Sur tous les continents
la condition humaine imagine un peu les
mêmes recettes
en général les amants s'aiment
et se racontent
à l'entour leurs envies
— les désirs sont du domaine privé —
puis se rêvent un peu
faussement dans une idylle fantasmée
touchante de naïveté
car leur vérité n'alimente au final
en les filmant
qu’un drame de Prévert et tourné par Carné.
Rares sont ceux
qui se souviennent
du "Jour se lève"
et fricotent outrageusement
frénétiquement
dans l'anxiété d'une guillotine indexée
directement aux liens qu'elle doit couper
furent-ils physiques
amoureux ou cérébro-spinaux.
La relation entre les êtres humains
d'où qu'ils soient
c’est donc une moelle intense
et complexe unissant
leur pensée lourde à leurs mouvements de pensée
leurs sentiments lourds à leurs actes
sans que jamais
cette continuité
ne se garantisse implicitement
tant elle est sensible et fragile.
Gabin
Gabin qui est Prévert en beau
qui allume ses clopes pareil
— la suivante avec le mégot d'la précédente —
et gouaille un parigot d'la même eau
c'est un peu nous tout ça, non ?
C'est ce qui fait l'immortalité de ce film
puisque nous l'portons encore avec nos vies d'chiens.
Le drogué
c'est celui qui s'offre une aide
afin d'affronter le chemin
de croix
viscéral au long duquel un
autre se serait suicidé.
La mer est comme un écran sur lequel
les poètes projettent
(et vainement) le film de leur vie rêvée.
Plus prosaïquement
j'en connais peu
qui s'y soient véritablement affrontés
— pas même Hugo, faiseur de vents entre les lignes —
et les si longues métaphores
comptent à mes yeux
bien moins qu'un sémaphore.
Il arrive un jour où
puisant en soi
comme en une terre aride et chaude
on perce enfin la nappe et frénétique
issue d’une existence véritable
et non des projections
qu'on s'est fait de soi
sur un écran factice
auquel il n'est nul audacieux spectateur
sinon son propre ego.

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire