jeudi 26 mars 2020

Crusoë



Il est minuit au square du temps
ma montre molle est indécente
à remonter l'écran du JE
Je ne sais plus mon score latent

Je suis sur mon île disserte
à te raconter mon récit
je suis un puits pour que mon eau
te rafraîchisse à moindre frais

L'isolement quoi qu'infernal
est cellulaire et biologique
une paroi chronologique
a mis plus d'espace entre nous

La pluie qui tombe à petits pas
Du coup respectant la mesure
Où la taille obscure est sévère
Oui manque en baisers répétés

Tu dis : « Robinson, je t'attends ! »
mais c'est un merveilleux mirage
éloignez-moi de la beauté
je veux mourir en gribouillant

https://soundcloud.com/annaondu/crusoe

dimanche 15 mars 2020

La grippe espagnole




Nous vivons dans la peur de mourir
Il n'y a pas de vraie vie sans mort
Il n'y a pas de répit sans remords
Il n'y a pas de remous sans amour

Il n'y a pas de récit sans secours
et quelque vérité qui s'écrive
est trop souvent gravée sous la peau
comme un parchemin sale et retors

On sait les décès financés
les décisions lues sans détour
et pourtant de ces pas cadencés
ma lecture est souvent sans retour

Il n'y a que des noms trop célèbres
Il n'y a qu'un virus et l'oubli
Donnez-moi la magie de la plèbe
et de boue je ferai patricie

Je ferai de mes poupées de glaise
à l'artiste un souvenir vaudou
le dégradé de marine anglaise
adapté pour un tour en cachette

On sait les cagibis dépeuplés
l'espace est leur déconcentration
tes jolis yeux bleus m'ont ignoré
mon ciel est bleu d'encre à dégueuler

Mon ciel est noir d'ancre à déplorer
dans le tôt décès de mes aînés
mon ciel est comme un catafalque
illuminé par les malades

Et dans la procession des morts
où la peste est la reine en l'arène
il me faut compter les matamores
et conter leur récit dans la peine

Il me faut repenser à mon frère
à celui qui fit les calligrammes
à mon cher Guillaume Apollinaire
il me faut relire Edmond Rostand

Qu'en paix campés dans l'alexandrin
la guerre entre eux ne m'ait concerné
qu'au niveau de la grippe espagnole
on pourrait parler de tous les autres

À commencer par Egon Schiele
et sa pauvre jolie femme enceinte
on en meurt en voulant enfanter
le virus est saint-barthélémyste

Ah ! Kafka finit par en mourir
aussi, la peine est réglementée
dans des dedans démantibulés
dans des dehors à peine apparents

Si la fleur du mal a fructifié
c'est qu'un virus a bien suivi
nous mourons tous en espérant
que nous survive un temps présent.

https://soundcloud.com/annaondu/la-grippe-espagnole

mercredi 4 mars 2020

Seul au restau'



Souvent j'allais au restau' seul
avant l'week-end le vendredi
quand j'étais bombardé sur Brest
en cours aux samedis matins

Je me faisais des chinois'ries
afin d'entortouiller mes nouilles
en plein potage asiatique et
ticket chic et sans détour

On y trouvait ces tristes couples
en train de célébrer ici
l'avant de leur séparation
face à des rouleaux de printemps

J'aime aller seul au restaurant
sans me payer d'une compagne
à satisfaire en condiments
d'un à-paraître en con dimanche

Et j'aime aussi me délecter
de bons plats égoïstement
d'un verre éclusé sans trinquer
sans calcul au plaisir présent

J'aime écouter le bruit des gens
leurs pas potages et leurs agapes
un bruit pareil est un refuge
à qui veut se nourrir de tout

https://soundcloud.com/annaondu/seul-au-restau

samedi 29 février 2020

Roman



Que l'on subisse ou que l'on faute
on vit sa vie comme un roman
la suite est ce que l'on écrit
que l'on compose ou que l'on tourne

Elle est l'écho de nos dérives
et le micro de nos angoisses
accumuler les ans qui passe
est cumuler les casseroles

À tout beau rôle est un mauvais
c'est le casting à dénoncer
c'est le choix qu'on donne à celui
de la victime ou du bourreau

C'est un pianiste à Varsovie
c'est Kinski violée par son père
une œuvre au noir et ses neuf portes
et la family de Manson

Il faut brûler les criminels
et se faire une inquisition
des bonnes paroles ânonnées
brûlons aussi leurs créations !

