vendredi 22 février 2008

Treize ors

Des sept cités de Cibola,
d'Eldorado en fiêvre inquiête,
du Kafiristan aux incas,
le mythe errant, partout s'émiette.

Mais les trésors que je n'ai pas,
sont ceux qui animent mes quêtes,
dont les rêves guident mes pas,
aucun grand or ne vaut l'enquête !

Aucune carte ne décrit
mieux son chemin, mieux sa présence,
que cette succession d'écrits,
frôlant si près la déchéance.

Le lien qu'indique cette croix,
d'un parchemin imaginaire,
n'est pas toujours, comme on le croit,
plus riche que l'itinéraire.

A chaque vers, c'est une pièce,
ou un bijou, ou une gemme,
qui s'ajoute lorsqu'une liesse,
ou un soupir, me dit qu'on aime.

Avoir un peu d'or dans la main,
ne pas s'oublier à le taire,
vaut plus que tous les trésors vains,
s'il faut finir au cimetière.

mercredi 13 février 2008

Les fleurs du bien

Mais toujours dans l'apprêt, pleurissent les cols chics,
amidonnées forêts aux fronts de ces Omphales,
qui s'accrochent au cou d'Hercules anarchiques,
dont les sexes sont mous quand l'euphorie s'installe.

Pleurissent, pleurissent, les fleurs de ces toisons,
comme de l'oeil l'iris, les larmes à foison,
les crocs qu'au deal, de Lerne, en spécula Jason,
et sa peur subalterne, en unique oraison.

Sentir la mandragore et son parfum de fin,
qui comme un fond s'honore, habille le destin,
ces perceptions, ersatz, me sont à la pensée.

Hors le poids de cent heurts, qu'il me faille encaisser,
et les Postdamer Platz, qu'il me faille poster,
les fleurs du bien en leurre, en sont des maquillées.

mercredi 6 février 2008

La prose du transcybérien ou de la petite Cécile de France

Texte inédit non publié lors de sa rédaction

Mais l'algarade
-----------------entre ces coeurs fiévreux,
C'est l'esplanade
-------------------emplie de leurs fonds creux,
Des désespoirs
------------------aux amours éconduites
Et des miroirs,
-----------------des zéros de conduite...
Blâme !
Blâme !
Blâme !
La machine à broyer les âmes
Entre en action
Pour nos dérélictions.
L'incertitude,
Le doute,
La solitude
Et toutes ses redoutes,
Nos vaines fortifications,
Ô Jéricho !
S'effondrent au moindre horizon,
Dès le premier bateau.
Les usines
------------poussent,
-----------------------atomiques,
------------------------------------comme autant de champignons,
Mélusine
-----------tousse,
--------------------impudique,
---------------------------------Des fées, défait la Sion,
Ô Jerusalem !
Serpentine et céleste incantation,
Oh ! Jet russe à l'aine,
Tout près de ces plaies, les passions,
Les indicibles "je t'aime",
De ceux qu'on sert à profusion,
Les indices de vies vaines
Et de nos scarifications.
Rhume !
Rhume !
Rhume !
La machine à gratte-bitume
Refait de ses dents des chaussées,
Sur l'avenue des amertûmes
Dont l'on ne peut se défausser...
Ne nous restent donc que des failles,
Sismiques cités des deux sexes,
Où poussent nos bouquets d'entrailles
Comme une fleur mise à l'index.
Ainsi, quoique mon coeur défaille
Quand se révolte mon cortex,
J'ai tant de trains, d'infinis rails,
Que vient Novonikolaïevsk.
Transe
--------cybérienne,
----------------------volutes
-------------------------------envoutantes,
Danses
---------caucasiennes,
-------------------------vos luttes,
-------------------------------------on vous tente.
Nous roulons vers les fûmeries d'opium
Et des fins parfums de femmes fatales
Et d'aussi fatals que leurs sont les hommes
Quand ils se donnent en doses létales.
Nous glissons sur l'huile de parachine,
Nous filons des colliers de perles fines
Sur les défilés des gorges mandchoues,
Des cols ténors qui mènent à Bakou.
Alors,
-------sur nos lignes
---------------------télégraphiques,
J'ignore
---------quel insigne
-----------------------électronique
Arbore
--------cette ondine
-----------------------pan-magnétique,
Eclore !
---------Eglantine
--------------------Où rien ne pique.
L'ourlet d'une rose, ses lèvres,
Et des creusets brulants d'un or fondu,
Lorsque sa main, vers moi, s'élève,
Soudain, les heures de ce temps font dû.

samedi 2 février 2008

Les terres creuses

J'ai posé sur mes cervicales
un hémisphère cerbèral,
et la demi-coque de noix
aux gravités sans foi ni loi.

Quoique des deux, je pusse faire,
l'une à l'autre, elles se soudèrent
en planète à tête chercheuse,
quand s'immisce île en terres creuses.

Comment y nait un océan,
sinon de larmes en céans ?
De quel soleil voit-on le jour,
sinon d'un sourire à l'amour ?

J'étais dépité des pitiés
que m'accordaient les amities,
au rang floué d'un instrument,
le passé arrangeait présent;

mes bas de laine, aux moues pleureuses,
s'effilochaient, mes terres creuses
se remplissaient des autochtones,
des habitants des voies atones,

et les rigoles des césures,
de vers en fleuve, oh, si, c'est sûr,
de verres en pluie, des vins remplirent
les prédictions de mes plus noirs désirs.

les terres creuses connaissent aussi,
leurs conflits généreux en appétit,
leurs généraux confits et leurs zéros,
et leurs huns, transigeant à l'apéro.

On les retrouve morts aux vins d'honneur,
et quelques chants de nos stupeurs
marquent ces lieux de leurs croix blanches,
liquides mots dont on s'épanche.

Pour quelques-uns d'entre nous tous,
chassant fûmées dont d'autres toussent,
les terres poussent à l'envers,
le monde n'est que fourmilière.

Dans l'infini des galleries,
de tout ce qui n'est pas écrit,
les portraits sont encor vivants,
malgré les heures et les ans.

La lumière entre rarement,
spectrales sont les voix des gens,
mais les éponges des cerveaux
essuient les platres de seuls mots...

