Au feu de tes cheveux ne nous exposons pas.
Préservons-nous de ta fontaine d'or fondu.
Le plomb sur ma cheville adapte à tous mes pas,
le rythme où mes versets à tes creusets sont dus.
Le lac où le mercure en tes yeux stagne aussi,
renvoie l'écho profond d'un métal en fusion,
dont les reflets sur tes deux pommettes roussies,
d'harmonie pure en font l'infinie profusion.
Mon regard tangue au gré de ce si beau fourneau,
qu'il me faut effacer tout espoir de survie :
je sombre en ta clarté dans le théâtre No
de ma mort imagée par l'amour et l'envie,
par la troupe inspirée de mes maux doux porno',
par l'immensité que ta Beauté m'a ravie.
Nous sommes dévêtus de paille
et balayés par tous les vents
qui pèlent nos cottes de maille
à la façon d'un fruit savant ;
souvent, sous l'écorce enlevée,
nous révélons de nos ripailles
un cancer si bien élevé
qu'on l'adopterait sans chamaille.
Alors, des beautés que nous fûmes
en nos jeunesses désinvoltes,
on garde un joint que l'on fume
à défaut des deux-cent-vingt volts
auxquels on s'était transformé
— dans des flots d'encens qui parfument
au plus profond les mal-formés
que nous sommes — air que neuf eûmes !
Et pourtant, dans ce curieux flou,
je ne pourrais pas oublier
ce magnétisme âprement fou
sans lequel en papiers pliés
j'aurais négligé ma Fatale,
et qu'en bateau ivre on renfloue
comme un supplice de Tantale.
Jeanne, es-tu le fruit du bûcher ?
Sinon, l'étrange énamourée
d'un univers amouraché
par tes échos tant emmurés ?
Jeanne, aussi bien pourrais-tu n'être en fait qu'un leurre
ou l'autre lien vers la fenêtre où les couleurs
de l'arc-en-ciel ont le besoin de se confondre
en l'essentiel unique point d'où tout peut fondre.
Il est un infini de temps juxtaposés
selon lequel on prend des voies aléatoires,
et nos visions, nos voix, sont alors exposées
sur l'ouvrage étoilé d'un Dieu jubilatoire.
Ô victoire arrachée comme un membre à son corps,
à l'hostie des romains tu te trans-substituas,
tu vidas ses boyaux dans le grand désaccord
où stagnaient nos pensées quand tu les instituas.
Jeanne, es-tu le marasme auquel on se consacre
ainsi qu'un vin de messianisme inespéré ?
Sors-tu de la cuisse amortie dont le massacre
a fait d'un Jupiter à terre un apeuré ?
Sors-tu du ventre effarouchant des vieux enfers ?
Ou de ce centre épanouissant dont n'a que faire
un tribunal ecclésiastique et corrompu ?
Es-tu banale ou fantastique ? Es-tu rompue ?
Jeanne, es-tu le fruit du bûcher ?
Sinon, ce que nous fabriquons
de ton histoire endimanchée,
sinon d'un sacrifice abscons ?
« Faisons rôtir de la pucelle
et réservons à chaque femme
un petit peu du sort de celle
à qui l'on fit goûter les flammes ! »
Une lecture est ainsi faite à mon avis,
d'une imposture où la prophète eut sur sa vie
payé le prix du sexe faible et de la guerre.
On l'a compris (vu de la plèbe) : on ne vaut guère !
Il y a chez ma Jeanne, un relief étonnant :
loin d'être bas, ça sculpte en moi des certitudes ;
un faux-semblant de merveilleux mais détonnant,
confère à son ensemble une absolue quiétude.
Il y a sous les traits tirés de Jeanne d'Arc,
une flèche indiquant la bonne direction,
sous ses soudards ou Rais, le signe qui nous marque :
un brin libre et génial où naît l'incorrection.
De la soul on en a plein les écouteurs
et de nos fantaisies d'être un plus joli cœur
on garde un bon tempo, comme un souffle au corps
et quelques vibrations qui nous éloignent de la mort...
En garde à la façon des mousquetaires
on ne sait trop verbeux jamais comment se taire
et l'âme au bord des lèvres, on se récite en rythme
une chanson d'amour à la façon d'un algorithme.
