dimanche 3 mars 2013

Les voyageurs perpétuels

Auld Triangle by Pogues on Grooveshark



Je n'ai jamais su de terres
Qui ne me soient étrangères,
Mais les lieux qu'on croit s'allier
Ne sont guère hospitaliers.

Ils appartiennent à ceux
Qui pour leurs vieux os crasseux,
Revendiquent ces arpents
Comme un sang que l'on répand.

Cette pêche à la lignée,
Constituée de délits niés,
Fis de nous les voyageurs
Moquant lieux, temps, lois, age, heures.

Mais nous sommes en exil,
Départis du droit d'asile,
Avec pour floue camisole
Codex qu'un Sésame isole...

Et vivant tels des voleurs,
Nous fuyons ce qui vaut l'heur
Des foyers par les rencontres,
L'âtre est au feu qui rend contre !

Le voyage est perpétuel
- secrétaire hyper actuel ! -
Tant l'endroit est émollient
Et nos vers si peu mots liant.

Ce sont des pierres traîtresses,
Aiguille au milieu des tresses,
Nous recousons les pays
Aux frontières ébahies...

Or, dans cette humiliation,
L'Ailleurs est notre Passion ;
Faudra-t-il être à genou
Pour espérer un « chez nous » ?

mardi 12 février 2013

Chokri Belaïd.

Lose Yourself by Eminem on Grooveshark



Comment faire autrement mon frère,
que de génufléchir – odieux
serment au Dieu « Flouz & Affaires » –
Que d'un sacrifice insidieux
Ne restent que nos tristes charpies
dans cet univers mondialisé
où nos ossements aux harpies
sont sous l'airain non-dialysé ?

Comment peut-on subir encore,
en corde raide et corps de rats,
souris, sous-rate et pieux décors,
Pour attentats, pour potentats,
Foin du flou rire et des fossettes,
Les religieux qui nous demandent,
Munis de leur gadget 27 :
Y a-t-il « impoli » dans la viande ?

Comment bouffer les ballots noirs,
digérer le neuf millimètre,
les cauchemars du père Anouar
lorsque ça date et qu'à remettre
on sait les dégâts déjà faits,
déjà faux, déjà fruits, déjà... ?
Le crime et les pruneaux parfaits
sont-ils confits des peaux des shahs ?

Comment sortir de ce caveau,
du trou de l'hagard Saint Lazare ?
Souvent les hommes sont des veaux,
parfois pas, sans égal hasard...
Moi, je voudrais de belles Pacques
et toute une aussi belle Aïd,
pour que ressuscite en attaque
l'esprit de Chokri Belaïd.

vendredi 1 février 2013

En quête de Grall - republication d'un texte du premier semestre 2006



Une gueule à vous faire croire aux êtres étranges,
Un prénom pris comme une poignée de Xavier,
Sir Grall est un trésor posé parmi les anges,
Dont les traits de plume sont à jamais encrés.

Avez-vous déjà respiré le jaune ajonc ?
La callune de miel et sa sœur la bruyère ?
Fait le tour du vieux lac et de ses environs,
Par les chemins de l’enfer et par les tourbières ?

C’est là que je cherche aux sentes granitiques,
Qui, de Brasparts en Botmeur, presque infiniment,
De Botzullan au Huelgoat, serpentent magiques,
Comme la cursive empreinte de ce géant.

C’est d’un Christ écorché sur un breton calvaire
Que je viens vous parler comme d’un ex-voto,
Des paroles de paix, de ses folies guerrières,
Et de l’Aven Belon qui coulait de ses os.

Car Xavier était à lui seul un Finistère,
Authentique et bâti de ses extrémités,
De paroles offertes telles des prières,
A l’orgueil écrasé de nos chevaux couchés.

Et des vertes semonces de verve assassine,
Que tu semais, embruns, deux muguets à nos cous,
De tous ces derniers Mai, sous des fourches caudines,
Il nous reste le met de tes mots à nos goûts.

Et de ta sone, automne à tous les peuples sourds,
L’écho qui dé-résonne comme un peuple muet,
Reste cet inconnu qui me dévore autour,
Du grand feu dévolu aux gerbes de tes blés.

