vendredi 13 mars 2026

L'écran de l'ego



Sur tous les continents

la condition humaine imagine un peu les

mêmes recettes

en général les amants s'aiment

et se racontent

à l'entour leurs envies

— les désirs sont du domaine privé —

puis se rêvent un peu

faussement dans une idylle fantasmée

touchante de naïveté

car leur vérité n'alimente au final

en les filmant

qu’un drame de Prévert et tourné par Carné.


Rares sont ceux

qui se souviennent

du "Jour se lève"

et fricotent outrageusement

frénétiquement

dans l'anxiété d'une guillotine indexée

directement aux liens qu'elle doit couper

furent-ils physiques

amoureux ou cérébro-spinaux.


La relation entre les êtres humains

d'où qu'ils soient

c’est donc une moelle intense

et complexe unissant

leur pensée lourde à leurs mouvements de pensée

leurs sentiments lourds à leurs actes

sans que jamais

cette continuité

ne se garantisse implicitement

tant elle est sensible et fragile.


Gabin

Gabin qui est Prévert en beau

qui allume ses clopes pareil

— la suivante avec le mégot d'la précédente —

et gouaille un parigot d'la même eau

c'est un peu nous tout ça, non ?

C'est ce qui fait l'immortalité de ce film

puisque nous l'portons encore avec nos vies d'chiens.


Le drogué

c'est celui qui s'offre une aide

afin d'affronter le chemin

de croix

viscéral au long duquel un

autre se serait suicidé.


La mer est comme un écran sur lequel

les poètes projettent

(et vainement) le film de leur vie rêvée.


Plus prosaïquement

j'en connais peu

qui s'y soient véritablement affrontés

— pas même Hugo, faiseur de vents entre les lignes —

et les si longues métaphores

comptent à mes yeux

bien moins qu'un sémaphore.


Il arrive un jour où

puisant en soi

comme en une terre aride et chaude

on perce enfin la nappe et frénétique

issue d’une existence véritable

et non des projections

qu'on s'est fait de soi

sur un écran factice

auquel il n'est nul audacieux spectateur

sinon son propre ego.

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