'élevage, et je suis le premier moi-même à réagir, mais je refuse obstinément que des guignols — auxquels il me scandalise que les média tendent un microphone écholalique — utilisent ce prétexte et pernicieusement diffusent leur dogme infiniment contestable.
D'ailleurs, je suis biologiste de formation, et je trouve à ce titre que l'on oublie bien trop vite qu'une plante, qu'un arbre, qu'un végétal auquel je m'attache aussi facilement en tant que botaniste convaincu, soit lui par contre considéré comme une source de vie négligeable. Qu'on oublie que le tabac est issu de la feuille d'une plante qu'on laisse vivre, à l'instar du haschich, de l'opium, du kat, et que les psilocybes poussent dans les sillons humides et frais de nos belles campagnes.

Je pleure sur la bêtise en train d'envahir le cerveau des rejetons de notre société grasse et bien nourrie, que ce soit de steacks aux hormones ou de graines certifiées "bonne conscience", car à l'heure des attentats qui nous frappent, elle a d'abord perdu de vue la faim. Il est vrai que ceux qui prennent la parole ici, ne sont pas ceux d'une nouvelle misère qui en a retrouvé le sens.

vendredi 1 avril 2016

L'étoile



J'ai digéré l'étoile aux branches dispersées
sur l'horizon détruit de la rose des vents,
mais vomi les remords dont on m'eut transpercé
si je t'avais trahie, toi ma fleur en devant.

Les satins de Noël ont laissé leurs rubans
dans les cheveux de fange où j'ai noué mes accords,
mais je guette les rues où somnolent les bancs
me liant à tes mains comme je lis ton corps.

Et dès lors, j'urbanise en lettres capitales
un nouveau monde abstrus qui d'ailleurs capitule
aux flottements de bouche, à toi digitale,
à toi mue de poison dont je me tarentule.

J'ai digéré l'étoile aux éclats des versets
par des tonnes d'espoir et par des milligrammes
assujettis aux fards des œillets déversés
sur le blanc du papier des noirceurs de Milgram.

mardi 29 mars 2016

Grand Bassam (republication de ce texte de 2006 en l'hommage de cette cité meurtrie)



Cocos coupées à la machette,
Dis, tu m'achètes ? Dis, tu m'achètes ?
C'est pour dix balles CFA...
C'est pour queue dalle à la plaïa...
Il est midi à Grand Bassam,
Lorsque ce petit bout de femme
Sabre les fruits de son pays,
A mes pupilles ébahies...
Il est midi à Grand Bassam,
Le soleil darde de ses flammes,
Le sable des plages privées
Et la sueur des peaux bronzées.
Mais les nuages d'équateur
Viennent charger de leur lourdeur,
La baie fermée sur l'océan,
La presse d'un air oppressant.
On se croirait à angle droit,
Au moins à sa moitié, je crois,
Tant les degrés se superposent
Aux chaleurs dont ils sont les causes.
Je me lève du transat',
Je me lente, aimant avec hâte,
Vers l'eau salée qui, comme un lac,
Semble une soupe à nos hamacs...
La plante de mes pieds me brûle,
A vingt-huit est la grande bulle,
Elle est pourtant rafraîchissante,
Cette eau si pure et transparente...
Il est midi à Grand Bassam,
Et des heures à nos grands dams,
Se passent en baigneurs modèles
Dans l'eau ou les couleurs se mêlent :
Le blanc, le noir et l'océan,
Le rire dilué des enfants,
Il est midi à Grand Bassam,
Ainsi s'humidifient nos âmes !
Les ananas nous sont fragrants,
Et tous leurs jus dégoulinants,
Quand on les grignote en tournant,
A la façon d'un cuisseau lent.
Et le soleil est insolent !
Et le sommeil est un saut lent !
Puisque nul ne peut deviner
Quand dans la sieste il va sombrer.
Les cocotiers se font la malle,
De Grand Bassam, la coloniale,
Pays qui, de trois capitales,
Côte d'ivoire est la vénale !
Reste de celle-ci, fantôme,
Le destin flou d'un carcinome.
Il est midi sur Grand Bassam,
J'en rêve encor après les drames...
Mes vers d'escales s'escaladent,
Comme latitudes malades,
Mais des rémissions télévisées,
En sont l'image imaginée.

dimanche 27 mars 2016

Demain


Demain, le soleil ne se lèvera pas : il restera dans sa coquille d'huître à flétrir de baisers qu'il ne donnera pas. Le jour restera fermé comme une serrure à double tour et comme un disque au ralenti, comme un diamant posé rubis sur l'ongle à l'avatar d'où nos âmes rodent afin de s'en délivrer.
Demain, le soleil ne se lèvera pas : il aura supporté les clous et les blessures des torturés communs, des pauvres qui n'ont jamais voie de Cité, des crucifiés à la fleur du fusil et des crucifères embrassant les bouches des canons.
Demain, l'urne élira ses monuments funéraires, dressera de gigantesques tombeaux à ses morts hasardeux, et sanctifiera dans une grande embrassade, en l'absence de gène un plaisir sulfureux.
Alors, ignorant le fils du père, l'enfant de la mère, on sabrera ces petites têtes sans pagne afin qu'elles n'aient plus d'origine contrôlée.
Hier, j'ai visité le ventre des porcs afin de vérifier qu'ils étaient conformes à toute religion... Ensuite, je me suis occupé des textes sacrés : la Bible, l'Évangile et le Coran. J'aurais préféré comprendre le chinois et ses vieux grands philosophes, mais on ne fait pas du sperme avec du sang.
Demain, le soleil ne se lèvera plus comme avant : des monstres lutteront contre les résurrections, des assassins chercheront à tuer des enfants, et la lumière éblouissante de Pacques éclairera tous les meurtres en devenir.
Le doigt que je fais glisser sur tes rouges lèvres est l'absolu symbole amoureux des combats qui nous attendent, et dont la féminité criarde est la bouée salvatrice en laquelle il m'est donné de me raccrocher.
Demain, le soleil ne se lèvera pas, mais la lune triomphante éclairera le chemin des résistants.

Dany l'heur rouge


Daniel Cohn-Bendit = Danton chien bidel

(Le bidel est le capitaine d'armes, l'autorité sur un bateau.)

Daniel Cohn-Bendit : le nouveau Danton...

samedi 26 mars 2016

Monde et Poésie


Nos mondes personnels sont la conjugaison d'inextricables liens entre de petites choses individuellement insignifiantes, mais dont l'harmonie constitue l'édifice fragile assurant une beauté fulgurante et fugace et précaire. Nos mondes sont comme une poésie : ils se doivent de trouver la bonne résonance, le bon rythme et l'équilibre indispensable à leur donner encore un sens.
Et c'est ainsi, en toute réciprocité, qu'une nouvelle poésie constitue d'elle-même un nouveau monde.

mardi 22 mars 2016

C'était au temps




C'était au temps défunt d'une Europe haletante,
au temps perdu des voix, des éclats de Bruxelles,
et les éclats de bombe ont ce que l'abrupt scelle
en ces éclats de vers servis en dilettante.

C'était au temps du rêve à présent enterré
sous les sombres gravas de ces sourds attentats,
sous les ombres de nuit d'un odieux potentat
se réclamant toujours de faux dieux atterrés.

Répondant à l'appel des douleurs citoyennes
il m'a fallu la pelle à ramasser les maux
et les morts et la peine, afin d'écrire un mot.

Il m'a fallu la lettre à cité si doyenne,
et ce noir capital à saisir ce qu'impriment
en nos front redressés quelques chasseurs de primes.

lundi 21 mars 2016

Défendu




De longs figements de baisers basaltiques
ont creusé dans l'airain de nos corps statufiés
des tourments facétieux et des maux cathartiques
auxquels l'eau de tes yeux porte un flot pacifié.

Je ne sais si l'allant dans cet immobilisme
a cédé son ressort à des mares stagnantes,
ou si l'évocation de notre nombrilisme
aura su la remuer comme une onde feignante ;

mais j'entends clapotant, les pieds des poésies
qui soudent les serments devinés par l'Oracle,
et dont certains voyants dans leur grande Hérésie
se seraient revêtus comme d'un grand miracle.

