dimanche 11 août 2019

Les soirées parisiennes



Je n'aurai bientôt plus de soirées parisiennes,
et la page se tourne en me claquant la porte
au nez, comme des volets, des persiennes
obscurcissant l'éclat qu'un réverbère apporte.

À la fenêtre où j'ouvre encore les yeux,
ce sont des souvenirs entre parenthèses
à présent, qu'on referme en un coffret précieux
qui se nomme antithèse ou synthèse ou prothèses.

Alfortville et sa gare ont un goût de moisi ;
le pavillon mis en vente, on s'en est démarqué,
mettant au clou de même un passé pas choisi.

Repassant sur Paris du train de ma banlieue,
le fer à dessouder les liens m'ayant marqué,
je suis venu chercher le testament des lieux.

https://soundcloud.com/annaondu/les-soirees-parisiennes

mardi 6 août 2019

L'air de la pluie sur un sol chaud



Des respirations parisiennes
et des inspirations latines,
on crée des versions vespasiennes
aux intonations palatines.

On crée du sentiment, des thèmes
et la légende d'un naufrage
où l'impression des mots "je t'aime"
emporte le vent des suffrages,

Où l'expression décrite est vaine
à la façon de Virginia
qui fut la sublime écrivaine
affirmant ce que l'autre nia.

L'air de la pluie sur le sol chaud
donne à l'orage un air banal,
et ceinturée de maréchaux,
Paris se sent plus communale...

En parfum de moisi, la terre
exprime une souffrance interne ;
et son chant qu'on croyait austère
est l'éclat de l'être en moins terne.

Un simple tuyau d'arrosage
emporte avec lui sa mémoire
encore inutile : un corsage
ajouré d'une vieille armoire.

https://soundcloud.com/annaondu/lair-de-la-pluie-sur-un-sol-chaud

mardi 23 juillet 2019

Lettré d'Eugénie




J'ai rêvé la Beauté, c'était Toi sous ses traits,
sous le croissant de Lune où ton sourire exquis
friandisait ma langue et ses quelques extraits,
je te rêvais pareille avant Maïakovski.

Je te rêvais grimpant de mes vers l'escalier,
pimpante et mue
                        par tous les arts
                                               que je déploie
— ptérodactylographe
                                  à mes heures payées —
je t'ai revue
                    quand par hasard
                                         quand par exploit
mon premier paragraphe
                          à ses pieds aux mains liés
ressemblait traits pour traits au phrasé que j'emploie.

Dès l'or en ton regard aperçu sous l'orage
en un accent aigu, j'ai décidé d'écrire
un long roman d'envies, coulant comme un naufrage
au cœur intime et cru que l'on ne peut aigrir.

En rang, les mots !
                           Pardi,
                                   ma boite à rime en veut.
Comme aux rameaux,
                          hardis,
                                  nos jeûnes font l'envieux.

J'écrirai des rangs d'algue et la méduse en feu
pour cueillir en mes doigts tes tâches de rousseur,
on maudira ma langue et de t'aimer l'aveu,
mais l'âtre est si brûlant que j'y fonds en douceur.

Au puits de ton regard où la source est si claire,
au fruit charnu brûlant de ta bouche idéale,
il me faut t'aimer dans la vigueur et l'éclair,

et t'attendre ainsi dans la patience immorale.

https://soundcloud.com/annaondu/lettre-deugenie

dimanche 14 juillet 2019

Bi'r Tawil



Musclant la dorsale africaine,
un trapèze étrange étreint
mon âme au moins manichéenne
au regard abstrus des longs trains
dont les yeux en forme de phares
obstruent l'avenir et son huile,
et teintent collant d'autres fards
un sable extrait de Bi'r Tawil.

On ne décide pas de nous !
Notre allégeance est un don,
pas ces abandons à genou
dont quelqu'un s'étrangle au cordon,
dont quelque ombilical avoue
sa passion pour un vide enceint,
par les murs qui nous sont à vous
l'abri, la mamelle et le sein.

Du sable ont surgi les prophètes
et c'est lui qui compte le temps,
qui conte en sourates parfaites
un chant que personne n'attend ;
cultivez votre identité
comme un blanc-seing qui vous étrangle :
on est moins de courbe entité
que rose des vents sous chaque angle.

https://soundcloud.com/annaondu/bir-tawil

dimanche 30 juin 2019

Mercure



Le dernier soir de Juin dégorge et s'hémophile
en pleurant sa rousseur aux parasols en sève,
et des lapins posés dont on perdit le fil,
il n'est plus d'amoureux, non plus d'Adam ni d'Ève.

