lundi 28 décembre 2020

Roxane


Je suis mort sur le chemin de la destinée
qui serpente entre tes reins comme une frontière
étant morsure et venin ton sang m'est inné

L'amour improbable est une ondée passagère
et certains contre lui déploient un parapluie
qui ne cache rien de ta beauté véligère

On t'appelle Roxane et ton cœur est celui
qu'alexandrins les grands de fantasmes nourrissent
alors qu'ils ne sont qu'un hymen en gestation
dans un ventre imagé que les années pourrissent

Et pourquoi Cyrano ? LA REPRÉSENTATION !
Nous sommes des poupées dans une maison close
et notre scène à nous, moins la prostitution
c'est de pondre en parlant la plus jolie des choses

dimanche 27 décembre 2020

L'écho du ciel

 

Parfois nous sommes inconscients
de notre attirance absolue
le temps de nos mœurs dissolues
filtre assez bien le subconscient

J'habite un endroit tempétueux
tout aux confins de notre monde
un endroit qu'aux vents impétueux
convie ma destinée féconde

Ermite un jour et barde nuit
j'ai nostalgié ces mélodies
confiées par les dieux de l'ennui
sans doutes aux bretons « Meuleudi »

J'ai pleuré des sons de piano
qui fendait l'âme au bois des luttes
et j'ai foré comme un anneau
l'aubier qu'un cœur électrocute

Enfin soucieux de t'entrevoir
enfin l'état d'être amoureux
— l'état totalitaire « avoir » —
usurpera l'idée d'heureux

Tout l'or que j'ai dans le regard
est le filon de tes cheveux
Mon ciel aussi sans crier gare
est dans la couleur de ces yeux

L'écho du ciel en tes mirettes
est donc un concerto pour harpe
et vers le Nord où Yeats s'arrête
en verset je tisse une écharpe

vendredi 18 décembre 2020

Femme univers

 

Je recherchais en toi la destinée fatale
le chemin que poursuit ma quête incontinente
au sein d'un interstice intercontinental

En ton monde infini dont la sphère aliénante
étirait dans l'instant mon espace vital
une étreinte assurait ma faillite imminente

En quelques tremblements qu'on enterre en des lits
j'ai volé dans des cieux dépourvus de verrous
de l'espèce en danger jusqu'en Terre Adélie
qu'en bon bandit manchot j'ai perdu « c'est vers ou ? »

C'est vers toi vois-tu que s'évertuent ces vertus
qu'on visse au crucifix de l'amour exclusif
et que ton univers — au moins t'en sers-tu ? —
sertit sa chaîne aux pieds d'un poème allusif

samedi 12 décembre 2020

La fonte déglace

 

Que serais-je et saurais-je en n'étant que vacant
si je ne sais de moi que des bribes d'émoi ?
Tout glacier qui s'effondre est un père abdiquant

Quand on fond que sait-on des névés qui larmoient ?
Dans le cycle de l'eau d'un dernier mohican
les fleuves de larme ont une source et c'est moi

Je tombe alors en pluie sur un saule pleureur
et mon chapeau de bras sur ton cou délicat
remet à la bonne heure un cœur en mal d'horreurs
et de la Poésie ta langue en reliquat

Je pépite en ta peau la rousseur attendue
pourléchant de ton sel une épice affadie
poursuivant d'arc en ciel l'écriture invaincue
la saveur ineffable où mon verbe est acquis

lundi 7 décembre 2020

Iroise

 

Je plonge en ton regard et dans son vert Iroise
immergeant mon désir au plus profond de toi
noyant mon âme usée que l'eau salée nettoie

Balançant des marées quand ces regards se croisent
on entend d'eux bruisser la mélodie des vagues
et l'écho de l'amour où la raison divague

À chaque épanchement tes sentiments m'inondent
à chacun ses récits dont les vents vagabondent
et dont les passagers fabricants de nos rêves
ont pris de notre espace un peu de ceux des grèves

Un embrun de liqueur extraite à tes beaux yeux
sans racine où l'absinthe amarine un reflet
s'est posé sur ma lèvre et son goût giroflée
m'intoxique agrément d'un navire audacieux

https://soundcloud.com/annaondu/iroise

samedi 28 novembre 2020

La ballade infidèle au sens

 

Dans les sous-bois bellifontains
le vert est bleu comme en breton
les ors et la belle y font teint
les deux trésors y font bon ton