Les mots ne sont jamais de nos réalités :
ils sont les ouvriers serviables du fantasme
et recouvrent d'un drap de syntaxe allitée
la crise d'égotisme ainsi faite enfant d'asthme.

Et pourtant j'abandonne à l'idée d'effraction
la clé de ton puzzle en kaléidoscope
où ta rousseur détache en d'infimes fractions
ta beauté que s'arrachent deux, trois périscopes.

Je t'ai décapitée, mon en-tête amoureuse,
avec un Sans-souci fleurant la terreur
et la quête abrutie d'une bourgeoise heureuse
alors que j'accumule en ton sein tant d'erreurs.

J'ai refait tant de fois ton portrait mon ultime
et rempaillé la chaise où ton cul se posa,
que je ne puis dès lors me poser qu'en victime
en mots, art suicidaire, et que là crime osa !

Mais quarante-sept ans sont bien trente de plus
que l'âge du rêve à ce point abimé
que d'amours innocentes je ne rêve plus
sans flétrir à l'instant de relations mimées.

Le rasoir de la vie m'avait gravé la ligne
en ma main d'éconduit, le chemin défendu
qu'on visite pourtant, la vibration maligne
où les sexes se trouvent à deux des fendus.

vendredi 18 mars 2016

Brazil




Des oiseaux — glas d'odeur — parfument les journaux
comme du papier-cul ; le reste de leurs plumes
engraisse le pilon des papiers au fourneau,
mais je garde du Rouge un marteau sous l'enclume.

Et je garde prétoire à la folie commune,
à la Folie-Neubourg où l'amour se consume,
au mur des fédérés de la pauvre Commune,
ou, regardant mes doigts, à ce qu'un quinconce hume.

J'en viens donc à chercher des loyers, qui bailla
Salvador Allende dans le pays tout contre,
aux camionneurs soumis à la sombre NSA,
j'en viens donc à l'ultime, à notre ombre rencontre.

Si le pays titube en passant l'arme à droite,
et que de bleues scories virent du jaune au vert,
faute n'est qu'à la gauche aux envies maladroites
en vain de s'éviter ses odieux découverts.

Mais l'accent circonflexe est sur tous les fossiles,
et l'horrible indécence, elle, empire un peu plus,
dans un méandre aqueux d'une humeur indocile,
il me faut retrouver ce qui chez moi vous plut.

Peu m'importe qu'il vente ou qu'il saigne ou qu'il pleuve,
étouffé d'un tropique où où j'enseigne ma Zone,
oui, je contesterai les pets d'un roman-fleuve
abusant du courant de ma fibre amazone.

J'ai voulu pour écrire éviter les récifs
de mon verbe natal que d'autres tarzanisent,
oubliant de l'article un rôle en leurs poncifs,
ce sont eux les abstrus qui pourtant galvanisent.

Ce sont eux les verbeux de petite vertu
qui promulguent les lois que d'emblée je contourne
à l'aide de la rime en laquelle un vers tue,
comme au brio de Jeanne, héros de ce qu'on tourne.

J'ai fait de mon Poème une cage dorée,
ses barreaux éclatants sont ma jungle — un asile —
et le fourmillement de sa flore adorée,
plainte carnivore, est un cri menu : Brazil !

mardi 15 mars 2016

L'angoisse




Si dire en quelques mots ce serpent constricteur
était dans les moyens de mes hauts et mes bas,
je dirais du Poème où dès lors je m'ébats,
que c'est l'acte essentiel où s'étouffe cette heure.

Et la ligne serpente au creux de nos deux mains,
comme un ruisseau de sang vers l'embouchure vaine
attendant l'oppressant fleuve de la déveine
au rendez-vous de l'air de dealers lendemains.

Puis, venant, s'enroulant de nos reins à la gorge,
elle enserre en ses ronds sirupeux de spirale
afin de nous extraire un odieux dernier râle.

L'angoisse est le métal dont l'enfer est la forge
et dont l'acier trempé dans l'aigreur de l'alcool
est le collet monté des passions qui nous collent.