En retrait la marée, laisse au pouvoir le sel,
et la rouille annoncée se répand dans les airs ;
aux branches humectées comme aux bras les aisselles,
on sent le littoral inspirer nos déserts.

On sent la dune battre ainsi qu'un cœur urgent,
réclamant du bon sang qui ne saurait mentir ;
on sent de chaque essence un peu du vif-argent.

Le mercure ascendant rougeoie sur les martyrs
assumés d'un climat qui devient indigent,
mais le soir ici-bas me fascine et m'attire.

https://soundcloud.com/annaondu/mercure

dimanche 23 juin 2019

Écarte-les



De Quimper à Paris, j'étais écartelé
par un chemin de fer à moitié barbelé ;
les stations — gestation — m'accouchaient à la fin
sur quelque quai de gare aux différents parfums.

Car chaque quai de gare où je jetais ma clope,
avait de mes beautés ce que mes vers éclopent :
un pied donné contre une main finistérienne,
un sourire aérien dans l'ombre parisienne.

Écarte-les d'emblée tes pauvres souvenirs !
Ils sont tous alignés, les dolmens et menhirs,
en ligne un peu brisée par leur chemin de pierre.

Écoute en leur écho leur Art et leurs manières,
assume enfin ta vie, j'en suis tout martelé !
De Quimper à Paris, j'étais écartelé

https://soundcloud.com/annaondu/ecarte-les

samedi 22 juin 2019

Tanka bleu



Je me le sens bleu
Quand quelque part vers le Nord
La côte est d'azur
Et qu'au lieu dit d'Aliénor
On veut Mathilde et Bayeux

mardi 11 juin 2019

Les vers du Gris





Il pleut sur la dune et mes yeux l'égouttent
en pleurant du sable et de l'encre noire,
un orage est fort à ceux qui l'écoutent
et Delacroix cocher, s'en remet à Renoir.

Un éclair alors en rayant la toile,
impose un peu d'or à ces vers du gris ;
j'ai parlé d'un cube à ceux qui l'étoilent,
à Pablo Picasso j'ai préféré Juan Gris.

Quoiqu'on en servit l'abus des nuances,
entre noir et blanc sa vraie vérité,
cassée comme un œuf empli d'influences,
est de Malevitch et de Soulage héritée.

Des nuages lourds aux ventres gonflés
me font cet effet d'un chrome sanguin ;
s'attelle à la tâche un lien boursouflé
réduisant sa fadeur de Van Gogh à Gauguin.

https://soundcloud.com/annaondu/les-vers-du-gris?

dimanche 9 juin 2019

Carmen



Si « poème » en latin — je crois — se dit Carmen,
on pourrait faire aussi de la rime un baiser,
de mes rejets la source où le grand-écart mène...

On pourrait se projeter sur la rive apaisée
qui de l'Île Saint-Louis put se servir de scène,
et de la guerre oubliée du génie de Bizet...

Que le scandale éclate à Paris en brillant,
Carmen est le moment dictant que je m'y mette,
afin que tout s'embrase et s'embrasse en criant
— lorsqu'une idée me vient, je gratte une allumette :

À chaque éclair un feu, puis à chaque lumière
un reflet de tes yeux ; de la courbe première
où je m'étends un peu, ta bouche est cette ornière
en laquelle on vit mieux, sans langue et sans manières.

https://soundcloud.com/annaondu/carmen

mercredi 5 juin 2019

Damascus



C'est la fleur aux fusils, à ses kalachnikov,
ouvertement offerte au viol en son pistil
— à ça la confusion Zaoum et Klebnikhov !

En ceci de cela, le poison qu'on instille
au cœur atomisé d'un peuple en making-off,
agit sans tremblements comme au cœur de la ville.

Il ne nous reste alors en scierie que déboires,
et d'eux quelques copeaux de civilisation
balayés par la guerre et l'adieu de l'espoir,
enrayés par un Monde en décomposition.

Découpée, découpée, la fleur du Proche-Orient !
Cendres dispersées façon puzzl'à Dasmascus !
Ton fantôme accueilli dans la mort en riant
subit, fleur épanouie, le sort d'un hibiscus.

https://soundcloud.com/annaondu/damascus

lundi 3 juin 2019

Tanka gris



Ce que la mer cure
En un geste vif, argent
fonds voire illusions
Sont dans l'abysse insondable
Où sombre une âme éthérée.

samedi 25 mai 2019

Tanka faire à Hauteville/mer



Lorsque l'eau se fond
Comme une huile au gris lavis
Nimbé de stratus
À l'horizon s'accumule
En un bus eau passagère

mardi 21 mai 2019

L'âtre aux cités



J'accrocherai des lampadaires
au cou de mes saoulées cités,
des néons coulant en rivières
et des éclats sollicités
par le frottement des pierres
où s'est nichée ma cécité,
par la névrose hebdomadaire
où j'ai perdu l'intensité.

