Souvent, nous bâtissions des mausolées d'argent,
de puissants coffres-forts éblouissants d'ordures
où le système était le maître et nous l'esclave,
où sous les traits obscurs d'un soleil astringent
brillait l'éclat d'obus cinglant des lingots durs
et la fragmentation sociale où tout s'enclave.
À cette époque, un monde immonde et dialysé
par les pétro-dollars, avait pour fin fatale
une surchauffe épidémique et démunie
d'alternative, hormis des maux stigmatisés :
Marx écrivant en toutes lettres « Kapital »
était un diable en rouge aux Nations Désunies.
Mais rien ne dure impunément qui fait le Mal !
En décroissant bien sagement, l'Économie
fit sa métamorphose en papillon de soie,
car en l'Intelligent qui sait l'Homme animal,
est un réflexe inné, celui de sa survie,
celui du choix permis qui jamais ne déçoit.
J'implorai le pluriel à des pluies déplorées,
la singulière apnée d'un sanglier tondu,
quand un pantin né du Cotentin coloré,
me guida sur la Manche au fil de l'eau tendu.
Le destin s'entortille, et l'intestin sorti
se répand sur la carte, et ses pans qu'on écarte
ont l'éclat d'un diamant d'un endroit desserti :
la beauté barbotée d'une humeur incarnate.
Au long de ta côte a sailli mon désir de ravin ;
j'éprouvai des régions qui pouvaient m'être état,
de mes cris vent sortit pour me rendre écrivain.
Mais trions les mots traits dont on nous maltraita :
si l'on se faufilait sur la falaise en vain,
l'être étreint te traite en traître au train d'Étretat...
Je ne parlerai plus de la couleur des yeux
ni de la rouille en tâche aux creux de vos pommettes ;
il me faudra bien trouver l'argument fallacieux,
pour m'abattre assez fin méprisant les Baumettes.
Et de ce château d'If inhalant le sapin,
de l'apnée salvatrice inhérente à vos fuites,
il faudra conserver le bon suaire de lin
comme gueule de bois juste après sale cuite.
En effet, l'on est fait dès que l'on romantise,
alors que les dits faits défaits sont diffamants,
que la haine est un feu diffus que l'on attise.
À l'Amour on échange au besoin les amants,
le sexe est une excuse à de pâles bêtises ;
et l'astre émasculé se perd au firmament...
Dans le silence étourdissant des solitudes,
on aperçoit la silhouette évanescente
amourachée des quelques mots de platitudes,
aussi versés comme une braise incandescente.
Et l'enfumé mirage ainsi se dispersant
dans l'atmosphère empuantie du brasero,
laisse à mon rêve un goût de cendre, un goût de sang,
laisse à la larme un goût de sel, ingrat zéro.
La chanson mixte est à deux voix reprise en cœur,
est à deux cœurs ouverts au vent qu'on dit mauvais ;
la chanson mixte est un accord à nos rancœurs.
Elle associe dans son seul corps, un seul Yahvé,
dans son hostie, le goût du pain dont la liqueur
a parfumé d'encens l'enfer et ses pavés.
J'abondai sans raison la douleur en dollars
alors que le cercueil à l'émotion serti
servait pour avaloir à mes dealers de l'Art ;
au plus profond de mon marasme, à quoi sert-il ?
À quoi sert donc le chalumeau des mots fertiles
arrosant les vallées de lunes funéraires ?
À quoi bon découler l'encre à mort sur le Nil
et son serpent liquide aux relents littéraires ?
Avant la venue des charrues, passait l'araire ;
avant l'avenue des ces champs coalisés
contre le temps qui passe, avant l'horaire,
existaient les anciens, les non-mondialisés.
Gavrinis, en tes courbes immortalisées
clignant du doigt comme une paupière erratique,
est mu le corps que l'on débraille analysé
par l'ignorance émue des accords informatiques.
À quoi sert donc le dromadaire épileptique
et son Marché dans le désert évanescent
des illusions de la modernité pratique ?
Un oasis est presque un fantasme indécent !
J'allais sur Gavrinis pour y chercher du sens ;
au cœur de sa spirale, on entre, on s'entortille,
et dans son labyrinthe on s'emplit de l'essence
abandonnée, perdue, cachée sous les orties.
On est des animaux de verre
à la fourrure accidentée,
dont le passage un peu sur Terre
est foin d'une paille écourtée.
Je suis aussi Patrick Dewaere
à l'incongrue fragilité,
tu es Romy devant-devers
un Cinéma facilité...
Facilité par l'intuition
que n'aiment pas nos sociétés,
nos distendues fréquentations
tombant comme un slip empoté
sur notre désincarnation,
sur un écran de cécités
s'offrant nos propres projections.
L'objection tâchant notre honneur
est bien loin des sénilités ;
la Mort est un vieux poinçonneur
accrochant des Lilas gâtés
sur des tickets dont la longueur
est à géométrie ratée,
marquant d'un fer avec rigueur
un brin de ruine horodatée.