Moissonnez ! Les champs sémantiques de Xavier,
Cueillez ! Cueillez ! Ses fleurs du bien, ses fruits du mal,
Il y a des quêtes inquiètes à mener,
Aux pages qu’on feuillette au nom d’un sacré Grall.

lundi 28 janvier 2013

La révolte

Rain by Alva Noto + Ryuichi Sakamoto on Grooveshark



J'ai parié les os de mes doigts
à me couper du tintamarre,
tant il en est à ce qu'on doit
éconduire hors du cauchemar.

J'ai dépendu du rêve en fleur
et de la jeune fille en rut,
quelques tableaux du port d'Honfleur
et Marie-Madeleine en pute !

Sonne le son de la révolte,
Seule mon âme est désinvolte.

J'ai scabré l'eau de nos unions
comme un Champagne un peu pouilleux,
ou qu'à genou – pliure oignon –
tout me fit pisser des deux yeux.

Je n'ai gardé d'adulte airain
qu'un alliage à toute épreuve,
et des contractions de tes reins
l'alliance en guise de preuve...

Sonne le son de la révolte,
Seule mon âme est désinvolte.

J'ai susurré par mon âme-homme,
bien des lourds grils mathématiques,
bien des bouchées de métronome,
qui sont plus fiables qu'apathiques ;

J'en ai conçu pour armateurs,
ce chant-canon sur six leçons,
ses infinis déformateurs
pour des paumés en caleçon...

Sonne le son de la révolte,
Seule mon âme est désinvolte.

lundi 21 janvier 2013

Les voies du Golfe - republication d'un texte de mai 2006

YS by Alan Stivell on Grooveshark






Si j'ai suivi ces voies jusqu'en Larmor-Baden,
Quelque part poursuivi par la voix des sirènes,
Au fond d'un Golfe fou, fanfaron Morbihan,
C'est pour aller au bout de mes rêves d'enfant.

Au bout d'un monde ancien, du monde des vivants,
De vaux préhistoriens qu'une mer avalant,
On ne sait plus que d'îles en nombre incertain,
S'y fleurissent en file ou en groupes de points.

De la belle Berder et de son gué marin,
Vois le monde à l'envers sous ce courant équin,
Quand, par fortes marées, la mer, dénivelée,
Vient de l'autre côté, se vider en évier !

Me ferais-je moine d'une île ainsi nommée ?
M'accompagneras-tu dans ces velléités ?
Ou retournerons-nous dans notre Finistère,
Où le monde est moins fou mais le sel est sévère ?

Car si la ville d'Ys s'est perdue en nos mers,
Il reste Gavrinis et son cairn et ses pierres,
Ses symboles gravés témoignent au présent
Que les voies du Golfe ne vont pas au néant.

lundi 14 janvier 2013

Les blés d'Espoir

Senegal Fast Food (Feat Manu Chao) by Amadou et Marian on Grooveshark



Puisque l'histoire anima liens,
Je suis ton frère, ami malien !
Ainsi que d'autres (stambouliotes)
Chauffent nos cœurs restant bouillottes.
Car c'est toujours un Pont-Euxin
Qui nous unit sous le tocsin,
Qui relie d'Europe en Asie
Cet or qui fit fuir les nazis,
Les corps d'Amérique et d'Afrique
s'épousant nus loin d'un las fric,
Et le grand rêve océanien
qui suit celui qui s'en gagne un !
J'ai de mes fois aborigènes
Gardé la ferveur indigène
En un grand livre humanitaire
Où souvent l'âme emmène en Terre
Bien plus qu'un triste catafalque
Sur les vivants que l'on défalque,
Mais l'Arche d'une Franche Alliance
– Ô Fraternelle Résilience –
Qui sortit de leur coma liens
Des blés d'Espoir franco-maliens.

mercredi 2 janvier 2013

L'écart d'age

Dub Yalil by Natacha Atlas on Grooveshark



Je savais l'écart d'age
entre nos républiques
et nos démocraties,
les rêves de Carthage,
les peurs de nos publics
et la ploutocratie :
je savais les fossés,
les isthmes médullaires
et les cordes tendues,
les masques défaussés,
le lest à l'annulaire,
les passions défendues...