Les courants flous du Modernisme
ont su creuser l'opacité
de la Raison qui comme un isthme
est séparée quoique excitée
des fantaisies du Communisme
et de son électricité,
des feux grégeois qu'un urbanisme
a su faire en atrocités.

https://soundcloud.com/annaondu/latre-aux-cites-1

dimanche 19 mai 2019

Enfin sage



Je suis un papillon posé sur une enclume :
auparavant lesté du devoir de décrire.
J'avais l'âge de faire et l'emploi d'une plume,
afin de louvoyer dans les façons d'écrire.

Il m'aura bien fallu t'explorer, ma psyché,
pour en sortir les vers d'une ébauche impromptue,
tandis que les vertus de mon texte arrachées,
s'entassaient sans tasser ces beaux traits qui me tuent.

Les fils d'Ariane obtus, s'emmêlaient consanguins ;
le labyrinthe aussi lance un appel abscons
que l'on sait sans issue, mais que l'on sait sans gains.

Puis sur sa mélodie naît l'son : nous fabriquons
des partitions l'austère hyménée du chagrin,
de ce que papille hume, un modeste micron.

https://soundcloud.com/annaondu/enfin-sage

samedi 11 mai 2019

Vers tueuses


La poésie que l'on marmonne
est souvent faite en vérité
des renoncements qu'on ramone
aux cheminées des cécités,
des vers aux amants de Vérone
insuffisamment bien cités,
tandis qu'ailleurs on fanfaronne
en déclamant des hérités.

Bienvenue chez les misérables
amputés du membre amoureux ;
leur temps ressemble aux grains de sables
égrainés par de sulfureux
compromis dont l'inaltérable
enjeu n'est que pourri par eux,
dont la détresse impérissable
est l'expression d'un soi poreux.

Leur but est la métamorphose.
Et ces chenilles arpenteuses
ont mal à tisser leur névrose
au fil impromptu de lutteuses
échevelées d'anamorphoses,
à la toile, étoile, à la tueuse
en beauté, dont les rêves roses
ont noyé la folie vertueuse.

https://soundcloud.com/annaondu/vers-tueuses

samedi 4 mai 2019

Généalogies



Je cherchais l'un des sangs dont je me réclamais,
perfusant mon histoire à grands coups d'apories,
je sais beaucoup d'avril et beaucoup moins de mai
pour fleurir en passant nos généalogies.

J'arpentais des chemins pavés de parchemins
dont le détail enferme un secret littéraire
et tout en écrivant je te tendais la main,
priant pour qu'on détienne un brin d'itinéraire.

Un brin de graminée sous le veau gras miné,
symbole explicitant qu'en moi le fils prodigue
ait trouvé l'enveloppe où la lettre est cachée.

Pas de pot ! Les paris qu'on assène à ces digues
ont cédé leur valeur aux voies encalminées
qui se sont tues privées des rebonds de la gigue.