On se réclame un peu comme une pub' !
À la façon de ces chansons qui font des tubes
et des jolies chorégraphies de ces danseurs
auxquels une souplesse est truc de prestidigimasseur !
Alors, Aretha, que rien n'arrêta,
repose en paix armée par la beauté des tas
de musicalités que tu mis dans la Soul
et qui littéralement sont les splendeurs qui nous saoulent.
On écrivit fort au Huelgoat :
on dégoulinait d'encre alerte
au point d'en avoir les mains moites
et par la plume orange et verte,
au cœur ouvert des pages blanches,
irlandiser la celtitude
et savonner de bleu la planche
où périraient nos certitudes.
On écrivit pour Jack Kerouac
et ses ancêtres montagnards
— au Yeun Elez un vieux bivouac
est comme un Brest aux dieux bagnards —
On écrivit pour Segalen
et ses bretonnes utopies,
pour des prosodies hors d'haleine
envahies d'âmes sans répit.
C'est le Chaos qui nous inspire !
Et de la fleur de ses rochers,
je sale au mieux, je sale au pire
(avec un grain bien arraché),
le plat corsé d'un Finistère
auquel l'identité sans doute
est le fleuron de cette Terre,
est au Huelgoat à toute écoute !
On écrivit aux Monts d'Arrée
depuis toujours et de tous temps,
Connemara, maisons d'arrêt,
de Pontaniou son Léviathan,
j'ai bâti ma mythologie
dans un café dans la forêt,
l'esprit des bois quand il agit,
transforme un être perforé.
Comment penser sur le Zéro et l'Infini ?
Pourquoi, comment survivre à nos effondrements
tout en brillant comme une étoile au firmament
dont la nova rejette aujourd'hui le déni ?
Nous oscillons entre la mort et la naissance,
entre deux bornes d'un néant commensurable,
et parfois même entre deux états misérables,
entre métamorphose et pâle évanescence.
Au moins conscients des vacuités de nos destins,
des pauvretés que nous laissons en héritage,
il faut s'enorgueillir de nos plus beaux ratages !
Ainsi, l'infini qui nous tord les intestins
— né du zéro signant, je crois, sa bouche ouverte —
avale en l'Univers un peu des vies offertes.
Descendre d'un ancêtre ou descendre un ancêtre ?
Il suffit d'un seul mot fait d'une seule lettre
et bascule le sens à cheval sur un trait,
d'unions nous l'attachons : la phrase a son attrait.
Tout est détail ici, tout est battements d'ailes ;
un nœud de papillons vient à tâcher le ciel
— auréole où l'essaim pigeonne à l'horizon —
quand le chant des grillons frissonne en oraison.
Sur un trait d'arbalète on voyage plus vite !
Et les petits carreaux qu'à la nappe on invite,
ont le damier déçu des drapeaux d'arrivée.
Je ne sais de ces liens que l'on fixe aux rivets,
qu'une silhouette floue que mes rimes cadencent,
et descendre est un Art inspiré d'ascendances.
Je déjouerai le Verbe et son début mythique
en composant pour toi, tel un théâtre No,
nos ombres découpés de « si » si concentriques
en un veau doux, veau d'or aux cinq points cardinaux,
que l'on s'enivrera d’idéal esthétique.
« Enjoue les mots, com' sur des touches de piano !
Joue sur mon corps, pour effacer toute romance !
Et que les sanglots lents de nos violons porno'
rameute un peuple entier d'envies et de semences,
afin de danser sur les reliques de nos os ! »
J'invoquerai des dieux antérieurs aux croyances
et des esprits sortis du ventre de la Terre,
afin de retrouver dans tes yeux de faïence
un peu de ce qui fit ma vertu grabataire
et de ma chasteté l'absolue défaillance.
Après, je te lirai dans ton seul caractère,
apposerai mes mains sur tes rêves blessés,
qui s'y déposeront comme on pose un cautère,
et tes cils incurvés comme une lune en C,
décroîtront lentement sur tes soleils austères.
Enfin libre en mes vers lents de chanter bien assez,
j'étirerai mes mots dont la phrase élastique
animera le pouls de ton cœur élancé
dans une course folle aux accents pathétiques,
à l'accent grave épique et l'angle aigu dressé.
