vendredi 29 janvier 2010

Madeleine et Jean-Baptiste



Je n'ai jamais aimé les 17 février
Pas plus ceux d'il y a presque un an
que ceux d'il y en a presque trois cent cinquante
ni ceux qui viendront demain nous rappeler qu'il y a un 17 février tous les ans
à la différence du 29
ou du 32 décembre...
Je n'ai jamais aimé cette date car elle tinte d'échos de verre brisé
de lustres
– un lustre c'est cinq ans, car sur les lustres de l'Illustre Théâtre
il y avait cinq bougies –
dont les liens finissent par rompre
et qui choient
dans le vacarme des mauvais choix.
Et en repensant à la venue d'une nouvelle occurrence
de ce jour où Tamerlan fut inhumé en Samarcande
je souhaitais raconter une histoire
l'histoire d'une histoire d'amour
triste
car les histoires d'amour sont toujours tristes
(pour être gai il ne faut point aimer si ce n'est d'amitié)
celle de Madeleine et Jean-Baptiste.
Elle comptait quelques années de plus que lui...
Elle escomptait le cacher le plus longtemps possible...
Sans jamais rien n'en avoir à lui dissimulé.
Ce fut un jour
une nuit plutôt
parce qu'il la vît
que sa vie
prît un tour
des moins communs qu'il soit
des mois comme un qui sot
ne saurait mesurer l'étendue de ce petit changement
dans le chamboulement
sur le lequel nos certitudes s'assoient.
Pourtant
ce ne fut qu'une rencontre.
La simple rencontre d'un jeune homme avec une actrice.
Belle
Rousse
Verte
– la couleur tient souvent à celle du regard –
dans la moire de sa tenue de tragédienne
et sous le casque d'Iphigénie
dans l'amour naissant qui fit Génie
d'un jeune tapissier
dont les mots s'attacheraient au tronc de la langue française
comme un plante grimpante
comme au corps de la belle
comme aux heures du bonheur cueilli sur la route
comme aux instantanés des jeunesses qui fanent toujours trop vite
comme à ces cris de joie sans honte
sans retenue du moindre décibel
sans attention ni peur, ni reproche ni déroute
sans se soucier des courbes ni des pentes
sans inflammation ni gingivite
mais juste de baisers et d'étreintes qu'affrontent
les flammes de l'enfer du verbe et de la comédie
dans l'union sacrée de ceux qui ne sont que comme est dit...
Ils s'aimèrent donc
parce qu'il ne pouvait en être autrement !
Madeleine et Jean-Baptiste
aux prénoms des principaux du Christ
marchèrent sur les sentiers
de notre ignorance à tous
de nos petites mesquineries
de nos grands sacrifices à l'âme qui nous sublime
de cette chose à la fois fragile et déifiée
qu'est l'amour des amants
et dont on ne peut défier
que l'abrasion du temps...
Mais la voie parcourue s'était incrémentée dans leur destin
les voix du théâtre aussi
et quand un jour il fallut qu'il écrivît
il devint naturellement l'auteur qu'elle avait toujours su chez lui...
Et quand un jour il voulut épouser sa jeune sœur
– ou sa fille, qu'en sait-on ? –
elle sut le poids de cette attendue trahison.
Le succès ne génère pas toujours la clarté de l'esprit.
Elle mâchonna sa douleur
presque en silence
elle suça son humiliation
avec une infinie patience.
Je me demande parfois
si aimer
n'est pas
s'humilier.
Elle mâchonna son amour pour Jean-Baptiste
qui fut évidemment cocu
– à quoi bon se projeter sur des filles de vingt ans de moins que soi ? –
en cherchant à cacher à la société
(les diableries du paraître)
que l'on aimait à satiété
les fruits des entrailles d'une littérature accouchée par le siège
par le trône
là où nul soleil n'a jamais chié la moindre merde iconoclaste
dont lui fut immensément capable.
Et quand la disgrâce advint
Ils se retrouvèrent l'un et l'autre
Madeleine et Jean-Baptiste
seuls si ce n'était qu'entre deux
maudissant les tartuffes qu'ils furent un peu
(quant à leur vision de l'un de l'autre)
et les interdictions, et leurs interdictions, et la diction, et le verbe scandé
et les scandales
et les spartiates
et leurs sandales
enfin, quand on passe des soirées entre vieux ou vieillissants
on se rappelle irrésistiblement nos nuits folles d'amants.
Le 18 février
après l'avoir embrassée la veille au soir
Jean-Baptiste est monté.
Madeleine s'était endormie pour toujours.
Il passa toute une année cherchant à comprendre ce qui est important.
Un an se passa.
Un an exactement.
Jour pour Jour.
Et le 17 Février
il demanda à quitter la scène
à rentrer chez lui
en vomissant son sang
Armande était là à qui il avait pardonné
Mais il revit Madeleine
Rousse
Verte
– la couleur tient souvent à celle du regard –
Belle
et il revit sa mère
qui l'avait quitté si jeune...
et il sut en mourant qu'il n'y a pas deux grands amours
qu'il n'y en a qu'un
enfin presque...

mardi 26 janvier 2010

Accomptes d'auteurs






Le vrai drame d'un auteur
est d'être oublié
sa vraie dramatique est d'être rayé
non de la mémoire collective
non des encyclopédies
non des pupitres, des chapitres ni des rampes
mais des registres de la vie courante.
Être oublié de la comédie de la vie...
Parfois
l'œuvre écrase l'homme
comme le tombereau sur Fauchelevent
toujours
l'œuvre écrase l'homme
sans que nul Valjean ne vienne l'en soulager
n'en faisant au mieux ressortir qu'un être abject
bon pour les travaux forcés
– ce qui est d'ailleurs son cas –
souleveur des tombereaux des autres
saoul le vers à la plume
la note aux ailes d'un nez rouge
amuseur publique
sans que rien ne l'amuse que quelques autres aussi malchanceux
aiguilles d'iridium dans la botte du foin fait par la masse des vivants
par la nasse de certains profiteurs
à muse, heurts publics,
et à toute musique, dilacération,
componction,
élucubration,
extrême-onction.
L'œuvre est mais oublie l'auteur :
la créature a noyé son créateur
dans un bain de Léthé qui fut hélas Styx
tandis que le temps ne le fut pas
mais le fuît
et que les heures perdues à la composition
n'apportèrent que peu souvent le prix du sacrifice
fait au nom du Père
du sacré Fils
et de son enceint esprit.
Le libre-arbitre est une vue de ce dernier.
Croire que nous avons le choix est souvent une lubie
des forces sourdent au plus profond de nous
et l'on se croit
et l'on s'entend dire
et l'on s'entend rêver
« tu es né pour ceci »
« pour cela »
et l'on se croise au hasard d'une existence où finalement n'est aucun coup de dé
et l'on veut en découdre
afin de tisser des beaux parements aux flancs des juments du désir
et l'on sait croix
à tout chemin de Damas ou d'ailleurs
et l'on s'y croit
le temps d'une courte vie.
Qu'en reste-t-il ?
La trame de ce qui servit l'œuvre ?
De maladives performances ?
Un bouquet de fleurs envoyé par correspondance – via Baudelaire – ?
Quelques reliques ?
Un cœur débordant d'un amour déçu ?
Un peu de tout cela sûrement...
comme chez tous les gens...
l'âpre goût des idéaux rangés au rang des regrets
les pas sur le sable que l'amer efface
et le souvenir inaltérable d'un sourire
plein d'une vigoureuse joie
gratuite
aux antipodes des calculs et des comptes que l'on doit – dit-on – faire pour survivre
la clef de sol à toute symphonie
un sourire
un sourire qui parvint à changer le plomb des dents cariés en couronne de laurier
un sourire vainqueur
un sourire vain cœur
que la mémoire a vertu de perpétuer éternellement
au sein de l'œuvre.
Avez-vous déjà écouté
– pas entendu, écouté ! –
des poèmes
des symphonies
en vous interrogeant sur la pauvre vie de leur auteur ?
sur ses tous petits ressentis de tout petit humain ?
comme vous et moi ?
Tel est le codex aux portes d'entrée du royaume alibabesque des amuseurs :
ces âmes, ouvrez-moi !
Comme partout
il y eut beaucoup de douleur
beaucoup de pleurs
Mais
la Musique injecte une puissante antidote aux venins les plus insidieux
la Poésie nettoie nos plaies comme la pluie nous noie les larmes
au goutte-à-goutte
et coûte-que-coûte
donc, s'il fallait (enfin) que s'y plaise ainsi Dieu,
que ce Sésame soit ses armes :
laissons la parole à ceux qui moururent
d'une telle dévotion pour leur art
plutôt qu'à de sombres tonsures
plutôt qu'à de pâles césars.


