dimanche 21 septembre 2014

Dépendre

Você abusou by Vinícius de Moraes on Grooveshark



J'aérostate un peu du bleu de tes grands yeux
pour chasser les spectres pourchassés par mes soins,
et les divinités mineures, Ô grands Dieux,
ouverts sur ta nuit blanche où j'épuise un besoin

De Toi
Sans toit
Pourquoi ?
Pour qu'oient
Ma Foi
(ma foi)
Les mécréants
Le baiser de ta bouche sur mes créances
Le goût de ton sein par-dessus mes croyances
Et m'écrivant
La plume de ton envol
Vers mes Vers que ta beauté me vole.

Je caresse à l'index, les lignes et les traits
infiniment lissés de ton visage offert
aux vindictes de l'ombre où n'est plus l'attrait
de la lumière issue d'un paradis d'enfer.

M'aimes-tu ?
C'est fort peu possible
C'est fort peu plausible
Même têtu
Il ne sert à rien d'aimer en contrefaçon
Ni de tordre son palpitant dans un colimaçon
Où résonneraient
De mon cœur les arrêts
Pour tes hésitations
Sur nos hémi-stations.

Mon joli guide a la main sur les brûlants rênes
avec lesquels – la corde au cou – je suis pendu
comme un verbe à sa lèvre et mon chant à sirène :
jamais je n'aurais d'une autre autant dépendu.

jeudi 11 septembre 2014

Haut Cyprès

One Tree Hill by U2 on Grooveshark



Je ne t'ai jamais vue Lumière d'aussi près
qu'en cette fin d'été, ce début d'équinoxe,
qu'en ce reflet sur le rameau d'un haut cyprès,
qu'une rousseur incendie de ce paradoxe.

Tu as pris racine en mon corps, Lumière indue,
pareille à l'arbre à l'ombre étendue sur la dune
enceinte en son étranglement jusqu'à la rue,
et dont les enchevêtrements me sont des runes.

Je les décrypte avec patience et sensations,
insoucieux de tous les vains chargements de sable
emportés par les vents des dimensions passables.

Je les décode ainsi, les incrémentations,
qui poussent des bourgeons jusqu'à ses radicules,
un géant impotent à fuir le ridicule.

mercredi 3 septembre 2014

Les amants du Pont-Neuf (republication)




Combien d'aveugles et combien de dissidents,
S'aimeront comme eux de cet amour sans serments,
Et combien d'époques suffiront au présent
Pour ensevelir leurs peines et leurs tourments ?
Combien de clochardises et de camisoles
Devront enfiler les spectres de nos toquades,
Pour que chacun se dise, au nom de leur symbole,
Qu'au Pont Neuf, il est Seine qui coule en cascade :

Et de ces gerbes d'eau,
                                  Par leur cœurs soulevées,
Gerbes de feux nouveaux,
                                 Tous ces pétards mouillés,
Et des gerbes de rots,
                                            Des amants avinés,
Ne restent que les mots,
                                    Qu'ils ont su prononcer !

Leurs mots d'amour,
                           Si évidents,
                                          Si simplissimes...
Pour que « toujours »,
              Oui ! Par moments,
                                    avec « nous » rime...
Fruits d'autres jours,
                   D'autres néants,
                                         De pantomimes,
Dans des atours,
              Des haillons blancs,
                                           Sublimissimes !

A cheval, Henri IV !
                           Et nous, dessus, derrière !
En l'air, de ses fers, quatre !
                            Fouettons-lui le derrière !
Sa monture acariâtre,
                       Nous prend en croupe fière,
Pour d'autres feux dont l'âtre
                               Et l'être sont des frères.

Chevauchons fous !
                       D'incertitudes,
                                        D'incohérences !
Tuons en nous,
                       Les habitudes,
                                      Les dépendances...
Agrippons-nous,
                       Aux solitudes,
                                          Et à la chance,
Près du pont mou,
                    Sur le bras Sud,
                                     La vie commence !

Quai des grands augustins,
                           Les bouquinistes pleurent,
Et dans ses draps de lin,
                                     Enveloppé de peur,
Le Pont Neuf se contient,
                                De Seine et de vapeurs,
De fontaine et de seins,
                              Michel est tout en sueurs...

Combien d'aveugles et combien de décédants,
Mourront encore au pieds de ses quelques segments ?
Nourriront encor de rêves évanescents,
Le Pont Neuf dont le fleuve coule impénitent ?

