mercredi 11 juin 2008

Les fleurs de l'impatient


Découvrez Portishead!





Or donc, qu'innocente comme un souffle d'enfant,

une brise marine fracasse mes nerfs

de bœufs, que l'on attelle aux marraines de sang,

pour un plâtre essuyé sous des embruns divers !

Que les jardins fleuris d'une acmé juvénile,

où les seigneurs de guerre ont toujours dix-sept ans,

resplendissent aux tons des brillants campaniles,

campanules, corolles qu'enrôlent sextants !

Et qu'un peu plus à l'ouest des limites du monde,

et qu'un peu plus profond dans nos veines ceignant

les forteresses nues, où l'on puise nos frondes,

s'épanouissent enfin les fleurs de l'impatient !

Que l'épouse fidèle et le mari volage,

dans cet ordre ou dans l'autre, en l'inverse évident,

fassent d'eux les deux dieux comme on fait un saccage

de ces temples païens que bouscule le temps !

Et qu'alors, épuisé de longues cavalcades,

le cheval de Gradlon s'engloutisse vraiment,

dans ce gouffre où l'arcane est gravé sur l'arcade

des cités submergées par les flux sourcillant !

vendredi 30 mai 2008

Marchand d'age

free music

Je m'octroie, d'un seul clac, le porte-containers
qui coulait en mon sang, globule entre mes tempes,
jusqu'à ce chapeau, claque où siffleurs contraignèrent
le saoul rire indécent de l'acier que l'on trempe.

Il charriait, épicées, les musiques d'hier,
et les puants engrais de nos espoirs déçus,
comme mes reins brisés, de sa coque égoutière,
des cargaisons fuyaient, qu'on ramasse au chalut.

Pourtant, de Capricorne en tropique éphémère,
maïeutiques cancers tatoués à nos peaux,
bien plus loin que l'Elorn, Brest et son Finistère,
j'ai vogué de concert avec d'autres bateaux.

J'ai vendu pour deux fous, la détresse ordinaire,
et troqué baladins pour le prix d'une lampe,
quoi qu'éclaire le mou dans le poids d'une aussière,
les amarres sont loin quand on est sur un tramp !

La fortune imprévue, qu'on dit "gentilhommière",
a brassé mon mektoub d'opulents oripeaux,
m'excusant d'être nu d'usage et de manières,
mais laissant à mon trouble un commerce nouveau :

distribuant à chacun longitude et frontière,
et selon lattitude, lorsque l'aplasie mue,
au nadir de leur sein, l'age de leurs artères,
j'ai rompu corps de rude à grand vers de cigüe !

Marchand d'age et d'histoire, aux comptoirs des yeux verts,
apatride de coeur, cambrioleur d'estampes,
regarder n'est pas voir, la leçon n'est amère
qu'à l'aorte en douleur, qu'au vaisseau que l'on clampe.

Mais au cargo fantôme où mon âme s'enferre,
jusque dans sa machine étouffante et déchue,
il n'est pas un atome embastillé d'enfer,
que ta main ne dessine à tes heures perdues.

Et, voguant au hasard de capricieuses mers,
d'incontinents courants qui m'édictent leurs mots,
je médite au sonar des pensées baleinières :
d'un maudit bic, j'épands celles de mon cerveau...

Ne sont que paquebots, minéraliers, minéralières,
à ne pouvoir rêver des libertés des tramps,
puis un jour, deux hublots, sur l'eau couleur vipère,
font choix d'abandonner les positions qu'ils campent.

vendredi 23 mai 2008

Fleur de pavé

free music


Coquelicots au vent, mes secondes s'effeuillent,
et mes lettres d'amant, en mots dits, s'emmerveillent,
lorsque ta main se pose ainsi sur mon cercueil,
et que ma quille explose en ta bouche vermeille.

De la pointe d'un sein comme il est d'un pistil,
d'étamines enceint par la douce aréole,
j'effleure le parfum que ta peau me distille,
quand de tes bras, enfin, je ressens la corolle.

Et la rue, salissure, au doux soleil de mai,
seule issue, s'il est sûr que poussent dans la merde
les idées et les plants, dont elle est seul engrais,
nous a faits survivants pour autant qu'on s'y perde.

