J'ignorai l'indécence absolue des passants
tandis que, te déshabillant de mon regard,
il me fallait couvrir en un mot comme en cent,
l'étendue sémantique où je lus tes égards.
Il me fallait T'écrire, un peu comme un portrait,
passant mon doigt comme un crayon sur ton sourcil,
il me fallait T'apprendre en te lisant traits pour traits.
L'alphabet de ta bouche en voyelle ustensile,
ouvrait le dictionnaire amoureux de l'abstrait
sur la page écornée d'un douteux codicille.
Il me fallait l'ignorer, l'indécence absolue
des passants dépassés par ton pas sans pareil,
et puiser l'épuisée beauté non dissolue
dans l'onde inassouvie de ton simple appareil.
Puisque nous sommes partagés
de droite à gauche, en haut, en bas,
j'ai de Paris les émotions,
la passion vraie d'arts même âgés
qui vivants lorsque l'on tomba,
garderont tout d'une impression.
Comme les deux valves d'un cœur
écoulant le sang de la Seine
écartelée par ses deux bras,
l'île Saint-Louis d'un air moqueur
accueille en mélodie malsaine
un vers qu'un chevalet cabra.
L'arrêt cardiaque en souvenir,
on a mordu sur quelques planches !
On aime, on m'aime, on me déteste,
et tous mes papiers à venir
(abusant d'encre noire ou blanche)
ont un théâtre entre mes textes.
On se tient coi du côté cour ;
et par la main côté jardin
— les quais d'Orléans et Bourbon
gravant les voies de nos recours —
on se perçoit presque anodin
sur les genoux de « l'à-quoi-bon ».
La rue Saint-Louis — petite artère —
enobscurcit cette vision
d'un Paris-proie, d'un parti-pris
dont l'âme est la chose à retaire,
au corps en transsubstantiation
dont les loyers n'ont plus de prix.
De guerre on se prélasse enfin,
Là où naguère on fit la paix ;
les tangos longs n'ont plus l'accord
au suave et capiteux parfum
de ces gouttières qu'on lapait
timide, et qu'on regrette encore...
Or, ton sourire est le fer blanc
de l'alchimie de mon désir :
il faut je crois me le tatouer
sans jamais plus de faux-semblant,
sans jamais plus de faux plaisirs,
sans plus jamais vivre à moitié.
À table ! On dînera de la Démocratie.
Ta serviette aura la couleur intensément
tâchée d'un bon gros rouge enivrant sans sursis,
d'une Commune au vain divin dérèglement.
Quand on a fait de la politique un climat,
qu'en ces bureaucraties l'on maltraite mon œuvre,
en m'éditant d'avance en différents formats,
je t'inviterai pour mon repas de couleuvres
Et vomissant des pluies remplies de phylactères,
on brandira le point à la ligne infinie
de l'averse écrivaine et de ses caractères
accumulés par les rancœurs de leurs dénis.
Toussant de travers, on avale un nu festin.
Tout ce qu'on peut faire est essayer d'y pourvoir.
Tout ce qui nous effleure est le doigt du destin.
Tout ce qui nous effeuille est la main du pouvoir.
Parfois il se dit saoul dans son effervescence,
harcelé par un lourd hoquet d'idées tenaces ;
il veut contrer par l'alchimie de la menace,
un peu du mal où fleurit son adolescence.
Il veut dans le recul, inventer nos décors,
et dans sa perspective inaugurer des feux
qu'à la Saint-Jean mimée de nos tissus nerveux,
nous reléguons d'un coup dans l'ombre de nos corps.
À sa lecture, un grand frisson se fait défunt,
trouvant des vies la solution dans le mot FIN,
mais pour autant, chacun s'étonne à sa candeur.
Souvent mutant, changeant de peau comme un lézard,
aux pieds d'argile, un colosse erre entre les Arts,
Auteur fragile, il manque un H à sa hauteur.
Nous nous affronterons
sur les berges de la Rivière Noire
aux alentours de Petrograd
ou d'ailleurs, d'ailleurs
aux alentours infinis de notre personnalité
dont les contours quoi qu'on dégrade
ont bien le trait
l'attrait
de l'étrange entonnoir
— attracteur à la façon du nombre d'or
et de sa théorie du Chaos —
courbé par la matière
et la relativité
de nous à nos reflets railleurs
et d'un ancêtre cacao
Pouchkine au Duel aussi nous nous confronterons.