J'aime tant ces amants dont on croit, dont on rêve,
Que de leur ressembler, s'il fallait qu'on en crève,
Je te dirais "banco", pour que tu sois ma loi,
Et que l'arche du pont soit celle de tes bras...

samedi 30 août 2014

Peter Pan

L'Absente by Yann Tiersen on Grooveshark


Lorsque je me pose ainsi
devant le rectangle imaginaire
d'une feuille qui n'a pas pied
j'essaie de rêver de visions enfantines
où l'adulte hypocrisie n'a papier
que de pointillés et de lignes à franchir
et de marges au bord de la crise de nerfs
qui viennent affranchir
les dents des timbres dont l'émail et la dentine
absorbent les traits de la Joconde de Vinci.
Rien ne doit plus ressembler à cet environnement mesquin :
le ciel gris se doit d'être bleu
et le ciel bleu de pouvoir s'effondrer
des dragons chassent des dragonnes aux bras des militaires
lorsque le ciel est couleur d'opium
et que fumante
ma gitane maïs
mon ananas, mon Anaïs
explore un peu les rues de Guerlesquin
aux frontières de mon Finistère
si loin de l'Orient dont les consortiums
conçoivent des amantes
religieuses
rencontrées
par des saints sans soutien – Georges -
dont les destriers aux chemins sableux
marquent le pas de façon contagieuse
attirés par des pains de sucre d'orge.
Si mon pays de Cocagne est une Utopie
c'est qu'à Troie, en quatorze-cent-seize
je découvris les suites de Fibonacci
qui mènent au Nombre d'Or
c'était avec l'ancêtre d'Heinrich Schliemann
- un autre rêveur pour lequel les esprits très étroits foncent
aise -
en rêvant, bon nombre dort -
mais Schliemann rêvait les yeux ouverts
comme j'ai souvent rêvé de vos yeux verts
depuis les miens couleur de ronces
ou de ceux si noirs d'une Anaïs tant ottomane.
Ainsi vont mes Anathèmes et mes Anatolies
mes sites isolés où les guerres n'ont jamais lieu
mes muses manchotes dont la Milo n'est pas la plus jolie
mes absurdités qui font de mon point cardinal un Richelieu
et ma propension certaine à l'incongru
qui laisse la douleur à la porte de la raison
comme une migraine qu'un congre eut
pour une murène en panne d'oraison.

Quitter le plancher des vaches
qui rient
de leurs vacheries
et extirper d'un geste un peu bravache
la moelle de l'existence
de l'os inhérent à chaque épreuve.
Voler au plafond des crânes
les toiles de maîtres
dont l'étoile d'art est née
dont les doigts, le dard aîné
manipulent les pinceaux à mettre
entre les pinces crocodiles pleurant les filigranes
des courts-circuits aux résistances
éprouvés par le manque de preuves.
Plonger au plus profond
des eaux fermées par les belles toilettes
et par les beaux miroirs dont le tain se fond
aux abysses ultramarines où gisent les fines goélettes.

Donnez moi votre attention l'espace d'un rectangle blanc
qu'il soit de papier ou de pixels
l'encre n'y fait pas semblant
mais y mêle la poudre au sel
et vos enfances à vos néants
vos multitudes
vos solitudes
vos mises en scène haïes
vos déserts du Sinaï
et vos pays de Canaan
l'encre y coule comme le Fleuve Jourdain
et comme le Bourgeois de Jean-Baptiste Poquelin
la prose y coule à grand recours de vers
que vous garderez par devers.
Souvent je songe à Dewaere
à son suicide inexplicable
à cet affreux papier de verre
qui gratte aux coins de ce qui nous accable
et contre lequel il faut créer des ponts fictifs
et parfois des souliers de vair
et toujours des gréements affectifs
de Calais à Dover.
Je possède entre mes mains
le vœu d'une flottille en glaise
je m'efforce à la pétrir au mieux
afin de vous mener en bateau
au gré des mots qui peu ou prou vous plaisent
quoique le gré mentisse auparavant
quoique le gréement tisse aussi nos lendemains
quoique l'on laisse à part au vent
ce sont autant de tous ces ex-voto
que l'on retrouve agrippés à nos pieux
dans les longues nuits qui nous évadent du réel
lorsqu'ils s'en vont voguer tout près de l'arc-en-ciel
à des années-lumière du jour
dans l'espace-temps que je digère
aux battements du cœur-tambour
qui dans ma plume protubère.

mardi 26 août 2014

Larron dit

Cargo culte by Serge Gainsbourg on Grooveshark



Les nuages roses ont embarbapapé
le suc indélicat de mes fleurs carnassières,
et je me suis senti tel un barbare happé
par l'eau de la civilisation vacancière.