De ceux qu'on perd un éclat reste,
éblouissant de sa clarté
les tourbillons qui vont de Brest
au cœur de l'intériorité.
Parfois, des tessons qui l'attestent
épousant l'image annotée,
s'en font le concret manifeste.
On se croit si souvent servi
dans l'orgasme ou l'alacrité,
pourtant partout le temps sévit ;
richesse ou bien médiocrité,
la Mort ajuste son devis
comme un monteur ayant monté
débris de verre en bris de vie.
Je baignais dans ton huile et son lac en mercure,
orpaillant de mon mieux ton iris épanoui ;
t’aimer en t’écrivant m’étais la sinécure
à laquelle en mes vœux je m’étais évanoui.
Je sais le poids des mots, celui des métaux rares ;
écrire est l'industrie toxique et très plombée
d'un pic incidemment plongé dans le curare
et dont pourtant leçon vous laisse bouche bée.
Des cylindres ronflaient comme des tuyaux d'orgues ;
on en sentait la fugue où l'Amour y perdure,
et le Poème était comme l'eau de la Sorgue,
en partage entre nous d'héritage hyper-dur.
On composait une ode à la femme sans âge,
à son trait lunatique et fantasque à dessein ;
mais j'aimais à ce point caresser ton visage
à la plume adoucie, qu'il était comme un sein.
Lorsque la fleur affleure à la larme de l'encre
et que le stylet grave en ses aigus tes angles,
on te dirait sortie de ma cuisse où le chancre
accouche endolori des tourments de la langue.
À nulle autre pareille est la beauté lunaire
et le vert de la pomme en tes yeux de velours ;
on maudirait de toi ton reflet dans mes nerfs,
il m'en resterait tant que léger serait lourd.
La peau lecteur, la peau hésite à chaque mue
comme la poésie déchirée par trop d'amours,
et sa métamorphose aux jeux du PMU
n'est qu'une anamorphose en ses odieux labours.
Il me faut, toi lecteur, assurément t'ouvrir
au mystère absolu de la transmutation
que Nicolas Flamel eût su d'un sceau couvrir
et délivrer pourtant de toute inquisition.
La peau n'est que le masque affublant le visage
éteint de ceux dont le sourire est la grimace
ou la moue triste affichant sur ce paysage
un rictus amer et mou, d'un baiser de limace.
Et traînant — mollusque informé du triste sort
étrennant ma vie larvée sur le bord du rien —
de-ci de-là, me flétrissant sans ressort,
on me voyait compter, métronome aérien.
Compter le temps qui passe et la ride imprévue,
dont s'en suit la frayeur et la grande panique
où le Monde s'avance à perte de bévues
vers un iceberg à la façon du Titanic.
On pourrait balbutier des tas de poèmes
au sujet de cette élasticité perdue,
de la vergeture et de ce que la peau aime
indépendamment des lents jours et de leur dû.
Quoi qu'il en soit, sans passer par quatre chemins,
lorsque la mienne effleure un brin de son histoire,
à la peau de mon Amour est un Parchemin
gravé par la caresse infinie de l'espoir.
Je voyais du Désert une peau chamarrée,
la carapace émue d'une Terre épuisée,
dont les larmes taries par un flux trop puisé,
ruisselaient de leur sel attendant nos marées.
Là-bas, sous l'horizon des asphaltes brumeux,
J'ai cherché des raisons de prier l'inconscience
entourant de son voile un objet d'impatience
appartenant aux débris d'un fantasme écumeux.
Puis, creusant ma mémoire à la façon d'un trou,
j'ai fouillé dans son ventre un vestige amoureux
(l'ombre éclaircie de l'or en pépite en ses yeux),
je poursuis aujourd'hui de ce vice un écrou.
Je crois avoir posé sur le chemin du rêve,
un gravier fait de mots et de ressentiments,
dispersé par les roues d'un soleil véhément,
par des rayons d'enclume où se battre sans trêve.
Au feu de tes cheveux ne nous exposons pas.
Préservons-nous de ta fontaine d'or fondu.
Le plomb sur ma cheville adapte à tous mes pas,
le rythme où mes versets à tes creusets sont dus.
Le lac où le mercure en tes yeux stagne aussi,
renvoie l'écho profond d'un métal en fusion,
dont les reflets sur tes deux pommettes roussies,
d'harmonie pure en font l'infinie profusion.
Mon regard tangue au gré de ce si beau fourneau,
qu'il me faut effacer tout espoir de survie :
je sombre en ta clarté dans le théâtre No
de ma mort imagée par l'amour et l'envie,
par la troupe inspirée de mes maux doux porno',
par l'immensité que ta Beauté m'a ravie.