De nos corps allongés, nous faisons barricades,
révolutions manquées de nos deux dictatures,
nous n'avons que baisers et fébriles saccades,
pour nous mettre en danger de ce que rien ne dure.

Si, de mes poésies, en nos beaux draps froissés,
tout comme l'est le lit où je lui lis les lais,
nous croquons la cerise de lèvres blessées,
nos belles aubes grises, Verlaine m'en parlait...

Mais le rêve, aux fluxions de nos intimités,
me laisse l'émotion de ma fleur de pavot,
de ma fleur de pavé, de ma fleur pavacée,
la rue qu'on pave assez m'en a fait le cadeau !

mardi 20 mai 2008

Orphelins

Nous naissons pour finir tous, un jour, orphelins,
d'une mère ou d'un père, ayant lâché la main,
ou bien même des deux, c'est dans l'ordre des choses,
puisque la vie ne dure un rien plus que les roses.




Mais certains que le sort, en coquin, vient frapper,
voient le doigt de la mort, avant l'heure arriver
sur le front de celui qu'on croyait protecteur,
ou de celle où nos nuits s'emberçaient dans nos pleurs.




Oh ! Bien sûr, pour partir, il est toujours trop tôt !
Mais avouez, sans mentir, être enfant ou ado,
ou même jeune adulte, au monde on ne sait rien,
on part vite en culbute hors l'amour qui nous tient.




C'est le début de deux des romans de Dickens,
des sombres odyssées d'un penny ou deux pence,
perdu comme on l'est là, dans les forêts obscures,
chaperons rouges de honte et dont nul n'a cure...




Ils en font des erreurs sur leur pauvre chemin,
oubliant leur douleur pour y penser demain,
mais jamais n'est pansée cette plaie suppurante
qu'ils cherchent à cacher à la vie soupirante.




Bâtissant des châteaux en pays de Cocagne,
puisque nul n'indiquait que suffisait l'Espagne,
ils s'exposent aux vents des soufflets qui écartent
les remparts vacillant de leurs châteaux de cartes.




Alors, si tout retombe, et que diable l'emporte,
oh, jusque dans la tombe où sont ceux qui importent,
on retiendra leçon d'un échec évitable,
car tout choît dans le son de deux poings sur la table !



Ce sont des gens que la fragilité rend durs,
il faut savoir qu'eux seuls savent ce qu'ils endurent ;
ce sont des gens perdus, mais trop fiers pour crier
"au secours, que l'on m'aide ou je vais me noyer !"




Et leur carte du tendre est pétrie de montagnes,
d'infranchissables cols et d'innombrables bagnes,
c'est pour ça qu'on découvre souvent un matin,
une orpheline au bras de son bel orphelin.


free music

dimanche 11 mai 2008

la faim du tigre




Je vois briller

des constellations de miroirs

dans les yeux

ténébreux,

prédateurs,

du chasseur

à la recherche du grand soir

éparpillé.

Et parmi ces myriades,

ces éclats de cristaux,

d'opaline ou de jade,

plantés, tels des poteaux,

des totems funéraires,

--------------------------dans son iris, ô fleur

---------------------------------------------------de la pupille ouverte,

les flambées délétères

---------------------de l'envie où l'on pleure

------------------------------------------de larmes bleues ou vertes.

Le fauve est arpenteur,

---------------------------que sa faim justifie,

----------------------------------------------même faim que l'agneau,

dans ce bois constricteur,

-----------------------------que l'on y sacrifie,

----------------------------------------------soucieux de son cerveau.

Les fleuves sont foison,

--------------------------------fourmillant dans la jungle

------------------------------------------------------------------des remords,

rendant l'écho de sons,

-------------------------------tas de têtes d'épingles

-------------------------------------------------------------ou de mort.

Et le rugissement,

----------lentement,

------------------------se répand à l'aurore

d'un boréal horaire,

---------dont l'araire

-------------------------laboure le décor.

Lacéré

---------comme un frêre,

------------------------------le tigre (et ses zébrures)

s'est terré

------------comme il erre

------------------------------entre les conjectures :

il est nanti

--------------de cette absurde vanité

---------------------------------------------d'être capable

de jouer sa vie

d'un coup de sang, d'un coup de dé

-----------------------------------------------inexorable !

