samedi 28 août 2021

Mahler au vaincu



Souvent je me demande : est-elle aussi sensuelle

la caresse des vers après celle des mains ?

Le frottis de l'archet sur la corde essentielle ?


En écrivant du vent dans de beaux lieux communs

je commets mon parjure aux partitions du ciel

au piano c'est promis j'y reviens dès demain


Ce n'était qu'un petit puits d'espoir où l'on sombre

où Malher exprimait justement mon angoisse

et ton regard a pris ce reflet d'un bleu d'ombre

où le lac en tes yeux m'absorbait quoi qu'on fasse


Inondé de musique et revendant la mèche

un musicien le sait : la beauté du silence

est toute en la brisure avec un bruit revêche

est toute en nos passions que l'on met en balance 

lundi 16 août 2021

La pluie



La pluie raconte aussi qu'après nous le cercueil

en déluge amnistie les témoins d'un dépôt

si mon pote est l'Ankou sa charrette est l'accueil


En chargeant de fumier la charrette des mots

sans laisser reposer son cheval et l'orgueil

on s'y noie sans repas sans répit ni repos


Le naufrage est perclus de marasmes qui pincent

aimer c'est s'oublier dans le vaste complot

des portes qui claquent et des sentiments qui grincent

en gardant sans arrêt l'œil qui colle au hublot


La pluie n'est qu'éphémère et le message étrange

où sont les barbelés de l'amour écorché ?

J'emprunte un peu de peau qui passait à l'orange

afin de rapiécer ce corps endimanché

vendredi 13 août 2021

Rend cœur



Si vague est le terrain quand le cœur reste à quai

le divorce est en somme assez mal important

dans ses vastes dégâts limités aux acquêts


Je ne peux répéter que ce que l'air du temps

me susurre à l'oreille en grinçant du parquet

que nos juridictions broient de noir en partant


Pourquoi l'Amour est-il une obsession vitale ?

on s'y trouve aussi seul et parfois démuni

lorsque l'autre enflure à coups de lapins détale

on s'y trouve aussi soi tombé juste du nid


Le point que l'on écrase au bout de chaque ligne

emporte et la colère et le visage infâme

où l'on se reconnaît dans les atours indignes

et dans les oripeaux que nous laisse une femme

dimanche 8 août 2021

Eurydice



Si c'est toi qu'on drague ou qu'on pêche ou qu'on laboure

alors tu sais sans doute à quel point dans les faits

c'est la façon d'aimer qui compte et pas l'amour


Il faudrait s'en remettre au hasard en effet

pour trouver du bon sens en ce compte à rebours

où les liens dissolus sont des lacets défaits


Je vois du logis neutre un avatar urbain

doutant du détour et des truies l'empruntant

cochon qui s'en dédit se vautrant dans ton bain

chantonne à ton oreille un nouvel air du temps


Je suis ton oiseau-lyre en enfer accouru

demande à cet orvet qui couchant sous ton toit

serpente en racontant ta beauté dans ces rues

que fréquentent mes mots quand ils parlent de toi


https://soundcloud.com/annaondu/eurydice

mercredi 4 août 2021

Cloche-pied



Le futur est parfois dans une image ancienne

et la flamme au détour improbable et sournois

des vents tourbillonnants quand claquent les persiennes


On s'imagine heureux du seul fait d'un minois

mais quand vient le reflux de la vague étant sienne

on se rend vraiment compte à la fin qu'on s'y noie


Le moindre feu s'éteint sans sa flamme attisée

mais la braise atrophiée ronge ainsi qu'un cancer

et le moignon du couple alors expertisé

conduit à la morgue en jouant les faussaires


Aurait-on plusieurs vies pour enfin se refaire ?

il faut beaucoup d'amour pour ne plus le chercher

mais ce n'est pas pourtant l'impression que confèrent

un tas de petits pas qui souvent ont cloché

samedi 31 juillet 2021

Ta beauté



J'ai trouvé ta beauté sur un coin de trottoir

en voyant couler l'eau le long du caniveau

mon écriture à toi n'est qu'un pauvre exutoire


Et voyant le Rimmel à tes cils en défaut

délayer la clarté voilée de ton regard

en un instant je suis devenu ton dévot


Quand le soir advenu sans bas tu te dévêts

sans fard et sans Bossa Nova venue du haut

je m'agrippe aux parois te servant de chevet

glissant sans cesse afin de finir en duo


Sur la glace où le temps patine à coups d'années

ton reflet m'apparaît je me veux ton gémeau

dans ton paradis nu je voudrais me damner

j'ai pensé ta beauté dans le rythme des mots

vendredi 30 juillet 2021

Essor



L'horizon se découvre en son dépassement

(ce feu je sais le mettre aux poudres d'escampette)