Je vous trouvais incroyableue
mais vous étiez insensibleue
votre ligne des Vosges bleue
pareille à celle de vos yeux

Dressait des regards barbelés
face aux assauts que vers dégrisent
en uniforme Alma bleuet
d'un Mirabeau dans l'aube grise

Ainsi, restaient front dégarni
nécessité mes cécités
Mais sans citer de ce vernis
L'apprêt fait de mendicité

Ne vous en voulez pas d'aimer
tant va l'amour aux trahisons
qu'une âme amoureuse à damner
n'est qu'un trait mou sur la raison

Si sans emploi je suis en pluie
sans appui je ploie j'ai déplu
sans aplomb mon fil est rompu
je suis l'ouvrier sans son puits

Je ne suis qu'une pluie de feu
dans ton giron tout aquatique
et moi sans toi rien ne le veut
je ne suis qu'un anti-sceptique

Et je te veux sans vouvoiement
sans même une masturbation
l'essai n'est à l'écriture (on ment)
qu'un prétexte à sa transformation

Je te veux nue dans mon poème
offerte à tous mes paravents
la liberté n'est qu'un phonème
on la brade un peu trop souvent

La nuit de moi s'est désaisie
dans la blancheur de l'innocence
où l'on conduit à l'hérésie
le rêveur infidèle au sens

samedi 21 novembre 2020

Algérienne

 

Je revenais en pluie dans ta mémoire acqueuse
et mouillais mes pinceaux d'un clignement de cils
attendu de tes yeux comme on marque un essai

L'encre est un sang qui coule irriguant laiteuse
une presse avide et sa justice imbécile
es-tu le papillon de la mue que j'essaie ?

La lumière éperdue sur le grain de ta peau
révèle en pellicule un fantasme ébloui
par un bleu qui rougit quand on berne un drapeau
par un regard en bouche et sa trace évanouie

Nous étions bien planqués là de l'autre côté
De l'autre côté las de Méditerranée
Dix ans durant de cet aveuglement bourgeois
La décennie noire est à notre œil un non-choix

lundi 16 novembre 2020

Hermine

 

 

Ta beauté coule en moi viscosité d'un miel
et se fond au palais tout aussi lentement
dont la pièce a la face enrobée d'arc-en-ciel

Est-ce un premier hymen à la robe de sang
crois-moi mon bel amour est un long puits sans fond
dans lequel abonde une musique sans fin

Ce monde m'a meurtri d'éclats de Poésie
tant il s'était poudré sans fard abandonné
sans phare à surveiller dont la sourde amnésie
m'amène à faire un tri dans l'ombre des données

J'ai la plume bretonne et l'hermine irritée
j'ai l'histoire en otage et j'ai le sang bouillant
je suis un celte impur au cerveau résistant
pleurant ce que les pluies ont omis de mouiller

 

https://soundcloud.com/annaondu/hermine

dimanche 8 novembre 2020

Elle était de celles

 

Le soleil arrosait le balcon de mes vœux
(ramper en paix par un parapet rend peureux)
tandis qu'en se laissant aller à la paresse

— Était-ce la peau tendue de la poétesse ? —
elle étalait le parchemin de mes non-dits
du verbe en gestation d'un poème assourdi

J'aimerais dire un jour à l'écho de ma vie :
"me voici ton reflet je suis rien tu es belle"
et dans les clapotis de mon amour pour Elle
entendre un pépiement ludique inassouvi

Le soleil arrosait son visage en laissant
des éclats mordorés dont la rouille et le sel
éclairaient d'un grand feu les yeux opalescents
qui cherchaient à dénouer mes intimes ficelles

mercredi 28 octobre 2020

Daumesnil

 

J'essayais d'accrocher son bleu regard au mur
imperméable et froid de mes nuits cinéphiles
afin de n'en garder que la bobine et le fil

Et le film ainsi mu et la pièce ainsi tue
martelaient le beau rôle à l'actrice in situ
le choix moi me restait : la corde ou le bromure

On peut rêver de cieux peinturlurés d'azur
et pourtant rien ne vaut ce regard inédit
que tu me tendais comme une tasse en brisure
Oh non ! l'acquis n'est rien à ce que l'inné dit

Tout ce que le puits sans fond d'un amour éteint
fut à la volonté de vivre absolument
se trouve à la façon d'un service en étain
dans le volcan figé d'un ménage en tourment