Michel P©2010

lundi 25 janvier 2010

En sous-Dieu






A se casser le nœud gordien sur le prie-dieu
d'un éternel haineux vouant aux gémonies,
on laisse aller le temps de nos printemps radieux
aux miasmes d'un étang que d'abrégés mots nient.

A fondre d'un cancer qu'on distille en secret
dans les feux de l'enfer où nos âmes pataugent,
on oublie cette forge où le verbe se crée
et le son de la gorge entre saints qui se jaugent !

On oublie le présent au profit de futurs
qui ne sont que faisans décrochant de leur patte,
divinement confits d'intime pourriture.

Et des queues quoi qu'on fit, une plume à l'épate,
me tient au doigt l'odeur de cette encre écarlate,
cette douce tiédeur de la mort qu'on frelate.

samedi 23 janvier 2010

Eux






Je pensais parler d'eux
dans les règles drastiques de la prosodie classique
dans le carcan de la rime et des pieds
dans les positions des pieds
des pas
des « je peux pas
mais je le fais quand même »
des danseurs apprentis
des larbins repentis
et je suis en train d'entendre un requiem...
Je pensais parler d'eux
dans la rigidité rassurante d'un cercueil capitonné
qu'ils n'eurent même pas
même pas d'eux deux
même pas de deux
tant leurs angoisses furent communicatives
à l'époque
et leur Génie évident
aujourd'hui.
Ils vécurent sous le poids d'un père
l'un sous le poids de sa présence
l'autre sous le poids de son absence
ils vécurent peu de temps
à l'aune de la vie commune
mais le temps est une chose élastique
– tout le monde le sait ! –
que l'on dilate sur les partitions
que l'on triture sur les tables de torture
de l'édition
le temps de l'oreille
les tons péchés à la mâture
de l'immature
et des fables du sommeil...
La fameuse « petite voix »
celle qui vrille le cerveau
comme une chignole
agitatrice
perforatrice
celle qui remplit le vide de l'existence
d'un univers parallèle inconnu de l'autre
et d'harmonies inexistantes aux mariages de nos synapses
comme d'un bûcher dont on se voulut relaps
de tout ce dont on fut apôtre
de nos bâtisses espagnoles
en terres d'inconstance
et des grandeurs insoupçonnables
dont s'enflèrent les vers et les phrases
musicales
des phases d'emphase
et des morceaux misérables
à l'achèvement lacrymal.

Je pensais parler d'eux
mais n'en trouvais pas l'entrée
simplement parce que ce sont eux qui ouvrent les portes
et que leurs clefs
sont soi faites de notes non à régler
soi construites d'une mélodie plus secrète
d'additions
d'addictions
de gros pansements sur leur cœur pas préhensile
panser
penser
sessile
Cécile
le français offre le vocabulaire du salto pour le pire acrobate...
Mais une chose m'intrigue :
pourquoi chambouler le monde et en être conscient au point de vouloir le quitter ?
On s'essouffle tous !
Les essoufflements de Mozart et de Rimbaud ont accouchés de mondes nouveaux.
Ces deux enfants prodiges
Ont propulsé le monde dans des dimensions nouvelles
on ne peut ne pas parler d'eux
on pourrait parler du monde sans eux
ces deux enfants du monde sont morts
dans un monde qui les ignore
mais celui-ci mourut plus sûrement qu'eux...
A ceux qui n'ont jamais écrit
qui ne savent pas l'emplâtre que l'on se pose
à graver par la plume
en faisant rouler des boules de billard
des lettres ou des notes
à ceux qui s'imaginent ces feignants de l'écriture
à ceux qui croient que l'art est facile
à ceux qui ne savent pas
à ceux qui ne parlent pas à ceux dont ils aiment les notes ou les mots
à ceux qui marchandent comme au temple dans la stupide certitude du présent
à ceux qui marchent sur les chemins de la réussite
à ceux qui oublient que Mozart écrivit leur messe de mort
à ceux qui oublient que Rimbaud écrivit la messe de leur vie
je ne me fais qu'écho de ces deux grands Génies
dont je me satisferais
d'un strapontin
entre eux-deux
au Paradis.

vendredi 22 janvier 2010

Commune aimante

Je n'ai rien à écrire ce soir. Je suis sec. Alors je republie ce texte qui m'est cher :






Oh ! L'histoire
            délétère
                        de la rue
                                     m'est immonde...
de l'espoir
     dès les terres
                         aperçues
                                       d'autres mondes,
le mouroir
  que l'un, Thiers,
                          a perçu
                                         de la fronde,
qu'aux trottoirs,
       les deux tiers
                        ont rendu,
                                       sang dans l'onde.

On peut s'interroger du festif socialisme
des communards vermeils comme des cartes, mais
le cri de liberté, de fougue et d'anarchisme
dont nul ne fut pareil, ne s'oubliera jamais !

Tout est teint d'éosine aux rues du gai Paris,
tout éteint est le phare aux mines déconfites,
au goût d'hémoglobine à nos lèvres meurtries,
sans préjuger des fards de ceux qui prirent fuite.

Du dix huit mars en fête au mur des fédérés,
et de l'hôtel de ville à la rue Ramponeau,
on ne vécut en fait que d'un rêve éveillé,
que les réalités en vrille altèrent bien trop tôt :

Il y eut
   ces otages
                   sacrifiés
                               sur l'autel
révolu
des carnages
                    justifiés
                               par un tel...

Mais le cœur de Paris, soudain, s'est animé
d'une ferveur étrange aux couleurs de l'absinthe,
les artistes aussi, comme monsieur Courbet,
Laisser passer l'échange aux faveurs de leurs craintes.

Ce cher Adolphe Thiers, au prénom si logique,
eut comme syllogisme en filant à Versailles,
de préparer la guerre au peuple d'alcooliques
moquant son dur cynisme, et cheveux en bataille.
Nos temps sont durs, parfois, aux retours de bâton,
Le mur des fédérés, la cour de la Roquette,
gardent des pavés froids, couleur de répression
du sang des fusillés qui de couler n'arrête...

Trois mil cinq cents
Sans jugement,
               la cicatrice
            conservatrice,
                                la liberté ?
                       C'est cher payé...

Que reste-t-il
De ce grand deal ?
                  Jules Vallès
            et ses faiblesses ?
                                   Louise Michel,
                                J'écris pour elle...