J'ai connu un monde inconnu,
une jungle et pas d'indiens nus :
la terre creuse que j'explore,
cherchant toujours ma cité d'or.

mercredi 30 janvier 2008

Les baux de l'ère

S'il faut que nous louions les heures que nous prîmes,
en vagues trublions, volant le temps louable,
et en cambrioleurs pour le chasseur des primes,
ne resteraient douleurs que d'encre et de cartables.

S'il ne restait que gris de ces tendres couleurs,
de ces deux coeurs épris, qu'en vers et contre tout,
la plume raconta, futaie des rémouleurs,
du bois dont on chauffa, la fûmée ferait toux.

Mais rien n'est éternel, ni les gens ni les choix,
ni la fibre charnelle, où sombrent nos désirs,
L'appétit insatiable est sans festin de roi.

De rester associable, en étant triste sire,
il faut comprendre enfin, qu'on n'est propriétaire,
que des vents où l'on vint, signer les baux de l'ère.

samedi 26 janvier 2008

Ex-Sud

Je ne suis pas un homme bon,
et quels que fussent nos empires,
au prix d'une seule chanson,
n'en resterait que souvenirs...

J'entendais les sons délaissés,
dont on se souvient par moment,
laisser glisser les mots pressés,
comme des citrons émollients.

Nous parcheminons des sentiers
faits de jolis petits cailloux,
que l'on pend aux gorges des belles,
sans pouvoir se pendre à leur cou.

Et des Samaries, capitaine,
magasinant les souvenirs,
point n'est la femme en tant qu'Eden,
juste vestiges de soupirs...

Dans ma Louisiane est un ex-sud,
des lianes m'y relient encore,
des Louises dont mon corps exsude,
des fièvres dont d'autres sont morts.

dimanche 20 janvier 2008

Les cercles de feu

Texte inédit non publié lors de sa rédaction

Lorsque les soirs d'été brûleront des aveux,
Que les cerveaux blessés sembleront déjà vieux,
Je resterai figé dans un rond, désireux
De boucles emmêlées en doux cercles de feu.

Lorsque les nuits d'étoiles m'auront rattrapé,
Que le bateau sans voiles viendra m'embarquer,
Je pâlirai d'un mal que le sextant froissé
Redressera, draps sales en des mers salées.

Des mers de lait d'ânesse où je serai féal
Aux sirènes, princesses d'aubes boréales,
Pharaonne maîtresse ou muse ou bien vestale,
Je tisserai sa tresse en phrases verticales.

J'adresserai des mots en signe de promesses
Que de profonds échos ramèneront en messes,
En sombre oratorio que l'on donne en confesse
Lorsque l'archet sangle eaux du con jusqu'à la fesse.

J'aborderai la terre, alors, en son sein chaud
D'où le puissant cratère évacue les manchots,
Montrant du doigt l'artère où coule vive chaux,
Acide et délétère et tremblante au cachot.

Je ferai des moissons de flores vivrières,
Et de fortes boissons de Malte imaginaire,
Sur son île sans fond, sa ruche carnassière
D'abeilles qui s'en font de n'être qu'ouvrières.

Je ferai ces grands feux qui soignent les poisons,
Cautérisant au mieux les plaies de la raison,
Fertilisant les lieux que l'on couvre à foison,
Pour un instant le dieu qui couvre sa toison.

Viendront les soirs d'été, brûleront les aveux
Que, parfois, l'on se fait comme on fait des adieux,
Et des cheveux défaits entre des doigts envieux
De boucles emmêlées en doux cercles de feu.

mercredi 9 janvier 2008

Sexe faible ?

Elles sont sous brumes ou voilettes,
inconscientes des mauvais temps,
et parapluies comme toilettes,
leur font visage de printemps.

Bruines, ruines, écroulements,
à vider des bourses remplies,
voleuses, comme l'est le vent,
violeuses comme sont les pies.

Qu'elles soient encor blé en herbe
ou séduites de mal en pis,
Leurs traines trainent tant de gerbes,
qu'on en serait encor épris...

C'est un sillon que Dieu leur fit,
pour ramender leurs pieux hymens,
qui restent comme un fruit confit,
des rois fit-on fêtes de reines ?

samedi 5 janvier 2008

Coutances


Si l'horizon, entre ses draps
a pris Coutances
-----------------en un ciel bas,
c'est qu'aux va-et-vient en voiture,
à prix coûtant, soyons-en sûrs,
on met sutures aux enchères,
et quelque roublardise amère,
----------------monnaie de singe ou bien du pape,
------------------------------qu'on garde en tour-lanterne aussi,
le clocher, content, tinte aux mers
----------------qui de si près toujours s'attrapent,
------------------------------comme un bouquet de nos vessies.
Ici, le vert bocage a retroussé ses manches,
route par route, l'humide asphalte de Janvier
fait ressembler ces premiers jours à des dimanches,
qu'on passe au coin du feu où brûlent les pommiers.
Les ombres linéaires
---------------de ces couchers précoces
----------------------------en ces veillées tardives
----------------------------------------suivent deux doigts d'édit,
les deux flêches de pierre,
--------------deux arbres sans écorce,
---------------------------de deux lignes cursives.
---------------------------------------Mais dit ? Le nord ment, dit ?
Et de Coutances,
-----------l'écho transi
-------------------par les frimas
---------------------------d'un nouvel an,
---------------------------------des cloches denses
----------------------------------------------de Villedieu,
-----------------------------------------------------se met à poêle
-------------------------------------------------------------et à vapeurs,
des cloches, danse,
---------la côte aussi,
-----------------sous le verglas
--------------------------des sentiments
---------------------------------que l'on condense
--------------------------------------------sous les frileux
---------------------------------------------------chants de Noël
----------------------------------------------------------en Chandeleur.
Paisiblement, vaquent les vaches
en d'autres champs; croisant, croassant,
quelques corbeaux un peu bravaches,
des étourneaux étonnamment
re-dispersés, libres et laches,
et le vol d'un couple de buses,
près d'arbres d'où ne se détachent
que, sous quelques bruits d'arquebuses,
tout ce gui qui danse en leur sein,
je m'imprègne d'un vert d'espoir,
sans boules qui soient aux sapins,
ni semblants qui soient aux miroirs.
Le printemps revient à Coutances,
chaque fois que l'hiver s'en va,
en attendant, avec outrance,
on se répète que ça va...
Loin sont les enfants de Saint-Lô,
et roués Rohans de Rouen,
bretons qui, en normand allo,
changent chacun de mes enfants.
Comme une étape à moitié Ouest,
------------------------le hâvre de paix en chemin,
-----------------------------------près de la baie du Mont-Saint-moi,
je prends d'envie ce qu'il me reste,
-------------------------pour bâtir un beau destin,
-----------------------------------------négligeant mes anciens émois.
J'aime, là, le vent doux qui souffle sur Coutances,
depuis presque douze ans que j'y ai mis les pieds,
et lorsque j'aurai Mai pour belle recouvrance,
les souvenirs de Brest, oh, s'y sauront noyés.
Un jeune chêne y pousse en bordure d'un pré,
à quelques kilomètres des flêches de pierre,
car quoi que nous semions, ça finit par pousser,
dressant vers des demains, ce qu'on y mit hier.