 

mardi 13 octobre 2020

Brindille

 

J'épuise en vain ma mélodie
dans la clarté de ton regard
et sur ta lèvre en prosodie
l'entrain qui n'a su crier gare

Il reste de mon corps de rude
une corde raide et vocale
un sanglot dolent qui s'exsude
et qui se récolte en bocal

Un aquarium en aquarelle
en m'embrassant — crapaud martien —
ta bouche est un cœur et pour elle
on arracherait bien le sien

J'ai léché sur ta peau salée
les tâches de son silencieuses
et bu lentement de son lait
l'or et les pépites précieuses

À présent qu'il faut nous quitter
que tout élément du décor
au prix de notre identité
s'arrache à nos maillots de corps

Et qu'à celui des jolies filles
— au tien qu'à deux nous connaîtrons —
s'attache un lien sur les brindilles
en croyant que ce sont des troncs

samedi 10 octobre 2020

Pour Toi

 

 

J'arroserai de verbe un parterre en partant
pour te plaire emportant mes plus belles grimaces
et les deux mots d'amour que conserve le temps

J'araserai d'un trait les bleues fumigations
d'un cadavre embaumant l'écrit par contumace
où tout auteur absent s'encense et sans sanction

Chaque nuit me semble une absolue catharsis
et chaque rêve étrangle une vie mal apprise
à te chercher sans cesse au reflet des narcisses
et des printemps dénués des serments que l'on brise

Or bruissons doucement dans le feuillage ouvert
afin de grandir en paix sous les frondaisons
de notre arbrisseau généalogique offert
entre une ronce et l'objet de nos déraisons

mercredi 30 septembre 2020

Perle à rebours

 

 

Lorsqu'en t'écrivant l'encre afflue je sais qu'il pleut
qu'on pourra me maudire et que je n'en ai cure :
en ville on a jazzé sur nos comportements

Rien ne saurait mieux dire à mes pensées du Bleu
que l'infini profond de ton regard obscur
au sein duquel il est urgent de me plonger

Nous mouillons le maillot sans désir apparent
rejetant de nous deux l'idée fausse aux orties
mais en nage amoureux nous aimons le danger
— perle à rebours au doigt dont on fait le décompte

Où qu'on en soit de ma démunition sortie
d'une plume ou d'un flingue armé d'un silencieux
j'écrirai toujours afin que mes mots racontent
à ton cœur ce que ta beauté chante à mes yeux

dimanche 20 septembre 2020

Labyrinthique

 

 Au miroir de tes yeux je suis devenu gris
je me suis enivré du faux des faux-semblants
défait du vrai que l'on devrait avoir écrit 

Dans ton regard argent du noir allant au blanc
du sale allant au propre amour en quelques cris
j'ai recueilli ta bouche en pétale accablant

Dans sa caverne aiguë ma basse œuvrait sans tain
je n'en démordais pas ton cou de cygne indien
qu'un minotaure où la raison se dissimule
ait appelé deux fois comme un été anglais

Tout m'est futile et toute impasse une obsession
tout dégénère en somme et même en soustraction
tout est serpentiforme et prêt à m'étrangler
tes bras d'abord et le désir que j'accumule

jeudi 10 septembre 2020

En chair




Le pouvoir de nos mots confine au stupéfiant
désirer fait rêver mais aimer désespère
on s'enivre à vau-l'eau de billets lénifiants

Mon poème à propos de toi n'est qu'une fable
inventée tout de go par mes deux hémisphères
un voyage ineffable un mirage esthétique

Il est un puits d'ego naufragé dans les sables
une oasis enflée par ton souffle amoureux
vivre au point d'en mourir est vraiment poétique
et pourtant susciter c'est kiffer comme on crève

Un grand bleu dans tes yeux c'est un ciel dans mon rêve
éclairant sans nuage un garçon ténébreux
l'incarnat de ta lèvre est un sang dans ma chair
infusant l'indu âge à mon âme aux enchères

https://soundcloud.com/annaondu/en-chair

lundi 31 août 2020

Naïade



Quand au creux de ses vers un peu de ton essence
a d'un calice ouvert extrait la renaissance
on voit son cœur offert en guise de trophée

Quant à remettre aux fers une âme apostrophée
laisse au choix l'enfer ou l'infâme esclavage
et le chant possédé de la femme au rivage