Flottant dans le couchant d'un tiède soir d'été,
mon esprit divaguait sur une Montgolfière
gonflée comme l'art - sein que je voulais téter -
volant à tire-d'aile où l'étalage est fier.

Car, escrocs débouchés, nous écoutons, poètes,
le tintement des cloches des couleurs des cieux
et du trésor du char solaire en son essieu.

Alors, Seigneur, je me demande qui vous êtes,
car je ne suis chrétien qu'en fonction de mes plaies ;
sans nom, ne prenez pas la peine de m'ép'ler.

dimanche 24 août 2014

Carnaval

Seamus by Juli4ns Pink Floyd on Grooveshark


S'il faut changer, comment renaître ?
S'il faut des vides au néant
passer des chaînes à un être
et des essences au néon,
comment tailler d'un bois de hêtre
une entaille en un corps béant,
pour soudain enfin apparaître
avec un cœur accordéon ?

De mes hivers accumulés
en blancs moutons accro' d'un lourd
passé qui m'est au cul mulet,
je garde en un gant de velours
les doigts d'acier sur mes artères
et les faux angles incarnés
par les tranchées qui font d'art taire
un peu des trous d'où regard naît.

Car nos visages sont des masques
incrémentés par nos pensées,
des champignons ayant même asque
à revendiquer insensés,
au ciel pluvieux, mélancolique,
où nous puisons notre encre émue
par les misères alcooliques
d'un cocu boulanger : Raimu.

Ressac

A Pillow of Winds by Juli4ns Pink Floyd on Grooveshark



J'aime bien le son du ressac
sur d'acérés rocs en rescousse
aux dunes suant sec au sac
quand l'onde les pille en secousses.
J'aime - remontant des abysses -
la profonde respiration
de l'enfumeur de cannabis
qu'est l'Océan. Fascination.

J'erre au long cours des promenades,
sous l'ardeur d'un soleil marin,
sur un estran de limonade
ourlé de thym, de romarin.

Et je rebondis sur des mots
comme sur des galets de jade,
qui peuplent ma plage d'émaux,
de lys, de soufre et d'orangeades.

Le suc des sèves onctueuses
- pins parasols, tamariniers,
cyprès, et l'if aux baies tueuses -
met Baudelaire en marinier
(et beaux délais en marinière,
ô l'écrivain plein de manières !)

La jeune femme aux jolis seins,
mûrs sont ses fruits : concupiscence !
À chaque abeille habile essaim,
la couleur miel peint l'indécence.


Ainsi vont les flots de la Manche
et leurs fins sables irisés,
les maillots de bain du dimanche
et de l'écume les risées.

J'erre au grand cœur de ma saison :
l'été brûlant des phylactères
œuvrant avec ma déraison
sur le métier des caractères.

Dune

San Tropez by Juli4ns Pink Floyd on Grooveshark



Je l'ai cherchée sans fin ma planète de sable,
dont j'ai senti la faim mais dont j'avais la soif,
dont l'envie que je nie m'est indéfinissable,
dont mon pauvre génie m'est encore en carafe.

Puis je me suis penché sur le balcon d'azur
où ma langue épanchée but les mots sur-marins,
pour laisser ma main droite à la si lisse usure
qu'en une plage étroite on me brisa les reins.

Lors, ver nu, vers boiteux, j'ai rampé dans la rime,
dans l'art calamiteux du désert littéraire,
puis dans l'anonymat du désert éponyme
on mit un cinéma sur mon itinéraire...

Ici, je suis l'ami des chats fous des rochers,
mes phrases sont la mie des pains de glace ignée
sur laquelle j'alunis, ayant décroché :
oublié sur ma Dune je me sens moins niais.

samedi 23 août 2014

Didon

New Year’s Day by U2 on Grooveshark



"...This is the golden age,
And gold is the reason
For the wars we wage..."
Bono Vox


Les régimes et les murailles,
quoique serpentines murènes
dans leurs agressifs de corail,
s'effondrent comme les arènes
des vains empires tyranniques
qui les conduisent aux extrêmes,
des vaccins antitétaniques
aux parasites monotrèmes.