Comment dire aussi crue, votre beauté flagrante
et mon ivresse émue par vos traits délicats,
sinon par l'éclat de splendeur émigrante
en vos yeux rutilants d'innombrables micas.
Nous sommes composés de multiples trésors,
et les couleurs des yeux ne sont qu'un verre amorphe
où le reflet de l'âme est un vieux dinosaure
assujetti souvent aux pressions métamorphes.
Alors on change en pierre un vain cœur d'artichaut
que l'amour effrayait tandis que l'on frayait,
que l'effroi des passions se peignait à la chaux.
Redessinant ta bouche au hasard des rencontres,
il m'arrive aujourd'hui d'y payer mon loyer,
de me loger en toi, contre toi, oui, tout contre !
Je décomposais sur les cordes de tes côtes
un mouvement musical auquel on tenait
comme au week-end autopsié d'hôtel à Zuydcotte,
où nous bavions de ce que l'Amour contenait.
Qu'on l'y masse ou qu'au lit macère entre deux ombres
un de ces embryons, qui sait de ce fœtus
un brin de vérité dont la part d'encre sombre ?
Un brin des entrelacs dont on est un fétu ?
Foin de bombe hirsute et de canons de beauté !
Je décodais ta clavicule en la longeant ;
la paille était dans l'œil ainsi désorbitée.
Je déconnais parfois, tandis qu'en t'allongeant,
j'offrais en sacrifice un agneau dépité
par une maladresse en mon être indigent.
J'ai ciselé ma rose des sables
à ton image attelée d'amour,
aux lingots dès lors impérissables
où je me confondais des labours
exigeants, mais à mention passable.
Il soufflait de mon oued assoiffé
le flux nourricier de tes vaisseaux,
de tes baisers soudain décoiffés,
la salive édulcorée des sauts
consentis par des faux paraphés.
Tout en toi résonnait d'Arabie ;
mon index indécent t'effleurait
— microbe en mode anaérobie —
ne pouvant déflorer tes forêts,
mais t'enlaçant d'un corps amphibie.
L'or fait le malheur
et l'argent le bonheur ?
Orphée fut tout entier
plongé dans le creuset
de ce métal hurlant
que l'on appelle « Amour »,
et qu'en versets violents
je déverse alentours.
Mes coquelicots fondent
Et l'étain fait des balles,
Ô joie que l'on confonde
un fatras qu'on déballe.
Or, argent font la guerre
et naguère est jadis
— ôtez-moi du vulgaire,
offrez-moi l'Eurydice.
Offrez-moi l'opportune
à quérir aux enfers ;
à ce point sans la thune
on ne sait pas quoi faire,
on ne sait pas pas quoi dire,
on essaime à tout vent
mais on donne au nadir
un parfum de l'avant.
Mais on vole au zénith
un espoir insoumis
qu'un poison d’amanite
agrémente au semis.
L'asphodèle est au Mal
un emblème optimal,
et les forges d'Hadès
ont créé mes déesses.
Lorsqu'un papillon bat de l'aile
et qu'un chaos lui fait écho,
qu'un moissonneur a des allèles
à triturer mode Art-déco',
la génétique est un naufrage
et le génome est un scrutin
d'où le plus niais de ses suffrages
est hybridé par des crétins.
Ma Liberté s’est envolée
sur ta sélection darwinienne
et sur tes cils à la volée
bâtant la campagne iranienne
au gré des transperçants yeux pers
où se logeait l’aînée gordienne
en laquelle enfin je me perds,
en là sombre un trait d’obsidienne
Alors ? Où se trouve la flèche
afin de trancher les cordons
qui nous relient tant qu’on se lèche
à nos ombilicaux codons ?
Puisqu’on est vraiment dans la dèche,
alimentons la controverse !
On aura l’encre d’une seiche
à déverser à la renverse.
Qu'on teste à terre
un peu du goût du pavé
gris lacrymogène en brume idéaliste
ou qu'on s'entête à la terreur révolutionnaire
aux visions de Trotsky par le crible insidieux de l'Europe
aux desseins de Mao par celui d'idéogrammes
aux utopies anarchistes
on garde au cœur un peu de ce nouveau temps des cerises
un peu de cette Commune amphitryone
à laquelle on n'ose consacrer des messes
autrement qu'en oubliant l'année qui la contint.