lundi 17 décembre 2007

Baiser à BucaBrest

J'aime tes sourires immatures,
tes caressables devantures,
tandis que meurent les coulures
des fatigantes défoulures...
BucaBrest reste une indigeste
revue de ruines et de lests,
et les villes viles qu'on molleste
une liste du reader's digest.
j'ai imaginé quelques sons pour m'étourdir,
soupirs,
souffrir,
et quelques cons pour s'interdire.
Il n'est nulle pensée qui freine le pas.
Le pas des lois,
le pas des vices,
l'appat des cuisses,
les glissades perpétuelles
que l'on consent pour ces quelques minutes impossibles,
que les femmes transforment en ritournelles,
qui chaque mois ne reviennent qu'en sang...
sensibles,
Pourtant.
Il faut se faire raison !
Oublier les nuitées enivrantes
et les nocturnes oraisons,
dont on se fait des prières entêtantes.
Il faut violer les horizons !
Et balayer devant chez soi !
Pour que d'un doigt, notre maison
redevienne maison de loi.
Victimiser, ne nous vaut rien !
Batissons des fonts délictueux,
où les anges et les vauriens
batifollent en amoureux.
J'accroche comme un mi bémol
les rides de tes joues à moi,
et d'un baiser que l'on immole,
un sacrifice à notre croix.
S'aimer prend peu de temps...
Mais le temps fuit de ses durites,
et s'adorer en tant qu'amants
sèche la langue, on s'en irrite.
Restent ces mots à s'exhiber,
pour quelques heures de palabres,
mais le premier qui s'en irait,
en ferait-il illusion glabre ?

dimanche 16 décembre 2007

Vile ville

Tentaculaire pieuvre aux ventouses, en vain,
surchargées d'outre-preuves en d'inconnues mains,
ma ville, je t'altère, aujourd'hui des demains,
que ton poids, comme haltères, fait peser en devin.

De ta circulation, où se presse sanguine,
l'orange évolution de ta terre en saisine,
de tes feux tricolores qui sont ta résine,
tout m'empoisse dès lors que l'on s'aime sans guigne.

Ô cité policée, dont j'ai fait ma banlieue,
comme de peaux lissées où l'on signe un aveu,
je voudrais à ton scalp, ajouter un paraphe,

tracé d'un coup de scalpel sur un paragraphe.
Que je te sois fidèle ou amant passager,
ville au baiser mortel, je te suis attaché.

Cold song

samedi 15 décembre 2007

La vallée du Blavet

J'en ai Blavet tout un été,
des sinueuses égéries,
anguilles dans mon cou blessé,
d'où j'ai pleuré et d'où j'ai ri.

J'ai dit de l'air à mon hôtesse,
quand elle m'a dit s'axphyxier,
mais des sentiments, sa molesse,
laissait un fret tout avarié...

Et les faux rires entendus,
la joie de vivre exagérée,
là non plus ne s'est confondue
à celle fuyant mes baisers.

Il me fallut par un beau jour,
prendre une route en décallage,
vers des sentiers aux beaux détours
qui repassaient à Larmor-plage,

pour effacer d'un coup de doigt,
les restes de festins foutus,
mais je sais bien ce que je dois,
quand de deux "vous", l'on s'est fait "tu".

Les pailles loin de nos cheveux,
que depuis longtemps je n'ai plus,
étaient les poutres des beaux yeux
qui brillaient tout en ayant bu.

C'était à Saint Barthélémy,
quel joli nom pour un massacre !
Ne pas l'avoir pour ennemie,
pour un peu que nos humeurs s'âcrent...

Mais j'ai senti sa main passer
comme un rideau sur mon sommeil,
et poser sur mes yeux blessés
la chaleur d'innocents soleils.

Et le matin qui s'est suivi,
tout habillé de son ciel bleu,
comme ce mur l'est d'un lavis,
la vie la vit sans fonds sableux.

Sans ces mouvances éternelles,
soudain la rivière à mes pieds,
dans son immuable ritournelle,
soudain je la sentis m'épier !

Main dans la main, sur le volant,
on m'ammena dans la vallée,
où pas si loin de mon ponant,
coule tranquille, le Blavet.

Restent sourires éperdus,
et quelques bières avalées,
j'en ai Blavet, j'en ai perdu
de mes amours à sa vallée.

WHISKY

Wapitant les grandes étendues écossaises,
Highlands époustouflants aux tourbes ennivrantes,
Il me faut, pour ces douches et pour ces falaises,
Speyside à mes côtés, de tant d'eau ruisselante,
Kirkcaldy, aux Lowlands, en tisane de malt,
Y restent les liqueurs qui abreuvent nos haltes.

jeudi 13 décembre 2007

Magnétude

Nous nous sommes hûmés,
---------------------------------------humains,
fougue animale,
-------du bon sens présumé,
--------------------------------------tes mains
ont mis à mal
------------------la rationnalité
--------------------------------------des liens
d'ordre lingual,
------------d'habitude ralliée
-------------------------------------aux fins
des lois nuptiales.
deux pôles qui s'attirent,
-----------------------------------magnétiques,
------------------------------------------------------limitrophes,
deux chapitres de soupirs,
------------------------------deux tryptiques,
-----------------------------------------------en trois strophes,
et vitriol et soude
-------------------------encaustiquent
---------------------------------------------un parfum
Que le jeu de leurs coudes,
-------------------------------élastiques,
----------------------------------------------entretient....
Liquide ! Ils sont liquides quand ils sont biens !
Et de son inquiétude et de lui mort de faim,
de leurs vissicitudes on voudrait un destin
et de leur magnétude avoir le mot de fin.

mercredi 12 décembre 2007

Deauville




Comme deux ados, à Deauville,
dose adulte, à deux ados vils,

Désir de donner à nos âmes
des ailes, nous nous promenâmes...