Dans l'incapacité des sens,

---------------------------non pas ce qu'ils procurent,

---------------------------------------------------------------mais limitent,

le tigre cède à l'indécence,

-----------------------------------et simple déchirure :

--------------------------------------------------------------il s'imite !

Il reproduit ses chasses et les mêmes erreurs,

provoque, endure et perdure aux pires douleurs !

Filles d'Eve et garçons d'Adam,

------------------------------------------êtes-vous donc,

vous aussi, ces tigres-enfants,

-----------------------------------------dont le seul don

n'est que de s'enchairir sans chêrir et sans noms ?

Etes-vous le creuset des pauvres religions ?

Celui où l'on recueille, ô scarification,

le sang des vierges maculées d'un chorion ?

Faites-vous de vos beautés, l'abandon

mélodique, et la tragédie pour diapason ?

La quête vraie n'appartient pas à nos réels,

pas à nos goûts,

----------------------ce qu'enveloppent, corporels,

ces fins dégoûts

----------------------que nos babines détroussèrent ;

repus, les crocs, de tous ces sexes qu'ils troussèrent,

n'ont jamais su saisir l'instant de l'éphémère,

ni plus qu'un enfant ne saurait vider la mer.
free music

mercredi 7 mai 2008

Les amours inconstantes


Noir Desir - A L'Arrière Des Taxis par larsen42


Il y eut Lili Brik,

-----------------------et quelques autres,

--------------------------------------------------ensuite...

Mais de ce qu'on fabrique,

-------------------------des soucis nôtres

--------------------------------------------------en fuite

en avant, en arrière-

----------------------------plan de l'amour

--------------------------------------------------qui hante,

nous gardons marque au fer

-------------------------de quelques jours :

---------------------------------------------------l'Amante.

Tatiana Alekseïevna Yakovleva

n'y put rien :

------------------son mariage

-----------------------------------aux orties,

--------------------------------------------------tout sombra !

Lili, tiens !

---------------Sans ambages,

------------------------------------vilénie,

-----------------------------------------------l'empècha !

Finir avec Veronika Polonskaïa...

Mais ne jamais

---------------------se départir

------------------------------------de ce fantôme,

--------------------------------------------------------ô spectre doux,

qu'on parcourait

---------comme on peut lire,

-----------------------------en pusieurs tomes,

-------------------------------------------------des doigts, du bout,

le braille épidermique et criard de l'horizon d'un corps,

dont on voudrait ne plus jamais vouloir encore.

Et les caveaux,

les caniveaux,

--------------------sur le chemin,

-----------------coulent sans fin

---------------------------------------vers les abysses

-------------------------------------d'un entre-cuisse

qui n'a plus de saveur

-----------------ni d'odeur,

--------------------------------ni d'ego,

ni plus d'archi-texture

----------qu'aux lectures

--------------------------------de ces mots.

Pourvu qu'aucunement, las, on ne se contente

de cette succession qui nous met balle au coeur ;

sans l'oubli, nous vivrons des amours inconstantes,

tandis qu'à nos levants, sont des soleils meilleurs.

lundi 21 avril 2008

Le sacré feu des sacrifiés...




Dix huit cent quarante huit en sonna le clairon,
Cinglait le martinet des mots de Lamartine,
et de ce Février, doux de révolution,
d’ombres années, ensuite, en guerres intestines…

La France était bancale et s’empressait la poire,
Quand Sándor Petöfi sonnait l’hymne inutile
du peuple de Hongrie. Les mots sont des mouroirs,
lorsqu’ils s’en vont en cale d’encre indélébile.

Sa couleur est le rouge, au sceau d’Adolphe Thiers,
Des préfets revanchards, des chefs dont la folie,
Tout comme aux communards, fit payer prix d’hiers.

Prend garde au chœur qui bouge, à ces chopineries,
qui là, t’entraineraient à n’user que prières,
Car, c’est au mois de Mai, que l’on meure à Paris…

http://www.deezer.com/track/154309

vendredi 18 avril 2008

Lorsque la mer t'hûme...



free music



Les navires voguaient dans de curieux estuaires,
pour s'en frapper le flanc, le sceau et la truelle,
sur ces voiles, flottant comme de vivants suaires,
tel un son s'abbatait la règle menstruelle :


En ses mâts dressés comme des doigts qu'on foudroie,
passaient les cordes d'instruments pour naviguer,
quand l'on joue en soufflant, du vent dans un hautbois,
qui, des brumes, perdait les cornes harassées.