Je pense ressentir comme une aimantation
pour la Jérusalem céleste aux idéaux,
et si Paris s'en tir', commune aimante à Sion,
Paris, c'est sûr, je l'aime, et leste à tous mes maux.

mardi 19 janvier 2010

Brazil





À Terry Gilliam,


Lorsque la machine est lancée, prête à broyer
ce que tous on chinait à l'orée de l'espoir
et de nos rêves d'or en Brazil aboyé,
c'est qu'une crève endort la pompe au cœur en poire..

C'est qu'une grippe enterre un tombereau de vœux
sous des verbes à taire et des compliments sots,
sous un sceau de raison sociale aux morveux
que nous fûmes – prison, l'élan privé de saut...

Car toute mécanique est en état grippal,
un beau jour se fait nique et s'enraye en un grain,
grain du sable du temps aux nuages gris-pâle,
papier journellement pressé, kiosque en écrin...

Les rêves s'écrivaient sur du papier mâché
par les dents que revêt la mâchoire du monde,
à même hachoir l'amour, dont on a fait marché,
ne marche plus qu'homme ourdi de pinces immondes.

Ô Brazil ! Braise il est de notre feu profond !
Si tant est qu'exilée, nous la fassions jaillir
au creux de nos foyers, à l'ocre d'un greffon
où l'ogre faux-fuyait : oh ! Fait nous tressaillir !

Redonne-nous les ailes !
-----------------------------Les ailes du désir !
Les tangents parallèles
----------------------------pour voler d'un plaisir
élenfatin,
-------------piterpanesque,
-------------------------------à fleur d'hélice,
Rome-or en tain,
--------------panicarresque,
--------------------------------miroir d'Alice,
exupérysque et puéril !
----------------------------------Vol à la tire !
Et dans de chauds tricots stériles,
------------------------------l'aile elle attire !
Le corps au bord hâtif,
---------------------------re-permet-nous, planeurs,
les ronds itératifs
----------------------du zéro de pleine heure.

La frontière entre rêve et cauchemar est fine.
Le sommeil n'est que trêve aux tourbillons du vent
de nos réalités qui sont parties infimes
au grand tout délité du masque mis devant.

Et quant à la folie, nous ne savons rien d'elle !
Est-ce ce qui nous lie ? nous libère au contraire ?
J'ai bu des oiseaux flous flutés à titre d'ailes,
rendus que je renfloue, passereaux, passerelles,
Bouteilles dont la lie se déverse à la mer...

samedi 16 janvier 2010

L'oiseau de paradigme









Nous brouillons d'inculture un oiseau magnifique,
cadeau de la nature aux misérables nous,
lui qui reste debout malgré nos pets méphitiques,
nous roulons dans la boue de nos mœurs, pauvres gnous !

Il voyage en nos cœurs, sur leurs multiples branches,
et se fait mastiqueur de nos carreaux cassés,
lui, l'oiseau de la chance au bec en pique franche,
constatez sa constance à tout trèfle effeuillé !

Moi, je l'ai appelé « l'oiseau de paradigme » :
ses plumes épelées me font penser aux vers
de nos plus grands auteurs, à toutes leurs énigmes
qui prises de hauteur, prisent notre univers.

Son vol écervelé n'est rien d'autre que
les vœux dont ont vêlé – de nos intelligences –
les couleurs qu'on cuisine en pauvres maîtres-queue,
sur nos vies qu'on usine au plat de l'indigence...

Et son chant, pour parfait qu'il puisse nous paraître,
est fait de lits défaits, tessons de tessitures,
d'amants déçus dessous que l'on finit par être,
voies brisées pour deux sous, pour trente déniés durs...

Mais il ne plie jamais, l'oiseau, volant au voile
pudique et indiscret de notre grand partage,
des miettes de bonheur et cette fille à poil
dont la photo se meurt, flottant à notre étage...

mercredi 13 janvier 2010

Hispaniola





Je n'ai pas d'argent à donner pour Haïti (pauvreté) alors j'écris leur histoire afin d'émouvoir ceux qui ont l'argent pour donner.


Lorsque l'on constate une cicatrice
sur l'un des yeux du globe
andalou coup de rasoir à la Buňuel
la cica-triste frontière nord-sud qui fait partage de l'unicité d'une île
on se dit qu'elle a beaucoup souffert...
Hispaniola
c'est ainsi que la baptisa Colomb
venu instiller le poison d'une inextinguible faim catholique, blanche et apostolique
pour ce qui touche aux métaux précieux
et à la possession de ce qui ne devrait revenir à nul être
à nulle entité humaine
la terre nourricière
et l'âme
et le corps de l'Homme
si ce n'est à Elle
la terre nourricière
et à l'humanité toute entière.
Colomb donc
avec ou contre son gré
débuta l'éradication des indiens aborigènes d'Hispaniola
fidèle au culte du péché originel et de l'Adam chassé de l'Eden
en parlant de paradis espagnol
il apprit aux indigènes un concept qui leur était absent :
l'enfer.
Les fers
les fers brûlants de l'esclavage
de l'exploitation
de la scarification de la nature humaine et de la nature tout court
le fer de l'épée dont on connut le fil
emperlé d'indiens caraïbes
pourtant ce n'était pas Tahiti
mais Ayiti
« la montagne dans la mer »
Hispaniola...
Et le « pauvre » Colomb
– ah, mon colon, si tu savais ! –
broyé tout comme « ses » indiens par la machine sainte, catholique et apostolique
avide d'or comme Crassus
(qui le bu brûlant chez les parthes en guise d'extinguibilité)
avide de sucre comme un César empoisonné
le « pauvre » Colomb
avec son nom déjà rectal
l'eut dans l'os !
Hispaniola revint à la toute puissance de la sainte Espagne dont elle portait le pseudonyme.
Cette dernière organisa merveilleusement la traite des Wolofs
bêtes de somme immensément plus productives que les fientes indiennes disponibles
crevant trop vite de leur enfer
tandis que le bon neg'marron
importé des comptoirs d'Afrique
fournissait la main d'œuvre idéale
à coups de fouet
à coups de boutoir
à coût réduit
à bon bénéfice
à bon nègre, Bene Fils, Bene Père
et pour le reste l'esprit sain...
C'est ainsi qu'Hispaniola
île surnommée de Saint Domingue
et passée Ayiti
et future Haïti
se peupla des couleurs sombres de nos cousins sénégambiens
sur une ordonnance de Ferdinand
- retenez bien le nom de ce désar-roi
qui créa là le commerce triangulaire
retenez-le pour le vomir tous les matins
sur une tranche de pain béni –
c'est ainsi qu'Hispaniola devint
loin des rêves de Colomb
le premier camp de concentration.