L'été d'automne était indien,
deux, tu l'auras, était un tien,

et les frolures de nos bras
ailaient l'allure de nos pas.

Allant fronts contre front de mer,
nous saouler du beau temps, de l'air,

du beau de l'air en cet instant,
nous battions ce pavé distant.

La riviera comme un diamant,
mirait ses facettes d'amants,

les bow-windows comme autant d'yeux,
sous cet ardent soleil radieux.

Puisqu'on ne sait se dire adieu,
qu'en revoyure où rira Dieu,

nous tacherons ne pas faiblir,
l'attache, rond dans l'eau, fait lire...

Et nos festivals palatins,
ni festifs veaux, ni baladins,

parmi ces gens, lèchent vitrines,
à ma peau, strophe est la lettrine...

Rêver une maison fantôme,
de ces baraques qui font home,

rue Delahante, biscornue,
et des numéros bis connus.

S'il eut fallu qu'on ait fait mer
d'après-midi bien éphémères,

des océans auraient poussé
entre nos corps trop délacés.

Dans l'avenir, il faut vieillir,
délavant nerfs et souvenirs,

pour chasser nos dos-à-dos vils
d'une autre overdose à Deauville.

Les chants d'outre-chute

Il m'est rarement arrivé de vous en parler...
Ce blog fut créé, un premier Aout 2006, parce que la bande à Gates se mit à nous coller de la pub sans nous demander notre avis. Ici, tel n'est pas le cas. C'était l'été 2006... J'étais amoureux d'une cybérienne : un gentil poison aux mirettes opalescentes.
Je lui avais promis de finir mon plan de travail pour "les chants d'Ouest dominants", et qu'après, je serais enfin prêt, résilient, un bel amant, un bel amour.
Je me suis trompé.
Nul ne peut se prédire !
J'ai buté sur l'avant dernier texte : "Corto et nous..." Il m'a fallu 136 pages pour l'écrire.
J'ai laissé ici le dernier, mais je n'ai pas terminé de publier "Corto".
Il est curieux de noter que j'avais commencé mon travail sur ce texte la nuit précédant notre rencontre.
Oh, Michel ! Tu es indécrotablement romantique : tu donnes du sens à des choses qui n'en ont pas. Pourtant... Pourtant : je n'ai pu m'empècher d'écrire en dehors de ce premier plan de travail. Ecrire sur Corinne. Tant écrire sur Elle. Comme on transforme à coups de tatouages, une peau en BD d'Hugo Pratt.
Je n'ai pas pu m'en empècher...
C'est ainsi que sont nés "les chants d'outre-chute".
C'était le 18 Août 2006 (je viens de le vérifier dans le carnet manuscrit). C'était un texte qui s'appelait "Arzal", lieu où nous nous étions donnés rendez-vous avec nos enfants jumeaux, quelques jours plus tôt.
Là, je commençais, sans le savoir, à écrire le chapitre "endroits en vers". Toutes mes pérégrinations qui le complétèrent ne furent pas moins que des prétextes littéraires.
Puis, un Vendredi 1er Septembre 2006, je lui écrivais "Magnétude", rien que pour Elle et moi. Ce fut l'amorce du chapitre "cordes raides et corps de rudes", pour tous ces textes dont le titre finit en "-ède" ou en "-ude"...
Ensuite, un 12 Octobre, peu après une "nuit perfide à St Brévin", je restai "Exsangue" : ce fut le premier texte déstructuré du chapitre des "archi-textures".
Et ce fut le lendemain de ma rencontre avec Patricia, un 22 Octobre, presque soviétique dans ma souffrance à Corinne, que j'entamais par "Révolue Sion d'Octobre", le chapitre "parchemins faisant".
Souffrir ? La seule bonne raison de souffrir, c'est écrire !
Alors, voilà !
Pleins de textes sont inédits. Certains s'écrivent encore. Je crois qu'ils sont abboutis. Ils sont le produit de la seconde partie de mon voyage transcybérien. Ce soir, j'ai décidé de les livrer. Je poursuis l'oeuvre de résilience : nul ne peut se prédire !
Pourquoi les "chants d'outre-chute" ?
Un : parce que je vénère Chateaubriand.
Deux : parce que j'aime tant chanter que je continue.
Trois : parce que, quand on a chanté et qu'on a chuté, que reste-t-il après ?

mercredi 15 août 2007

L'improbable chant du cormoran

Si c'est par un rêve qu'on entre en cauchemar,
Et d'un autre rêve que l'on en sort, dit-on,
Ou que nos vies soient si sensibles aux hasards,
Qu'importe alors de l'oeuvre que nous éditons ?
Le son des infinies variations, oui, peut-être...
Et nos témoignages, au jugement dernier
Des combats que nous menons aux fins de renaître,
S'accumulent en jours, comme dans un panier...
Mais s'apposent aux cris des baisers de velour,
Aux larmes de l'écrit, le sel d'embruns corbeaux,
Et d'embruns de folie pour l'océan d'amour
Qu'en plume noire ébène, abordent nos bateaux.
C'est cherchant à percer des banquises sans tain
Où les lueurs passées inversent leur image,
Que nous nous effrayons à coups durs d'un chemin,
Dont nous aurions voulu amortir le passage.
Alors, s'il faut tant et tant corps pour ressentir,
Que nos cravattes serties d'or nous font pourrir,
Comme quelques pendus que l'on greffe à la place
Des amants éperdus qu'eux seuls mêmes remplacent,
Fasse que ce dernier souffle soit opportun,
Et que ce vent se lève pareil aux matins,
Qu'il gonfle nos veines de voiles impudiques
Vers ces pieux rivages que nous savons uniques...
Si, de tous nos champs intérieurs qu'on laisse en friche,
Ne reste que germe etouffé que ronces griffent,
Nous laisserons sans peine, aux charrues du destin,
Le tracé du sillon qui se lit dans nos mains.