Vaine houle ennivrante, où es-tu à present ?
Maelström addictif où se vidait mon vit,
ton étreinte pregnante est un trou lactescent...


En noir et blanc, l'esquif sombre en d'autres Hongrie,
de l'image imprégnante, oui, l'empire autrichiant
de ton corps aux sonnets de Sándor Petöfi.


Quelques points de repère :

Sándor Petöfi était un grand poète romantique hongrois, héros de la révolution magyare, mort en 1848, à 26 ans, lors de la bataille de Segesvár. C'est sa photo qui est affichée ici. Il était, entre autres, un ami de Franz Liszt, compositeur de la musique que vous écoutez. Ce dernier réchappa à la répression autrichienne, parce que grand talent reconnu, mais aussi parce que rejoignant les ordres... La Hongrie est un pays sans mer, que je ne connais pas. Pour le reste, ce ne sont pas même des souvenirs, mais quelques images qui se précipitent encore parfois, kaléidoscopiques, et pardon à ceux que la crudité de certains mots employés ici aurait choqué.

mercredi 9 avril 2008

L'an dernier à Landerneau

free music


Parlera-t-on de l'an dernier à Landerneau,
quand son pont habité coulera sous des eaux,
que l'encorbellement de mes landernéennes
ira, mêlant deniers et lanterne à Verlaine ?

La cascade miroite auprès des vieilles maisons,
et s'enfourche l'Elorn, aux arches du vieux pont,
s'il m'en reste moins moîte impression qu'en amour,
c'est que l'eau que l'on lorgne, est d'un flux sans retour.

A deux pas, la maison de la sénéchaussée,
fière, exhibe ses saints, dont je me souviens Georges,
qui, même sans niche, ont, dans le temps des marées,
pris, au "Réveil-matin", leurs cafés dans la gorge.

Parlera-t-on de l'an dernier à Landerneau,
comme de celui qui me conduit au caveau,
ou comme d'un passant des rues landernéennes,
laissant filer mes nuits pour l'aube de Verlaine ?

lundi 7 avril 2008

Faut sonner ! (le réveil des morts)



free music

Parfois, lorsque les jours ressemblent aux secondes
d'une montre affolée d'aiguilles rubicondes,
dévoreuses d'amour et de sensations rances,
je me prends à voler des instants d'espérance.

Mais le temps, assassin, que j'égorge à son tour,
file, et fol, à son train, sur ses cadrans détours,
que l'on porte à la main, aux poignets que l'on tranche,
qui de Jean Guillotin, gardent la coupe franche.

Et les mois, les années, se bousculent ensemble,
au portillon des vies, bien plus courtes qu'il semble,
et les pommes, ridées, font tomber le rideau,
comme des fruits qu'on fit, sans avoir lu au dos...

Le sourire a creusé, laissant couler la larme,
les rigoles des ans pour seul signal d'alarme,
tant viennent à peser les réveils disjoncteurs.

Jeunes gens insouciants pour qui sonne cette heure,
quand, à minuit passée, s'ensommeillent les autres,
pensez, dorénavant, à nos vers plus qu'aux vôtres !

mercredi 2 avril 2008

Landevennec




A Brigitte,
Tant j'ai trié les vieilles pierres,
tant j'ai prié loin de mon fief,
tant j'étrillais mon coeur de lierre,
à m'en ruiner sur vos reliefs,
temps, j'ai perdu dans les endroits,
qui parcourus du bout des doigts,
restent écrus et maladroits
de m'avoir cru, comme à des lois.

Des sons du fond des temps anciens
sont aux tréfonds de l'abbaye,
et les plafonds d'un ciel marin,
parfois, nous font l'oeil ébahi,
lorsqu'un rayon de soleil clair,
comme un haillon d'été lavé,
que nous n'aurions pas vu l'hiver,
vient, en crayon, tracer ses rets.