et l'astre au cou coupé dans nos déplacements


Je ne veux ni tubas ni tambours ni trompettes

afin de réclamer le grand remplacement

de la publicité par la voix des poètes


Écoutez les slogans dont ils ont accouché

— le sens issu du son susurre en cédant —

les blés sont harassés les récoltes couchées

par leur émergence et par leur rythme obsédants


Dispersée dans le vent l'écriture est semence

et cette mauvaise herbe est un beau coup du sort

elle explique en poussant l'humus où tout commence

au départ est le Verbe et le vers son essor

Animal



Distant du châtiment que le sort me réserve

en vain fantôme un train d'engrenage évanoui

fait place au sentiment dont rien ne me préserve


Enfin dans l'encrier se déverse la nuit

je voudrais martyriser les mots qui me servent

et les livrer d'un geste à ta langue épanouie


Je cherche évidemment ce début de brisure

un baiser sous la douche et sa pluie pour s'aimer

l'amour est fait d'attente et de stupeur obscure

et sa lumière étrange en est bien parsemée


Le fruit de la passion naît de la fleur du mal

et quand même envahi par ce bleu d'outremer

à genou j'userais de ton règne animal

il me faudrait rêver plus fort et moins amer

mercredi 28 juillet 2021

Désintégration



Seul un sourire en moi tel un bel arc-en-ciel

éclaire à la façon d'explosions de fusées

feu mon art absolu d'aller à l'essentiel


Exister dans la vie c'est parfois refuser

ce qu'un rêve a placé comme embûche au réel

et parfois lentement se laisser infuser


Détruit j'ai fait des trous dans mon emploi du temps

mitraillant l'horoscope à la quête d'un signe

où le rebond de l'âme à l'infini s'entend

la nuit tombe abattue comme en première ligne


Être seul est terrible et pourtant libertaire

être seul est subi mais vécu sans contrainte

être seul en revanche attendant de se taire

est la consolation de l'absence d'étreinte

mardi 27 juillet 2021

La Béatrice et Dante



Songeant que mon théâtre est la Seine à Paris

(le silence est un bruit qui s'entend en-dedans)

je déambule au gré de clichés équarris


Le touriste italien flashe en plus ou moins grand

ma Béatrice et Dante et là-bas quelqu'un rit

tel un masque on déploie la nuit sur un écran


La Femme est un mystère éternel et magique

un côté de miroir inaccessible au moins

touchant le fond de tain qu'on maquille allergique

à tout ce qui marri m'a laissé sans témoins


Je n'ai plus de baisers que ceux des croisements

sur les quais près de l'île et que les bouquinistes

en mettant à la page un tas de vieux amants

n'ont pu ranger qu'en un destin déterministe 

lundi 26 juillet 2021

Jazz poétique



Je plonge en ton image ainsi quand je m'endors

il y a ton regard en moi dont je me damne

et la nuit qui m'enferme est vraiment sans remords


Avant qu'il ne pleuve et que ta beauté ne fane

il faut rêver pour conjurer le mauvais sort

or je n'étais qu'un gueux léchant ta main diaphane


En va-nu-pieds damné j'ai rompu l'harmonie

marcher écrire et jouer ont en commun le rythme

et persiflant je n'ai pas peur des calomnies

t'aimer à ma façon c'est rater une rime


Escamoter le verbe où des tristes barreaux

transforment en prison l'échelle heptatonique

écrire à ta pensée du vers être un bourreau

la dissonance en mots c'est le Jazz poétique

samedi 24 juillet 2021

Flore



J'ai rêvé trop souvent la beauté dont on meurt

en liane carnivore on est soudain ravi

que sa constriction broie toute autre saveur


Écrire est un pari qu'on se fait sur la vie

qu'on soit loin de Paris qu'on soit juste en son cœur

on se bat la chamade et les vers en dévient


J'ai posé sa splendeur au creux de ma mémoire

elle était en portrait sur une toile ancienne

et son sourire éclate et c'est mon assommoir

il n'y a pas de flamme identique à la sienne


Et son ombre est tout entière au fond de mes mots

de leur capacité d'émouvoir et d'éclore

on écrit comme on aime et même au fil de l'eau

de la faune et de l'air et parfois de la flore

vendredi 23 juillet 2021

Les terres rares



J'ai bien rempli les blancs du vide existentiel

et bien broyé du noir au clavier de la vie

quand j'ai payé le prix des tristesses du ciel


Hors emploi c'est en pluie, que la foi s'est enfuie

ton regard est mon sens et ton âme essentielle

embrasse-moi regonfle aussi bien ce qui fuit


Puisqu'on finit toujours en se décomposant

pourquoi saler la note à chaque partition ?