À tout beau rôle est un mauvais
n'endossons pas ce dernier-là
laissons la justice à ses juges
et la romance à ses poètes

Il advient lorsque l'on vieillit
de moins trier le vrai du faux
que l'on subisse ou que l'on faute
on vit sa vie comme un Roman

https://soundcloud.com/annaondu/roman

jeudi 27 février 2020

Premiers baisers



La vie recommence à chacun
des premiers baisers retrouvés
la vie redémarre au rencart
de tours de magie dans l'amour
et de nos vains doigts galopant
sur les peaux devins de nos sorts
et sur les oripeaux de vingt
doigts emmêlés sous le tissu

Le désir est un assassin
que l'on réclame à si grands cris
que mourir est si peu de chose
en comparaison du plaisir
et des déceptions en cohorte
à cultiver dans son jardin
que quoi qu'on en crève à la fin
c'est la fin voulue du début

Qu'on soit russe ou français — poète
ou qu'on soit belle ou merveilleuse
— on est le produit du hasard
on est le fruit de nos rencontres
et pas celui de nos entrailles
irritées par les faux-fuyants
des sentiments mal assumés
des premiers baisers retrouvés.

mardi 25 février 2020

Les smartiens




Ils ont l'extrémité
du bras la main greffée
sur l'outil autistique
où leur pensée s’abîme
en se vidant du sens
et du bidon royal
addictif constricteur
étouffant leurs méninges
ils sont les proies faciles
esclaves consentants
vissés sur leurs écrans
bruyants et impudiques
éructant dans leur langue
impropre à s'embraser
de banalités crasses
en un mot comme en cent
comme on sent l'incapable
effort à la fermer
des passagers polluent

lundi 24 février 2020

L'élixir



J'espère un soleil d'or
au fond d'un gouffre intime
où sourdrait singulière
essentielle et sublime
un peu de ta nature

Un soleil dont l'éclat
fragmentaire en tous points
mènerait à chercher
la pépite espérée
que tu cachais en Toi

Si la muse inspirante
en laquelle Aragon
puisait l'inextinguible
appétit de poème
était de cet or-là

Qu'envierait Maupassant
je peindrais ton étoile
au pinceau de ma feuille
et pousserais son germe
à planter ses racines

Aux mots s'enrouleraient
les gourmands du désir
où la sève élabore
un secret élixir
et l'or pur se dilue

https://soundcloud.com/annaondu/lelixir

dimanche 23 février 2020

Fontaine




Il faut croiser
Fontaine
et l'appeler Brigitte

Rue de Saint-Louis-en-l'île
chat noir
à caresser

Puis continuer
le long
du port de l'Arsenal

Du Faubourg Saint-Antoine
jusqu'à
La place des Vosges

Il n'faut pas dire
Fontaine
je n'boirai pas ton eau

Mais je fais mes adieux
je crois
à mon Paris

Paris perdu
longtemps
dans les brumes passées

Par la force des choses
issues
d'obligations

Un an durant
rejoint
mais la page est tournée

https://soundcloud.com/annaondu/fontaine

Paris classée



Le beau ciel est de retour
avec un air de printemps
sur Lutèce et ses arènes

À Jussieu le soleil couche
un vernis doré rutilant
les carreaux de la tour brillent

On klaxonne à la Mutu'
la place Maubert est sans bâches
et son bitume est sans tâches

En une nuit diluvienne
on a passé au passé
un savon décalcifiant

Les sentiments entartrés
dans les rues se sont dissouts
Paris l'affaire est classée.

