samedi 16 décembre 2023

L'esquif

 


L'Amour et le Poème en étant aussi liés

n'ont pas su raconter nos vies papillonnant

n'ont pas vu le problème et l'espace oublié


Qui se trouve à l’orée d’un regard étonnant

d’un lever de paupière en tes beaux yeux ciliés

tel un ciel éclairé de feux tourbillonnants


L’esquive est attendue mais est irrémédiable

il faut se débattre afin d'inventer toujours

en t'embrassant je signe un pacte avec le diable

en t’embarrassant non je m’ouvre un nouveau jour


En découvrant soudain le satin d’un corps nu

nous roucoulons à pic unique condition

quand s'endormir est un grand saut dans l'inconnu

notre attirance est un esquif en perdition

vendredi 15 décembre 2023

L’instant d’hésitation




Puisque l'Amour est un instant d'hésitation

le fruit de nos pensées se courbe vers la terre

arrosant d’un regard un plan de citations


Dans ce grand plat de danse et de vers grabataires

on patauge on s’y perd au gré de ses stations

la dépêche à la ligne à ce point délétère


On entend le clairon dans d’insensées batailles

au paradis de Bosch en son enfer aussi

tous les bruits de la nuit sont des épouvantails

et ceux de ses parents sont une prophétie


L’instant d’hésitation nous vient de ce lointain

chaque amour est un choix chaque abandon sa suite

il est si transparent (comme un miroir sans tain)

qu’on peut s’y lire en l’autre et tout le reste ensuite

mardi 12 décembre 2023

Cache-amarres




Je zieute une écrivaine ou deux observe-les

de loin battant des « L » et des « M » et du « Q »

de cette impression qui nous colle au cervelet


De ce spectacle inouï qui vaut d’avoir vécu

du beau tableau de nous pourtant que je veux laid

mais qui finalement nous trouve enfin vaincus


Le coup de foudre en Art est pareil à l’Amour

il est dans le désastre annoncé l’art de vivre

et crûment la façon dépecée du labour

écrire est aujourd'hui ma façon de survivre


Un rêve irréalisé n'est qu'un cauchemar

en créant nous songeons notre esprit déchaîné

chaque aussière ainsi larguée cache amarre

oubliée qui retient notre cœur enchaîné

samedi 9 décembre 2023

Clair-obscur

 


Le désir intense est un passage à tabac

quand on s’y confie trop ce sont des coups de points

des phrases arrêtées dans des eaux et débats


Ce sont ma couleuvre et ma vipère au poing

les serpents de ma vie ratée que je combats

ce clair-obscur étrange et dont je fais l’appoint


J'ai vécu trop de temps pour en garder l'odeur

et ma chair a pourri loin de la sainteté

la vieillesse est honnie qui porte la laideur

à plus de cinquante ans c’est mon honnêteté


Notre attirance est une passion passagère

ayant l’aspect bourru d’un livre envahissant

pourtant quand on y pense en forme d’étagère

aimer c'est produire un soleil éblouissant

vendredi 8 décembre 2023

Entre chats chiens et loups




« Il est plus facile à un chameau de passer par le chas d’une aiguille qu’à un riche d’entrer dans le royaume de Dieu. » — (La Bible, « Évangile selon Matthieu »)


I -

En quelque pas de danse et quelques entrechats
j’ai vu la décadence où sombre un état
de GUERRE
oublieux de ses populations parfois
de sa jeunesse et de sa vitalité
de ses pauvres animaux de compagnie
de ces victimes innocentes de la GUERRE
et son signe premier
des cadavres de vaches
au beau milieu des champs
les loups sont lâchés.


II -

J’ai vu cette indécence où sombrent les éclats
d’OBUS
les corps violés des femmes
les corps déchiquetés des hommes
et des chevaux
des animaux
des animaux de compagnie perdus sans leurs maîtres
aux corps violés et déchiquetés
des animaux estropiés comme autant de « gueules cassées »
mais passant au second plan
comme ces millions d’équidés
— je les ai quittés —
sacrifiés par la « grande » GUERRE
et par la folie des hommes.