Nous sommes dévêtus de paille
et balayés par tous les vents
qui pèlent nos cottes de maille
à la façon d'un fruit savant ;
souvent, sous l'écorce enlevée,
nous révélons de nos ripailles
un cancer si bien élevé
qu'on l'adopterait sans chamaille.
Alors, des beautés que nous fûmes
en nos jeunesses désinvoltes,
on garde un joint que l'on fume
à défaut des deux-cent-vingt volts
auxquels on s'était transformé
— dans des flots d'encens qui parfument
au plus profond les mal-formés
que nous sommes — air que neuf eûmes !
Et pourtant, dans ce curieux flou,
je ne pourrais pas oublier
ce magnétisme âprement fou
sans lequel en papiers pliés
j'aurais négligé ma Fatale,
et qu'en bateau ivre on renfloue
comme un supplice de Tantale.
Jeanne, es-tu le fruit du bûcher ?
Sinon, l'étrange énamourée
d'un univers amouraché
par tes échos tant emmurés ?
Jeanne, aussi bien pourrais-tu n'être en fait qu'un leurre
ou l'autre lien vers la fenêtre où les couleurs
de l'arc-en-ciel ont le besoin de se confondre
en l'essentiel unique point d'où tout peut fondre.
Il est un infini de temps juxtaposés
selon lequel on prend des voies aléatoires,
et nos visions, nos voix, sont alors exposées
sur l'ouvrage étoilé d'un Dieu jubilatoire.
Ô victoire arrachée comme un membre à son corps,
à l'hostie des romains tu te trans-substituas,
tu vidas ses boyaux dans le grand désaccord
où stagnaient nos pensées quand tu les instituas.
Jeanne, es-tu le marasme auquel on se consacre
ainsi qu'un vin de messianisme inespéré ?
Sors-tu de la cuisse amortie dont le massacre
a fait d'un Jupiter à terre un apeuré ?
Sors-tu du ventre effarouchant des vieux enfers ?
Ou de ce centre épanouissant dont n'a que faire
un tribunal ecclésiastique et corrompu ?
Es-tu banale ou fantastique ? Es-tu rompue ?
Jeanne, es-tu le fruit du bûcher ?
Sinon, ce que nous fabriquons
de ton histoire endimanchée,
sinon d'un sacrifice abscons ?
« Faisons rôtir de la pucelle
et réservons à chaque femme
un petit peu du sort de celle
à qui l'on fit goûter les flammes ! »
Une lecture est ainsi faite à mon avis,
d'une imposture où la prophète eut sur sa vie
payé le prix du sexe faible et de la guerre.
On l'a compris (vu de la plèbe) : on ne vaut guère !
Il y a chez ma Jeanne, un relief étonnant :
loin d'être bas, ça sculpte en moi des certitudes ;
un faux-semblant de merveilleux mais détonnant,
confère à son ensemble une absolue quiétude.
Il y a sous les traits tirés de Jeanne d'Arc,
une flèche indiquant la bonne direction,
sous ses soudards ou Rais, le signe qui nous marque :
un brin libre et génial où naît l'incorrection.
De la soul on en a plein les écouteurs
et de nos fantaisies d'être un plus joli cœur
on garde un bon tempo, comme un souffle au corps
et quelques vibrations qui nous éloignent de la mort...
En garde à la façon des mousquetaires
on ne sait trop verbeux jamais comment se taire
et l'âme au bord des lèvres, on se récite en rythme
une chanson d'amour à la façon d'un algorithme.
On se réclame un peu comme une pub' !
À la façon de ces chansons qui font des tubes
et des jolies chorégraphies de ces danseurs
auxquels une souplesse est truc de prestidigimasseur !
Alors, Aretha, que rien n'arrêta,
repose en paix armée par la beauté des tas
de musicalités que tu mis dans la Soul
et qui littéralement sont les splendeurs qui nous saoulent.
On écrivit fort au Huelgoat :
on dégoulinait d'encre alerte
au point d'en avoir les mains moites
et par la plume orange et verte,
au cœur ouvert des pages blanches,
irlandiser la celtitude
et savonner de bleu la planche
où périraient nos certitudes.
On écrivit pour Jack Kerouac
et ses ancêtres montagnards
— au Yeun Elez un vieux bivouac
est comme un Brest aux dieux bagnards —
On écrivit pour Segalen
et ses bretonnes utopies,
pour des prosodies hors d'haleine
envahies d'âmes sans répit.
C'est le Chaos qui nous inspire !
Et de la fleur de ses rochers,
je sale au mieux, je sale au pire
(avec un grain bien arraché),
le plat corsé d'un Finistère
auquel l'identité sans doute
est le fleuron de cette Terre,
est au Huelgoat à toute écoute !
On écrivit aux Monts d'Arrée
depuis toujours et de tous temps,
Connemara, maisons d'arrêt,
de Pontaniou son Léviathan,
j'ai bâti ma mythologie
dans un café dans la forêt,
l'esprit des bois quand il agit,
transforme un être perforé.
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