Alors, Beauté, vous vous levâtes
tel un soleil énucléé,
et me nouant comme cravate
la corde au clou dont la clé est,
J'ouvris les yeux sur les accords
des partitions de territoire,
et sur le galbe de ce corps
dont un pays m'est l'écritoire.

Je sais entre nous l'écart d'age,
réincarnation trop unique
en fait, d'Elyssa de Carthage
et d'autres princesses puniques ;
je sais le vert des émeraudes,
des couleurs de la Tunisie,
et d'ors qui comme j'aime rodent
en Didon dont j'ai l'hérésie.

Qu'elle y pige

Heart of Gold by Neil Young on Grooveshark


Le pinceau de mon doigt dessinait curviligne
un trait gras que l'on doit arpenter à plus faim,
tel un corps affublé d'une fièvre maligne
aurait sur toi tremblé d'un orgasme plus feint.

Si la belle ode à l'X est un accord majeur,
j'aurai de Wikileaks une pornographie
digne au moins d'un maillot sur un Bébé nageur
et du sang les caillots que menstrues pétrifient.

Mais le rouleau des mains qui passait sur ton dos,
de jours nuits à demain dans notre confusion,
dégorgeait ses désirs dans ma plume infusion.

Je grillais sur tes fesses comme un tournedos
en n'ayant de fèces aucun étron mineur ;
je n'avais qu'à saisir les plis de ta minceur.

mardi 12 août 2014

Cybérien

Parasite by Nick Drake on Grooveshark



Depuis Moscou, je vogue entre mes mots si terriens
que nul n'a pu me suivre en terreau cybérien,
que nulle âme astrologue au loin Vladivostok,
ne sut changer en vouivre une langue d'estoc.

Et pourtant, à l'affut des canons de beauté,
j'ai prisé le parfum des amours rabotées
par les contrats diffus de nos condescendances,
et par le sel sans fin guidant nos descendances.

Pourquoi j'écris, quoi donc ? Brave héritier du vide
issu du commerce mou des fables d'Ovide,
je brode l'édredon des vieux wagons de nuit.

Les vers s'y déversent flous comme des ennuis,
et ne reste alors plus qu'à nos trains cybériens,
ce qui de moi te plut mais qui ne sert à rien.

lundi 11 août 2014

Jéricho

Horn by Nick Drake on Grooveshark



Tandis qu'exsudent des ports des cités marines
les fantômes des trois-mâts passeurs du Cap Horn,
les moulins d'eau douce engrangent une farine
empoussiérant ces trophées qu'un handicap orne.

Et dans les immenses bouches bées des canons,
je lis le temps trépassé de notre beauté,
lorsque nous étions amants dans les cabanons
s'ouvrant aussi prestement que ton débotté.

Je ne sais - Camille, Adèle - ô combien tu m'eus,
ô combien tes avatars m'eurent envahi,
ni comment non plus m'auraient tes murs ébahi.

Car, des fortifications Vauban de ma mue,
qui s'effondrèrent d'un coup devant Jéricho,
je n'ai de ta voix qu'une ouïe qui digère écho.

Siam

Place to Be by Nick Drake on Grooveshark



C'est entre deux tramways que j'ai dégueulé Siam,
comme entre deux Amours, entre-deux-guerres,
comme en un sandwich où notre ogre eut fait "Miam !"
de ce sombre abysse entre "Jadis et naguère".

J'ai joué la note ultime aux touches de ton corps,
pianotant sur les creux de tes côtes altières
et sur l'alliance unie de tes seins en accord
dans cet étranglement dont je fus final tiers.

Mon ombre a décédé sur l'élan des corbeaux ;
pende la corde au gré de chacun des corps beaux
qui m'emportent aux cieux d'un trait supersonique.

Et sur Siam emminée d'un nanti personnel,
je m'offre les méandres d'infinis tunnels
qui me guident enfin à ma personne unique.

Dichotomie

Things Behind the Sun by Nick Drake on Grooveshark



Si mon unicité n'est pas vue de l'esprit,
c'est que d'unies cités j'ai déduit théorèmes
entrouvrant le grand champ d'angles que Thalès prit,
puis que j'allais prêchant, géomètre en poème.

Car en chacun de nous vient l'endroit dichotome,
d'un écart de genou, de deux doigts de la main,
séparant de soi-même où l'on croyait l'atome,
cette part du "je m'aime" et celle du malin.

C'est cette divergence excentrique et croissante,
qu'il faut en notre engeance amortir et réduire,
d'une suite harmonique un axiome en déduire.