Mais quand l'autel dépasse
--------------------------------------Le poids des sacrifices,
Que nos poignets se massent
----------------------------------------Le long des cicatrices,
Vaines sont les bonaces
-----------------------------------Et tous les artifices
Que nos cales entassent
----------------------------------En frôlant les récifs.
Et Toi dont un seul mot
----------------------------------Dépourvu de mesure,
Ressemble à ce sanglot
-----------------------------Dont on voudrait qu'il dure,
Rassemble le troupeau
----------------------------------Des sentiments impurs,
A l'opposé des maux
-------------------------------Qui de nous sont fracture.
Célèbre les bûchers
----------------------------De mon inquisition,
Et les autodafés
-----------------------Surgis de mes questions,
Puisque tout doit brûler
----------------------------------Pour la résurrection,
Laisse-moi t'embrasser
---------------------------------De flammes de passion.

Et des cent mille feux que j'embrasais autour,
Qu'un ver veut ravageur comme on voudrait du sang,
D'onze mille verges d'Apollinaire en tours,
Oh ! Ce soir, je dresserai un camps décent.
J'absorberai des laves rouges d'effusions,
Des larves, des larmes et nos métamorphoses,
Des continents trop pleins et leurs transformations,
Et sur ma mer, les noms quel'on met au « Formose ».
Ces noms d'oiseaux qu'Homère a puisé dans le vent,
Faisant d'un corps mourant et de son galbe atroce,
Le fruit, la matière aux grands cris d'égo, et lents,
S'effriteront les schismes qui nous cherchent crosses :
Je broierai le manichéisme d'une main,
Je boierai sa sève comme on me vampirise,
M'abreuverai des pluies qui tomberont demain,
Eteindre l'incendie qui fut sous mon emprise.
Je suis l'oiseau du feu, de la terre et de l'air,
L'oiseau de l'eau, et, tour à tour, aux éléments,
Comme aux stuppeurs, un fanatique épistolaire
Pour prouver qu'en tout ça, comme en tout, elle ment !
La mante religieuse dévore son mâle !
Ne le saviez-vous point, ô pauvres ignorants ?
L'amante religieusement, aux fleurs du mal,
Savoure l'halali de, là, la lie qu'on rend...
Sur les septentrions règne un soleil nocturne,
Et sur les sept péchés se jouent des capitaux
Décapités, grimpant en lacets de cothurnes,
Sur la jambe d'argile, à chaque chapiteau
Des châteaux de cartes que nous nous construisons,
Et qu'un souffle de vent pourrait annéantir,
Quoiqu'on souffre devant nos portes de prison,
Quoiqu'on s'ouvre un instant, c'est toujours pour partir !
Mais le premier départ, il est hors de nous même,
Lorsque l'écorce tombe ou s'enlève la peau,
Une mort, ça se signe à son assassin blême,
de la lente extrusion des successions de mots.
Si l'on connait le Cygne et sa fin triomphante,
Dont le chant n'envie rien à ce Kookabura,
Qui dans son cri, d'une mélodie lancinante,
S'achève empalé d'une épine d'accacia,
D'autres volatiles, noirs, au vol sans orgueil,
Mais dont la longue apnée au profond des flots clairs,
Laisse au piètre nageur le souci des ecueils,
D'autres faux muets qui sont aussi les rois des airs,
D'autres oiseaux ont leurs notes adamantines,
D'autres Phoenix, un seul, comme un corps qu'on me rend,
Vous offre en ces vains mots, l'enveloppe intestine
Qui contint l'improbable chant du cormoran.



Compte à rebours : Il ne reste plus de texte à écrire. Voici qui clot le chapitre "Les champs intérieurs" et par la même, le troisième et dernier volet des "chants d'Ouest dominants", à savoir "Un peu plus à l'Ouest, capitaine..."
Tout est écrit. Tout est "kismet" !

Corto et Nous...

Ce texte dont le travail a pris près de 14 mois, et comporte 136 pages, fera l'objet d'un blog MSN, une fois dactylographié et protégé.

Compte à rebours : Reste 1 texte à écrire.

C'est ici !

jeudi 26 avril 2007

Que l'alter l'aide à l'interlude !

Ceci est un "hors-série". Un hommage que je rends à ma cousine dont le talent m'a crédité d'un indicible cadeau : ceci.

Le reste est bien peu de chose, quelques vers déstructurés, ce qui m'est passé par la tête, un moyen de rompre avec les logiques de compte à rebours, de reposer un doigt de pied en Cybérie, de rêver encore quelques instants. Le reste, le voici :


Pour Toi, Alix,
Jeux d'enfants...
Je vous parlerai de ces femmes belles
Comme des papiers de soi,
De ces couleurs qui se mêlent et s'emmêlent
Et qui jamais ne nous déçoient :
Des rouges criards et des bleus francs,
Les papillons de doigt quand ils vont pain sautant,
Gagner quelques croutons en toiles magnifiques,
Et quelques vers de vains écrivains qui, sots tant,
Qu'ils ne décellent pas leur étoile magique...
N'avez-vous jamais aimé
--------------------------Les rebords de fenêtres
---------------------------------------------Pour y poser le coude ?
Paume ouverte et doigts dressés
--------------------------Et l'être et le non-être
---------------------------------------------Lorsque la vie nous boude ?
Des silhouettes défient les défauts de la mémoire,
Les carreaux font des reflets comme lunettes
Que l'on porte au bout du nez, penché sur le grimoire
Qui, des beaux instants passés, récolte les recettes.
Nous aimons par moments,
---------------------------------------fabriquant nos lits-clos,
Laissons le mors aux dents
--------------------------------------d'orgueil à nos chevaux.
Oh ! Que j'aime les belles écrivaines !
Qui m'ont fait tant et tant rêver,
Celles qui, sans joie ni haine,
En mille mots,
---------------------En male-mort
-----------------------------------------Où mêlent mies
----------------------------------------------------------------L'emolluement
De tous nos maux
--------------------------en tonneaux forts,
---------------------------------------------------entammés puis
-------------------------------------------------------------------------éternuements,
Savaient me dire aimer...
Oh ! Que j'aime les belles musiciennes !
Les sculptrices divines, Camille, oh ! Ma Camille...
Et toutes celles qui deviennent
Décoratrices de mes plongeons en vrilles.
Mais à l'ombre des palettes folles,
Se faisant chapeau chinois d'une patelle obscure,
J'essaie encor, de quelques lettres molles,
De rendre à son talent la bonté des piqures.
Une touche par ci,
-------------------------une touche par là,
--------------------------------------------------et touché par ailleurs
D'un pinceau indécis,
-------------------------mais qui n'est que pour Toi,
---------------------------------------------------je t'offre mon meilleur.

