À nos désillusions perdues
dans le cœur de nos labyrinthes,
à nos Amours mal entendues
qui trop souvent bien nous éreintent,
à ces fabuleux résidus
signant, saignant de nos étreintes,
à nos enfants l'âme éperdue
de leurs parents se trouve éteinte.
Et d'une lampe d'Aladin
malsaine et pourtant magicienne,
on se mesure en son jardin
l'action de semer à l'ancienne
un peu des mots des baladins,
les poésies qu'on se fit siennes,
et lors d'un désastre anodin,
nos propensions patéticiennes.
Je connais tant de flous :
de faux flous artistiques
aux défauts arthritiques
un flou myope acquis que les lunettes renflouent
des flous furieux
des flous curieux
des flous bleus
sur un grain plus sableux
des flous d'amour à la folie puis plus du tout
des flous y'en a vraiment partout !
Comment se faire alors une image assez juste
à laquelle on pourrait se fier
— confidence —
à laquelle alors on pourrait en l'occurrence
exposer sa version
des choses de la Vie
des adeptes et de leurs conversions
des horloges haletant à l'envi
du hoquet des souvenirs sacrifiés
sur l'autel incrusté de sentiments vétustes...
Expulsé d’une autre balançoire
un beau soir
égorgé
je vous abreuverai d'une littérature
inconsciente
un lait d'aînesse aux gros bonnets bien confisqué
la pluie blanche
illisible
autrement
que sur la flamme des bougies des ans passés
l'impatiente
orobanche
épuisant ma racine à force de ratures
appliquées
sur le tronc de mon arbre généalogique
indicibles
aliments
de mes prélèvements de sangsues compassées.
J'inventerai le Verbe idéal
— à savoir un écho de son profil élégant —
le Poème où la phrase est féale
aux mots qui l'édictent
ELENA
qui te vont comme un gant
sur les neiges d'Ukraine où se répand ta voix.
Là
sans flous ni vindictes
là dans le miroir inversé des désirs oubliés
dans l'antre abdominal où le ventre est aux courbes
il me fallait écrire en pleins et déliés
les rues (du Commerce à Lecourbe)
et les Courbet de tes traits sur ma rétine
et les fins de mes guérillas intestines
au cœur intime et flou de ma littérature
il y a ta beauté soviétique
à chacun des écrits qui s'appuient des fractures
il y a ta beauté sans viatique
à ton joli visage et son architecture
ELENA je m'accroche et copie l'esthétique.
Mais qu'importe la bulle aux quelques phylactères ?
On débande à dessein des paroles fortuites
et du reproche inique aux mauvais caractères
infiniment nourris de mauvaises conduites.
Et les gaz imprimés sur des bandeaux d'alcool,
à défaut de flamber pour éclairer nos routes,
insinuent dans mon texte à la craie ton école
ainsi nue sous l'azur épuré de nos doutes.
On cartographierait sans peine et sans vergogne,
un horizon de corps et d'amours mélangés,
mais nous sommes enfants de nos poupées gigognes.
Oui, les fils de la Vierge improprement langés,
pareils à des soleils porté par les cigognes,
ont sabré le Champagne et réussi changer.
Cousant de peaux scalpées l'Hier et le Demain,
comme une montgolfière enflée d'orgueil acide,
un mot vient à ma frappe et mes alexandrins
le perpétuent sans fin pareils au génocide.
Un verbe à mon clavier pourtant décapité
par l'âcre Amour extrait du manque de raison,
pousse en vigne entourant ma vierge dépitée
d'un feuillage abritant sa tige sans saison.
L'Hier et le Demain sont bien plus que des mots :
ce sont les entrelacs dont se nourrit la Vie,
ce sont nos rédemptions, nos fabuleux gémeaux !
Tandis qu'en poursuivant sa Chimère à l'envi
dans l'odieux labyrinthe où s'emmurent nos maux,
tombe une encre de Chine, on ploie mais on revit.
J'aurais voulu t'écrire un roman magistral,
une symphonie mue par un Verbe étranger
dont le solfège exsangue aurait d'un corps astral
enluminé l'insulte, enjolivé l'objet.