Dans l'ordre hégémonique où les ondes puissantes
ont classé, déclassé les autres et mon nombre,
je sais que s'est tassée ma mue, temps de pénombre.

dimanche 27 juillet 2014

Hauteville-sur-mer

Twist in My Sobriety by Tanita Tikaram on Grooveshark



Hauteville, haut le cœur te garde en haute estime,
bourg qui dégoulina jusqu'à l'infinie plage,
négligeant la rancœur de tes pins maritimes,
ta cité saline a le goût du camouflage.

Appuyé sur ta digue où se brise l'élan
liquide et perforant de tes marées extrêmes,
je suis comme Zadig, Hauteville, en bêlant
des mots loin de ton rang d'Astarté qu'un autre aime.

De ces hautes lignées que parfois l'on épouse,
j'ai mis la bague au doigt défait d'une sirène ;
je ne puis ainsi nier revenir de la bouse.

Je marie comme il doit Mélusine aussi reine,
en sachant que jamais je ne partagerai
la ville que j'aimais tel un Seigneur de Rais.

dimanche 6 juillet 2014

Au front hier

Sleeping With Ghosts by Placebo on Grooveshark



Je m'en allais flânant le long des quais de l'Ill,
la Bruche de Noël imitait ceux de Nantes ;
Je m'aperçus soudain que Strasbourg était l'île
où l'on s'oublie sous main de justice immanente.

J'absorbais les chaleurs et les pâleurs d'orage,
l'étrange désespoir qui conduit à la paix,
je mordis dans ta terre, Alsace où j'hémorrage
afin de tendre un bol à faribole happée.

Je naviguais sans cesse entre étranges tramways,
entre ponts enjambés et contreforts boiteux ;
la cathédrale orange au couchant me dit « Mouais ?... »
(Mais en Petite France, un diable les boit, eux!)

Ainsi, le long d'un Hexagone écartelé
qui m'emmena d'un loin Finistère à Marseille,
vers le cœur de Paris aux rumbas martelées,
je sollicite quelque européen conseil :

sommes-nous les avortements de nos voyages ?
Les faux résidus de nos wagons-couchettes ?
Je ne sais de Jeunesse – Ô toi qui dépouille ages –
aucune tolérance au cintre et aux fourchettes.

Je sais la prématurité des échassiers
et l’empilement des poupées gigognes,
les printemps annoncés sous des plafonds d'acier
et la migration lente où planent les cigognes.

Or, je m'en vais, planant le long des quais de l'Ill,
mes poches sont trouées et les cloches sont humaines.
Vill'dieu m'a mis à poil, et l'autoroute habile
ignore encore où le châssis migrant me mène.

Je suis traversé d'artères, en fait morales,
comme un pays tout écorché dans un labo',
je me sens envahi par cette flemme orale
où le silence dit plus fort de lui le Beau.

dimanche 29 juin 2014

Dès lors que de barbarie...

The Emperor is Dead+The Might of Rome by Hans Zimmer & Lisa Gerrard on Grooveshark



Toute violence envie la violence physique :
elle s'y substitue par permissivité ;
les barbares se font des pervers narcissiques,
hommes, femmes égaux en agressivité.

Oh, bien sûr, personne n'a sorti la machette,
pourtant de ceux-ci je vois les génocidaires ;
tandis que je me bats pour que rien ne m'achète,
on m'imagine à l'aise en glorieux suicidaire !

Mais peut-on rester Zen et peut-on encaisser
sans broncher, les coups qui pleuvent sur nos visages ?
Qui ne sut que Gandhi fit tout pour acquiescer ?

Je ne sais au final ce qui rend nos vies sages ;
je ne crois plus en rien d'une humaine confiance,
je cherche mon chemin dans cette ombre inconscience.

dimanche 22 juin 2014

Quarante-deux ans

Can't Take My Eyes Off You / Frankie Valli by The Four Seasons on Grooveshark



Te souviens-tu quand nous avions vingt-et-un ans (?)
des bras ballants pour s'en aller nous promenant,

Ballots lorsqu'ils se nouent aux quais de nos jeunesses.


La fougue des purs-sang poursuit d'acidité
certains jeunes serments trop frais pour s'éditer :

L'encre sèche est ferment de fuite où les « je » naissent !


Et tous ces autres font nos quarante-deux ans,
nos doutes aux tréfonds d'une enfance malingre,
de nos déperditions des échos médisants
et de nos conditions ce que nous violons d'Ingres.