III -

Dans les ruines
errent les petits chiens les petits chats
sans boussole et sans logis
que ce soit en Ukraine
en Syrie
sur la Bande de Gaza
quoique ils urinent
ils n’ont plus de territoire
et leur errance est le signe évident
de notre déshérence
et du mépris de l’humain pour ces espèces amies
du mépris de nous singes absolument sanguinaires
œuvrant à notre destruction mutuelle
œuvrant à l’extermination
parachevant les génocides
espèce abominable et géniale à la fois
(je songe à De Vinci).


IV -

Ce petit chat borgne me regarde
d’un œil interrogateur
et ce chien sur ses trois pattes
essaie désespérément de me suivre
en claudiquant courageusement
des canaris sont morts
au zoo
Madame rhinocéros est éventrée
Monsieur l’éléphant gémit
les gazelles affolées ont franchi le parapet
le Roi lion n’est plus qu’une bouillie de chairs
le tigre a peur et se terre
une girafe a le coup brisé
son girafon la lèche
un hippopotame est en train de flotter le ventre à l’air
et l’air est chargé de soufre
et de souffrances aussi.


V -

Nous nous entourons de nos petits amis
mais nous les abandonnons quand il en va de notre vie
c’est normal
et pourtant
ceux-là n’ont rien demandé
rien provoqué
parfois même on les dresse afin de déposer des mines
(en mer un dauphin, le chien sur terre)
et des pigeons voyageurs
ont même des décorations d’honneur
alors si loin de ces scènes d’horreur
on mêle à nos chaos ces enfants de la Nature
ainsi que nos propres enfants
cette innocence est la victime inouïe
de tant de barbarie.


VI -

Nous égorgeons le cochon
nous tondons nos moutons en bouffant leurs petits agneaux
(délicieux quand ils sont élevés sur les prés-salés de Normandie
près du Mont-Saint-Michel)
on élève en batterie les poulets
les bœufs sont électrocutés
le monde est devenu le produit de nos folies
qui résultent du profit
la GUERRE enfin
détruit l’ultime lien que nous avons scellé
dans le monde animal
en dispersant nos pauvres compagnons
dans la ville ou la campagne.


Épilogue -

Humain qui que tu sois
Repense à la détresse
à l’ami que tu laisses
à lui que tu déçois

jeudi 7 décembre 2023

Les enfants des combats

 


Les enfants des combats n'ont décidé de rien

ce sont des pantins qui n'ont dit ni oui ni non

dont le sort est au cul de ce raid aérien


Les enfants des combats sont la chair à canons

ce sont les numéros de chaque galérien

d’un matricule affreux qui ne sait plus son nom


Les enfants des combats ce sont les sacrifiés

l'envahisseur est fourbe utilisant les corps

et chaque enfant ne sachant plus à qui se fier

tue son vilain prochain qui lui ressemble encore


À chaque mère un enfant mort et la douleur

à chaque monument sa liste de prénoms

qu’importe la nation qu’importe la couleur

un enfant du combat s’est éteint avant l’heure


mardi 5 décembre 2023

Rêver

 


Dormir est la façon de quitter le présent

rêver c'est s'échapper à notre pesanteur

et songer aux années passées en se taisant


C’est aussi s’émouvoir écrire avec lenteur

imaginer de se mouvoir en malfaisant

serpenter de bonheur en outre en bon menteur


Il y a dans ce cas la grande altercation

du réel et de l’imaginaire en nos nuits

le sommeil est une longue interrogation

nous nous entendons bien dans nos cacophonies


Le temps est élastique et la mémoire aussi

le besoin de dormir est l'envie de rêver

le présent dépassé n’est plus qu’un pain rassis

mais mon désir entier n’est pas prêt de crever

samedi 2 décembre 2023

Tranchées

 Pardonnez-moi d'écrire au milieu de la nuit

je vous dis ta beauté qui te fit mon ressort

et le double langage éloigné de l’ennui


Ton regard a creusé la tranchée de mon sort

englué dans ma boue jusque autour de minuit

l'infini c'est l'idée que l'on a de la mort


En voulant t’imiter je n’étais plus qu’un cancre

un nullard engoncé dans de très beaux apprêts

chaque bouée relâchée s'écoule comme une encre

et l'Amour un doux leurre et nous courrons après


L'espace entre nous deux c'est l'oubli d'un baiser

j’ai tranché ces tranchées de ce qui nous déçoit

ce temps perdu qui nous a tant amusé

créer c'est se détruire en petits bouts de soi

mardi 28 novembre 2023

Dérive

 