Lorsque l'on constate une cicatrice
sur l'un des yeux du globe
andalou coup de rasoir à la Buňuel
la cica-triste frontière nord-sud qui fait partage de l'unicité d'une île
on se demande ce qui l'a provoquée...
On fit beaucoup d'argent sur la canne à sucre ici
– tout le monde sait que Colomb avait menti sur l'or –
mais peu à peu l'avidité de l'or
tourna les regards des conquistadores
vers d'autres horizons
et de cette délétion
des vides d'ambitions
d'autres farfouillèrent à s'en remplir les fouilles
des boucaniers
des éleveurs à l'arrache
fournissant en viande les flibustiers français de l'île de la tortue
juste au-dessus
à coups de fouets toujours
à coups de hache
fournissant les dépeceurs des dépeceurs du nouveau monde
– car est ainsi faite la biologie qu'elle crée toujours un mal plus puissant que le mal –
toujours est-il que ces mercantiles français commencèrent à s'emparer de l'ouest d'Hispaniola.
Les champions maritimes de nos Louis
(qui ne furent pas d'or mais numérotés jusqu'au couperet)
encouragèrent cette ingérence
et peu à peu l'ouest de l'île devint un comptoir du pays dit des lumières
sans que ne change l'exploitation pour autant
la philosophie se trouve dans les livres
plus rarement dans les champs de canne à sucre...
C'est comme les révolutions !
Ceux qui les font crèvent
ceux qui les initient, comptent !
Il y a les comptables
les ouvriers
et les esclaves.
Ces trois classes sont travailleuses
Elles sont dirigées par ceux qui dirigent :
l'organisation est celle des camps de concentration
les comptables sont les capots
les esclaves ceux qui travaillent à en crever,
les ouvriers ceux qui les enterrent dans la fosse commune.
Vous voyez du changement dans l'ordre du monde, vous ?
On met parfois un peu de maquillage sur les lèvres des putes
mais les embrasser coûte toujours, malgré tout...
Coûte souvent la vie.
Au traité de Ryswick
– faire des traités sur des contrées de rêve dans des endroits aux noms de cauchemar –
le tiers Ouest d'Hispaniola fut reconnu français...
On y traitait le sucre mais aussi l'indigo
ô couleur subtile
extraite du sang du noir
– je ne sais pas si de mon sang sortirait l'indigo
de mon sang de blanc
qui est du même rouge –
puis vint la révolution
là-bas à la Bastille
puis vint Toussaint Louverture

- STOP – TOUSSAINT LOUVERTURE STOP -
- UN NEGRE VEUT REGIR UNE DEPENDANCE DE LA REPUBLIQUE STOP -
- LE COMITE PEUT-IL ADMETTRE CECI ? STOP -

Des révoltes cimarrones qu'un ami me conta, je prends mieux écho.
Le comité des insalubres publics finit par admettre...
Toussaint – quel inénarrable pied-de-nez à la sainte et catho et aposto – fut
nommé
« Gouverneur par la France, après avoir rétabli la paix »
« rétablit la prospérité par des mesures audacieuses »
Puis sur une une traîtrise de Dessalines, autre chef noir
– comme quoi les noirs se trahissent entre eux comme les blancs –
Il mourra en exil napoléonien
dans le Jura
d'un mal au dent
d'un mal au joues
au château de Joux
quand les dents de sagesse poussent en Haïti
il est difficile de trouver le bon analgésique...
Et le dit Dessalines devint « empereur »
d'Haïti
quelle blague !

Et ce sombre con de Rochambaud
l'homme qui change d'uniforme plus vite que son ombre !
Le faiseur impénitent de troubles partout
le nul en leçons de guerre comme en philosophie
mais dont on est fier parce qu'il a aidé à la naissance des états unis d'Amérique
c'est à dire d'un tyran
ce sombre con de Rochambaud a cru pouvoir triompher avec élégance de la négritude
mais s'est fait grillé la peau des couilles au point de dire
« Haïti est indépendante ! »
1804
Qui sait que le premier janvier 1804
Haïti fut la première république noire indépendante et libre ?
Qui sait cela ?
Qui sait cela parmi les vendeurs de rêves ou de rap ?
Dans l'histoire de Malcolm X
j'aime l'introspection de sa propre histoire
Ce garçon, pour peu qu'il fut provocateur
était dans une quête de compréhension
qui nous éclaire aujourd'hui.
Et dans sa quête
il comprit
que les peuples n'ont d'autre couleur que celle de leur souffrance
et que cette couleur
et souvent rouge sanguine
la couleur de leur souffrance
et qu'il n'est nulle couleur de peau
à pouvoir l'imiter.
Et qu'Haïti
après toutes ses dictatures
après le génie du père Aristide
espère comme nous espérons tous de la vie
des jours meilleurs
des jours moins pauvres
secouez vos bourses, vous les gens dont elles tintent !
Moi ? Je suis le frère de mes pauvres que j'imagine errer sans foyer
moi ? Je les imagine héritiers des tortures des tontons macoutes
et parfois je me prends pour Colomb
je m'imagine à refaire un monde avec eux
débarquant d'une Europe où j'ai fais mourir la religion
pour partager leur sort
pauvre contre pauvre
mais avec un abri
avec un avenir
avec un endroit où dormir
et ma foi dans leur devenir.

lundi 11 janvier 2010

Quand l'imminence grise






A Charles Ives,
Fantastique musicien découvert après sa mort...


Rester tel un sapin, cercueil qu'on électrise,
à s'émietter le pain, le vin, de neige et d'âme,
un vigilant sapeur épris du macadam :
qu'importerait sa peur si l'imminence grise ?

Rester œuvrer dans l'ombre, aux soleils du secret,
dont le triomphe sombre est un vaisseau fantôme,
est une sinécure instillée d'hématomes,
mais point n'est de piqure à guérir le discret...

Il sait de la patience une leçon fortuite :
la mort est une science où tant sont ignorants,
que de notre existence en faibles rats errants,
ne reste que la stance en prix de nos conduites.

Il sait que son travail n'est pas du quotidien,
et qu'il n'est rien que vaille une tranche de l'art,
crevant la gueule ouverte, ô trouble vicelard,
si lui travaille à perte, un monde est rimbaldien...

Mais nul ne peut l'entendre, il sert ses harmonies
à sa carte du tendre où git un signe indien,
et des notes – globule en sphère, rimbaldien –,
se fabrique une bulle où m'est toute arme honnie.

Alors, si décéder est la voie que l'on prise
pour pouvoir exister sur ces chemins obscurs,
ne soyons pas inquiets, la mort est le plus sûr !
Ceux de l'art restent quiets : car l'imminence grise.

samedi 9 janvier 2010

Egoïste






A défaut de connaître les règles du « Je »,
j'en sais se battre l'être à coups de fléaux,
et se tordre le cou dans le spasme orageux
de la plaie qu'on recoud pour un vain reflet haut...

A défaut de savoir comme on s'aime soi-même,
mes si pauvres pouvoirs sont à ma noire amante :
l'encre ; aux pattes de moche, ajoutons mes pieds blêmes,
et mon vert-de-gris boche aux tranchées amarantes...

Un jour, à court de vie, je cesserai mon bruit ;
quand le crayon dévie, pour ne laisser qu'un trait
en lieu de signature, alors on s'est enfuit...

Mais de cette rature, adressant à jamais
à de super Nobel une explosive liste,
mon âme sera belle à tout plein d'égoïstes.

vendredi 8 janvier 2010

Mutique





On pose du silence entre diverses notes,
qu'on perd dans un cil, anse à tant de baies de vœux,
ayant la mère à boire en un jeu de quenotte,
et trois janviers, déboire où décède l'aveu...

Donc pause, dut-elle en sortir anorexique,
d'un vide tutellant le poids de nos absences,
ne m'est ni plus ni moins que ce produit toxique
dont je me fais le joint pour retrouver du sens.

Tous ces creux sont des plains où coulent des rivières,
jamais l'on ne se plaint de nuits passées trop seul,
ni de leurs léthargies, ni de rêves d'hier.

Si dans ces syzygies où sommeille un linceul,
je me drape de blanc pour masquer mes brûlures,
c'est pour le faux-semblant propre à tous ceux qui l'eurent...

jeudi 7 janvier 2010

Soul-ô-graphie !




Cela faisait une éternité que je n'avais pas écrit de chanson. En voici une ! Sur Aretha, ça vous donne une idée :



Bougez des hanches !
----------------------Ondulez doux !
-------------------------------------Oh, oui ! ça y est !
En avalanche,
---------------------oubliez tout :
-------------------------------------le monde est niais !