Épanche aussi sec une intarissable soif
étanche à ce sexe inexpressif et rugueux
que ta beauté remplace irriguant de son bief
un moulin sur parole et mes mots de guingois

Vide enfin de la place un obscur importun
que déesse adorée tu n'aies plus qu'un seul homme
effeuillant ta corolle en te parlant d'amour
et des grains mordorés de ce sable incertain

https://soundcloud.com/annaondu/naiade

lundi 17 août 2020

Éléments



L'éclair griffait la nuit de ses doigts affectueux
mais l'accélération de sa lacération
te scarifiait la peau de son métal onctueux

Que l'orage à présent dépèce à l’hallali
le corps de notre amour et sa déréliction
mon cœur est en grisaille un nuage sali

Nous randonnions en rang d'oignons dans les égouts
de luxe où confinés les raffinements crûrent
infiniment plus vite et bien qu'un champignon
qui t'hallucine à t'incarner en ce qu'ils crurent

Et transpirant la terre exorcise une ondée
rigole un nom de ru dont je repars empli
dévale et puis démonte un plateau sans pignon
déchaîne et montre enfin tout mon retard en pluie

https://soundcloud.com/annaondu/elements

lundi 10 août 2020

L'émoi doute



Damnée somme d'années nos saisons se bousculent
empruntant vers l'hiver une route trop courte
allant de notre aurore à notre crépuscule

Entre les deux le corps balance et s'évertue
d'aimer trop aimant mal émancipé du temps
qui pourtant le rattrape autant que ces vers tuent

Vicieusement le jour avance en faux-fuyant
grattant les arpégés de son compte-à-rebours
au gré des traits tirés par l'archet de nos rides
et par l'épuisement des printemps s'effeuillant

Mais dans les moissons drues blondissant au soleil
il faut du coquelicot les tâches de sang
les floraisons d'été sont des cœurs endettés
le cri de désespoir et l'agonie d'amour

vendredi 7 août 2020

Asphalte



Fleur de pavot fleur de pavé fleur de pas vu
pas pris par la patrouille on te renifle on flaire
en ton parfum le doux poison de l'imprévu

Sur les chemins de croix sur les chemins de fer
et les décorations de ces apparats chics
on décalcomanie le verbe à peine offert

En le cueillant rosé sur ta bouche grenat
j'ai pu décomposer ton numéro d'artiste
et retirer la chevrotine et la grenaille
incrustées dans tes yeux comme des améthystes

En vérité je t'enlaidis tu es ma belle
expulsée de mes visions tu me descends balle
antimoine excommunié je t'ai rêvée svelte
en ce trèfle où butine un papillon d'asphalte

https://soundcloud.com/annaondu/asphalte

mardi 4 août 2020

Chiromancie



J'aime embrasser la nuit sur les Bouches du rêve
embarrasser d'idées le delta du désir
et bâtir un barrage aux confins de l'envie

Dans ces baisers de plomb le poison sert d’appât
ta langue est de mer et tes petits seins deux îles
ignorant d'un trait ce que ma pointe dura

Du pays de ta peau j'ai défait tout empire
étirant mes déliés sur ce doux palimpseste
évitant du bélier qui confine à l'inceste
une identité qui n'est que geôle où croupir

Aujourd'hui libéré de la carte en bataille
où sommeil est angoisse où la veille est défi
je m'inscris lentement dans ta ligne de cœur
Écrivain, ma plume est le fruit de vos entailles

https://soundcloud.com/annaondu/chiromancie

lundi 6 juillet 2020

Celluloïd



J'ai laissé ma dérive épuisée me guider
sur le chaud méridien de ta moelle épinière
et froissé sur ta nuque une belle orchidée

L'art a cinématographié ton réceptacle
où le nectar embaume et ta corolle enceinte
enferme enfin bien mieux qu'un noyau cellulaire

Il m'a suffit de ton regard afin de fondre
ainsi qu'une poupée de cire à l'horizon
qu'un ciel éclaire en ne pouvant que nous confondre
ensemble à l'océan de notre déraison