Puis je me suis heurté contre un mur hypocrite,
un obstacle hérité des capitons crevés
par un esprit rebelle alignant l'âme écrite
à la façon moisie des partitions rêvées.
Mais face au mur du çon, face au fossé béant
des vacuités perdues dans la chasse au grand Rien,
je nous sais progresser par des pas de géants.
Je nous sais percuter de nos voix singulières,
une âpre bien-pensance aux faux airs aériens,
Je suis supersonique et poussant de mots-lierre.
Je suis le seul à pouvoir dire ta beauté
Parce que tu ressembles à l'eau sans couleur coulant des pierres
Parce que ton regard au flux des années passées
Reste à ce point limpide en te décrivant
Que je m'abreuve à ta lèvre entr'ouverte
En ton cœur est la fontaine irrésolue
Le moulin de mes paroles et la meule effrontée de ton sourire
Il y a dans le vert de tes yeux le parfum des pommes à Pont-Croix
Les jardins suspendus regardant couler la rivière à contre-sens
Et tes tâches de feu sur une eau saumâtre à disperser
Je suis le seul à pouvoir dire ta beauté
La profondeur de ton sourire
Allant creusant mes sentiments secrets
Ma passion dans toutes tes absences
Et ce qui ronge enfin ma brutale impatience
En distillant sur pied, le parfum des regrets
L'espoir abandonné
La douce gravité de ta bouche à mon inexistence.
La noblesse est un leurre et sa robe un blason
dont le décor oral dicte un mensonge écrit,
car en te trahissant, j'appâtai deux maisons
marquées du fer à trépasser malgré les cris.
Se croire un parvenu lorsque l'hiver arrive
et que sans bienvenue le froid gèle les eaux,
je n'en sais qui soient parvenus sur l'autre rive
autrement qu'en ramassant l'état de leurs os.
La vie, la mort et l'heure absolument venue
sur le cadran d'un temps charcutier par moments,
tout ça se saucissonne en notre festin nu.
Tout ça signe en saignant, rouge et sanguinolent,
la noce édulcorée de fables ingénues
selon laquelle on tue l'idée de nos amants.
Les par-dessus jetés dans l'air
et les dessous doués de raison,
la danse impose aux partenaires
un supplément de diapason :
le corps oscille et visse en vain,
le cœur aussi comme un pendule
et de ses battements (cent-vingt)
noue la fréquence qu'ils modulent.
On a si peu décrit la danse
et ses substances animales,
et ses suées dans la cadence
— où est le fiel, où est le mal ? —
alors que toute mise en transe
— où est la fille, où est le mâle ? —
est en son genre (oh, quelle outrance!)
une évasion plus maximale.
On se déhanche, on déambule,
on rêve en geste, on vibre enfin
sur quelques sons, petites bulles
où l'on s'éclate en mort de faim ;
pressant les muscles et les sons,
la communion des sangs, des chairs,
embrase un âme à la façon
d'un champ de braise hors de jachère.
Souvent, nous bâtissions des mausolées d'argent,
de puissants coffres-forts éblouissants d'ordures
où le système était le maître et nous l'esclave,
où sous les traits obscurs d'un soleil astringent
brillait l'éclat d'obus cinglant des lingots durs
et la fragmentation sociale où tout s'enclave.
À cette époque, un monde immonde et dialysé
par les pétro-dollars, avait pour fin fatale
une surchauffe épidémique et démunie
d'alternative, hormis des maux stigmatisés :
Marx écrivant en toutes lettres « Kapital »
était un diable en rouge aux Nations Désunies.
Mais rien ne dure impunément qui fait le Mal !
En décroissant bien sagement, l'Économie
fit sa métamorphose en papillon de soie,
car en l'Intelligent qui sait l'Homme animal,
est un réflexe inné, celui de sa survie,
celui du choix permis qui jamais ne déçoit.
J'implorai le pluriel à des pluies déplorées,
la singulière apnée d'un sanglier tondu,
quand un pantin né du Cotentin coloré,
me guida sur la Manche au fil de l'eau tendu.
Le destin s'entortille, et l'intestin sorti
se répand sur la carte, et ses pans qu'on écarte
ont l'éclat d'un diamant d'un endroit desserti :
la beauté barbotée d'une humeur incarnate.