Couleurs de peaux ? Trancheurs de veines ?
Aucun de nous n'a le sang bleu !
Certains n'ont même pas de vaine,
mais ont du sentiment, morbleu !
Coupeurs de joints, coffreurs de marche !
Trémoussez-vous dans l'escalier !
Noé fait place dans son arche
à tous les gardes fous alliés.


Bougez des hanches !
----------------------Ondulez doux !
-------------------------------------Oh, oui ! ça y est !
En avalanche,
---------------------oubliez tout :
-------------------------------------le monde est niais !

Et vous les filles maltraitées :
brûlez d'usines à la drague,
que vos déchêts soient retraités
et nos baisers aux terrains vagues.
Allez ! Black ou blanche ou beurre,
remue ton cul dessous ta blouse
de sots métiers, de durs labeurs,
remue ton cul dessus le blues !


Bougez des hanches !
----------------------Ondulez doux !
-------------------------------------Oh, oui ! ça y est !
En avalanche,
---------------------oubliez tout :
-------------------------------------le monde est niais !

Et nous les gars, regardons-les,
faisons-nous fi des jalousies
sur ces silhouettes pommelées,
laissons la soul aux fantaisies !
Laissons-les donc nous rendre idiots,
je ne connais pas d'autre idiome
ni d'autre langue à ce rafiot,
et ça : depuis que je suis môme.


Bougez des hanches !
----------------------Ondulez doux !
-------------------------------------Oh, oui ! ça y est !
En avalanche,
---------------------oubliez tout :
-------------------------------------le monde est niais !

mercredi 6 janvier 2010

Arabesque






Pourquoi ne plus tourner les uns autour des autres,
sans jamais se toucher que d'un mot, d'un regard ?
et que d'une arabesque ou d'une patenôtre,
s'enfuisse en un soupir un train sans prendre gare...

Pourquoi précipiter ? comme un produit chimique ?
l'amour décapité n'a saveur que de sang,
dont l'humeur a varié au gré de nos mimiques,
où décors à marier paraissent indécents.

En ignorant les fers que le sexe a forgés,
peu à peu l'on s'enferre au creux de solitudes
dont nul ne peut jamais, vraiment se rengorger,
dont chacun se voudrait en preneur d'altitude...

Pauvres aérostats : vous êtes des baudruches !
Faut-il un rhéostat dans votre trou du cul
pour que de vos chaleurs, sans vos fientes d'autruche,
subsiste quelque ardeur à vous voir convaincus ?

L'amour est orphelin de son acte d'aimer,
qui n'était qu'un vélin pour sa belle arabesque,
et qu'on a raturé d'un trait d'arc anémié,
dont on fit un baiser à saveur de latex...

Cupidon sous dialyse et Vénus éclipsée,
l'effroi nous paralyse et le charme est rompu,
le froid nous prend au corps et l'amour est clipsé !
Mais j'imagine encore un accord impromptu.

mardi 5 janvier 2010

La plage





Je regarde un enfant farfouillant sur la plage
– mon cerveau s'est peuplé de bonheurs estivaux,
ma trompe d'oliphant, Saint Eustache à la nage –,
j'entends son doigt criblé par ces grains de pavot.

Il écrit : en naissant en naissain d'océan,
à poser une empreinte à l'embrun littoral,
on trace, évanescent, sur le sable céans,
les pas de notre étreinte à l'emprunt littéral...

Et sous le ciel d'azur du regard de sa mère,
recrée la mélodie des gemmes musicales,
de cristaux en brisure, ô coquille éphémère !

Mais que d'amours vainqueurs me vouent aux gémonies !
S'ils avaient lu le dit du doigt de l'enfant sale,
Ils m'eurent su par cœur, par ceux que j'aime honni.

lundi 4 janvier 2010

Mieux communs






à Matthieu,

Les longues galeries de portraits sans Gauguin,
sont peuplées de lourdeurs et de fats potentats,
dont la cavalerie – tricheurs ! – appartint à
la crasse des seigneurs et des vassaux sans gains.

Les poulpes du bateau sont ainsi peu ou prou,
non point nos guides mais, des pantins à nos rênes,
des printemps aussitôt, s'encornent à leurs règnes,
même les mois de mai figurent à leurs proues !

Taisons les dictateurs et les dictées bâclées :
mes fautes d'orthographe, à la droite du verbe,
sont compliments tâteurs d'objets trouvés dans l'herbe
du plus fin calligraphe et de son Paraclet.

Taisons la forfaiture et ses odieux mensonges :
croyons en nos cités où nul ne quémanda ;
puisque l'effort fait dure au-delà d'un mandat,
vivons nos densités comme il en est d'un songe.

dimanche 3 janvier 2010

Cheminot qu'à tes nerfs !


Certains, lisant ceci, finiront en beaux vieux,
amassant les clichés de leurs petits enfants
– qu'ils compulseront trop de ces mêmes beaux yeux –
les tenant par la main, au seuil de leur néant.

Je ne sais s'il faudrait les envier de ce sort :
combien de ceux que j'aime ont loupé mes minots ?
Si la vie n'obéit qu'à la loi de la mort,
de ce chemin d'enfer, je suis donc cheminot.

Si ne tient qu'à tes nerfs, lecteur, que je déraille,
que mon entrain plombé faussement ne t'aiguille,
laisse donc faire, alors, que ton rêve ailleurs aille...

Laisse aux pluies imprévues leurs coups, l'œuvre d'anguilles,
et tous les serpentins non-sus d'un nouvel-an,
ni l'âne ni le bœuf n'eurent dieux en vêlant...

jeudi 31 décembre 2009

Surnuméraire




Pour Enki Bilal, il y eut le trente-deux.
Et pour Hugo Pratt, il y eut le trente-quatre.
Laissons donc les dates de décembre s'ébattre
dans le satin froissé de noëls hasardeux...

Cela fait bien longtemps que le surnuméraire
de mes calendriers jivaro, gît friable,
au gré des flux du temps, des marées mariables
à l'autre jour qu'un an neuf, fut-il éphémère...

La vie commence avec l'éclatement textile
des fibres d'agenda et des fins de carnets,
des films sans le plastique – et de Marcel Carné.

L'année démarre un jour sans être bissextile,
l'année finit un soir, frottant parfois la lice,
leurs joutes sont baisers sur le miroir d'Alice.

mardi 29 décembre 2009

Autodafé





Nous étions véhéments sur nos claviers de rimes,
et de Yahvé aimants et faiseurs de miracles,
gravissant des degrés conduisant à l'abime
du mirage enfumé qui de nos gorges racle.

Nous mourrions brillamment, oublieux du présent
de nos statuts d'amants consacrés à nos vices,
portant l'odeur d'encens qui fleure du faisan,
et le parfum de sang des hyménées novices.

Nous fûmes du poète une grimace amère,
une marche obsolète à la boussole folle,
le reflet d'un miroir dans les yeux de nos mères...

Et s'il est tant à croire au bûcher où s'immole
un passé dépecé par le vinaigre, Homère,
laisse à mes vers lassés la chevelure molle.

dimanche 27 décembre 2009

Karakorum





Il montrait le sommet de son doigt cannibale,
grattant sur sa rétine une image entêtante,
lui qui s'était sommé comme on tire une balle,
d'accrocher la tétine à ses lèvres gerçantes.