Pris au filet des ages mûrs,
se faufiler entre les restes,
en défilés, levés de murs,
les affleurer d'un simple geste,
et contempler dans l'oeuvre humaine,
nos pauvretés individuelles,
puis s'oublier dans de moins vaines
éternités, si consensuelles...

C'était un beau jour de Janvier,
c'est toujours beau, Landevennec,
comme un corbeau vient y planer,
la plume d'eau, la flotte à bec,
mais en lumière, on voit briller
les jours d'hier, et irlandaise,
son âme austère en peurs pliées,
se fait prière en pierre et glaise.

Qu'est le passé à nos échelles ?
Seul doit compter notre objectif !
Les trépassés sont à la pelle,
à ressasser leurs voeux rétifs...
Landevennec témoigne à tous,
de son ton sec et immuable,
qu'aucune Mecque, et quoiqu'on tousse,
ne se dissèque en tas de sable.

mardi 1 avril 2008

Léhon






C'est aux pieds de Dinan, du canal d'Ille et Rance,
que repose un gisant, qui, de l'histoire en France,
en Bretagne, en géant, fait encor résonnance,
comme au cor d'olifant, sa trouble existence.

Qu'en est-il de Léhon, ce village paisible,
quand, endormis, les sons des leçons impassibles
s'imposent aux canons des combats irascibles,
que menèrent de front ces fantômes fiscibles ?

De Jean de Beaumanoir que je regarde ici,
figé dans son histoire, et dans ces quelques récits,
je voudrais l'abreuvoir de ses soifs infinies,
et quelques mots pour le soir à conter comme ainsi.

Aux landes de Mie-voie, Josselin, Ploërmel,
est la romaine voie où fut l'affront cruel,
dont n'est pas demi-voix qui ne chantât l'appel
de ces soudards anglois périssant à la pelle.

Ce fut trente au combat, et pour chaque partie,
De Penthièvre et de Blois, de Monfort l'Amaury,
des bretons aux anglois, nul ne fit la prairie,
champ d'horreur à l'endroit qui leur fut apparti.

Bois ton sang, Beaumanoir, te passera la soif !
C'est ainsi, qu'en le soir, Geoffroy du Bois s'esclaffe !
Et que les corps, billards, où ricochent les baffes
les heurts, les morts, l'amarre à la vie, se falstaffent !

Bois ton sang, Beaumanoir ! Bien sûr, tu fus vainqueur...
Mais en vain, triste soir... Blois plia sa rancoeur.
Bois ton sang Beaumanoir ! Puisque tu as deux coeurs !
L'un est blanc, l'autre noir, l'hermine au cri moqueur.

L'église est templière, et sous ses croix pattées,
je te contemple hier, dans ta grandeur passée,
tes deux mains en prière, en un autodafé,
s'il faut aller en bière, au moins, faut-il prier !

Bois ton sang, Beaumanoir ! Tu es encor capable
de nous refaire croire aux combats désirables !
Bois ton sang, Beaumanoir ! Sur ta statue de sable,
je pose l'ostensoir de larmes misérables.

Mais je suis en Léhon, le canal coule encore...
Et sur ma partition, sieur Beaumanoir est mort.
J'aime Jehan, Léhon, et mes quelques remords,
si près de l'eau, l'est-on, à ces derniers raccords ?

dimanche 30 mars 2008

Samarkand




free music


La main de Roxane aux yeux pers,
et l'or d'Alexandre où se perd
la tête, aux vapeurs des hashishins,
perdus dans leurs paradis lointains,
là-haut, chez le vieux de la montagne,
où l'indou-kouch-toi-là castagne,
Samarkand,
ça me scande,
--------------------analyse
--------------------à valises,
---------------------------------et voyages,
---------------------------------et volage,
embouché de Roxane aux yeux pers,
quand, de sa beauté, je désespère,
lascive, à l'enzyme en sa salive,
je suis glouton-laveur, permissive,
tu rhapsodies mon rêve en toastant
Vladivostok, Irkoutsk ou Lorient,
Samarkand !
Sa marque end-
----------------------imanchée,
----------------------emmanchée,
----------------------------------------sous les voiles
----------------------------------------de mes toiles,
de mes portraits de celle aux yeux pers,
Roxane, qui m'a collé aux ptères,
puisque tu m'as dessoudé les ailes,
d'un fracas de braguette irréelle,
dans les dessous des villes sans chics,
où la valeur de l'or est anarchique.
Samarkand,
ça marque "end" !
-------------------------L'arrièr' train,
-------------------------posé bien,
--------------------------------------------Callipyge,
--------------------------------------------Cali pige,
Les cris des venaisons pourrissantes,
de la corde à leur pied, languissantes,
des amours frelatées par nos soins,
par notre orgasme en mode disjoint,
mais par la saveur inimitable
de l'un à l'autre, en riches tables.