vendredi 13 avril 2007

A l'ombre des volcans

A Bicyclette by Yves Montand on Grooveshark


A mon père,



Il m'en revient
---------------------Des odeurs de paille
---------------------------------------------------Séchée,
Et des chemins,
----------------------Des chaînes qui déraillent,
------------------------------------------------------------L'été,
Des bicyclettes,
----------------------Les tours de France
---------------------------------------------------De l'après-guerre,
Et puis Nonette,
------------------------Et des silences,
----------------------------------------------Et des cratères,
Et Orsonette,
-------------------Et l'incidence
---------------------------------------De la lumière,
Dans les claiettes
-------------------------Des sapins denses
----------------------------------------------------Et des clairières.
Il m'en revient Lamontgie, sa vieille maison,
Les voutes séculaires de Napoléon,
Les infinies chaleurs de la belle saison,
Le bonheur de mon père aux ombres frondaisons.
Qui n'a pas été enfant des années cinquante ?
Qui n'a jamais rêvé de la libération ?
De Coppi, Bobet ou Bartali et des pentes
De tous ces puys dont on s'échine à l'ascencion ?
De ces volcans dormants qui n'attendent qu'un signe
Pour réveiller les dures passions de l'histoire,
Et des douleurs arvernes les gestes insignes
Que le château cocu rappelle dans le soir.
L'Allier est fou à lier,
------------------------------Et tous ces promontoires,
Tant de folies alliées,
-------------------------------Et tant de tours vont choir...
Je sais de Léotoing,
----------------------------Des foudres éternelles,
Et la vipère au poing
-------------------------------Qu'on trouve aux tours de Merle,
Aux pierres de Paulhac,
----------------------------------Aux combats médiévaux,
Aux splendeurs de Torsiac,
----------------------------------------Et par champs et par vaux...
Que mon coeur à la peine de mon père aimant
Ne saurait dire à peine qu'un balbutiement,
Une plainte en mitaine de mes doigts tremblant,
Et le croque-mitaine à tous mes mots d'enfant,
Et de Margot la reine en sa prison gisant,
Et d'Usson la géhenne à ton fils héritant,
Je sais la Chaise-Dieu pour y pouvoir m'asseoir,
Et des volcans d'Auvergne une passion du noir.


Compte à rebours : Restent 2 textes à écrire. Voici qui clot le chapitre "Ailleurs" et par la même, le second volet des "chants d'Ouest dominants", à savoir "Vers d'escale"...

jeudi 17 août 2006

Confortine

J'ai voulu te parler d'Elle,
---------------------------------Avec ces quelques mots,
Fussent-ils bâchés ou infidèles,
-----------------------------------------Puisque tel était son lot
------------------------------Naturel,
Et le kismet aux infidèles,
----------------------------------Et le mekhtoub à contrario,
Et nos errreurs à la poubelle,
---------------------------------------Et nos errements
---------------------------------------------------------------Dans d'autres eaux,
---------------------------------------D'autres océans,
-------------------------------------------------------------Dans d'autres peaux,
---------------------------------------Rouges de honte,
---------------------------------------------------------------Dans d'autres zoos,
---------------------------------------Pour d'autres contes,
--------------------------------------------------------------------La fée des os
---------------------------------------Et des ossements
---------------------------------------------------------------Dont fait caveau
---------------------------------------Le train du temps,
----------------------------------------------------------------L'a pris très tôt
Pour une destination nouvelle.

J'ai voulu te parler d'Elle
Comme des farces du hasard
Et de la femme-enfant si belle
Qu'on laisse aller l'histoire
----------------------------------Au gré des vagues
Et de l'orage, ô désespoir,
------------------------------------Et des vents qui divaguent,
Et de la fin du monde,
Ici en Finistère,
Pas loin de cette table ronde
Et de nos éternels mystères,
Des rêves qu'on féconde,
De ceux dont on se désaltère
Au graal de nos secondes
En fuite délétère.
J'ai voulu te parler d'Elle,
---------------------------------Alors promise à d'autres,
Du Menhir et de sa clientêle,
---------------------------------------D'un canapé où l'on se vautre,
De ses seize ans, la bagatelle,
----------------------------------------Comme les tiens avec un autre,
Et des poussières en dentelle,
-----------------------------------------Et de nos mains comme des votres.
Puis il y eut le bar-tabac,
---------------------------------Puis il y eut phrase assassine,
C'était l'été, c'était Pont-Croix,
------------------------------------------Au bras d'une petite confortine,
Confort, c'était tout près de là,
-------------------------------------------Je la raccompagnais les nuits mutines.
Ces nuits d'été tu les connais,
-----------------------------------------Ces nuits aux étoiles filantes
Que contre moi tu regardais,
---------------------------------------Ces nuits bretonnes et brûlantes,
Ces nuits quand le vent se levait
--------------------------------------------A nos incantations latentes,
Ces nuits où tout se finissait,
---------------------------------------Au fond de, nos passions, la tente...
J'aimais Morgane,
-----------------------La confortine,
------------------------------------------La jolie fée,
Mon fort Saganne,
-------------------------Pour la siérine,
---------------------------------------------Etait tombé.
Et qu'est-ce qu'on gagne,
-------------------------Fée serpentine,
---------------------------------------------A la tromper ?
La fièvre insane
---------------------Et vipérine
------------------------------------De nos péchés...

Oh bien sûr...
Nous ne lisions pas la poésie de Cendrars,
--------------------------------------------------------A quatre mains,
--------------------------------------------------------A quatre yeux,
A deux voix chaudes et éparses,
A deux bouches faites pour les amoureux,
A deux coeurs faits pour les lendemains...
J'ai voulu te parler d'Elle...
Et de sa peau de tahitienne,
De sa peau sombre,
De son cheveu sombre,
De son regard sombre,
Morgane la noire et l'éternelle,
Morgane issue de religions anciennes...
De ses seins jeunes
--------------------------Comme des pommes bleues,
Et de ce foehn
---------------------Entre ces monts venteux,
De cette parfaite incarnation
De mon pays du bout du monde,
Et ses deux pointes en préhension,
Le Raz, le Van, et leur faconde,
Puisque du vent les intentions,
Tendues vers d'autres queues d'aronde,
Et de Sein dont elles portent nom,
De l'île où je fis dormition
Comme l'on dort en Avallon.