Tant de bêtes tintaient des cantines ballantes,
gravissant ses degrés, ravissant mamelon,
que le ciel se teintait de nuances hurlantes,
prêtes à éclater du trop mûr d'un melon.

Puis le froid vint saisir la cohorte euphorique,
s'effilochant soudain sous des griffes fatales,
la laissant à gésir sur les pas amnésiques
du terrible dédain de cet autre Tantale.

Lorsqu'il parvint au fait de la montagne aimée,
il ne put constater qu'un vide à ses côtés,
il n'y eut point de fête au comble de l'acmé :
que d'ombres à tâter dans cette cécité !

Les enfants du paradis

samedi 19 décembre 2009

Le chien andalou

à mon Amour,

Elle aperçoit des cieux découpés à la lame
d'andalous chiens spécieux pissant dessus ces crimes,
que d'irrévérencieux matons de macadam,
transforment en essieux des roues où l'on s'escrime !

Des lames de rasoir, fendant l'air et le feu,
fandango dérisoire où la danse est le pire,
où toute implorescence est de paragrapheux,
le résumé d'essence où nos proses expirent...

Laissez le mouvement ! ne le menottez pas !
et si le mou me ment, ne me le notez pas !
Laissez moi seulement, ses bribes qui m'arrivent.

Tout Amour est un œuf, couvé par le hasard,
tout amant est un veuf à qui l'on dit « bizarre »,
tout avenir à neuf, et dis à la dérive...

dimanche 13 décembre 2009

Dix-neuvième





à mon Père et à Marie,

Il pourrait s'agir d'un arrondissement de Paris
celui, petit pauvre
qui fit des culbutes-Chaumont
au nord d'une Belleville
à l'est de Montmartre
à force de Sibylle
au temple enfermé dans un pentacle ésotérique
Bref
entre les seins de Paris
engorgé
engorgé comme son métro qui dégorge comme dégorge un cornichon
Corps
Nichons
entre les seins de Paris
cravaté par des apaches – heureux qui, communistes
depuis la place du colonel Fabien
ont fait un beau volage – et
étranglé d'offices notariaux
pour quelque héritage ou valeur immobilière
(l'immobile du crime)
cédant à d'autres la corde pour se pendre
station Danube bleu
valsant sur tant de places défaites
arrondissant les coings ou les pattes d'oie
sur le visage de la grande pute
Paris
Babylone
l'avant-dernier arrondissement avant l'achèvement de la forme
patinée
fuyant par le canal de l'Ourcq
sur lequel on patine par grands froids
uretère routière vers périphérique néphrétique
éreintée par le joug capital
des crises de surpopulation
émiette d'un petit trop poussé
les évocations d'une ceinture parisienne
chasteté
ventre rond
le dix-neuvième !
Non !
Je ne parlerai pas de Paris
ni de la station Magenta
ni de la beauté des Lilas
et de ses télégraphes
ou de ses télégrammes en gestation
ni de moi
– ce garçon un tantinet raseur a l'âme jetable –
ni de Badinguet qu'elle envoie valdinguer
quoique
c'est à cet endroit que se noue
à Magenta
– triste colorant d'empire
du pire, en vérité –
le nœud gordien du dix-neuvième :
un siècle fait de napoléons à saute-mouton
– où est le deux ? –
un siècle pétri de génies littéraires
un siècle pétri de génies picturaux, sculpturaux, récipiendaires,
le siècle de la musique – la musique ? – inventée
que nous offrit Mozart
mort trop jeune
essoufflé par son génie
comme tous ceux auxquels il le transmettra dans un siècle qui aurait du être le sien
le siècle dont je ne sais si nous ne nous sommes jamais relevés
français
tant sont de fantômes en châteaux aux murs dissociés
au mur des fédérés.

Je sais encor beaucoup d'enfants vivre aux cloches du romantisme
comme les parias d'un progrès subi à contre-cœur
et quelques communiants païens prêts à s'ouvrir le chœur
de cathédrales gothiques
et d'absides abstinentes
en confesse
fendues du trait de l'archer où l'art bat l'être
aux cloches de Notre-Dame
con fendu par l'extrait de notre pauvre lettre
écrite au vent des passantes de Baudelaire.
Je sais la débordante envie
de se propulser entre les notes de Chopin
de Liszt
entre les vers de Lamartine
entre les tomes des romans
qui d'Hugo furent sacrements
et des Dumas mystifications de Génies
entre des piles de poussières massives
molaires
mastication
entre les piliers d'un temple sale où mon
incantation
n'aperçoit nul écho....
Je me sens miraculé d'écrire au « vent mauvais », des bribes
de ce que fut ce siècle
évitant les diatribes
qui modèlent l'obsiècle
que des serfs cueillent anormaux
sur les trottoirs de nos marges.
Il se peut que tout commençât
par l'îlot du Grand Bé
et par mon grand recueillement
et par un coquillage bé
ouvert sur la voix d'un grand large
celle de Monsieur le littérateur de Saint-Malo
et de la campagne dinanaise
de Combourg
– quel nom con pour un bourg, non ? –
et les sermons de quelque abbé
Lamennais ?
De parler l'a mené à quoi ?
à la Chênaie
à deux pas de Dinan
– dont je tiens peut-être là le secret de mon magnétisme mystérieux –
Lamennais et son grand frère
congrégateur à Ploërmel
au petit séminaire de Pont-Croix
à la mission de Papeete...
Lamennais, l'ami de Liszt...
Moi ? De piano je reste coi !
Il m'aurait plu de m'être assis
auprès de Frédéric Chopin
ou bien auprès de Ferenc Liszt
pour creuser à deux l'âme humaine
ses résonances incertaines
ses accords et ses désaccords
ses dissonantes componctions
ces harmonies contemporaines
dont on a putréfié le corps.
Étrange communion.
La transsubstantation du corps et de l'âme des poètes
depuis l'îlot d'où dort paisiblement Chateaubriand
qui ouvrit avec Beethove
le chapitre infini du romantisme
et leur génie du christianisme
le pont en continuité du chemin tracé par Mozart et Rousseau
qu'emprunteraient les plus grands.