La clef se perd hors-sol et loin des plantations

loin des ordinateurs et loin des composants


Je pars à la recherche ainsi des terres rares

où nous pourrions rêver sans trêve et sans limites

en doutant toutefois que ce ne soit par Art

et que ce beau pays doré ne soit qu'un mythe

dimanche 18 juillet 2021

Misanthrope



La nuit s'étend coulant telle une tâche d'encre

il n'y a pas d'idée géniale à moins d'absence

et la mienne est entière attachée comme une ancre


On dérive à vue d'œil et dans le non-sens

au lieu d'un bon élève il ne reste qu'un cancre

et son papier qui brûle est sans incandescence


Il faut dégénérer dans le tout petit feu

de solitude infâme où je m'enferme ainsi

ménageant le bûcher qui m'ouvre à l'aveu

de mon incertitude au cœur de mon récit


Je me suis relevé de béquille en poème

et la vie je la dois à l'imagination

l'amour est un enfant de pute et de Bohème

et ce bordel ambiant n'a jamais fait nation

jeudi 15 juillet 2021

Bagnarde


L'appétit d'océans conduit aux mers intimes

à cette découverte on s'arrête et nerveux

le centre est occupé par une faille infime


Il faut parfois laisser mourir en son linceul

l'amour et sa brindille où brille autant le feu

que son étouffement sans oxygène et seul


Le jour est en manteau dans un été de pluie

la nuit comme écritoire est planche de salut

mais tant tu l'adorais ne pense plus à lui

qui t'a bien trop flattée mais beaucoup trop peu lue


Toute heure est à l'oubli — c'est la question du Temps

qui fuit — mais tu n'es plus la jeune écervelée

qui s'accroche à l'inéluctable et souviens-t-en :

l'attachement est lien, le lien fait le boulet


https://soundcloud.com/annaondu/bagnarde

dimanche 11 juillet 2021

Point sonnet



Fabriquer l'avenir est un jeu de moyens

puisque on le cultive en ignorant ses poisons

vraiment pas de plaisir et de mérite encor moins


Quant aux dieux végétant que l'on prie sans raison

cultivant le mariage on est d'eux sans témoins

l'amour est un légume absent des oraisons


Quand il s'agit de pleurs à produire en ruisseau

j'ai tendance à laisser la pluie faire à ma place

et laisser l'alarme inutile aux pré-puceaux

dont les mots sont des shows qui me laissent de glace


Elle est là qui me lit dans son lit bien au chaud

mes vers à son regard ont l'ardeur attelée

sa passion me bat froid tout au moins peu me chaut

le poinçon du désir est bien trop martelé

samedi 10 juillet 2021

Perlimpinpin



Imaginer l'instant c'est rêver pour les autres

et disperser l'espoir en jetant poudre aux yeux

tout fascine aisément jusqu'à temps qu'on se vautre


Un petit peu de pluie put aplatir un pieu

dressé face au destin qu'on ne voulait pas nôtre

et le château de l'âme est souvent bien trop vieux


Je n'ai rêvé que de baleine à part la pluie

je suis comme un crapaud désireux d'un baiser

la violence attirante est un piège infini

mais la princesse est morte et le conte défait


L'amour est comme un puits : on s'y mire on y tombe

impossible après ça mains nues d'en remonter

l'amour en fin de compte est bien comme une tombe

enterrant l'illusion de notre identité

vendredi 9 juillet 2021

L'enclume



Satanées sept années que je vis en ermite

en croquant de l'oyat sur le sable des dunes

et que mes vêtements sont bouffés par les mites


On pense à ses enfants dont le manque de thunes

irrite aussi pourvu qu'aucun d'eux ne m'imite

on songe aux ratés d'une vie mal opportune


On rêve aux trahisons que l'on a pu subir

et que la mort dans l'âme on s'est du d'accepter

le bonheur est faible et le malheur a ses sbires

on agit dans le vent sans vraiment tout capter


Le véritable amour est bien désespéré

l'encre y est de goudron quand s'y laisse la plume

et la moindre souffrance est un souffle apeuré

traînant ce lourd boulet comme on traîne une enclume

samedi 3 juillet 2021

Mémoire affligée

Ma mémoire affligée pourrit dans le cercueil

apprêté de mes mots face à son absence

et leur vague idée n'est plus que leur écueil 


Or, quand de ce qu'on dit se perd un peu le sens

interdits, nous restons comme un fruit que l'on cueille

en pensant de nos plaies la honte et l'indécence


Alors, à se complaire un peu dans son malheur

écrit-on mieux ? Comprend-on mieux les déchirures ?