'68
un demi-siècle après le conflit qui marquait le début de celui-ci
— la moitié du vingtième alors qui finirait aujourd'hui ? —
'68
une étrange et bleutée solution posée sur l'équation des mondialisations
cuivre embobiné par les trompettes de la renommée
sulfatage abominable à droite, à gauche, à l'extrême gauche
à l’extrémité maladroite où s'échouent les idées
'68 est née telle une hydrocéphale
une enfant de béton, de ciment
déchirant la matrice agencée d'un temps révolu
sciant les poutres dont elle fit son bois de chauffage
et l'effondrement d'un ensemble effaré de principes.
On reparle à veau-l'eau de cet an compassé
sans mesurer jamais vraiment l'épaisseur effrayante
et les replis pâtissiers de ses événements
dont on se délecte à présent comme on bouffe un passé.
'68
en janvier tu t'es faite au visage humain d'un socialisme optimiste
(on oublie ce ton donné par la Bohème et ses enfants d'amour)
un Poème — on dit « Carmen » en latin —
débité par un futur jardinier de Prague
Alexandre Dubcek
illustré par le cinéma jeune et triomphant de Milos Forman
bourgeons naissant dans la froidure hivernale
avant la venue d'un printemps qu'il faudra que la violence élague
alors qu'au mois suivant les patineurs triomphaient en hockey
du grand frangin russe et signaient de tchèques en blanc
les Killy-Killy des médailles olympiques.
À Nanterre, on troquait les canons du 18 pour ceux du 22 mars.
Un juif allemand quoique français, rouquin de surcroît,
laissait jaillir une sève élaborée de théories libertaires
et la mort de Gagarine étouffait dans l'œuf ensanglanté de Spoutnik
un vent de révolte en Pologne
un soulèvement des étudiants gonflés de désirs inventés
que le rugby français concrétisait d'un grand Chelem inaugural.
'68 était un mélange inquiétant d'extrêmes
espoirs incongrus
répressions innommables.
En avril, ils ont tué Luther King.
En tuant la non-violence, on ouvrait la boite de Pandore
et le déferlement des sauterelles sur les chants de nos cultures
en avril, alors que Prague était tout à son Printemps
le grand fourmillement des forces intellectuelles et populaires
œuvrait sourdement mais sûrement au Grand Soir
en avril on a tué Martin comme on a tué Gandhi
comme on a tué la pensée de Tolstoï juste avant
comme on a voulu tuer celle du socialisme à visage humain
celle admirable où l'Anarchie n'est pas mue par la brutalité
mais par la négation de l'état face à l'individu.
'68 explosa donc en mai
cocktail Molotov
au cœur de mon quartier Latin
celui de François Villon
place de la Sorbonne et rue des écoles
ombilicale entre la « Bonne sœur » et Jussieu
Tout à côté du Boul'Mich'
et du Luco' qui me vit vendre aussi mes poésies
là, près des bassins secrets vers lesquels les amoureux parisiens de toujours ont leurs flirts
alors, comment ne pas romantiser cette pseudo-révolution qui ne fit pas de morts?
Entre un sitting où passait une jeune femme enceinte et quelques barricades
on y croisait des fausses connes et des vrais bandits
sous les diatribes de Dany Cohn-Bendit.
En mai, défait ce qui te déplaît !
Car ce mois de mai fut paraît-il estival
on dit que cet été prématuré fut le déclencheur opportun de cette crise adolescente
et qu'avec la pluie du mois de juin le peuple impubert revint à ses voitures
on dit aussi qu'une infirmière au sein des barricades
aperçut un beau jeune homme en train de coller des affiches pour un concert de musique irlandaise
et qu'ils tombèrent amoureux
Mai '68 est un mythe, un mythe est peuplé non de gens, mais de ses légendes
et qu'on se les raconte afin qu'un poète un jour les écrive.
On assassina le mouvement puis Bob Kennedy
Manifestant ses 2000 mots
Prague haranguait
face à l'ultimatum du Pacte de Varsovie.