Chaque instant de l'errance est un pas vers soi-même

et chaque amour est comme un bateau qui dérive

allant tant de l’avant que personne ne l’aime


Il fallait s’orienter rejoindre une autre rive

il fallait la porter comme on porte un emblème

et s’emporter pour elle afin que rien n’arrive


Il pleut dans ma carcasse et l'encre se dilue

la clarté d'un regard est l'éclaircie d'une âme

on la dit si fugace elle enfin se dit lue

dans ses nombreux reflets lus sur le macadam


En parlant du silence on le gâche un instant

je suis amoureux d'un idéal inconnu

je suis amoureux d’un grand amour inconstant

d’un silence absolu lorsque je la vois nue

mardi 21 novembre 2023

Château de cartes

 



Les yeux bleus sont pour moi comme un jour qui se lève

et chaque aurore éblouissante est un orgasme

un cri de joie retentissant qui se soulève


Alors en y cherchant parfois quelques sarcasmes

à coups de cauchemars ou bien à coups de rêves

on est bien seuls les prisonniers de nos fantasmes


Exister c'est penser sa vie sans dépendances

habiter sans frayeur un grand château de cartes

errer parfois sans cesse et rentrer dans la danse

enfin s’aventurer quand le rideau s’écarte


Il y a ta paupière ouverte et son présent

l’infini d’un azur inaccessible et beau

tous ces mots que j’écris ton regard écrasant

qui me ronge et qui me réduit comme un rabot

vendredi 17 novembre 2023

Au bout de tes doigts

 



Nous sommes des pays inconnus l'autre à l'un

dans notre exploration nous trouvons notre emphase

et la base à bâtir un désir alcalin


Fabriquer de l'amour avec un bout de phrase

est mon art habituel en bon petit malin

du poème en dix vers et divers en deux phases


Il faut aimer sans cesse et jamais se lasser

sur ton œil endormi j'ai touché la paupière

happé la liberté d’un corset délacé

l'amour est un tissu de sentiments contraires


Il intime à nous deux cette langue à saucer

j'ai décidé d'écrire et de marcher vers toi

chaque paragraphe est ma prière exaucée

j'ai dans un baiser l'empreinte au bout de tes doigts

dimanche 12 novembre 2023

Aux vents

 


J'ai pêché sur ta bouche un poison magnifique

et j’en ai délivré l’ultime solution

par un baiser sacré d’un suc honorifique


On s’est tant prosternés dans notre dévotion

l’un à l’autre en s’aimant qu’une épaule horrifique

a servi de leurre à mithridatisation


J'écris pour inventer l'oubli de nos pensées

l’oubli de notre amour et de sa marée basse

une vive a surgi sous nos pieds dépecés

pour enfoncer son aiguillon là dans la masse


Et nous gardons sa cicatrice inscrite en vrai

dans la chair et dans l’eau dans la vase où l’étang

paisiblement s’étend sans survivre à nos frais

nous sommes des objets livrés aux vents des temps

dimanche 5 novembre 2023

Planeur

 


J'aime assez l'altitude autant que l'attitude

et je plane albatros empêché de marcher

sur rhum ou brûle-gueule — on en a l’habitude


À deux nous sommes des tentations partagées

tandis qu’en restant seul et sans exactitudes

on n’est plus qu’un gros cœur échappé de l’archer


Ma nuisance amoureuse a des reflets d'opium

aimer c'est se lancer dans sa chute élastique

être en fait un légume adoptant Rhizobium

et tout ce qui nous pousse est un doigt qu’on mastique


Écrire en Poésie c'est s'arracher le cœur

écorcher le papier comme un vieux parchemin

palimpseste adoré si bien qu’on en meure

à force de planer jusqu’au bout du chemin


samedi 4 novembre 2023

Meilleurs

 