A Lorient, exprès, pour qu'on le vende,
Le collier de perles, Samarkand,
en mes doigts glissent les chapelets
des boutons de roses oubliées.

samedi 29 mars 2008

La Guimorais

free music



















































N'est-ce que le sel au coin des yeux
qui restât de La Guimorais ?
Ou de son eau, de son ciel, bleus,
dessous sa dune des chevrêts,
ce qui perlait de nos aveux,
tant qu'à confesse on s'ignorait ?

Lorsque l'hiver eut pris le pas
sur ces étés apoplectiques,
que l'ouragan blessa le bât
sur tes deux cuisses faméliques,
La Guimorais me restait là,
avec son sable pour relique...

L'écho des rires des enfants
dans un écrin de coquillage,
malgré la tempête et le vent,
tout ce qui nous fait changer d'age,
cinglait comme un son d'olifant,
comme un ultime appareillage.

La Guimorais m'est attachée
depuis l'enfance, où cette dame
crût un jour bon m'y emmener,
avant que vous ne m'entrainâmes,
les B, les C, les alphabets,
tout près de chez mon frêre d'âme...

La Guimorais, c'est mon Mektoub,
ma destinée en sable fin,
et puis ce temps dont on s'adoube,
entre morues et églefins,
ces souvenirs que l'on radoube
à coups de règle sur les mains.

La Guimorais, c'est mon présent,
entre Cancale et Saint Malo,
à mi-chemin de ce Rouen,
où, quoi qu'on cale en ses marmots,
le pays de Châteaubriand
est une halte à ces gros maux.

Ce fut l'effluve d'un poison,
et puis les fleuves de ses courbes,
et cette averse à l'horizon,
puisqu'au passé, futur est fourbe;
La Guimorais a ses raisons :
son sable enfouit comme la tourbe !

vendredi 21 mars 2008

Oh, prin-ton-temps !

Le bois sans soif est né des saisons à rosée,
débutant à l'orée des étés érodant
la pierre blanche de tant de belles années,
à ranger d'une raie de lumière en peignant.

La ronce est fidèle, et ses épines dressées,
jaillissant d'un hiver engraissé de ses pluies,
et toute la nature se trouve engrossée,
hâtive d'accoucher de ces multiples fruits.

Attendant qu'on les voit, qu'on les goutte ou les cueille,
les ventres arrondis se cultivent en lots,
toute écume s'accroche à chacun des eccueils...

Toujours le printemps, qui nous revient, penaud,
encore le Printemps, pour déplier nos feuilles
en taches de douceur, en tant que points finauds.

dimanche 9 mars 2008

Les soleils verts

Ignorant les matins où s'allume l'aurore,

et le noir crépuscule aux musiques geignantes,

j'empoignais, en mâtin d'une horde sonore,

l'expression ridicule des phrases génantes.


En fourbissant la plume à la meule des doutes,

fourmillante des sons, formariage des mots,

je plaçais sur l'enclume, où s'affrontent en joutes

des quatrains, les leçons que j'ai serties d'émaux.


Et je vis se lever comme un verre qui trinque,

les douze soleils verts des prisons de l'absinthe,

dont les barreaux dorés sont au nombre de cinq

aux fenêtres des vers de l'écriture sainte.


Une drôle de Mecque, en étant infidèle,

m'a tourné vers Lorient, et la brise en Larmor,

vers la statue olmèque où s'écrit aux bords d'elle,

d'un accent souriant, le phrasé de nos morts.