On comprend que l'Amour en vérité n'est qu'un leurre

et que le Poème est seul à soigner sa rature


Elle est née dans sa rose il est né dans son chou

la théorie du genre est-elle en botanique

un souvenir odieux qui nous a mis en joue

doit-on de fait souffrir ou s'ouvrir à l'unique ?

mercredi 16 juin 2021

Fils d'écrits barbelés

 

 À la mémoire de Vladimir Vyssotski


Écrire est composer sur le clavier des lettres

un son compréhensible aux vibrations de l'âme

un concerto de mots dans l'émotion de l'être


Être seul est un poids qui n'a pas de senteur

et qui n'a pas l'odeur adorée du calame

où l'encre à la façon du sang provient du cœur


Emprisonné pour sa parole une habitude

on le répétait bien comme une écholalie

le prix de la liberté c'est la solitude

et celui du génie c'est la mélancolie


La vie n'est qu'un simulacre en-dedans c'est gris

quand on nous arrête et qu'on nous met les menottes

et qui s'écrie n'est pas souvent ce qui s'écrit

ce qui retombe en pluie n'est qu'un reste de notes


https://soundcloud.com/annaondu/fils-decrits-barbeles

mardi 15 juin 2021

Premier baiser



Nulle excuse aux excès la vie coule en vin rouge

et j'ai le souvenir aromatique et doux

du premier goût d'un baiser cueilli sur sa bouche


Un froid bien peu sévère un fruit pourtant si vert

et sa langue en tournant qui m'agite et qui bouge

un peu de sa salive et le pré pour civière


J'ai oublié de quel arbre — était-ce un noyer ?

La vie n'est qu'un simulacre et l'amour aussi —

nous couchions dans son ombre en s'y trouvant noyés

la nuit nourrit nos rêves et les étouffe ainsi


Le reste est qui s'affame en femme à succomber

l'Irlande et sa famine ont un passé sans fin

dans un puits de savoir on voudrait bien tomber

le destin s'imagine et se maîtrise en vain

samedi 12 juin 2021

Premier amour


Elle était plus qu'une autre un objet de poème

Elle était apparue bien avant l'écriture

et son prétexte littéraire était « je t'aime »


On oublie trop souvent la leçon des lectures

aimer en écrivant fait jouir en relisant

le passé repassé n'est jamais médisant


Si je ploie dans l'effort c'est que j'emploie mes faibles

et ma force en retour au secours des labours

au second temps de l'âge où n'est plus corps d'éphèbe

hors entretien tout s’abîme y compris l'amour


Un fragment de passion donne un relief aux vies

dans mon tourment manège en priant aussi Dieu

la nuit n'est qu'un amas d'amours inassouvies

qui se vide en mentant sur les jours des adieux

dimanche 30 mai 2021

Serpe hier


Lorsque le pollen à foison

tisse un vêtement de printemps

je m'enrhume aux foins poisons

m'enivrant des amours d'antan


Nous hésitions sur un prénom

la vie s’ajoutait à l'enfer

hérité des années sans nom

ce dont nous n'avions su que faire


Oui, l'Amour est bien moins que l'Art

on change aisément sa compagne

en relations les canulars

ont l’air de partir en campagne


Attention : chut de cœurs de pierre !

Et dans ce silence absolu

j’ai dépassé la serpillière 

à pomper les mots révolus


Ce récit se compose hors sol

et se décompose en fadaises

en ces mélodies de sous-sol

où l’espoir est une foutaise

dimanche 23 mai 2021

Bout du monde


Il pleut sans cesse en fait sur ma mémoire enfouie

comme en Bretagne il pleut sur les terres fertiles

et ma désespérance enfle avorte et s'enfuie


J'ai vu le bleu du ciel en des regards absents

qui m'avaient fait rêver d'un présent moins futile

en vérité l'éther est un poison berçant


Le Finistère était devenu ma nation

dans mon tourment manège en priant aussi Dieu

l'amour du patrimoine est une incarnation

paraître ainsi fragile est l'indice insidieux


Les eaux sont mon squelette agité par à-coups

mais sa fracture ancienne est un lien désoudé

tout s'effondre et les murs en bouillie n'ont de goût

que celui de ma peine et des amours blessées

samedi 8 mai 2021

Birdland


Pourquoi aimer le Jazz ? Parc'que c'est un coup d'foudre
et sur sa hanche en flamme un baiser de Coltrane
allume une passion que rien ne peut résoudre

Amour es-tu si sourd qu'on en devient muet ?
Je suis le fruit pendu dont la chute est poème
et bien souvent je préfère un jerk au menuet

L'air de Jazz en courant dans les rues de Paris
m'accompagnait en seul instrument de mesure
il invoquait ce qui nous convoque en parties
ce qui fait de mes mots la parfaite imposture

Or quand tombe la pluie les notes s'enregistrent
et bleues comme une ardoise on fait le compte exact
au bon tempo du sax' agissant en registre
on joue les beaux garçons mais on manque de tact