Le baiser ce moment d'extase auquel on rêve

(enfant déjà) quand les jeunes filles en fleur

ont le parfum si capiteux que l’on en crève


on se prend à frémir et les yeux parfois pleurent

— en effet c’est le vent qui nous pousse sans trêve

à chasser ce fantasme — il n’est rien qu’on n’effleure


Aimer c'est rêver en grand nos vies si petites

à ce point qu’on éteint ce qu’on nomme intuition

pour aboutir un soir en risquant l’hépatite

ô nuit ne t'étend pas en objet de passion


Je sais tu n’aimes pas ces mots de poète ivre

ils sont pourtant présents dans ton regard anxieux

dépérir en souffrant c'est oublier de vivre

inventons-nous ailleurs et sous de meilleurs cieux

vendredi 3 novembre 2023

Guerre et Paix

 


Se rendre aimable et beau dans la littérature

— et je sais que Tolstoï en avait abusé —

ne se fait pas sans bégaiements ni sans ratures


On voit en ce moment l’Union désabusée

se perdre en méandre et cette Europe immature

enfler les maux d’un dictateur russe amusé


Nous n’avons pas le droit d’abandonner l’Ukraine

en se battant pour Elle on a l’honnêteté

qu’a le juste à l’idée dont le fruit par ses graines

ira rendre aux champs martiaux la Liberté


La pluie tombe en un sens illusoire aux grands nés

l'Amour est d'un fracas dont le bruit nous poursuit

la guerre immonde aussi durera des années

la tempête est entrée dans nos cœurs noirs de suie

dimanche 29 octobre 2023

Infinie

 


D'infinis univers ont hanté nos mémoires

on écrit pour les dire en quelques mots succincts

sur les feuillets ridés de nos plus vieux grimoires


il y a du désir — on n’était pas des saints —

quelque peu de plaisirs et ce grand entonnoir

évacuant nos dessins sans le moindre dessein


L'inspiration n'est plus qu'un fantôme invoqué

le Poème n’est plus qu’un reflet douloureux

de tout ce temps perdu qu’on voudrait convoquer

dans l’espace étroit du souvenir amoureux


Posons-nous la question du pourquoi nous vivons

précisément lorsque la relation finie

nous dicte en tremblotant le peu que nous savons

quoi qu’il en soit mon écriture est infinie

vendredi 27 octobre 2023

Transfuge

 


Toute attirance en fait n'est qu'un élan sans fin

ce feu qu’on étouffe et qu’un désir ignifuge

a fait son âtre au cœur âpre inné de nos faims


Dans ce jeu de dupés je ne suis qu’un transfuge

un vivant qui parfois n’est plus rien qu’un défunt

l'Amour est un transfert il n'est pas un refuge


À la psychologie qui se trouve en échec

on répond par un poème éveillant l’intérêt

mais quoique l’on angoisse ou que l’on signe un chèque

en blanc-seing de sa peur on en reste atterré


C’est en pompier bon œil enfin qu’à l’exhumer

le souvenir ultime à nouveau dans nous rentre

en fragilité d'être est l'hésitation d'aimer

la passion se résume à des mots qu'on éventre

mercredi 25 octobre 2023

L'automne au bout du Monde

 


L’automne est arrivé muni d’un parapluie

la saison de la boue tendre et des feuilles mortes

aussi de la mélancolie collant à lui


J’imperméabilise et de tout ce qu’il porte

inondant mes pensées l’étincelle a lui

comme un feu rougeoyant d’un brasier qu’il apporte


Il faudra bien deviner un jour à quel point

l'acte amoureux suffit dans notre perception

de l'existence et dans l'oubli de l'embonpoint

qui nous guette aux croisées de notre déception


Mon âge et ma laideur en feront fuir encore

et pourtant je devine une issue moins cruelle

en lisant mon délire à propos de ton corps

en octobre à mes mots mon poème est truelle

dimanche 22 octobre 2023

Les poètes maudits

 


Toute attirance est comme une irruption d'acné

comme un besoin physique irrépressible et fort

où toute la pulsion se transforme en acmé


Je te désire enfin mais sans le moindre effort

et face à ta beauté je ne suis qu’un pygmée

j’écris tout ton portrait que je crie haut et fort


Enfin je me dissous pour dix sous éperdus

le désert — quel qu'il soit — est émancipateur

et l'avenir est fait des illusions perdues

mais je t’adore encore écrivant à cette heure


Un regard à ton corps est l’écho qu’on en dit

quand la Poésie peint les belles amoureuses

on se régale au son des poètes maudits

de leurs chansons traitant de ces heures heureuses


samedi 21 octobre 2023

Transnations

 