https://soundcloud.com/annaondu/paris-classee

vendredi 21 février 2020

Quartier Latin


Au petit dej'
j'ai grignoté les patiss'ries
des Dames à la licorne

En tout honneur
à défaut de celle de Bayeux
je m'restaure à Paris

Près de Cluny
je couche ici rue du Somm'rard
où je dors assez peu

Je suis au treize
et ma cellule est monastique
à fenêtre sur cour

Quartier Latin
Je suis au cœur des battements
qui sans cesse l'animent

https://soundcloud.com/annaondu/quartier-latin

Paris sous les auvents



Paris sous les auvents
de part en part
des rues serrées de Saint-Michel

La pluie s'invite au bal
de nuit dimanche
esquive en zigzaguant les gouttes

Et malgré tout trempé
l'hôtel est là
sa chambre exiguë me renferme

Un instant je me couche
en moisissant
les perles de pluie qui m'obstruent

Le profil sinistré
De Nôtre-Dame
aperçu d'un échafaudage

Heurte en vain ma rétine
impératrice
en d'autres royaumes des cieux

Le cognac était bon
le comptoir sec
mais pas le boul'vard Saint-Germain

Dans le reflet des phares
et des liqueurs
un parisien se reconnaît

C'est un révélateur
en noir et blanc
sur pellicule existentielle

Et cependant la nuit
nous enveloppe
en son linceul humidifiant

https://soundcloud.com/annaondu/paris-sous-les-auvents

Le réchauffement climatique



Paris venteux dix huit degrés
j'écumais les apéritifs
à chaque averse pour prétexte
à chaq' bout d'texte à pré-écrire

Paris la bruine et puis la pluie
le pastis à l'eau sur le zinc
et les toits ruisselant de Toi
de ton image à quoi je tique

Ondée versée sur la Cité
c'est pour éteindre un incendie
mais Montparnasse est inondé
par un non-dit dans mes pensées

Paris Rimmel en février
coule d'un bleu d'eau minérale
au firmament de mon cafard
et de mon désespoir acide

Il pleut sur la belle aquarelle
où se délave une jeunesse
et le ciel être capital
habille Paris de son jus froid

J'attends que ton absence efface
absolument tous les glaçons
le réchauffement climatique
est dans tes yeux couleur absinthe

Il pleut sur Paris c'est si rare
on lave les délits des lais
qui de Villon jusque aujourd'hui
dévêtissaient la courtisane

Et dans la marche des degrés
sur l'escalier de l'effet d'serre
il serait bon qu'au cœur aussi
le climat chauffe à sa manière

https://soundcloud.com/annaondu/le-rechauffement-climatique

jeudi 20 février 2020

Le Passage



Chemisier blanc pantalon noir
avec sa gouaille parisienne
elle était la serveuse au bar
un juvénile ange et super bien

Ça c'était la serveuse au bar
œil argenté tablier gris
tandis que le ciel en pleurant
laissait le pouvoir à son rire

Elle était la fille au comptoir
avec un loufiat pour complice
un vieux serveur aux cheveux blancs
plein de malice et plein d'esprit

De ce contraste saisissant
mais nimbé de leur harmonie
naissait le sentiment subtil
où s'affichait sa différence

On sait la singularité
dans un regard où l'on échange
un éclatant sourire éclair
un univers en un rictus

Au coin de ce chemin de verres
en zinc enfin s'est envolé
le sourire un instant fugace
ouvrant le sens à l'existence

En m'arrêtant dans ce troquet
moi le clochard assez céleste
un truc en fait m'avait doublé :
dans mon passé, j'avais l'présent !

J'avais l'présent dans sa beauté
dans tout l'éclat que la jeunesse
offre aux êtres particuliers
lumineux comme un soir d'étoiles

https://soundcloud.com/annaondu/le-passage

Gésir à Paris



J'ai laissé gésir à Paris
les temps forts et les amours mortes
et ce vestige a ressurgi
mimant vertige et Tour Saint-Jacques

Odéon joue de mon hasard
et Saint-Lazare recueille enfin
de ce mot fin la part du lion
que garde Lyon mieux qu'Austerlitz

Que j'eusse eu Jussieu pour école
et de leur rue via la Sorbonne
un point de vue sur les deux îles
il devrait moins m'en souvenir