Ma main sur ton épaule épouse sa faïence ;
ne sommes-nous d'un pôle à l'autre deux vaillances ?


Aimerions-nous couler dans l'eau de nos salives (?)
puisqu'encore cloués par nos regards vampires,
nous sommes deux bateaux aux disjointes solives
sans nos corps en tréteaux pour tenir tel empire.

Mais te souviendras-tu des quarante-deux ans
dont nous fûmes vêtus par un commun jusant ?

mardi 17 juin 2014

Estuaire

Alan Stivell "Suite sudarmoricaine" by Breizh on Grooveshark


L'entre-jambe des filles – toujours un estuaire –
en a fait des récits mais aussi des récifs,
et de quelque amazone un vide où fèces tuèrent
une idée du désir à ta fesse agressif.

Du mascaret coule au long des îles girondes,
dès lors que l'or y mêle un pétage de plombs,
et que les semelles du vent font queues d'aronde
aux poètes perclus et qui manquent d'aplomb.

Daegu – dégoût d'égouts – m'a chicoré de soude,
et d’aiguës mes passions sont devenues obtuses ;
de leur fracture est née décoction de consoude.

Tu es si jolie que je ne veux qu'un zob t'use.
On ne devrait jamais payer le prix du sexe.
Et pourtant je ne suis jamais qu'un atroce ex'...

dimanche 15 juin 2014

Riviera

Corcovado by Astrud Gilberto on Grooveshark



Coulant sur la bossa-nova d'un piano-bar,
les reflets d'heureux flots scintillent sous le ciel,
et dans cet étau bleu la note un peu barbare
offerte aux estivants, m'est la teinte essentielle.

L'étroit réseau des rues de la cité de plage
s'achève inéluctable en cette promenade
où l'onde populace ahane en décalage
éclats d'un couchant soleil mûr comme grenade.

Et sur l'écran violé de mes nuits insipides,
je m'offre du blanc ceint d'un double cinéma
remontant les marées qui sont là si rapides.

C'est bien la Riviera que ce bateau sans mât,
que ce navire indu dont l'art est indolent
et dont les mouvements sont aussi gondolant.

mercredi 11 juin 2014

Ciels d'étés indiens




Sans nuage, exacerbés,
Ciels d'étés indiens
Dont l'un dit d'eux – éduens –
Les azurs désherbés.

J'ai, dans le miroir de la Mer,
Accusé le cou taillé
Par les lames détaillées
De ses reflets métamères.

J'ai prié les odalisques
Et les spectres gracieux
Que vierges gracient (eux),
D'embleuir d'or l'art du disque.

Et subséquemment posée,
Ma mémoire était ailleurs,
Sur le tablier bailleur
Des figures imposées :

En ressuscitant l'image
Apparemment oubliée
Des méandres tout pliés
De passés à l'arrimage,

J'ai revécu l'Avenir
Des ombres estampillées
Par l'étalon templier
Des lumières à venir.

C'est ici qu'il m'en souvient
Du soleil radieux
Envolé de tes yeux
De bleus antédiluviens.

Cette lueur m'irradie ;
Et dans l'espace incongru
de cette couleur qu'on crût,
ce que son vomir a dit.

mardi 27 mai 2014

Quarante-quatre quatrains aux gens de la pluie (republication du premier des treize textes fondateurs - version initiale de 1989 retouchée en 2005)

Madrín Rain by The Pogues - www.musicasparabaixar.org on Grooveshark


Je l'ai rêvé ici,
Le lit de la rivière
M'entraîne en ce pays,
A l'orée de ces terres.

L'écran de ma prière
à ces chants nonchalants,
Se dresse comme un frère,
Brille aux soleils levants.

Feu des soleils couchants
M'a dit : "viens me donner
Le chaos de mes champs
Et de mes terres brûlées.

Mais comme il se taisait,
Epuisé par le vent,
J'ai pris à ce dernier
Mon âme et mon vivant.

Goutte de pluie tombant
Sur le sol de l'esprit,
Ranime innocemment
Dormir et rêverie.

Libère à l’ennemi !
Le lit est océan !
Emporte l'usufruit
De tes soucis d'antan.

Viens mon moi-même errant,
Au coeur de ta musique,
Sonner la rime en blanc
De ce vert pathétique.

Je deviens amnésique,
M'endors dans le berceau
Ondulant, lymphatique,
De là dedans de l'eau...