Je m'étais envoyé par Sfax
l'image inouïe d'un sacrifice,
et je trompais la parallaxe
offerte à de maints orifices !
J'avais du songe qu'Hannibal
eut fait de vaines Tunisie,
l'entracte à ce point cannibale
qu'un spectacle en fut l'hérésie.

Alors
       J'ai respiré l'opium du peuple
                                                fondant
comme un
       terrain pourri de sable meuble,
                                               ESPOIR,
de l'or
     ne sont plus que couleurs de dunes
                                                   aidant
commun
         des vies et des morts opportunes
                                                  à croire.

Puis
Soudainement
Enflés par la voix de la rue comme par le Simoun
J'ai vu des cathédrales et des mosquées
des temples hiérosolomytains semblables aux pyramides
dressés par des paroles en moins de trois jours
des royaumes d'autres mondes jetés par-dessus la Méditerranée
pour de sombres reflux
pour de troubles promesses
pour d'incompréhensibles marées
par d'insoupçonnables agitateurs de marionnettes
par l'insondable et infinie bêtise humaine

et nous
pauvres pêcheurs de la religion de l'OMEGA
nous filions en douce les mailles dépecées des poissons de l'hypocrisie
ET
des couleuvres médiatiques
ET
des vipères politiques.

Or, nous nourrissons toutefois en notre sein,
l'orvet gracile et fin de la langue affirmée,
le ver sans pieds du droit dont notre œuvre est dessein,
ET l'encre indélébile où la plume hibernait.

Le cerveau de l'Homme est une planète sans frontière.

Certains s'essaient à des pointillés comme sur les sables du désert.

Moi ?
J'ai serré dans mon poing des secondes
des premières aussi
et sans classification, la certitude des idées fortes
la certitude de la certitude de ceux qui les serrèrent
et l'optimisme absolu des démocraties en devenir.

Je sais qu'il n'est question que d'un
Écart d'age
Et Carthage
ne resurgira dans sa triomphante splendeur
qu'à l'ultime instant d'un round anodin
avec ses européennes sœurs.

jeudi 27 décembre 2012

Voyage au bout de l'envers

Somewhere Only We Know by Keane on Grooveshark


– A l'envers du miroir, Alice ! Es-tu leste, hein ?
Es-tu ma Pénélope ensevelie dans l'onde
magnétique, ou sinon son ombre à tout destin ?
Lewis Caroll en jeu logique eut cette blonde. –

Quant à moi – quitte à compter tant de « quant-à-soi » –
diagonalisant pneumatiquement la France,
héritant d'irritants déraillements de voies
à très grande vitesse, ah ! j'osai mes vers rances...

Et puisque sont d'écorce autant de faux décors,
je n'ai plus à bleuir de mes rimes moisies
ni plus à retenir ce qu'on corsa des corps.

Je n'ai plus à savoir qui dégrise – cardiaque –
pour réclamer encore un sens à mes « Moi si ! »,
l'envers comme l'enfer sont si paradisiaques.

mardi 25 décembre 2012

Aphorisme confessionnel

En poésie, je me suis élancé comme un flambeau lancé dans le lac profond qui doit l'éteindre.

vendredi 21 décembre 2012

Aphorisme existentiel

"le romantisme est la version toute échevelée d'une sexualité à fleur de peau, reconstruite dans l'angoisse immanente du sens de l'existence."

Michel P

mardi 4 décembre 2012

Aphorisme existentiel

"Sans doute revêt-on des écorces virtuelles pour apprendre à exister d'une autre manière, et laisser briller tel un millier de soleils l'éclatante singularité que cache notre écorce physique."

Michel P

dimanche 2 décembre 2012

Aphorisme amical

"La mémoire est sélective : elle ne retient des temps passés et de ceux qui les peuplent, que leur ombre édifiante et fondatrice."