Les 70 mm de l'Odyssée de maître Stanley
ne donnèrent pas naissance à l'enfant de l'étoile rouge
et le mois d'août fut un mois dur
écrasé par les chenilles arpenteuses des tanks
auréolés de croix gammées — comble de l'Histoire —
Ô Kafka, grand prêtre halluciné
ta patrie pétrie de déboires
était un bateau livré pour l'exemple.
En Afrique, on biaffrait d'impatience
en affamant le peuple
et le pain coûteux des jeux du Mexique
offrait une tribune au Black Power
aux poings tendus — le droit, le gauche, il faut bien se partager une paire de gants —
tandis que crevait Marcel Duchamp (bidet mal réparé)
l'automne aussi mourrait.
La surnage au Napalm
enveloppait de son brasero
l'âtre âpre et fuligineux du Viet-nam
épuisant le mirage américain de la
cavalerie morte en héros.
L'élection de Nixon avait les airs d'un hallali
pour ces élans de transgression.
C'est curieux : les aspirations de renouveau semblent accoucher des pires retour à l'ordre.
Et pourtant, c'est juste une impression : doucement, le changement s'insinue comme une faille à la morale.
En décembre, Apollo VIII envoya trois garçons faire un tour de notre satellite
et j'étais sur orbite à mon tour
avec Explorer de 2001
sous la surveillance attentionnée de HAL 9000
et de mes jeunes parents
dont l'une au bras de l'autre était passée place de la Sorbonne
enceinte
en mai dernier.
Je t'ai couchée dans l'herbe, allongée dans le frais
cresson du bord de l'eau, fondant sous la chaleur
irradiée de ton corps adulte et qui s'offrait,
lascivement ouvert à mes doigts cavaleurs.
Endormie, j'observais ta beauté dans l'écrin
végétal où ton souffle apaisé soulevait
légèrement ton ventre arrondi, dont le grain
délicat sous ma main lentement se mouvait.
De petits animaux curieux t'approchaient :
l'insecte, ou la belette en reniflant ton bras,
t'effleuraient mais pourtant jamais ne te touchaient.
Je restais quant à moi dépourvu d'embarras,
m'unissant au décor, à toi, rien ne m'empêchait
d’absorber tout entier ce soleil d’apparat.
J'ai le croissant de lune aveuglant de ta bouche
au petit-déjeuner de ma quête amoureuse,
et le sentier creusé par ton bras sur ta couche
en guise de tranchée vers ta gorge onéreuse.
Et rien ne m'est plus cher que ces draps de fumées,
que ton éclat debout dans la lumière éteinte :
il me fallait deux buts dont ta main parfumée
guiderait mes écrits d'agonie hors d'atteinte.
Il me fallait rêver que tu m'étais possible,
afin qu'en quelques vers on devinât ton corps,
et que ton âme aussi prise à ce point pour cible,
offrît à mon désert une oasis accorte.
Il me fallait danser sur les définitions,
sur les sons, sur les sens et sur l'essence de toi
pour capter en plein cœur de ma méditation,
ta beauté camouflée que mes larmes nettoient.
Ce sont de vies d'avant que nos sentiments sourdent
et de se reconnaître il est bien compliqué ;
j'avançais en aveugle et d'une oreille sourde
avant que de t'entendre en cueillant ton bouquet.
Chaque étoile est unique et leur nombre infini,
chaque amour en effet n'est qu'une tentative ;
une rencontre dont on ne s'est prémuni
ne concède au hasard aucune alternative.
Mes pensées s'en allaient sur l'onde paresseuse
ainsi que cette feuille où se pose ma plume ;
un oiseau chapardeur entamant sa berceuse,
illustrait par ce chant toute mon amertume.
On pose, au fil de l'eau, des années de bonheur
en parfaite ignorance, en coupable insouciance,
et le marteau du juge implorant votre honneur,
enclume avec le temps les faux-cils de la science.
Il me faudrait pour toi fondre un vocabulaire,
un dessert olfactif, un bonbon de syllabes,
afin qu'un chocolat d'émois sous ta molaire
ait le croquant des feints jurons faits sous hidjab,
et que l'on classe au creux de tes intercalaires
une beauté née d'un calligramme arabe.
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