https://soundcloud.com/annaondu/genealogies

jeudi 2 mai 2019

Carmina burana






Je passe immanquablement par son son point zéro
celui des kilomètres à varier
celui des viandes à marier
le point zéro de mes amours
à l'état de charogne en Poésie
grosso quasi modo si je l'écris
sous Notre-Dame de Paris.
Puis j'aime en faire le tour
enserrer dans les bras de mes pas
son corps arc-bouté
par tribord
d'abord
(à gauche en lui faisant face)
et gargouillant de ses figures de cauchemar
arpenter le square où sont posées ses fesses
et la flèche qu'y avait planté « violée » le Duc.
Il y a toujours de petites américaines aux gros seins
qui s'y prennent en photo
qui rivalisent
alors que les deux rives à l'aise
humectent la vulve de l'île
et les lèvres de l'église
immense clitoris.
Elle est le sexe de Paris qui est une femme.
Au sodomite, on parlera de l'île Saint-Louis...
Le soir au couchant
lorsque le ciel s'embrase
on la voit tournée vers le ponant
miroiter de lueurs embrasées
embrassées
embarrassées
par ses érubescences
et je n'aurais jamais imaginé qu'une étincelle en jaillisse
et qu'en trouble essence
un feu la dévore à ce point sans retour.
En quittant Paris
j'apprenais l'incendie.
Sur d'improbables quais d'un naufrage itinérant
j'apprenais l'effondrement de mon point de repère
au point zéro d'un parvis tumultueux.
J'étais loin
loin de Paname
et de plus en plus loin de mon âme.
Je ne reviendrai plus à Paris.
L'Amour est mort.
Paris est mort et sa cathédrale en brûlant l'a consumé.
Paris est une femme, et quand on l'oublie, ce n'est qu'un fantôme.
Il me faudrait une femme aussi forte que Paris pour me faire croire à son fantôme
une femme assez bien planquée dans un placard
assez douée tout au moins pour m'y faire un peu croire
et c'est surréaliste.
Un homme est faible alors que Paris ne se noie jamais
sinon dans l'eau de l'anisette
ou dans l'art ichtyen de se noyer tout seul.
En rêvant de ce mélange insensé de flamme et d'eau
je pense à toi que je ne connais pas mais pourtant
quand je te caresse aussi douce, il y a Paris sous ma main
Paris femelle et littéraire
assurément cultivée
délicate et dont les dentelles
à ce point semblables aux fantaisies médiévales
ont l'art à fleur de peau
comme des éphélides.
Une partie de la cathédrale a brûlé
comme un paquet des poésies que je n'avais pas encore écrites.

https://soundcloud.com/annaondu/carmina-burana

mercredi 1 mai 2019

Pendule



J'ai balancé ce qu'encorbelle
à la corbeille nos mémoires !
Et j'ai retourné la poubelle
et retrouvé ces vieux grimoires
où s'écrivait l'intimité
dans l'ingrat des papiers-journaux
de nos poèmes imités
(des barbecues pour hauts-fourneaux).

Dans les détritus de nos rêves
On cherche un espace infini
dédié par avance à nos crèves
à nos maladies démunies
des anticorps où l'on s'achève
à la façon d'amours honnies,
perdues dans le suc et la sève
où se diluent nos harmonies.

J'ai balancé le métronome
et sa mesure insupportable.
Aux pages du Deutéronome
un grand Autodafé m'attable !
Et me délectant, Maldoror,
ainsi des vers dégoulinant
de ton festin nu mais sonore,
un accident m'est permanent.

https://soundcloud.com/annaondu/pendule

vendredi 26 avril 2019

Au vide



Si j'en appelle au vide, Ovide à la rescousse
en ses transmutations et ses métamorphoses,
en ce que l'avatar apporte en ses secousses
en ses mues, c'est pour abolir une overdose.

On sait les opiacées, les bonbons psychotropes
et les boissons alcoolisées qui nous trahissent
à chaque épiphanie de pulsions lycanthropes.

On sait le beau naufrage et les vaisseaux fantômes
hantant en temps voulus cet étroit précipice
où sombre un éclair d'écriture en plusieurs tomes.

Ovide ! Au vide issus de nos catharsis
et de nos éclosions par-delà nos cellules,
il nous faut affronter comme le beau Narcisse,
une image en miroir où les monstres pullulent.

https://soundcloud.com/annaondu/au-vide

mercredi 24 avril 2019

L'indécence absolue



J'ignorai l'indécence absolue des passants
tandis que, te déshabillant de mon regard,
il me fallait couvrir en un mot comme en cent,
l'étendue sémantique où je lus tes égards.

Il me fallait T'écrire, un peu comme un portrait,
passant mon doigt comme un crayon sur ton sourcil,
il me fallait T'apprendre en te lisant traits pour traits.

L'alphabet de ta bouche en voyelle ustensile,
ouvrait le dictionnaire amoureux de l'abstrait
sur la page écornée d'un douteux codicille.

Il me fallait l'ignorer, l'indécence absolue
des passants dépassés par ton pas sans pareil,
et puiser l'épuisée beauté non dissolue
dans l'onde inassouvie de ton simple appareil.

https://soundcloud.com/annaondu/lindecence-absolue

mardi 16 avril 2019

Semis parisiens



Puisque nous sommes partagés
de droite à gauche, en haut, en bas,
j'ai de Paris les émotions,
la passion vraie d'arts même âgés
qui vivants lorsque l'on tomba,
garderont tout d'une impression.

Comme les deux valves d'un cœur
écoulant le sang de la Seine
écartelée par ses deux bras,
l'île Saint-Louis d'un air moqueur
accueille en mélodie malsaine
un vers qu'un chevalet cabra.

L'arrêt cardiaque en souvenir,
on a mordu sur quelques planches !
On aime, on m'aime, on me déteste,
et tous mes papiers à venir
(abusant d'encre noire ou blanche)
ont un théâtre entre mes textes.