Les marées et les flots,
Du disque de la lune
Qui préside là haut,
Reflètent l'infortune.

Nonchalant le chant-Lune
Ciel découvert d'étoiles,
S'empressent une à une
Sur sa voûte et sa toile.

Les nuages s'entoilent,
Sans la nuée de pluie
Qui nous offre son voile
Sous son rideau d'ennui.

Car elle souffre de vie,
Celle qui dans la flaque
Donne son sang aussi,
S'en va nourrir les lacs.

Océan ou cloaque,
Dans vos yeux entrepris,
C'est sourire de chaque
Image que je lis !

Déjà là-bas parti,
Vers les sons de la terre,
De fées et des petits
Espoirs qui nous enterrent,

Je sens couler primaires,
Le temps, l'histoire, l'amour
De ces regards amers
Que j'aime encor toujours.

L'homme est froid, semble sourd
Au grincement des roues
De son chariot trop lourd,
Mais j'en attends beaucoup !

Il a la foi du fou
Qui porte et qui conseille,
Qui balaye et qui boue
Comme une crachin réveille.

Réveille mon sommeil
Que j'y sois fort longtemps,
Carreau collée l'oreille
Qui écoute et entend,

La balade et le chant,
Encor lui dans la nuit,
Revient en bourdonnant
D'eau sur le parapluie...

L'homme poursuit ici
Sur des chemins d'ornières
Où son chariot suffit
A voir plus loin qu'hier.

Il guide sa galère,
Ses rames sont ses bras,
Mais des voiles fières,
Gonflent son cœur d'éclat.

Et sa femme ici-bas,
M'attend juste pour dire
Que je suis ce gars là,
Celui qu'on voit venir.

Qu'importent les sourires,
Et l’orage et les pleurs,
Aux futurs souvenirs,
Je serai dans son cœur.

Aux feux, à leurs lueurs
Qui poussent au combat,
Je marcherai vainqueur
Par landes et par bois.

Le secret de sa voix,
Mêlée de mélopée,
Ancienne et aux abois,
Suffit à m'enivrer.

Aux feux, à leur fumée,
Je redevrai la vue
Qui m'apprend à aimer
Le rêve entr'aperçu !

Des millions de reclus,
De rochers dressés droits,
Sur les voies parcourues
De triskells et de croix.

J'irai porter ce poids,
Tant que ce doux fantasme
Me le réclamera
Par le sang, par les miasmes.

Mais jamais au marasme,
Je n'abandonnerai,
Moins encore aux sarcasmes,
De mes désirs l'objet !

C'est sur le sol sablé,
Construit de pierres pourries,
Qu'enfin la vérité
Ne m'aura pas menti.

Aux arbres désunis
Par les sombres tempêtes,
Rafales éblouies,
C'est mon nom que j'achète !

La tourbe qui m'arrête,
Me freine et me renverse,
Est semelle de dettes
Que mon passé traverse.

Partir d'idées perverses
Et poursuivre le monde,
Quand l'ombre d'une averse
De sa mémoire inonde.

Car ils sont là sur l'onde,
Reflets de mon esprit,
D'une âme vagabonde,
De passions et d'envies.

Ils sont là qui n'oublient
Ni destin ni promesses,
Pour qui j'étais bâti
D'églises et de messes.

Leurs fêtes et leurs liesses,
Leurs prières, lits clos,
Les embruns des caresses,
Les mariages au chaud.

Des falaises et d'eau,
Gens pétris de silences,
Ils quittent leur bateaux,
Gueulent leur différence.

Je les rejoins en transe,
Au-delà des idées,
Prêt à saisir ma chance,
Où allons-nous pêcher ?

L'envie de liberté
Nous provoque en ses flots,
Comme la femme aimée
Aime tourner le dos.

Mais lorsque les oiseaux
Reviennent, nous aussi,
Aux marées, aux bistrots,
Aux pubs, enfin au lits !

Pour rêver des petits
Poursuiveurs d'une histoire,
D'un parler, qui s'enfuient
Comme amour et savoir.

Non, nous, nous voulons croire
Que nos désirs présents
Nous animent ce soir
Des gais combats d'avant.

Car l'homme dans le vent
Qui conduit son chariot,
Le cou impénitent,
A Locronan, Sligo,

Celui-là dont les os
Sont rongés par le sel,
Regarde les tombeaux
Comme on lit un missel.