Pourtant j'éveille les fantômes
en arpentant le gris bitume
et dessous ces pavés sans plage
on sent l'écorché du métro

Les nerfs à vif on déambule
on perd son latin quelque part
en restant calme à Saint-Placide
et puis de marbre à Saint-Sulpice

À Vaugirard on longe encore
une échelle archéologique
où le temps grille au Luxembourg
un feu de paille un peu de poutres

Or, de la République on chambre
en descendant vers Saint-Michel
les souvenirs de '68

samedi 8 février 2020

Distilled in Brest



Non, je n'en peux plus de la pluie
qui tatoue la grisaille à l'âme
et qui découpe en filets d'eau
le temps perdu sans amour.

Et je n'en peux plus du Grand Ouest
où l'on prie l'astre évanescent
de ne pas se coucher si tard
en n'accouchant que de sourires.

Il me faudra peindre en violet
les sabords ouverts de tes yeux
retendre une corde vocale
au diapason de tes paroles.

Il me faudra te conter Brest
et ses remparts rempli de bruine
et de ruines d'amour aussi
dont le profil de fer rugit.

Sous les grues du port de commerce
on comptait les points de suture
en soupirant pour ses beautés
tâchées de rousseur aux yeux clairs.

Il me faudra te raconter
comment la rouille en Poésie
marrie Miossec à Segalen
divorce en récitant Corbière.

Il me faudra bien dessiner
sur toi les entrelacs celtiques
où nos promesses s'entremêlent
et nos baisers sanguins circulent.

Et je n'en peux plus de te perdre
à chaque instant qu'on ne crée pas
dans ce Ponant dont la cité
craquelle en l'absence de toits.

Non je n'en peux plus de l'appui
qui me manque en déséquilibre
au bout du Monde et de la vie
que je ne conçois plus sans Toi.

https://soundcloud.com/annaondu/distilled-in-brest

mercredi 5 février 2020

En "Me Too" fléau



Le froid de l'âme est de l'acier
ce qui perfore au mieux le cœur
et lorsque sur moi tu t'assieds
c'est entre plaisir et rancœur.

En tripotant le bout du Monde
on est souvent très près des femmes
on est souvent le porc immonde
auquel on pardonnait l'infâme.

On est pourtant dans ton regard
un prince infiniment charmant
le prince sans rire en quai de gare
et parfois même un peu l'amant...

La ritournelle a décompté
mes relations imaginaires
et dès lors on a raconté
l'idée que ces traumas génèrent.

À chanter des récits sommaires
On s'est pourri les amygdales
et tapissé de toile amère
un en-soi qu'on livre aux mygales.

Or l'araignée de nos pensées
fleure assez bien les illusions
les déceptions du temps passé
sur un canevas de visions.

La pluie tambourine à grands cris
sur le carreau de ma lunette
et ma vue basse encore écrit
l'éplorée plainte malhonnête.

Elle est cri, sourde et renchérit
ce que vaut chaque individu
car à chaque et perdue chérie
je sais très bien ce qu'il est du.

https://soundcloud.com/annaondu/en-me-too-fleau

mercredi 22 janvier 2020

Tisons



De paille ou bien de feu
J'ai le cheveu des femmes
enroulé sur le doigt
qui trace un entrelac

sachant des poésies
que l'on ânonnera
mais ma prière aussi
qu'Ana lai honora.

Puis tisonnant les braises
où l'on fait apparaître
un destin des falaises
on signera nos faims

le cœur a crevaison
que crevaison minore
et j'ai fait mettre au clou
mon désir éperdu.

Je veux crever debout
comme un pneu misérable
et joindre sans embout
ma valve à ton amour

afin de louvoyer
sous tes yeux si cléments
que ma mère oubliée
j'en vois le bleu profond.

https://soundcloud.com/annaondu/tisons

mardi 14 janvier 2020

Solaire



Nous ne sommes que de petits mouchards enrhumés
Pestant sur le déni de nos désirs abstrus
Tout en manifestant sur l'impossible acmé
Que nos contradictions dans l'avenir obstruent.