Michel P

vendredi 23 novembre 2012

Espace

Under Ice by Kate Bush on Grooveshark



J'ai longtemps réfléchi les courbes de l'Espace,
je m'étais fait miroir pour quelque catharsis...
Mon image infléchie, j'étais palais des glaces !
Et sans jamais me voir, j'étais pourtant Narcisse.

J'exposais aux vertus de mes limbes opaques
quelques œufs fécondés par l'angoisse et la gène,
comme un grain que l'ondée fait germer d'un impact,
confetti qu'en fait tuent les grêlons de la Haine.

A défaut d'être un Homme – humble fœtus de paille –
j'aggravai cette eau-forte où nos pertes sont mues
par la roue – mélanome solaire – en ripaille
insensée : que ça sorte, assourdisse un SAMU !

Des pin-pons des pompons et des ponts illusoires,
j'ai vidé la réserve et les outrecuidances,
les humeurs en conserve et les pleurs d'arrosoir,
les petits patapons dépités en cadence.

J'ai distordu l'Espace en fonction de leur Temps,
chwingommé toute trace aux talons d'escarpins
qu'escaladés, je crus libérés un instant,
des bas de laine écrue décrochés d'un sapin...

Noël, Noël, gelées, que d'effrois enguirlandent
les passions surgelées que les ondes réchauffent,
les vastes étendues de mes plaines d'Irlande,
les yeux verts éperdus qui me sont sains et saufs.

Je suis Nomade et fier, vagabond richissime,
mon cœur est un chamois à l'âme adamantine ;
la misère est altière et l'Ego m'est la cime,
mon trésor est en moi qui confine à l'intime.

jeudi 1 novembre 2012

Le Mahatma (republication d'un texte de novembre 2005)

GANDHI by R. Chankar -G. Fenton on Grooveshark



Gandhi !
De ton seul nom l'on sort grandi !
Et la grande âme s'épanouit,
A leur grand dam, à ces bandits...
Gandhi !
Faut-il que l'on saigne pour son pays ?
Faut-il que l'enseigne de paix ici,
Soit celle des passions et des cris ?

Petit avocaillon de New Delhi,
Tu t'en fus goûter le sel amer,
Dans ta jeunesse sans souci,
De l'apartheid Afrikaner.
Pour ton cœur ce fut l'ordalie,
Si loin de tes indiennes terres,
Avant que l'empire ne rapatrie,
Celui qui déjà le faisait taire !
Tu prêchais comme Jésus Christ,
La joue tendue mais l'âme fière,
Pour opposer à leur folie,
La valeur d'un corps volontaire !
Aux charges des cavaleries,
Ils se couchaient le ventre à terre,
Comme autant de rochers unis
Et d'infranchissables barrières...

Gandhi !
De ton seul nom l'on sort grandi !
Et la grande âme s'épanouit,
A leur grand dam, à ces bandits...
Gandhi !
Faut-il que l'on saigne pour son pays ?
Faut-il que l'enseigne de paix ici,
Soit celle des passions et des cris ?

Tu t'en fus courir les prairies,
Et de ton peuple la misère,
Sans te soucier de faire tri,
Des confessions de tous ces frères.
Tu combattais la vilenie,
De l'intouchable étais le père,
Dans ton costume démuni,
Loin de ces castes délétères.
Tu fis fruit de philosophie,
La non-violence et son mystère,
Et ta sagesse à l'infini,
Et ces masses comme la mer !
Nous marcherons au sel aussi !
Nous marcherons aux ciels enfers !
Puisque avant l'aube il y a la nuit,
Gandhi nous montre la lumière !

Gandhi !
De ton seul nom l'on sort grandi !
Et la grande âme s'épanouit,
A leur grand dam, à ces bandits...
Gandhi !
Faut-il que l'on saigne pour son pays ?
Faut-il que l'enseigne de paix ici,
Soit celle des passions et des cris ?