Il sait que sous les pelles
Se sont gravées vraiment,
Les quelques lettres belles
De ce rêve dément.

mercredi 21 mai 2014

Le champ des poètes

Via con me by Paolo Conte on Grooveshark



J'aurais aimé l'être, Prévert,
pondant des mots de cinéma,
ou bien Villon, l'affreux pervers,
pendu d'amour du haut d'un mât ;
j'aurais goûté de Baudelaire
un peu de paradis – coma –
et de Guillaume Apollinaire
un verger sans millet qu'homme a.

J'aurais volé d'aimer ses airs,
les partitions d'Arthur Rimbaud,
d'aller au pôle en courant d'ère :
d'un le ruisseau, l'autre est amont ;
et dans le val qui va vers l'aine
où le sextant perd l'étambot,
Lamartine est Sade en limon
des crûes d'un fleuve à l'habile haine.

J'ai désossé d'un vers tes braies,
gauloiserie de mes aïeux !
Et d'Eluard des lueurs vraies,
et d'Aragon le camaïeu ;
j'ai desnossé mon écriture
afin de devenir « meilleur »,
et de Jacob et ses cris durs,
offrir un reflet d'orpailleur.

jeudi 8 mai 2014

Car c'est râles

Iron Lion Zion by Bob Marley on Grooveshark



Prisons nos coups de tabac, frérot, blague à l'aise
et blague à part puisque l'on sème, appontons nous
comme on le fit parfois de Brest à Cotonou,
sur le grand rail où s'écartèle un barreau de chaise.

Quels que fussent les écrous, quoi que nous vissions,
nous étions en cellule au fond de nos cerveaux,
pareils aux bœufs en batterie privés de veaux,
tout prêts à l’abattoir pour nos compromissions.

Et que dire du Cran dans les maisons d'arrêt,
puisque nous sommes amassés après ces portes ?
De nos corps ramassés n'est plus rien qu'il importe.

Si l'on est là la lie d'un hallali barré,
c'est que nous nous saoulons sous les lits sans ressorts,
oscillant selon nos souhaits, tels harengs saurs.

Nous assumons nos privations de Liberté
– moi, je suis en prison depuis la puberté –
tout en veillant à ce que notre esprit s'enfouisse.

Nous résistons à la pourriture invasive
héritée d'une moisissure impermissive
à l'ombre de trous ; Dieu fit que d'aucuns s'enfuissent.

Et nous rêvons alors de perspectives floues
que nos yeux – par manque d'habitude – ont du mal
à distinguer du bien, des vertus carcérales,
tandis que le temps mort incessamment nous floue.

Je suis lecture ou foot', brimade ou rébellion,
je suis un numéro sur une liste grise,
on m'appelle au parloir de mes amours en crise,
mais dans mon cœur brisé, je suis encore un lion.

vendredi 2 mai 2014

Entre Sèvres et Babylone

Persian Love Song (The Silver Gun) by Lisa Gerrard on Grooveshark


C'est entre Sèvre(s) et Babylone,
Entre le Tigre, entre l’Euphrate,
Et ces trésors qu’on abandonne,
Dans des Paris qu'un rien épate,
Et des Nabuchodonosor
Avec un fin fil à la patte,
Avec l’écho du mauvais sort,
Et des passés que rien ne gâte.

C'est entre Sèvre(s) et Babylone,
Comme deux cours dociles, gais,
que coule en files monotones
Le flux des jours qui m’importaient,
La mélodie de leurs klaxons,
Qui dans ma tête avant chantait,
Comme un seul chœur que Cora sonne,
Et que Vocker pure enchantait…

C'est entre Sèvre(s) et Babylone,
Qu'au confluent de leur chemins,
En épousailles, qui fusionnent,
En rue du four, si c’en est un,
J’ai pris du temps, j’ai fait du tort,
J’ai fait la manche et pris sa main,
Serré son corps contre mon corps,
Comme on descend la rue Dupin.

Rues de Sèvre(s) et de Babylone,
Par le boul'vard si transpercées,
Comme on ras’paille avant l’automne,
Comme les blés, j’étais fauché,
Mais d’afflictions qu’on affectionne,
Reste l’image de l’aimée,
Même si mal, à ma déconne,
A ma bêtise à bon marché.


C’est entre Babylone et Sèvres,
Ma Mésopotamie de l’âme,
Que je posai dessus ses lèvres,
De mon poison l’effet infâme,
Mes mains dans ses cheveux vieil or,
Et du métro, d’infinies rames,
Impoli train dans ce décor,
Et dont la bouche a pris LA Femme…