Parsemée d'éphélides et bleutée du regard,
à ta chair un éclair est venu s'imprégner,
sur ta lèvre en pétale il me faut le nectar
humecter, puis cueillir en mes serments pas niés.

Sans cela, le cocon dru de ma chrysalide
en tes bras qui se tisse, aura perdu le fil
où se dénouent les nœuds de mes passions invalides.

Et fixé sur Toi, tandis que les jours défilent
à ton soleil hypnotisé je me suicide
entier, tu es mon énergie, ma chlorophylle.

https://soundcloud.com/annaondu/solaire

vendredi 3 janvier 2020

L'hyper Noël



Mes brins d'ADN enguirlandent
un peu de gène en mes enfants ;
mais le plaisir et les cadeaux
sont sous la crèche et les santons.

L'encens parfume un sentiment
de plénitude à leurs sourires ;
on sent le sapin pubescent
perdre une épine à chaque éclat.

Restent les cendres après les veilles
et les onctions du nouvel an :
nous vomissons les plats trop gras.

J'ai persiflé la Création,
j'ai persillé ma poésie
d'un peu de piment littéraire.

https://soundcloud.com/annaondu/lhyper-noel

vendredi 27 décembre 2019

La fille aux tâches de rousseur




La fille aux tâches de rousseur
un peu planquée sous ses cheveux
dont m'éditèrent années passées
les signifiants de son sourire,

a conquis toute ma mémoire
afin d'en faire un fruit confit
que mange un vers octosyllabe
à l'ombre enflée de mon Amour.

Et parsemée de mon désir
au parchemin que liront d'elle
odieux, ses amants fallacieux,

Melody traduira l'émoi
de sa vie défaite à l'envers

jeudi 26 décembre 2019

Le chant de la pluie sur le Vélux



La pluie s'abat sur la toiture
en pianotant sur le Vélux
une mélodie sans parole
où des voix sourdent au creux de moi.

C'est la chanson du mal-aimé
qu'Apollinaire a composé
pour moi tout seul — on croit que ça
n'arrive à chaque fois qu'à nous...

De l'autre côté du miroir
il y a pourtant l'univers
inversé du tir dans l'Alice
où tout le monde est importun.

Désunis vers où mon Poème
est vers sa désintégration,
glace assez malpolie, j'écris
suspendu sous mon faux con.

Là, vain de l'épopée gonflable
et du terrier du lapin blanc,
je m'efforce enfin d'uriner
sur le terreau de l'avenir.

Il en faudra du foutre
afin de rebâtir humainement
ce grand gâchis mal dégauchi,
masse populaire et contrariée.

Du grand charnier consumériste,
en pétrissant nos amours mortes
on sortira les bas-morceaux
comme on démoule un bronze hideux.

Je repeuplerai d'animaux
les reliefs humains mortifères
issus des civilisations
dont on aura pu se repaître.

En attendant sur la toiture,
en pluie s'abat le con damné ;
le souvenir est « attaché »,
c'est que la mémoire emprisonne.

Et dans le rythme alternatif
où j'imagine ma femelle
— entêté par ses éphélides —
un futur et le passé s'emmêlent.

https://soundcloud.com/annaondu/le-chant-de-la-pluie-sur-le-velux

vendredi 20 décembre 2019

Hexagone



L'angevine est diabolique et ses coteaux
portent du Layon les cornes de l'Aubance ;
on confond trop souvent ce que le corps niche
avec une illusion qui nous téléguide.

On pourrait discuter de la lorraine
ayant cassé ses dents sur une couronne,
ou de l'alsacienne à la beauté létale,
or les mots à la mer dictent ma pensée.

J'écrirai la marseillaise en mini-jupe
et son vieux port obsédé par le grand bleu
de son regard absorbant comme un tampon,
bouille à baise et corps de rêve à l'horizon.

Je chanterai (finistérien) la capiste
et la bigoudène ultime en déshérence,
en quête de semence et de chairs loques Holmes,
élémentaire en sa passion pour le sexe.