Car Amritsar nous a puni !
Mille six cent cinquante vipères !
Balles crachées par les fusils !
Sur mille cinq dix neuf terres !
Sur mille cinq cent dix neuf vies !
Sur des enfants, pères et mères,
Au peuple sikh qui a péri,
Des ombres de notre Angleterre !
Alors tes jeûnes m'ont repris !
Tes sacrifices salutaires !
Tes heures-prisons m'ont appris,
Ce qu'il faut garder des colères.
Et malgré toutes perfidies,
Jusqu'à ce brahmane incendiaire,
Celui que j'étrangle en mes nuits,
Ta mort n'est jamais qu'éphémère !

Gandhi !
De ton seul nom l'on sort grandi !
Et la grande âme s'épanouit,
A leur grand dam, à ces bandits...
Gandhi !
Héros des peuples insoumis !
Et des orphelins qui errent dans la pluie !
Et Madras ! Et Calcutta ! Et New Delhi...

vendredi 19 octobre 2012

Le drame de Pygmalion

Only You by Portishead on Grooveshark



I

Puisque l'art est au leurre et la manière à la main,
nul n'est jamais sculpteur que de ses illusions,
alors sache – Ô lecteur – qu'il n'est de lendemain
chantant sans le malheur de quelque Pygmalion...

II

Jamais beauté terrestre à ses yeux n'eut l'hommage
où l'âme amphotère extraordinaire exulte :
quand l'anneau de la dextre a tout sinistre mage,
dit l'héréditaire estran d'un corps nu pour insulte.

Jamais sinon d'un songe – aveu d'ultime ego –
il ne sut ce qui ronge en la passion d'amour :
elle était fausse-oronge, annamite en mégot,
pipe, opium et mensonge, où tout art s'énamoure.

Elle était en volute, en rayons de fumets,
en parfums-parachute – odeurs de sainteté –
en concierge osant « Chut ! » à son étage humé,
elle était à sa lutte un laiteux sein tété...

III

Sculptant cet Idéal, il conçut Galatée.
Dieu restait son féal et le Génie son esclave ;
d'une femme une fée alarmée mal hâtée,
naquit d'une idée alambiquée, d'une enclave.

Ô démiurge, il fondit de larmes de tungstène,
les beaux yeux des non-dits et les cils de l'ampoule,
la courbure inondée par tant de chair humaine
de la gloire infondée croisant l’œuf à la poule.

Il se fit un miroir inversé dans la terre,
succombant à l'en croire, aux mystères divins,
mais de ses bras en croix ramenés, délétères,
Galatée son mouroir m'en ferait l'écrivain.

IV

Car sitôt née, fut tue la question de l'espèce,
et l'enfant qui fut mue par cet étrange inceste
– papillon de sa mue sortie de gangue épaisse –
ignorât ce qui tue d'un simple palimpseste...

Elle aimât, elle aimât, et les mâts de Cocagne
furent dressés d'ébats dont les sens échappèrent
à ces amples débats que certains parfois gagnent,
aux échecs et aux mats dont se pendent nos pères.

Elle vécut une vie de statue métamorphe,
elle aimât, elle amie de tout homme amoureux,
lui ne sut rien hormis que tailler est amorphe,
et qu'il n'est nulle envie rendant un homme heureux.

V

Il s'était cru meilleur et plus fin que le sel,
tant les sanglots d'ailleurs vous rappellent qu'un lion
n'est qu'un faux-monnayeur, un voleur de vaisselle,
un petit pinailleur du nom de Pygmalion.  

samedi 13 octobre 2012

D'arc en ciel

Strangers by Portishead on Grooveshark


Petite fleur d'azur au chant délice,
vagabonde hirondelle au vol plénier,
j ai goûté les pigments de ton iris
sur le pinceau des amours dépeignées.

Et ta langue s'est alors assortie
du baiser vipérin que je vénère,
du dieu désir, de la déesse ortie,
spasme utérin dont j'ai fourbi mes nerfs.

J'ai posé mes phalanges sur tes cils
et cherché les saveurs de l'arc-en-ciel,
mais je ne suis jamais qu'un imbécile
dans l'océan de tout ton essentiel.

mercredi 3 octobre 2012

La théorie des cordes

Train by Cibelle on Grooveshark





Il pleut des cordes sur Coutances
et ma mémoire est en dessous,
mes versets soudain sont sous stance
à n'en plus valoir que deux sous...
Le gris des nuages ruisselle
comme un khôl or il dégouline,
effaçant maquillage à celle
au cul posé sur sa colline.