Le Dix-neuvième est donc un toboggan
Il ne suffit que de glisser pour le suivre
glisser sur des phrases et des mélodies
au coeur du mot "Liberté"
dégainé
rengainé
tel un opéra de Verdi
Nabucho-dinosaure clignant toujours de ses faux-cils
sur des révolutions manquées héritées de la folie napoléonienne
sur l'ébullition de peuples en campagnes
sur l'incroyable agitation gagnée par la terreur
sur l'autre, dit « des lumières »
et qui n'offrit à son fils que du clair-obscur
et beaucoup de rouge par-ci, par-là
du noir et du rouge
parfait résumé stendahlien
pour cette glissade qui se prolongea en mordant sur le vingtième
(la guerre de cent ans n'en dura pas moins cent-seize)
comme sur Belleville
jusqu'au charnier de la guerre de 14.
Le dix-neuvième siècle dura jusqu'au 11 Novembre 1918.
Le grand Ludwig en fut le prodigue chapitreur
un prodige précurseur
de ses harmonies que les latins jugeaient barbares
et le François René, brillant écho
au point qu'on se les représente à l'identique
cheveux battus par les vents
tête baissée
sous le poids qu'un jour on nommerait
SPLEEN
parce qu'il y eut un coup de Poe
dans le chemin de l'écriture
un vent venu du nouveau monde
traduit par un paria de la société de l'époque
et Keats aussi
mais Hölderlin, néamoins...
mais n'allons point trop vite !
Il y eut Victor Hugo
qui traversa son siècle comme une aiguille à passementerie
qui sut tout écrire
et en quantité
qui fut un odieux parlementaire en ses jeunes années
et finit comme héros populaire
qui fut tout ce que je déteste
probablement par admiration
qui synthétise un refus de lire
potentiellement par flemme
objectivement par vénération
que je serais curieux de rencontrer
une fois au paradis
ou en enfer
je ne sais pas où se retrouvent les auteurs
musiciens, baladins et autres auxquels on refusa si longtemps les cimetières chrétiens
peut-être parce qu'ils vendent leur âme au diable
Hein Goethe ?
Qu'en dites-vous, Toi et Schiller ?
depuis votre refuge de Weimar
d'où s'initia plus tard
après que Liszt en fut Kappel-Meister
la république la plus triste
– curieux d'y avoir fait découvrir Wagner ! –
qui accoucha d'un antéchrist
et fit le lit d'Adolf Hitler...
Et toi pauvre Schubert ?
Malade au Goethe-à-Goethe
que ne t'a-t-on trop oublié ?
Que de tâtons à rechercher
trente-et-un ans de partitions...
Il y eut Hugo comme ligne de conduite
et bien d'autres avec lui
ou contre lui
mais il y eut son œuvre
comme fil d'Ariane
et son amitié d'avec Liszt
l'enfant prodige
comme Mozart
torride héritier des modes de l'époque
dont on eut dit qu'il fut le seul centaure, au volant de son instrument à queue
faisant corps
comme on fait corps des femmes
et que ni l'un ni l'autre ne manquèrent de faire
Liszt, Hugo,
un poème mis en musique...
L'un mit sa vie en vers
l'autre en musique
et tous deux traversèrent
ce siècle mi-cynique
mi-pervers
dont il nous reste un vaste théâtre symphonique,
Berlioz, Wagner
Wagner qui doit tout à Liszt
jusqu'à sa fille Cosima
Bayreuth
par anticipation, c'est presque Beyrouth
une sorte de guerre absurde que l'on mène à soi-même
un conflit théâtral
car au bout du compte ? Comment qualifier le romantisme si ce n'est de
Théâtral ?
La bataille d'Hernani...
conflit théâtral sur le théâtre d'Hugo...
On mit donc ce siècle sur les rails de querelles d'esthètes
de l'art
comme on le mit sur d'identiques et absconses truelles politiques
– la « truelle » est ma définition du duel à trois
avec une caméra de Sergio Léone, une musique de Morricone
songeant qu'elles auraient pu parfaitement illustrer Garibaldi –,
royalistes, bonapartistes et républicains
sur des rails divergents
écartelant l'essieu de sa locomotive
et les fuligineuses révolutions industrielles
qui firent découvrir à Darwin
avant même les Galapagos
le secret de la sélection naturelle
auprès de petits papillons sur l'écorce du bouleau
boulot
esclavage moderne
filatures
mines
Jean Valjean – enfin, Monsieur Madeleine –
Germinal
non, trop tôt !
Hugo d'abord !
Les chroniques du dix-neuvième sont de fantastiques chroniques sociales
il s'y raconte nos mœurs au passé au présent et à l'avenir
à Hugo la cours des miracles
et son reflet de Villon
en Baudelaire
et qui sait ?
en Rimbaud ?
À Balzac le pesant présent qui ne nous est pas vraiment un passé
à Flaubert l'avenir de ce que nous sommes
et de nos bovarysmes incirconspects
à Musset, Nerval, un zeste d'intemporalité...
à Lamartine le son du corps
– qu'eussiez vous imaginé d'autre ? –
et au reste de ce siècle leurs enfants naturels !

Sainte-Beuve
un nom à s'inviter au grand alcoolisme initiatique !
et toujours, inévitablement, les interprétations de Franz Liszt
– tiens ! Je le dis en allemand ! –
qui veut comprendre ce numéro 19
doit percer le codex des compositions de Franz, François, Francis, Ferenc Liszt
qui veut saisir la pulpe de ce siècle
doit pénétrer l'énigme musicale de celui qui en fut la plus singulière incarnation !
Pour une seule et simple raison :
avant de parvenir à se vouloir hongrois
il fut européen !
Il les connut tous ou presque
Il eut les amours romantiques de Flaubert, de Musset, de tous
Il fut le grand ami de Berlioz
Il fut le grand ami de Von Bullow
Il fut le grand ami de Wagner
de tous ces littérateurs susnommés
et la participation du violon d'Ingres
Il fut l'alter-ego de Frédéric Chopin
et souffrit de sa mort phtisique
comme de celle de son fils
car il n'est pas de hasard : la vie vous donne un passeport
pour souffrir de perdre ceux qui ne l'ont pas.
Chopin
à ces deux syllabes
j'en sais qui sentent la chair de poule
sur les avant-bras découverts pour le piano
que serait la musique sans Chopin ?
Frédéric fut dans un sacrifice conscient de son art à l'humanité
dans une mission
le cœur et ses histoires n'ont que des anecdotes
l'Histoire, Elle, est remplie de son génie créateur en perpétuelle ébullition
Chopin commença à faire mourir le numéro 19
Et Liszt à le réanimer.
Là, tout devient plus flou...
surtout lorsque ce dernier rencontre Charles Baudelaire
et
décelant en lui le trait du génie
inonde les cours d'Europe de recommandations
peine perdue
Liszt
Ô Liszt
Baudelaire
que pouvais-tu faire, qui te croyais si puissant, Liszt ?
Chopin
Sais-tu qu'en anglais, « sable » se dit
Sand ?
Les femmes... les femmes omniprésentes
souvent manipulatrices
– petites Agrippine des salons où l'on crochète les dandies entre ses serres –
rarement créatrices
MAIS
Sand
comme comptant les secondes qui restent à vivre
et que ce dont Marceline déborde vale mort
ne changera que de leur première présence au sein d'un Parnasse en bousculade
qu'une vierge rouge achèvera de célébrer.


Ce siècle fut un mois de putréfaction
le monde ne ressemblait plus
quoiqu'il le veuille
à ces étés tout en faction
mais à des crépuscules
à des soleils à des seuils
quand tout à coup tant s'y bousculent
sans frein ni prépuce
sires concis, non
noblesses perdues dans les heurts de la veuve
semblables aux cranes des catacombes.
Dans leurs orbites vides
ils se sont enfin contemplés
et ont accouché de l'absolu :
je crois que le premier enfant fut Paul Verlaine...
Ce n'est pas facile !
non, d'être l'aîné
mais Mallarmé !
Bordel !
Je m'y noie
Voilà !
On a fait la crèche !
Et Jésus est né sous le pseudonyme d'ARTHUR Rimbaud
sous le souffle du boeuf et de l'âne
sous le souffle de Mallarmé et de Verlaine
Jean-Nicolas Arthur Rimbaud
le Messie de la littérature...
L'effondrement qu'il provoqua est équivalent à l'éruption du Krakatoa
La même année que ses parutions...
Ah ! La poésie était prospère mais rimée
Mérimée !
Brahms écrivait de la musique
Sublime
juste après Mendelssohn
juste après Schuman qui en était le premier supporter
juste après que Clara
haineuse envers Liszt
– parce qu'il représentait tout de sa faiblesse de femme
que par bonheur Mahler
sut illustrer d'harmonies définitives –
ait fini par le conduire à l'asile
douloureux prémices
car
Camille naissait sous le bras téléguidé de Rodin
et Rimbaud avait décidé de mourir en Afrique
parce qu'il avait la peur de ne rien pouvoir un jour écrire de plus beau
et qu'il cessa d'écrire comme on cesse de vouloir vivre
en attendant la guillotine d'un temps qui ne put jamais le juger.
Mais qui sut qu'à ses côtés
présidait un autre prophète de l'apocalypse littéraire
Ils n'eurent pu point se rencontrer
car ce dernier mourut à Paris
avant que le premier n'y parvienne
et ce dernier en forme de premier
calanché phtisique, lui aussi, probablement,
à vingt-quatre ans !
écrivit la chose la plus posthume que l'on puisse imaginer :
des chants en champs de proses et en inflation lyrique
comme nul engrais puisé à la sève putride des décompositions
n'en produira plus jamais...
Isidore Ducasse
pseudo-Compte de Lautréamont
vécu le temps d'une phalène.