Et de la parisienne en fanfare à Pigalle
il ne me faudra pas tisser le bordel :
la mygale est à ce point perfectionnée
que sa digestion se fait en dehors d'Elle.

samedi 14 décembre 2019

L'étoile aînée



Lentement, coquille ouverte,
on entend l'écho des flots,
l'aller-retour où la vie
se décline en postulats.

Je rêve après la beauté
mais la beauté se délave
en laissant la marée basse
à mi-chemin du désir.

Et rongé par deux missels
inscrits d'un cercle oculaire
azuréen, je t'écris
mon formulaire amoureux.

Les gouttes de pluie diluent
son écriture éperdue
par un emprunt littéraire
aux moins mauvais des poètes...

Or, il sont bien incapables
à décrire absolument
le précieux métal en tes yeux
qui se fond dans mon espace.

Ô ma belle étoile aînée,
registre impromptu du temps,
j'ai composé cet aria
pour filer ta promenade.

Incidemment, m'écrasant
sur la mer de tes silences,
il me faudra supporter
le poids de l'âme interdite.

Il me faudra, moi planète,
aussi me satelliser
près de toi, soleil ardent,
toi ma dépendance absolue.

Je rêve après la beauté
mais la beauté se révèle
en déportant son regard
au plus près de ma laideur.

https://soundcloud.com/annaondu/letoile-ainee

vendredi 6 décembre 2019

Jours tranquilles à Clichy



Faut-il des clichés pour survivre à Clichy ?
Faut-il déclencher la mécanique émue
naguère intestine et qui fait qu'on en chie ?
Chenille on était papillon dans la mue.

Chenille on rampait vers un corps désirable,
un je-ne-sais-quoi dont l'affect amoureux
— s'il pouvait parfois nous sembler secourable —
adoptait l'aspect d'un poison doucereux.

Chenille on roulait sous un Tank ivre-mort,
on roulait debout, d'emblée dessous des tables
et dans des bars, bars où tel un matamore,
on saoulait la fille aux vertus imputables.

On saoulait de mots les plus belles beautés
dans Paris sorti des tranchées de sa guerre,
et si la Gran'ville exposait sa fierté,
le lot de Clichy c'était d'être vulgaire.

Avec son lot de maq' et de putains divines,
elle était Babel où la langue inutile
est un attribut très doux qui se devine
au sein plantureux des liaisons mercantiles.

À Clichy, l'atour était de bas, belle aussi
ma fine Anaïs en sa roide guêpière
— un nid noir et jaune envenimé de « Si » —
la relation simple est un fard à paupières.

À Clichy passaient tranquillement les jours ;
au-dessus, Montmartre en ruisselant des Arts,
enivrait l'auteur en quête d'abat-jour
(enquête en bassesse où l'Amour est Bazar).

Aux clichés des clous désactivaient le clash :
à Clichy, j'étais ainsi qu'un Christ en croix.
Marie-Madeleine avait muni d'un flash
un serr'tête en ronce, afin que l'on nous croie.

Faut-il ces clichés pour survivre à Clichy ?
La ville est souvent le reflet d'une amante
et de son mensonge... Allez ! Quoi qu'on en chie,
chaque poésie justifie que l'on mente.

vendredi 29 novembre 2019

Pêcher



J'en pleus plus d'essorer les serviettes des filles
et la note mensuelle à laquelle on souscrit,
tandis qu'en coulant dans mes bas-fonds défile
en jets d'encre indigo le cœur d'un manuscrit.

J'emploie tous les gros maux de l'existence afin
de raconter sur les doigts défaits des dix plaies
des gipsy queens, un peu du délicat parfum
qui rythme ainsi ce qui nous leurre ou nous déplaît.

J'en plains et j'en délie des entrelacs celtiques ;
à ces amoureux finistériens, la géhenne
est de ne pas franchir un mur de l'Atlantique.

À l'amer rouge on taille et il y a des haines,
il y a du déboire et des bouées pathétiques,
il y a des filets reliés à l'ADN.

https://soundcloud.com/annaondu/pecher