Noirs et Blancs
Partie d'échecs
Duel
Manichéisme
Ni les slovaques ni les tchèques
en slaves esclaves et libres en faux-semblants
n'ont cette putain de russe et terrible âme
et l'art de la roulette
appliqué sur la tempe individuelle
où l'on fait mat et machisme
à la façon d'un inévitable blâme.
Alors Pouchkine
avec le plomb de ton avenir littéraire dans les intestins
avec le plomb de ton amour en corde autour du cou
par sa profanation
raconte-moi comment tu devins ton pire ennemi
bien au-delà de la laideur des beaux-fratricides
et comment dans ces méandres du destin
dans tes poèmes qu'on bouquine
il y a bien l'explication
qu'un Duel est un suicide
est un putain d'origami
plié d'avance par beaucoup.
Nous nous affronterons
sur les berges de la Rivière Noire
entre nous
entre toi et moi
entre moi et moi
Nous n'en avons avons pas de pire !
Et les miroirs qui se répandent dans l'éther
— eaux gelées dont le reflet me glace —
ont des éclats tranchant comme un rasoir
et des amours dessus des hommes à genou
franchissant le Styx et l'Achéron
explorant leur envers et leur Enfer.
Nos vies fleuries sont des déserts en devenir :
un sable en s'écoulant les noie le temps passant,
ce jusqu'à ce que sous ses dunes l'avenir
expire en respirant des passés trépassant.
Rien ne peut se construire en sables émouvants ;
tout bascule et les fondations, sans retenir
une main qui se tend, pas plus qu'un mur, auvent,
vont s'enfoncer sans forcer l'axe d'un menhir.
On trouvera dans le mélo' des mégalithes,
un grand méli-mêlant les temps de l'existence,
et des traces de vies gravées sur le granit.
On oubliera les filiations sur des instances,
un grand chaos m'accouplera jolie Lilith,
à l'avatar herculéen de l'inconstance.
J'aimerais tant écrire un rayon de soleil
en la bibliothèque où ne sont que poussières,
où les auteurs défunts que les écrans balayent
ont leurs mots mis au clou d'un complot fiduciaire.
Et j'aimerais réjouir en cette époque sombre
un bon paquet de gens par des mots bien sentis,
mais lorsque un rire est jaune et lorsque un bateau sombre,
il est temps de pleuvoir en regrets consentis.
Je n'ai qu'un parapluie d'encre illusoire et fraîche
à diluer dans tes yeux pour un peu de lumière,
et dans le gris c'est dur de créer une brèche.
Et dans l'écrit c'est sûr, en son humble chaumière,
on n'a pas de recette, on n'a pas plus de prêche
annotée de récits qu'à notre heure première.
Ce soir
est un soir
et le soir est le velours
adoucissant la dureté du jour
enveloppant là dans ses soieries de soirée
la laideur absolue dans l'absolue beauté.
Les vapeurs de l'alcool
ombilical à la peau collent
et l'alambic idéal est l'encre irréelle
où je perfuse à fond mon verbe, où rêver Elle
est Peut-être ou Jamais
mais plein pot de peinture aux visions que j'aimais.
Le Louvre est recouvert
de ton visage vert
et la pyramide accouche en criant très très fort
excessivement du fond du trou, des contreforts
accouche enfin de l'enfant-roi
qu'on nomme aussi le désarroi.
Paris.
Pari, pas vu pas pris.
Le PMU latin secoue dans ses entrailles
un intestin mal digérant ses retrouvailles
avec un gros microbe
en robe
immaculée d'incertitudes
auréolée de solitude
errant
tout près de Mitterrand
de la rue qu'on dit de Bièvre et des bouquinistes
et de ses faux bretons qu'on dit surréalistes.
Il m'aurait suffit d'une flamme
afin de me marier au FEU
Mais je ne veux plus que la lame
en ta langue invasive et de ce son l'aveu
des prières sommaires
et de l'ombre sa mère.