On se tient coi du côté cour ;
et par la main côté jardin
— les quais d'Orléans et Bourbon
gravant les voies de nos recours —
on se perçoit presque anodin
sur les genoux de « l'à-quoi-bon ».

La rue Saint-Louis — petite artère —
enobscurcit cette vision
d'un Paris-proie, d'un parti-pris
dont l'âme est la chose à retaire,
au corps en transsubstantiation
dont les loyers n'ont plus de prix.

De guerre on se prélasse enfin,
Là où naguère on fit la paix ;
les tangos longs n'ont plus l'accord
au suave et capiteux parfum
de ces gouttières qu'on lapait
timide, et qu'on regrette encore...

Or, ton sourire est le fer blanc
de l'alchimie de mon désir :
il faut je crois me le tatouer
sans jamais plus de faux-semblant,
sans jamais plus de faux plaisirs,
sans plus jamais vivre à moitié.

https://soundcloud.com/annaondu/semis-parisiens

mardi 9 avril 2019

À table !



À table ! On dînera de la Démocratie.
Ta serviette aura la couleur intensément
tâchée d'un bon gros rouge enivrant sans sursis,
d'une Commune au vain divin dérèglement.

Quand on a fait de la politique un climat,
qu'en ces bureaucraties l'on maltraite mon œuvre,
en m'éditant d'avance en différents formats,
je t'inviterai pour mon repas de couleuvres

Et vomissant des pluies remplies de phylactères,
on brandira le point à la ligne infinie
de l'averse écrivaine et de ses caractères
accumulés par les rancœurs de leurs dénis.

Toussant de travers, on avale un nu festin.
Tout ce qu'on peut faire est essayer d'y pourvoir.
Tout ce qui nous effleure est le doigt du destin.
Tout ce qui nous effeuille est la main du pouvoir.

https://soundcloud.com/annaondu/a-table

lundi 8 avril 2019

Les harmonies métamorphiques



Les harmonies métamorphiques
ont de vrais effets maléfiques,
et pourtant d'un accord triton,
quelle ombre d'harmonie trie-t-on ?
Chélatant de mes palimpsestes
un élément de faire en sieste
un songe étrange et pénétrant,
ces sons m'ont fait leur impétrant.

J'en avais pondu des si belles
pour le décès des décibels
et des si noirs et des si beaux
pour remplacer les placebo,
les harmonies leçons des sons,
les sons laissant des vers tessons,
ses sont mêlés comme des sangs
dans mes poèmes indécents.

Mais sur les cordes de ta voix,
sur tes yeux mieux de ce qu'ils voient,
sur ma faiblesse à ton contact
(mon fabuleux manque de tact),
arrivent les oiseaux des rimes
et les sentiments qu'ils arriment ;
alors enfin leur harmonie

dimanche 7 avril 2019

Auteur



Parfois il se dit saoul dans son effervescence,
harcelé par un lourd hoquet d'idées tenaces ;
il veut contrer par l'alchimie de la menace,
un peu du mal où fleurit son adolescence.

Il veut dans le recul, inventer nos décors,
et dans sa perspective inaugurer des feux
qu'à la Saint-Jean mimée de nos tissus nerveux,
nous reléguons d'un coup dans l'ombre de nos corps.

À sa lecture, un grand frisson se fait défunt,
trouvant des vies la solution dans le mot FIN,
mais pour autant, chacun s'étonne à sa candeur.

Souvent mutant, changeant de peau comme un lézard,
aux pieds d'argile, un colosse erre entre les Arts,
Auteur fragile, il manque un H à sa hauteur.

https://soundcloud.com/annaondu/auteur

vendredi 5 avril 2019

Libellule




J'en livrais bien au feu, des châteaux d'eau céans,
j'enivrais bien aussi de baisers mon amante ;
on écrit comme on peut, comme on crie quoique on mente,
on est vrai par souci de s'aimer doucement.

Mais rien n'y fait ! Ça brûle et quoique ça tourmente,
on y met les dix doigts sur nos peaux de serpents ;
de nos mues libellule est l'insecte ! On répand
de l'essence à l'endroit que l'absence pigmente.

On répond de sa faute en traînant de la patte
en reptile écorché par des chasseurs d'ivoire,
on repaît de festins dénudés qu'on appâte.

À la fois prédateur et proie (mais sans s'y voir),
on défait l'intestin des destins psychopathes
en pêchant sur la rive inouïe du Devoir.

https://soundcloud.com/annaondu/libellule