Il pleut des cordes sur Coutances
et ses pendus sont hideux saouls,
leur mise en bière est inconstance
aux pardessus mis par-dessous !
Je songe aux années qui s'envolent,
aux amours, murs de tant d'amis,
où n'est de liberté sans viols
ni d'ossements qui soient démis...

Il pleut des cordes sur Coutances
comme des gestes imprécis
ou des chansons de circonstance
que le contexte déprécie ;
il pleut des cordes sur nos feux
pour éteindre nos mélodies
et des pompiers paragrapheux
s'essaient à noyer nos non-dits.

Il pleut des cordes sur Coutances.
Des religions, l'athée, oh, rit
des cordes mal en subsistance,
s'adonne aux signes maoris.  





vendredi 28 septembre 2012

Catacombe

Hungarian Rhapsody No.2 by Liszt on Grooveshark

 De nombreux jours on m'a quitté,
maigre rumeur : c'était tant pis !
Moi con damné moins qu'acquitté,
j'avais l'humeur sous l'eau tapie.
Quand on secoue les acariens
de notre idylle un jour vécue,
on oublie tout, ça sert à rien
les sentiments trop court vêtus.

Alors, enfin si j'ose acter quelque autre scène,
de pétales de prose et de bouquets de pleurs,
c'est pour orner la tombe où mes versets obscènes
bâtissent catacombe éclose en leur ampleur.

J'ai su l'écrire, oh douce erreur,
l'affligeante agonie des couples,
mais d'odieux chants en mal d'horreur
je garde symphonies peu souples.
J'alerte – agile – un lapin sourd
du collet que son mot sous-tend,
car chaque ardoise où l'on pince houre
est l'échafaud que l'on suspend.

Ma mélodie morose aux chœurs évanescents,
aux pétales de prose et aux bouquets de pleurs,
dilue dans la liqueur aux cieux opalescents
des larmes de mon cœur en son effet Doppler.

De crânes aux mongols gothas,
odieux, piécettes empilons !
Puisque les pierres vont au tas,
que les os aillent au pilon !
J'ai vu des poissons dessinés
sur les parois de ma mémoire,
de religion n'est destinée
que catacombe de grimoires.

samedi 15 septembre 2012

L'Abyssin



Arabesque No. 1 by Claude Debussy on Grooveshark



Du Poète on ne crut que ses dégrisements,
Tant ardent Ardennais que fantôme Abyssin,
Les vagues et les crues de ses déguisements
Car il ne sut jamais quel était l'habit ceint.

Quoique l'Amour y mène, il ignorait l'amant,
Il ignorait les voies – cherchant quelque ami sain –
qui d'Afrique au Yémen, lorsqu'à sa guise on ment,
font de mots pâle envoi de courriers abyssins...

Nous écrivons souvent trop orgueilleusement !
Nous prenons pour prêtrise un simple habit saint ;
la plume n'est au vent qu'un aveu pesamment.

Au cœur de la traîtrise où tout homme a dix seins
pour nourrir de l'avant ses rasés louvoiements,
Rimbaud reste – Ô Maîtrise – un fantasme abyssin.

samedi 8 septembre 2012

Les siérines (texte de 2006 - republication)

Eliz Iza by Alan Stivell on Grooveshark



Leurs plaintes sortent du gouffre de l'enfer
De Plogoff,
                                       Faut-il en faire
Des saints Christophe,
                                  Traversant la mer,
Avec des petits Jésus en croix par leur travers ?
Et de mes petits "j'ai su", en Groix, pour quel trouvère,
Restent les chants des sirènes en Sein,
Dont le mamelon pointe au Raz de belle manière,
Et de nous trépassés garde la baie des fins.
Pour revoir l'unique reflet de leurs écailles vives,
Dans l'onde lascive qui les berce souvent,
Je veux qu'on la sauve, ma vision sélective,
De cette réalité qui ressemble au néant.