Au long de ta côte a sailli mon désir de ravin ;
j'éprouvai des régions qui pouvaient m'être état,
de mes cris vent sortit pour me rendre écrivain.
Mais trions les mots traits dont on nous maltraita :
si l'on se faufilait sur la falaise en vain,
l'être étreint te traite en traître au train d'Étretat...
Je ne parlerai plus de la couleur des yeux
ni de la rouille en tâche aux creux de vos pommettes ;
il me faudra bien trouver l'argument fallacieux,
pour m'abattre assez fin méprisant les Baumettes.
Et de ce château d'If inhalant le sapin,
de l'apnée salvatrice inhérente à vos fuites,
il faudra conserver le bon suaire de lin
comme gueule de bois juste après sale cuite.
En effet, l'on est fait dès que l'on romantise,
alors que les dits faits défaits sont diffamants,
que la haine est un feu diffus que l'on attise.
À l'Amour on échange au besoin les amants,
le sexe est une excuse à de pâles bêtises ;
et l'astre émasculé se perd au firmament...
Dans le silence étourdissant des solitudes,
on aperçoit la silhouette évanescente
amourachée des quelques mots de platitudes,
aussi versés comme une braise incandescente.
Et l'enfumé mirage ainsi se dispersant
dans l'atmosphère empuantie du brasero,
laisse à mon rêve un goût de cendre, un goût de sang,
laisse à la larme un goût de sel, ingrat zéro.
La chanson mixte est à deux voix reprise en cœur,
est à deux cœurs ouverts au vent qu'on dit mauvais ;
la chanson mixte est un accord à nos rancœurs.
Elle associe dans son seul corps, un seul Yahvé,
dans son hostie, le goût du pain dont la liqueur
a parfumé d'encens l'enfer et ses pavés.
J'abondai sans raison la douleur en dollars
alors que le cercueil à l'émotion serti
servait pour avaloir à mes dealers de l'Art ;
au plus profond de mon marasme, à quoi sert-il ?
À quoi sert donc le chalumeau des mots fertiles
arrosant les vallées de lunes funéraires ?
À quoi bon découler l'encre à mort sur le Nil
et son serpent liquide aux relents littéraires ?
Avant la venue des charrues, passait l'araire ;
avant l'avenue des ces champs coalisés
contre le temps qui passe, avant l'horaire,
existaient les anciens, les non-mondialisés.
Gavrinis, en tes courbes immortalisées
clignant du doigt comme une paupière erratique,
est mu le corps que l'on débraille analysé
par l'ignorance émue des accords informatiques.
À quoi sert donc le dromadaire épileptique
et son Marché dans le désert évanescent
des illusions de la modernité pratique ?
Un oasis est presque un fantasme indécent !
J'allais sur Gavrinis pour y chercher du sens ;
au cœur de sa spirale, on entre, on s'entortille,
et dans son labyrinthe on s'emplit de l'essence
abandonnée, perdue, cachée sous les orties.
On est des animaux de verre
à la fourrure accidentée,
dont le passage un peu sur Terre
est foin d'une paille écourtée.
Je suis aussi Patrick Dewaere
à l'incongrue fragilité,
tu es Romy devant-devers
un Cinéma facilité...
Facilité par l'intuition
que n'aiment pas nos sociétés,
nos distendues fréquentations
tombant comme un slip empoté
sur notre désincarnation,
sur un écran de cécités
s'offrant nos propres projections.
L'objection tâchant notre honneur
est bien loin des sénilités ;
la Mort est un vieux poinçonneur
accrochant des Lilas gâtés
sur des tickets dont la longueur
est à géométrie ratée,
marquant d'un fer avec rigueur
un brin de ruine horodatée.
De ceux qu'on perd un éclat reste,
éblouissant de sa clarté
les tourbillons qui vont de Brest
au cœur de l'intériorité.
Parfois, des tessons qui l'attestent
épousant l'image annotée,
s'en font le concret manifeste.
On se croit si souvent servi
dans l'orgasme ou l'alacrité,
pourtant partout le temps sévit ;
richesse ou bien médiocrité,
la Mort ajuste son devis
comme un monteur ayant monté
débris de verre en bris de vie.
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