Aimer sans être l'amoureux,
Mais aimer vraiment...
Se sacrifier tout seul pour deux
Et se rêver dans son présent...

Je ne l'aurai jamais demandée en mariage...
Pas plus, non plus, que de lui faire deux enfants.
Mais elle reste, en temps passant, un beau mirage,
Une oasis où je ne bois qu'à tes serments.

Je me suis perdu près d'Elle,
--------------------------------------Dans un Sahara occidental,
Et la police à Rio mortelle,
-----------------------------------Et des prisons de verre cathédrale.
Et tintinabule
------------------La roue à carilllons
------------------------------------------De l'église de Confort,
Et noctambule,
---------------------J'entends ces sons,
-----------------------------------------------Ces sons si forts.
La cornemuse déambule,
---------------------Auprès de la mariée sans nom,
-----------------------------------------------La belle qui s'en sort.
Et tintinabule,
-------------------Comme d'horribles oreillons,
----------------------------------------------La roue de vie, la roue de mort.

Le six Janvier,
Le baptême d'Anna,
Ses infidélités,
La maison qu'elle me floua...
Elle a tergiversé,
C'est là qu'elle m'oublia,
Une larme est versée
Et mes oublis à moi...

Et tintinabule la roue à carillons,
Et Confort m'est inconfort
Et cette ville en ses haillons
De notre histoire en mal de corps...
J'ai voulu te parler d'Elle,
De cette femme merveilleuse,
D'une épouse sacrificielle
Qui m'a laissé te rendre heureuse.





Compte à rebours : Restent 3 textes à écrire.
Voici qui clot le chapitre "Around Pont-Croix" et par la même le premier recueil des chants d'Ouest dominants, "Accidental".

jeudi 10 août 2006

Parisiennes mais presque...

Avec la joyeuse participation
De Marie-Laure, Nathalie,
Frédérique, Valérie, Béatrice
Et Brigitte, de toutes les jolies
Banlieusardes trentenaires
Qui prennent encor le RER,



Ce sont les reines de la petite couronne !
Si tu savais toutes ces gares sous tes reines,
Tous ces Lazare et ces lascards, princes qu'on sonne,
Courrir après leur simple envie de bohémiennes.
J'aimerais t'emmener à Paris au mois doux,
Dans sa torpeur, ses turpitudes, et moi donc ?
Je sais très bien qu'on a besoin de Paris fou
Pour faire de la vie un objet moins quelconque.

Des airs qui se fredonnent en congés payés,
Déserts sont les couloirs du métropolitain,
La ruche bourdonnante est soudain délaissée
Par ses laborieuses abeilles du matin.
Si je fus faux-bourdon du temps de mes vingt ans,
En étudiant un peu de piètres facultés,
Sur ces hymènoptères je fis mes dents,
Et leur hymen, au père éternel, ai laissé...

En tôt mots, logis, mais en tardifs, expulsion !
Comme un accouchement plaintif et douloureux,
Epanchement de quelques laves en fusion,
Mon ancre coule en chaîne au cou des amoureux,
Mon encre saoûle en Seine et Marne réunies,
A Charenton, Alfortville et Maisons-Alfort,
Au confluent de ces vains forts, au port d'Ivry,
Pour quelques coups tirés, pour quelques coups du sort...

Des Melody Nelson, "en veux-tu, en voilà",
Des mélodies d'été, de ces slows si salauds
Qu'on vit comme on consomme, on est dans de beaux draps,
Et la petite conne dans nos bras ballots...
Et la petite conne, et jolie, et plaisante,
De ses vingt ans passés comme étoile filante,
Qui s'en va travailler, bientôt c'est l'an quarante,
Repense à nos baisers, à mes vaines tourmentes.

A mes veines tout r'monte et les sangs défendus,
Et les sens interdits lorsque l'on aime plus,
Le joli fruit pulpeux quand la chair est fendue,
La pulpe est à la lie lorsque l'on aime plus.
Si je devais mourir et qu'elles devaient vivre,
Dans ces futurs présents dont le passé s'ennivre,
Mon amour, fait serment comme on fait pour survivre
Que ces "march' ou crêv'", nous en ferons un livre.

Parisiennes mais presque et des trains à leurs quais,
Comme de longs bateaux qui vont les emporter,
Et la soirée dantesque à leur mari dédiée,
Fasse le dieu du Desk, pour peu, on s'envolait..
J'ai découvert le cinquième point cardinal !
C'est Paris, Paris et ses banlieues occidentales,
Ses banlieues septentrionales, orientales,
C'est Paris, Paris, ses banlieues méridionales...
J'ai découvert le cinquième point cardinal !
C'est nous ! Quelques condamnations horizontales...
C'est nous ! Nos quelques exécutions verticales,
Où que nous allions, nos lycées, nos fleurs du mal.





Compte à rebours : Restent 4 textes à écrire
Voici qui clot le chapitre "Paris"

mercredi 9 août 2006

Le Carpon


À Brest,
Il y a tant de ponts,
Il y coule l'Elorn,
Il y a donc deux rives,
Deux taureaux par les cornes
Et autant de dérives...
Après le pont de Recouvrance,
Il y a Rive droite,
Il y a Recouvrance...
Et si tu montes sur ta droite,
Par le quartier des rues des putes,
Il y a le Carpon,
Avant l'autre pont, sur la butte,
Brest est une ville de ponts...

Le Carpon longe un mur
Qui lui-même longe l'Elorn,
Dont ne s'issut aucun murmure,
------------------------------------------(Issut du verbe issir,
----------------------------------- -------Issir, des quatre pompes,
------------------------------------------ Et sans aucun plaisir,
------------------------------------------ Ici, tout le monde se trompe !)
Cocue, chaque brume a ses cornes,
Mais entre ses deux vastes portes,
L'arsenal se carapaçonne
Comme se replient les cloportes,
Laissant le Carpon à Personne.

A Paul Personne...

Je sais l'y avoir écouté,
Dans l'appartement de ce couple
Si jeune et si bien apparié,
Car au Carpon l'on ne s'accouple
Que par nature, autorisé,
Que par brestois égarements,
Par hasard et nécessité,
Par chance aussi de temps en temps...