Nul jour ni nulle nuit, n'a d'astre plus brillant

que ceux, tombant en pluie, les pieds, aux pas, laissant...

vendredi 7 mars 2008

Himalayaque

Il y a l'Himalaya.
Il y a des chaînes à nos cous, nos pieds, nos coups de pieds, nos coups de coeurs.
Il y a Elle et moi,
Il y a les vrais amants, et l'Everest, en nage de fontes trop lourdes, qu'on effleure.
Il y a les lianes,
Il y a des végétaux qui nous lient, des vergers, tôt, qui fleurissent.
Il y a les Diane,
Il y a des déesses chasseresses et pêcheresses entre six troênes et deux narcisses...
Il y a l'halleluyah,
Il y a le Kirie Eleïson, qui rit à chaque rime qui nous sonne;
Il y a l'oeil, le sable et l'oyat,
Il y a les plages de sel, et quelques mots faits entre voyelles et consomnes.

Jusant

free music


La
marée
descendante
s'immobilise
impénitemment,
inexorablement,
inéluctablement,
désappareillant
l'unicité
rocailleuse
d'ultimes
rives.

lundi 3 mars 2008

La petite mort

free music


De peur que leurs méats coul' pas,

femmes et hommes et cynismes,

ont fait des franges et des pas,

le long d'un canal qui signe isthme !



Que sommes-nous à mesurer

des sexes dont on eut pouvoir,

la langueur qui put en entrer,

sans que rien ne sut s'émouvoir.



Des libertés qu'on s'arrachait,

reste le geste à plus vouloir,

et quelque sexe en fit retrait,

en toi, moi je sus me mouvoir.



Souviens-toi des jours innocents,

des arbres morts qu'on regardait,

sans se sentir jamais pensant

que notre mort y résidait.

vendredi 29 février 2008

Correspondances en papier de vers



Dedicated to an improbable Sinéad O'Connor,


D'une photo, de quelques mots d'une inconnue,

j'ai dé-tressé des nids, là-haut, tout près des nues.

Des nids de papier, et de phrases sybillines,

où les vers de cristal se brisent sur leurs lignes.

Des nids dénués de haine et faits de longs cils,

où traine encor, sessile, le prénom de Cécile...

Lorsque s'en iront d'Elle, en quelque froissement

d'aile, ou en un clin d'oeil, sans même un croassement,

mais juste un croisement de plumes et d'épées,

les feulements de page, incidemment gravés,

comme à l'auxiliaire s'ajoute l'épithète,

les "je" d'égo ne seront plus que maux de tête.

A reconnaître mon image en ce miroir,

touchant du doigt le tain, liquide à la mémoire,

nous déformant de ronds dans l'eau, tout concentriques,

J'ouvrai la porte de citadelles toriques :

--------------------------------------------------------de l'eau secrète !

--------------------------------------------------------De la salée !

Des vasques de larmes enfouies,

----------------------------------------------en fuite perpétuelle,

-----------------------------------transies...

--------------------------------------------Mais tellement belles !

-----------------------------------La nuit,

lorsque le reflet des astres rayonne,

--------------------------un autre bruit

que celui de nos âmes qui crayonnent.

J'ai suivi la main de Camille

sur les muscles de ses statues,

laissé mon coeur partir en vrille,

lorsque mari fut mon statut...

Mais les maris, Cécile,

---------------------------------vibrionnent !

les fleurs et les idylles,

-----------------potentilles

---------------tormentilles,

-------------------------s'embrouillonnent

en dehors de l'hermétisme de nos poèmes,

de nos correspondances en papier de vers,

et que, mêmes de papier, ta peau, ma peau, aiment,

sur les bordures, les borders, et leurs dévers...

Dans une vie passée, j'ai rêvé de Rimbaud,

et de ses verts tilleuls, je fis l'infusion,

mais, jamais d'autres mots, émasculant le "beau",

ne me concédèrent, de l'autre à l'un, fusion.


Tout mirage est un miracle à nos horizons,

car de nos soifs, il fait couler les oraisons.


free music

samedi 23 février 2008

Suis un cap sizun !

J'ai le souvenir d'une église,
le croassement des corbeaux freux,
sur la pierre où l'on mit en guise
de duc, l'effraie au cri affreux.

Oiseaux de jour, oiseaux de nuit,
à l'oiseau-lyre est malheur bon,
car dans ce qui, parfois, nous nuit,
nait l'instrument d'où sort le son...