Il restera ce soir
éclipsant d'un revers de paume du demain
nos prestations compensatoires
un peu d'un mauvais rêve humain
le joug que l'on porte en sautoir
et l'âcre souvenir de tes baisers carmins.
Mais ce soir
est un soir
amortissant l'horreur
et maudissant lors heure
où je perdis de toi cette humble société
la laideur absolue dans l'absolue beauté.
D'un bon jus d'encre efforce-toi
comme un citron que l'on dépresse,
efforce-toi de t'écouler
— lancinante plaie que l'on doit
cautériser dès que l'on presse
au moins d'un doigt, l'art écroulé
dégoulinant le long du toit
du bâtiment né de nos stress
et d'or en ayant découlé.
Des prêchi-prêcha de gouttière
on a fait des prix littéraires,
et d'eux des talents avortés ;
que sont les génies de poussière
ainsi devenus sans leur air,
et l'horreur est-elle héritée ?
Du contenu sans la matière
on a voulu bien au contraire,
extrapoler nos sociétés.
Mais rien de la supercherie
ne peut subsister trop longtemps :
comme une vigne au raisin mur,
un bon jus d'encre en boucherie
coulera d'un présent mutant
sur les façades de nos murs,
actant le pacte — Ô vacherie ! —
qu'avec les Saints, qu'avec Satan,
fit notre divine écriture.
À nos désillusions perdues
dans le cœur de nos labyrinthes,
à nos Amours mal entendues
qui trop souvent bien nous éreintent,
à ces fabuleux résidus
signant, saignant de nos étreintes,
à nos enfants l'âme éperdue
de leurs parents se trouve éteinte.
Et d'une lampe d'Aladin
malsaine et pourtant magicienne,
on se mesure en son jardin
l'action de semer à l'ancienne
un peu des mots des baladins,
les poésies qu'on se fit siennes,
et lors d'un désastre anodin,
nos propensions patéticiennes.
Je connais tant de flous :
de faux flous artistiques
aux défauts arthritiques
un flou myope acquis que les lunettes renflouent
des flous furieux
des flous curieux
des flous bleus
sur un grain plus sableux
des flous d'amour à la folie puis plus du tout
des flous y'en a vraiment partout !
Comment se faire alors une image assez juste
à laquelle on pourrait se fier
— confidence —
à laquelle alors on pourrait en l'occurrence
exposer sa version
des choses de la Vie
des adeptes et de leurs conversions
des horloges haletant à l'envi
du hoquet des souvenirs sacrifiés
sur l'autel incrusté de sentiments vétustes...
Expulsé d’une autre balançoire
un beau soir
égorgé
je vous abreuverai d'une littérature
inconsciente
un lait d'aînesse aux gros bonnets bien confisqué
la pluie blanche
illisible
autrement
que sur la flamme des bougies des ans passés
l'impatiente
orobanche
épuisant ma racine à force de ratures
appliquées
sur le tronc de mon arbre généalogique
indicibles
aliments
de mes prélèvements de sangsues compassées.
J'inventerai le Verbe idéal
— à savoir un écho de son profil élégant —
le Poème où la phrase est féale
aux mots qui l'édictent
ELENA
qui te vont comme un gant
sur les neiges d'Ukraine où se répand ta voix.
Là
sans flous ni vindictes
là dans le miroir inversé des désirs oubliés
dans l'antre abdominal où le ventre est aux courbes
il me fallait écrire en pleins et déliés
les rues (du Commerce à Lecourbe)
et les Courbet de tes traits sur ma rétine
et les fins de mes guérillas intestines
au cœur intime et flou de ma littérature
il y a ta beauté soviétique
à chacun des écrits qui s'appuient des fractures
il y a ta beauté sans viatique
à ton joli visage et son architecture
ELENA je m'accroche et copie l'esthétique.
Mais qu'importe la bulle aux quelques phylactères ?
On débande à dessein des paroles fortuites
et du reproche inique aux mauvais caractères
infiniment nourris de mauvaises conduites.
Et les gaz imprimés sur des bandeaux d'alcool,
à défaut de flamber pour éclairer nos routes,
insinuent dans mon texte à la craie ton école
ainsi nue sous l'azur épuré de nos doutes.