Dicte-moi tes désirs et j'en ferai des vers

ondulant dans nos corps en nous décomposant

la musique abrutie dont l’essor est sévère


Et dont le sort abstrus qu’on croyait supposant

menait à l’écriture et la tête à l’envers

à l’amour infini sur nous se déposant


Ta chair est attendue ton corps est Poésie

je n'ai que le toucher pour te faire sentir

à quel point je te veux pour te l'écrire ainsi

quelle est la partition juste à se ressentir


En effleurant de mots la douceur de ta peau

comme ma plume avide écorche le papier

j’égratigne amoureux la couleur des drapeaux

dans l’étang de la vie sans Toi je n’ai pas pied

Thérèse

 


La nuit comme un fantôme a recouvert mes yeux

ce n’est pas un miracle et néanmoins je suis

en Normandie mais je ne suis pas à Lisieux


Thérèse en diérèse est l’esprit que je suis

petite sainte enceinte en l’Esprit facétieux

ton image envolée commande à qui je suis


Tout est flou j’imagine un peu de repentance

un air de rien saisi par le froid de l’image

une jolie femme amoureuse en résidence

et de la Poésie sortant de mon plumage


Et si l’écriture est à ce point volatile

un seuil en chaque nuit se franchit dans nos rêves

on sait profondément ce qui nous est utile

les yeux bleus sont pour moi comme un jour qui se lève

lundi 16 octobre 2023

Toi l'inconnue

 


Mon esprit transpercé de pancartes fléchées

cherche un chemin pour te trouver Toi l’inconnue

mais il reste terré comme un ours mal léché


Je te rêve en parlant Toi ma belle ingénue

tu devrais m’interdire et pourtant m’allécher

puisque ce qu’on se dit c’est une mise à nu


La solitude est une compagne exclusive

écrire est la façon de s'y mettre à la place

en pensant de mon âme à ton âme adhésives

un espoir impossible un fantasme de glace


Et dans le « j’en ai marre » où je n’avais plus pied

tu mûrissais bien avant que je ne te touche

aimer charmer mourir en laissant des papiers

le fruit de nos passions pourrira sur nos bouches

samedi 14 octobre 2023

Pont Alexandre III

 




Je me souviens de toi Pont Alexandre III

l’eau de la Seine avait le vert de ton regard

et ton galbe sublime affirmait mon détroit


Que pouvais-je franchir en ayant l’air hagard ?

Ayant l’air apeuré d’être trop à l’étroit

d’oublier ta beauté comme un train mis en gare


En te voyant marcher ma princesse en ces ombres

ignorant les fossés de Saint Germain ma place

on eut dit que tu fus au plus clair au plus sombre

une idée du parfait né que rien ne remplace


On eut dit que tes pas laissant de l’or en trace

éblouissaient ma vue mais c’était vagabond

car je n’ai plus l’adresse et je n’ai plus l’audace

afin de te séduire et de t’aimer pour de bon

vendredi 13 octobre 2023

L'été 2019





Nous étions à la charnière

entre le mois de Juillet

le mois doute

et mon père étant grabataire

avait donné les clefs de sa maison

non sans quelque éclats de voix

mes enfants restant chez moi

— dans la précarité de ses gestes —

à son fils.


Alors, en laissant mes gamins adolescents libres

en m’envolant seul en direction de Paris

j’entrais dans le train normand

qui m’emmènerait Gare Saint Lazare

et par le Météor (un métro sans conducteur et nommé « la 14 »)

à la Gare de Lyon

Sous une indicible effroyable et folle canicule

(en sortant du train climatisé

je croyais mettre au four un corps entier !)

Paris crépitant comme un barbecue

Paris fait de braises et de souvenirs

une chaleur écrasante

un météore en combustion

puis le RER en direction de Maisons-Alfort

de France

un gentil monsieur noir offrant un mouchoir à mon front dégoulinant

la sueur réunie d’un peuple entier laborieux

dans une rame à 40°C

Paris température extrême

et sa plage à la crème

en forme de tarte aux opinions

Je revenais dans les lieux de ma jeunesse amoureuse

un peu comme on revient poète à Moscou.