Puis Hugo mourut
peu après Monsieur Offenbach
qui nous avait enchanté de grosses bouffes où la dérision prenait valeur d'abaque
à la mesure de la beauté
de ses contes que l'on ne sait inachevés
l'aiguille à passementerie cessa son canevas
Camille aima à tort
Rimbaud mourut un laid jour de sa propre négation
Verlaine ne s'en remit jamais
Tristan Corbière ne fut que sa confirmation
et les romanciers crurent que le naturalisme était la voie
et Zola eut de la voix !
mais pas de descendance littéraire
et le roman s'effondra
et la poésie aussi, malgré Laforgue
la littérature s'effondra comme un empire !
Comme un troisième empire !
Sur les murs tachés de sang de la Commune de Paris
à laquelle avait cru Rimbaud
Verlaine aussi
peut-être leur seule croyance
teintée du vert de la fée
Tout s'effondra
car le dix-neuvième est un château de cartes d'identité
où toutes sont imbriquées...
Dans leur drame
Mademoiselle Claudel et Monsieur Rodin continuèrent à sculpter
Octave Mirbeau oublia le poète qu'il aurait pu être, pour les critiquer
le petit frère écrivit
faisant semblant de ne pas oublier
le cataclysme rimbaldien
ni la bousculade baudelairienne sans laquelle il n'eut été qu'une vague
au lieu d'un Tsunami
Paul Claudel fut le témoin des morts
et des internés.
Il fut le témoin de ce mauvais passant
ce Mau-passant
qui aurait du bousculer la littérature de sa fin de siècle
cet écho de Poe mais en manque
et fut l'acteur de l'excursion à Ville-Evrard
curieux écho d'un jeu de paume à la façon de Villiers de l'Isle-Adam...
Ne m'en veuillez pas !
Paul Claudel est le croque-mort du dix-neuvième.
Il fit de sa sœur une victime expiatoire !
Et toute la littérature s'effondra
– probablement pas tout l'art
qui fit jonction
à coups de Debussy
à coups de pinceaux
Lautrec
Gaugin
Van Gogh
qui souffrirent et burent beaucoup afin d'y parvenir –
laissant le dénuement et ses questions auto-référentes
Jusqu'à ce qu'enfin
un seul les synthétisât
dans le portrait définitivement aboutit de ce que fut ce siècle
de profondes confusions
et d'inspirations jusqu'encore inimitées :
c'est en Swann
en soit
que ce fit le portrait proustien
d'un inénarrable gâchis.
Puis vint
logiquement
la guerre.
Le surjet, rejet
– tu sais, ce truc qui nous fait passer la phrase d'un vers à un autre –
fut la « Belle époque »
grâce à Proust
une extra-balle à la période que nul ne pouvait ni ne voulait abandonner.
Puis vint la guerre.
Survivaient à ce marasme quelques poètes
en Russie
Elle-même que ce siècle avait vue naître en son miroir artistique
celui de Dostoïevsky, Tolstoï et des autres
celui de Moussorgsky, Rimsky, Borodine et des autres
Maïakovski
et ici
le petit suisse
Cendrars
et le grand Apollinaire
tandis que Gourmont rongeait sa gourme
mais il y eut la guerre...
Le Dix-neuvième est mort une matinée
celle du onze novembre mille-neuf-cent-dix-huit
Il est mort de la grippe espagnole
Blaise Cendrars nous le rappellera à jamais !
Il est mort dans la tombe d'Apollinaire
le jour de ses obsèques
au Père-Lachaise
dans le Vingtième.

samedi 12 décembre 2009

Faery




Je vais vous parler de la Magie,
à des années-lumière au moins
du sexe et de nos termajis,
de la virée tzigane au joint
phallique, encapoté de vide,
où les bohèmes sont infâmes
et les matins déserts arides.
Je vais vous parler de la Femme.

Je vais essayer de trouver
l'image et les mélodies justes,
afin de vous ensorceler,
de vous glisser au creux du buste
des féminines fééries,
et de mon sacrifice humain
au feu de cette brûlerie,
aux croix ignées de ce chemin.

Aimer ne peut-être toucher :
« ne touche pas aux allumettes ! »
alors, tripoter un bûcher...
Aimer n'est pas une amourette !
Pourtant, aimer ne peut durer
non plus longtemps qu'une chandelle,
il est l'effet-bougie doré
d'une auto-combustion charnelle.

Je suis l'éternel abonné
de ces pan-divines sorcières,
à qui les Lettres ont donné
le creux des mots en souricière
et la fibre hallucinogène,
le charme absolu : Loreleï,
Morgane et les autres sirènes...
et leurs étreintes pour batailles.

La Femme a pour essence, en fait,
l'indicible aura du mystère,
passant du deuil au soir de fête,
d'un clignement de sa paupière ;
qui oserait la posséder ?
c'est elle qui nous ensorcelle !
qui ne pourrait en décéder ?
ce sont nos tombes qu'elles scellent...

« Consacrer sa vie » est donc dit !
Entre le Diable et le Bon Dieu,
voici la belle maladie :
celle du beau sexe insidieux
qui nous pénètre beaucoup plus
que nous ne pouvons y prétendre,
des plains de ses montagnes russes
reliées à nos cartes du tendre.

Ce sont des regards et des pauses,
de petits instants de majesté
où notre admiration s'impose,
où meurt la masculinité,
ce sont des œuvres d'art vivantes
et des secrets dissimulés
dans des formules émouvantes,
qui nous transforment en mulets.

Il y a dans celle qui est Femme,
un mélange de sucre et de poivre,
un mix de glaces et de flammes,
la certitude d'être un havre...
Pourquoi ? À cause de ses cuisses ?
qui sont comme un port pour des porcs ?
Fasse l'odieux que je ne puisse
y voir sombrer mon propre sort !

Car est en Elle l'ombre d'Ève,
le rayon de la création,
un flux d'inépuisable sève,
marelles en récréation
(entre enfer, entre paradis),
et la présence de Lilith,
l'insuffisance des non-dits,
l'absolutisme d'Aphrodite.

vendredi 11 décembre 2009

Mirago







Quand un soudain mirage – hurle, ô ma virago –
surgit à tout virage, à chaque vieux ragot,
il m'en vient à compter sur les doigts de mes jours,
mais aussi de conter mes nocturnes amours.

Pourquoi vous, êtes-vous venue hanter mes rêves ?
pour Chopin ? pour ce rien dont à la fin l'on crève ?
Pour le verdâtre feu de vos yeux qu'époumonent
mes vœux tuberculeux à vos traits de Madone...

Sur les partitions nues de notre imaginaire,
s'écrivent croches, cœurs, et pelotes de nerfs,
les rives inconnues de notre incertitude.

Pourtant, ce reflet qui donne à l'effroi des airs
de vent, bien mal acquis, vient des froids déserts
de nos quêtes sacrées et de nos solitudes.