La larme à l'oeil est alarmiste :
les mimosas peuplent d'odeurs
les frais vrillés jardins capistes,
qui n'en ont cure, du malheur...

Ne coule en moi que la rivière,
plongeant mes doigts comme les branches
d'un vieux chêne enserré de lierre,
dans l'onde lente qui l'épanche.

Tantôt si fou, tantôt si calme,
Il est tant enserré de mers,
que lui poussent aussi des palmes,
frondaisons inaccoutumières,

le Cap est un pays d'extrêmes,
entre sa lande et ses bruyères,
ses bois profonds, ses plages blêmes,
en secret, coule son estuaire.

Qui saura un jour nos mystères ?
qui s'intéressera enfin ?
Les vies écrites dans la pierre,
Oh ! Seule Toi en sait la fin !

vendredi 22 février 2008

Tendresse

Je me rends compte que cet endroit est le weblog qui dure : bientôt deux ans.
Il s'en est passé des choses, durant tout ce temps.
Lui, m'a surtout servi de grenier à grains.
Je l'avais créé lorsque les pubs ont débarquées sur MSN.
Je l'ai souvent délaissé.
Mais je n'ai jamais songé à le supprimer.
C'est peut-être lui mon "jardin secret pas si secret puisque public"...
Je l'avais créé sous l'emprise d'une drogue dure, 1m61, brune aux yeux "menthe à l'eau".
Comme quoi, on peut survivre à l'opalescence de l'absinthe et de l'absente !
J'ai de la tendresse pour cet endroit. Il est un refuge. Peu nombreux sont ceux à le visiter. Peu importe !
C'est mon antre !
C'est moi le patron ici ! Et je sers la limonade ! Et même les bocks ! Et ses bords sont verts comme les tilleuls !

Gardien de soirs

J'entendais rêver si fort un gardien de square,
le pauvre, enchainé aux arènes de Lutèce,
qu'à vouloir enfin devenir gardien de phare,
il perdait les notions de parisienne adresse...

Timbré, sous les lilas, sans être poinçonneur,
il ne percevait plus que lumières de nuit,
et ne s'imaginait pas mieux qu'en ce sauveur,
pour lutter, en lutin, contre ses insomnies.

Mais dans sa tour d'ivoire, il était solitude,
et ses fantasmes d'y voir des mers déchainées,
n'étaient que ces lumières qu'on tente à dresser,
comme des naufrageurs dont les feus sont Bermudes.

Treize ors

Des sept cités de Cibola,
d'Eldorado en fiêvre inquiête,
du Kafiristan aux incas,
le mythe errant, partout s'émiette.

Mais les trésors que je n'ai pas,
sont ceux qui animent mes quêtes,
dont les rêves guident mes pas,
aucun grand or ne vaut l'enquête !

Aucune carte ne décrit
mieux son chemin, mieux sa présence,
que cette succession d'écrits,
frôlant si près la déchéance.

Le lien qu'indique cette croix,
d'un parchemin imaginaire,
n'est pas toujours, comme on le croit,
plus riche que l'itinéraire.

A chaque vers, c'est une pièce,
ou un bijou, ou une gemme,
qui s'ajoute lorsqu'une liesse,
ou un soupir, me dit qu'on aime.

Avoir un peu d'or dans la main,
ne pas s'oublier à le taire,
vaut plus que tous les trésors vains,
s'il faut finir au cimetière.

mercredi 13 février 2008

Les fleurs du bien

Mais toujours dans l'apprêt, pleurissent les cols chics,
amidonnées forêts aux fronts de ces Omphales,
qui s'accrochent au cou d'Hercules anarchiques,
dont les sexes sont mous quand l'euphorie s'installe.

Pleurissent, pleurissent, les fleurs de ces toisons,
comme de l'oeil l'iris, les larmes à foison,
les crocs qu'au deal, de Lerne, en spécula Jason,
et sa peur subalterne, en unique oraison.

Sentir la mandragore et son parfum de fin,
qui comme un fond s'honore, habille le destin,
ces perceptions, ersatz, me sont à la pensée.

Hors le poids de cent heurts, qu'il me faille encaisser,
et les Postdamer Platz, qu'il me faille poster,
les fleurs du bien en leurre, en sont des maquillées.