Je ne me suis pas endormi ce soir-là

puis l’orage éclata

le matin c’était vêtu de vingt degrés de moins

raccourcissant l’escalier des émotions

dans la maison de mon enfance

au fond du jardin l’annexe avait tenté d’être forcée

mais ma résidence adolescente avait résisté

trente ans passés

j’étais de nouveau maître des lieux

je retrouvais toutes les traces de ma mère

un parfum de sa présence évaporée

trente ans passés

l’orage a toujours effacé la température et le temps

parenthèse enfin fermée

le jardin de mon enfance

où je m’imaginais champion de foot ou de rugby

recordman du monde au saut à la perche

— avec le squelette du sapin de Noël —

il me fallait néanmoins revenir au cœur de Paris.


Nôtre-Dame avait brûlé lors de ma venue précédente

et l’odeur était persistante

il faut que vous sachiez que mon cœur hybride

est autant de celui de Paris

que de celui du bout du Monde en Finistère

un cœur écartelé depuis le début de mon existence

entre un pôle existentiel

et l’autre un peu plus fantasmagorique

on est dans notre étendualité

J’étais dans le chez-moi du quartier Latin

des îles de Paris

de ces endroits que j’aime à partager

la Place Saint-Michel

et ses amoureux qui s’y rencontrent en mon nom

la Place Maubert

et son marché dont persiste le squelette en semaine

la Place Dauphine

et le bon vin blanc qu’on y consomme

et le jardin du Luxembourg où je me dorais la pilule en séchant mes cours

à côté

Place de la Sorbonne

où ma mère enceinte allait me promener durant les évènements de 1968

où ma mère arrivée du bout du Monde

apprivoisait Paris

faisant de son fœtus un enfant naturel issu de l’endroit

viscéralement

me partageant de fait entre un Finistère inéluctable

et la capitale en lettres ainsi nommées.


J’ai beaucoup écrit durant cette semaine à Paris

j’allais dans les bars

assis au comptoir

et de bar en bar

en buvant un verre à chaque endroit

j’écrivais un nouveau poème

évitant les pluies d’été

(bon prétexte à se réfugier)

j’écrivais ma vision du Monde en kaléidoscope

en prisme en arc-en-ciel

il fallait beaucoup d’inspiration

mais ainsi que Maïakovski

je ne crois pas en l’inspiration

je ne crois qu’au travail

à l’observation

je fais mon boulot dans mon coin

résistant aux influences

il est protéiforme et tant mieux

c’est le reflet du fonctionnement de mon cerveau

qui se refermait en rentrant le long des quai de Seine

en passant par le square Tino Rossi

par les fêtes dansantes de l’été battant son plein

croisant le sourire éblouissant d’une beauté

qui s’était rasé le crane

affrontant l’avenir au soleil égorgé dans le fleuve

et la Saint-Barthélémy de l’existence.


Il est bien temps que que je réécrive en escalier

pour les marches de Paris.


Mais je suis retourné rejoindre mes enfants.


Je ne suis revenu qu’en octobre

après la vente de la maison proposée

pour la vider

les enfants m’accompagnaient

Nous avons honoré le lieu par le boulot

c’est commun pour nous tous

et mon père est mort un peu plus tard.


En février 2020

juste avant le Grand Confinement

je suis venu rendre les dernières clefs

logeant à l’hôtel

rue de Sommerard (où l’on dort peu)

près du musée de Cluny.


Je repense à l’été 2019 où tout s’est décidé.

lundi 9 octobre 2023

Le voyage



Chaque amour est un grand voyage inabouti

rien ne tient dans nos vies quand on est submergé

par cette heure en passant qui demeure engloutie


C’est notre vague-à-l’âme et sa source immergée

qui nous pousse en avant vers bien d’autres outils

et nous chavire enfin mais nous laisse allongés


Je voulais t'aimer sur le rebord de ton ongle

et peindre ta beauté du vernis de ton âme

en usant de mes mots avec lesquels je jongle

en baisant sous tes doigts l’éclat doux de la femme


À chaque hésitation nous aimons mois qu'avant

à chaque instant ta main m’échappe et me rend seul

il me faudrait ton corps abreuvé par les vents

ta beauté dégoûtée me servant de linceul