Le galbe délicat de ton mollet gainé
promet ton élégance au cœur de mon désir
et d'un feu minéral l'éclat de ton sourire
éclaire au plus profond le puits de mes années

https://soundcloud.com/annaondu/celluloid

mardi 9 juin 2020

Xylème



J'irai larguer les amarres des astres auxquels je me suis entravé
privé de voyages
encalminé
dans des havres de guerre
aux veilleurs marmoréens
qui font payer du passé le passage
et de l'avenir l'agrément
pour nos entrefilets et nos trop vieux gréements.
J'irai chercher l'éclatement
des bois les plus rares
et des automnes chatoyants
dans des regards brûlants
et des sèves de curare
issues des buissons d'euphorbe sauvage
ou des reliquats de sève aux essences enivrantes.
Et grisé par la mine au crayon du destin
je glisserai sur l'onde et ses interférences
écoutant les vibrations végétales
écoutant bruisser les feuillages
et grincer les tissus en croissance
écartelant les parois des alvéoles
et les fibres élastiques et turgescentes
élargissant les troncs puissants des grands ancêtres
Encore éminemment présents dans la coque
et dans l'âme inhérente au bâtiment.
Concentriques à la façon des ronds dans l'eau
le xylème a fait ses cernes
aux yeux des matelots
qu'il protège
une longue et détendue bouée
que l'on lit dans le fil du bois
comme une partition saisonnière
aux notes accrochées comme des tons de couleurs à la lignine
aux ligneurs et leurs thons pendus sous les gaules
à la ligne où le point s'est tendu pour laisser couler l'écriture
où l'encre et l'ancre ont pris la même ampleur
et la même profondeur.
Un élan vital emplit l'ensemble
un vent gonfle aussi les voiles
un sentiment d'inéluctable envie met ce corps en mouvement
je me sens repousser mes limites
on se sent repousser passée la taille
et forcir en largeur
en épaisseur
en consistance
en maturité
je ressens l'allégresse assagie de la sérénité rendue
mon vaisseau retrouvé conduit ma sève à l'état brut
élaborant des plans d'odyssées tardives essentielles
Ulysse irlandais qu'alimente un nouveau Xylème
écrivain breton sans papiers mais que l'exil aime.

dimanche 7 juin 2020

Flamme elle



Je convertirai les métaux
plutôt que les mauvais croyants
faisant des plombs des dents de l'or
et des prisons Casanova

De ces reflets carnavalesques
on extraira quelques grimaces
et de Venise entre deux eaux
quelques secrets insubmersibles

Ys est à présent sous les flots
Paris pareille est sous la scène
où l’on se joue la Comédie
du rire et du contrat social

À chaque endroit les eaux confluent
le cours du temps leur obéit
comme un Narcisse épileptique
aux soubresauts synchronisés

Le chorégraphe un alchimiste
a deviné que la flamme elle
était aussi produit d’un flux
que la lumière est la fusion

https://soundcloud.com/annaondu/flamme-elle

samedi 6 juin 2020

Éréthisme



M'étant laissé longtemps polluer
par les regards et les visages
et par les tâches de rousseur
enflammant les regards d'azur
il a fallu qu'un jour enfin
j'éteigne en moi la dictature
iconophile et féminine
assujettissant ma raison

Rêver ma muse ah ça m'amuse
et d'amour l'idée m'énamoure
en caracolant loin des corps
et loin des fleurs de chloroquine
on a bien cru m'avoir perdu
mais c'était sans me décompter
des morts-vivants de série B
s'abrutissant du sens commun

Je me retrouve enfin sans gants
dans l'brouhaha d'un cœur qui bat
tel un vieux fret entre les cordes
un drôl' de ring qui m'a sonné
me répercute un air à gares
un uppercut en pleine foi
qui me rappelle au sentiment
définissant mon éréthisme

mercredi 3 juin 2020

Précession



Petite plante annuelle il est temps de mourir
on fleurit au printemps mais la sève est fugace
et toute l'énergie s'est rangée dans nos graines
à présent parsemées sur les champs de demain

Monte un peu non sans mal au nadir un pauvre astre
et dans sa course folle une année chaque jour
un baiser du soleil a suffit pour t'ouvrir
a suffit pour tourner ta corolle à sa flamme

Un pistil est pastel ignorant la migraine
en partant l'état mien n'était pas un désastre
et pourtant l'étamine est un mot qui m'agace

À la fin me couchant sous l'horizon des mers
un public ébahi m'applaudit des deux mains
je m'achève en pluie tel un nuage essoré

https://soundcloud.com/annaondu/precession