On cartographierait sans peine et sans vergogne,
un horizon de corps et d'amours mélangés,
mais nous sommes enfants de nos poupées gigognes.
Oui, les fils de la Vierge improprement langés,
pareils à des soleils porté par les cigognes,
ont sabré le Champagne et réussi changer.
Cousant de peaux scalpées l'Hier et le Demain,
comme une montgolfière enflée d'orgueil acide,
un mot vient à ma frappe et mes alexandrins
le perpétuent sans fin pareils au génocide.
Un verbe à mon clavier pourtant décapité
par l'âcre Amour extrait du manque de raison,
pousse en vigne entourant ma vierge dépitée
d'un feuillage abritant sa tige sans saison.
L'Hier et le Demain sont bien plus que des mots :
ce sont les entrelacs dont se nourrit la Vie,
ce sont nos rédemptions, nos fabuleux gémeaux !
Tandis qu'en poursuivant sa Chimère à l'envi
dans l'odieux labyrinthe où s'emmurent nos maux,
tombe une encre de Chine, on ploie mais on revit.
J'aurais voulu t'écrire un roman magistral,
une symphonie mue par un Verbe étranger
dont le solfège exsangue aurait d'un corps astral
enluminé l'insulte, enjolivé l'objet.
Puis je me suis heurté contre un mur hypocrite,
un obstacle hérité des capitons crevés
par un esprit rebelle alignant l'âme écrite
à la façon moisie des partitions rêvées.
Mais face au mur du çon, face au fossé béant
des vacuités perdues dans la chasse au grand Rien,
je nous sais progresser par des pas de géants.
Je nous sais percuter de nos voix singulières,
une âpre bien-pensance aux faux airs aériens,
Je suis supersonique et poussant de mots-lierre.
Je suis le seul à pouvoir dire ta beauté
Parce que tu ressembles à l'eau sans couleur coulant des pierres
Parce que ton regard au flux des années passées
Reste à ce point limpide en te décrivant
Que je m'abreuve à ta lèvre entr'ouverte
En ton cœur est la fontaine irrésolue
Le moulin de mes paroles et la meule effrontée de ton sourire
Il y a dans le vert de tes yeux le parfum des pommes à Pont-Croix
Les jardins suspendus regardant couler la rivière à contre-sens
Et tes tâches de feu sur une eau saumâtre à disperser
Je suis le seul à pouvoir dire ta beauté
La profondeur de ton sourire
Allant creusant mes sentiments secrets
Ma passion dans toutes tes absences
Et ce qui ronge enfin ma brutale impatience
En distillant sur pied, le parfum des regrets
L'espoir abandonné
La douce gravité de ta bouche à mon inexistence.
La noblesse est un leurre et sa robe un blason
dont le décor oral dicte un mensonge écrit,
car en te trahissant, j'appâtai deux maisons
marquées du fer à trépasser malgré les cris.
Se croire un parvenu lorsque l'hiver arrive
et que sans bienvenue le froid gèle les eaux,
je n'en sais qui soient parvenus sur l'autre rive
autrement qu'en ramassant l'état de leurs os.
La vie, la mort et l'heure absolument venue
sur le cadran d'un temps charcutier par moments,
tout ça se saucissonne en notre festin nu.
Tout ça signe en saignant, rouge et sanguinolent,
la noce édulcorée de fables ingénues
selon laquelle on tue l'idée de nos amants.
Les par-dessus jetés dans l'air
et les dessous doués de raison,
la danse impose aux partenaires
un supplément de diapason :
le corps oscille et visse en vain,
le cœur aussi comme un pendule
et de ses battements (cent-vingt)
noue la fréquence qu'ils modulent.
On a si peu décrit la danse
et ses substances animales,
et ses suées dans la cadence
— où est le fiel, où est le mal ? —
alors que toute mise en transe
— où est la fille, où est le mâle ? —
est en son genre (oh, quelle outrance!)
une évasion plus maximale.
On se déhanche, on déambule,
on rêve en geste, on vibre enfin
sur quelques sons, petites bulles
où l'on s'éclate en mort de faim ;
pressant les muscles et les sons,
la communion des sangs, des chairs,
embrase un âme à la façon
d'un champ de braise hors de jachère.
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