Quel océan ne nous a encore englouti ?
Celui vers lequel nous voguons à présent !
Ainsi va-t-il de notre vie...
De naufrages en renflouements !
Nous sommes vestiges à nos envies,
Et future proie de nos aimants !
Nous sommes boussole au midi,
Tournant en rond sur son cadran,
Jusqu'à ce qu'une étoile amie,
Nous guide à ses rivages blancs...
Le blanc de sa chair de fruit,
Le banc de ses sables mouvants,
Où peu à peu l'on s'évanouit,
Avec bonheur et inconscient.

D'autres fées, d'autres siérines et d'autres vies !
Et des beautés au firmament,
Des araignées brillant la nuit,
Quand dans leurs toiles l'on se prend,
Et qu'à ces filles l'on se pend.

Gwendrez (texte de 2006 - republication)

02 - Clannad - Theme from Harry's Game by Clannad - Theme from Harry's Game on Grooveshark



Esquisse de Guy Gargadennec



Regarde !
                 C'est l'Amérique là-bas,
                                                          Là-bas où le soleil s'égorge...
                                                     La nuit, là, lui fait rendre gorge...
                                                             Guillotine que le ciel forge...

Prend garde !
                   A courir vers le Suroît,
                                                            On y perd notre astre d'or...
                                                        Nostradamus, son latin mort...
                                                                Ici la loi du nombre dort...

Gwendrez, plage des promesses,
                                                        La plage blanche et virginale,
Gwendrez, tu es la traîtresse,
                                                               De part tes baïnes létales.

On passe à voir, des soirs d'hiver,
Au loin, d'Audierne les lumières,
A repenser aux nuits d'été,
A nos jeunesses délavées,
Aux promenades boréales
D’une rencontre accidentale,
A nos ego occis dans telle
Ou telle errance accidentelle,
Qui s'y mêlaient dans le grand feu,
Dans le couchant d'un lit pour deux.
Et les goémons sont toujours là,
Cheveux d'un ange entre mes doigts,
La dame blanche est immortelle,
Pour moi Gwendrez est toujours belle,
Pour moi Gwendrez est toujours pâle,
Pour moi Gwendrez est toujours pal,
Elle reste la petite Irlande,
Entre ses murs, entre ses landes,
Comme des roues s'est ensablé,
Au sein des dunes, mon passé.

Gwendrez, ô plage des tendresses,
                                                              Avec ton sable conjugal,
Gwendrez est encor ma maîtresse,
                                                         La plage blanche et virginale.

Regarde !
                  C'est l'Amérique là-bas,
                                                   Notre nouveau monde s'invente...
                                                Un peu comme à l'hôtel des ventes...
                                                        Adjugé ! Deviens mon amante...

En garde !
             Une option sur notre joie !
                                                        Et le sable blanc de cette anse...
                                                     Et des milliers d'autres romances...
                                                       Avec Gwendrez pour résidence...

vendredi 24 août 2012

Remembrance

Opening Titles by Wojciech Kilar on Grooveshark



Les torpeurs du mois d'Août sous le saule éternisent
mon sens écrit, tel un hindou
qu'un feu lent galvanise au soleil en redoux :
partout l'écriture est Venise,
dressant ponts d'exquis mots sur les bras séparés
d'amants qui se firent jumeaux ;
C'est tirant sans arrêt qu'un haleur esquimau
s'est ri d'indiens désemparés.

Les bateaux dé-salés sont au port d'échouage,
la marée lassée laisse aller
à vau-l'eau le volage air marin des saoulés :
la fin de l'été les soulage,
les jours se font moins longs quoique aussitôt languides,
les digues perdent leurs moellons,
chaque aussière a son guide et de nos mots hélons
comme des rumeurs seljoukides.

Si le cor en priant cède à piller sagesse,
la corne de brume en brillant
s'écrie : « mais quel age est-ce à ce son m'écriant ? »
C'est celui des grandes largesses !
C'est le siècle hauturier de l'amarre en rupture,
l'élévation d'un roturier
en façon de capture – ô scrupule ordurier ! –
embarqué sur des sépultures...

Et pourtant je les aime ainsi mes souvenirs,
abstraits des esprits de Carême
en luciole à venir, sous les dais d'un harem
auquel nul ne peut subvenir ;
ce sont de courts vaisseaux irriguant nos chemins
– saigneurs sans besoin de vassaux,
châteaux sans parchemin dont on monte à l'assaut –,
ils sont les lignes de ma main.

dimanche 19 août 2012

Karénine




J'ai suçoté des décibels
aspirés à la courte paille,
quand la promise était si belle
– petit chou gras, j'en fis ripaille –
et qu'une parure encorbelle
autant qu'une maison forclose,
aux fondements d'un corps qu'épellent
mes pétales de lettre éclose.

En l'autre siècle où quelque oncle eut
ces crûs mots dont je fus divin
– tel est du moins ce qu'on conclue
d'un court-jus dont je fis du vin –,
je passais outre les frontières
et j'écrivais tel un devin
les courbes de ma vie entière
sous leur caresse à l'écrivain.

Je m'embuais pour des toquades
(givre et chaleur font long ménage),
avant de porter l'estocade
j'étais par trop souvent en nage...
Mais dans l'infinie cavalcade
de mon pâle écheveau de traits,
restaient tapis en embuscade
les points finauds de mes attraits.

Et les versets – sanglots d'automne –
se déversaient en giboulées,
en cataracte, en pluies gloutonnes,
en trois-quatre actes déboulés,
sur d'héroïques palimpsestes
au parchemin peu chamboulé
par l'encre, en n'usant pas l'inceste
de l'ode et des mots, gris boulets.

A ces souvenirs d'outre-tombe
je viens bâtir un mausolée,
afin que dans mes catacombes
je puisse enfin m'en isoler,
comme un abri contre les bombes
et les regards marmoréens,
le charbon des blanches colombes
enflammé sur leur trente-et-un.

De rire Anna Arkadievna
fit tinter les canons du verbe,
le souvenir est un Etna
qui s'éteint sans besoin d'adverbe ;
pourtant sa lave est invasive
comme en bouche une lange acerbe
à la salive corrosive :
Belle étendue sur la lasse herbe.

lundi 6 août 2012

Gnomon nous ?






Crèvera-t-on mes yeux aussi
quand, d'un ressort astronomique
j'aurai de bonds aux cieux dociles
arraisonné l'arithmétique
où s'enracinent les fossiles
de nos mues généalogiques,
tant le cadran saouleur grossit
tel un tango cyclothymique ?

Rêvera-t-on labeur obscur
face à des oraisons solaires ?
Les vrais travaux sont les plus purs
lorsqu'on ne gage aucun salaire
sur ce que demande une épure,
sur ce temps qu'il faut pour l'affaire
et qui m'obsède – Ô Sinécure –
avant de finir en Enfer...

Rouvrira-t-on la porte aux cils
battants dans leur Himmel d'Alsace
comme le clocher rétréci
que contrebalance en Atlas
celui qui dressé l'a rassis
au sein du mécanisme où lasse,
tu comptes les âmes graciles,
Ô toi Cathédrale essuie-glaces ?

vendredi 13 juillet 2012

Les fourbes rejetons de l'escobarderie

Don't Give Up by Kate Bush on Grooveshark



Inamusés grévins sont leurs airs pathétiques !
Qu'un dépendant greffe un visage en triste cire
sur sa mine emplumée de cautèle à rancir,
ses propos enfumés sont de casuistique.

Les fourbes rejetons de l'escobarderie
sont ce que nous jetons dans nos plus preux ménages ;
si leur hypocrisie nous met toujours en nage,
leur foie plein d'hérésies, n'est pas si rose, INRI !

Il sécrète la bile où leur sang s'empoisonne,
où leur esprit débile égare nos pensées,
l'endroit qu'Apollinaire eut appelé sa « ZONE ».

S'il faut garder ses nerfs face à quelque amazone,
ou feinter le combat contre êtres compassés,
sachons qu'il n'est débat qu'entre autres qui raisonnent.