La supplies-tu de te sourire ?

Lui, c'était le cas, Elle pas.
Lui, c'était mon ami.
Lui, c'était comme moi,
Je l'aimais, Elle aussi...
Elle ne nous ressemblait pas...
Elle riait de nos folies,
Du temps où l'on ne dormait pas.
As-tu aussi les yeux clos, dit ?
Elle fermait les yeux sur nous,
Nos conneries d'adolescents,
ça n'a pas pu tenir le coup,
Car plus on ment, plus l'on descend.
Lui, ce fut mon Juda à moi...
Avec aussi trente déniés...
Puis il fallut qu'elle quitta
Manu qui s'était enfoncé.

Sont-ils verts ou sont-ils clos, dis ?

Mais revenons donc au Carpon !
Et à sa rue de Saint Malo,
Et à sa mythique prison,
A Pontaniou, c'était salaud...
On l'a escaladé le bagne !
On s'est évadé à l'envers !
Près d'une si jolie compagne :
Sa jeune soeur et ses yeux clairs.
Rozen, en breton, c'est la rose,
Elle en avait fraicheur, épines,
Parfum qui m'ankylose,
Saveur de cocaïne,
La même mauvaise habitude
(tu sais bien qu'elle est génétique),
Et puis ces yeux des mers du Sud
Qui font des saints, des hérétiques.

Un joli trio, disait-elle !
Michel, Manu et sa Rozen
----------------------------------------------(M, M et Rose en Barjoland,
-----------------------------------------------Comme des vers qu'on enguirlande),
A moins que ce ne fut Armelle ?
A quel calibre à Brest on peine ?
La sœur, le frère et le faux-frère,
Le monde connait la rengaine,
Et le huis-clos de tes yeux verts,
Et nos aveux que rien ne gène,
Puisque l'on est en Finistère...
Et puisque Saint Mathieu m'a tué,
Et plus encore Saint Urbain,
Et de ces pointes acérées
Dans les bas reins de Saint Martin,
Fasse mon ciel de saints si sciés
Que l'essentiel soit en nos mains,
Et syncitium à nos déchêts,
Et la poubelle à mes demains.

Fasse la chance à nous sonner,
Puisqu'on l'attend et qu'on la craint,
Fasse la chance à nous chanter
Ce qu'elle sait d'autres refrains.
Nous ne sommes jamais trahis
Que par ceux qu'on aime d'amour,
Puisqu'on peut tout leur sacrifier
Sans rien en attendre en retour.

Alors pourquoi se retourner ?
L'eau coule et tout peut se tarir,
Le sang du cœur qu'on s'est donné,
L'encre qui nous permet d'écrire,
Les sanglots longs des violons,
Même le flux des pluies d'automne
Qui mouillent la rue du Carpon
Et l'amitié que l'on se donne.

On suit des gouttes de peinture
Que rien ne pourra effacer,
Des graffiti dessus les murs
Qu'au pinceau, l'on venait tracer,
Et la semelle à nos chaussures
De ce temps qui vient à peser
Sur mes petits pas si peu sûrs
Que l'on croit apprendre à marcher.





Compte à rebours : Restent 5 textes à écrire.
Voici qui clot le chapitre "Brest" (enfin !)

samedi 5 août 2006

Jour de foire



A ma grand-mère,
Un portrait de son amoureux,

C'était à la fin des années '50,
Pour ne l'avoir vécu, je ne le sais
Précisément, mais de tout ça je n'invente
Rien de tout ce que l'on me racontait.

Il y eut une grève de la poste
Qui dura tant, dura dit-on des mois,
Qu'elle figea la vie dans son compost,
Qu'elle figea des gens dans leur Pont-Croix.

Ainsi fut-il du sort de mon grand-père,
Vendant de l'assurance aux paysans,
Soudain futiles furent ses affaires,
Dans le coma de ses correspondants.

Ce n'était pourtant pas sa vocation :
Aux années '20, existait en Pont-Croix,
Manufacture de tapisserie,
Et ouvrières œuvrant de leurs bras.

Filant, cousant, mouillant dans la rivière
Qui se remplit toujours à marée haute,
Elles vieillissaient de cette manière
Ces jolies scènes qu'il fallait sans faute.

Mon aïeul que la chance avait doté
De sureté de trait et d'œil alerte,
Jeune homme, y concevait des griffonés
Et les esquisses dont il vit la perte.

Car l'usine exportait en Amérique
L'essentiel de ce qu'elle produisait,
Un séisme dont sait les répliques,
En '29 et son Krach la détruisait...

Le jeune artiste, à ce jour démuni,
Se fit donc fourmi plutôt que cigale,
Laissant de l'art aux cochons de Paris,
Son métier, aux rêveries inégales...

Mais durant toutes ces longues années,
Il continua à saisir sur l'instant
Ces bouts de vie de nos mondes pressés,
A coups de fusains sur des papiers blancs.

Quelque fois il en faisait une toile,
J'ai su ces odeurs de thérébentine,
Et ces pinceaux qui soulèvent le voile
De ces couleurs qu'imprimaient ses rétines.

Mais le peintre est d'abord un reporter,
Un peu comme le poète, je crois,
Voleur d'image, il en fait un mystère
Sur des carnets de notoire immédiat.

Puis il reprend tour à tour ces clichés,
En artisan, les assemble en puzzle,
Puis en ouvrier, s'en vient les fraiser,
Puis en artiste, se sent un peu seul.

Pont-Croix, le Jeudi, c'était jour de foire !
Je n'en ai connu que la fin, enfant,
Mais tout droit héritée de son histoire,
C'était marché vaste et opulent.

Les quatre coins de Cornouailles présents,
Et des coiffes variées en témoignage,
Et des sabots et du bétail fumant,
Tout cela œuvrait dans cet assemblage !

Les halles n'étaient pas encor rasées...
On parlait les variantes du breton...
Sortis de siècles sans cesse écoulés,
De beaux êtres s'en poussaient au balcon.

Longtemps, les esquisses s'accumulèrent,
Jusqu'à ces jours de grève interminables,
Jusqu'à ce que l'appui de ma grand-mère
Fasse un rêve de fou réalisable.

Elle aussi avait une âme d'artiste,
Il faut l'avoir pour aimer ces bestiaux !
Et surtout pour supporter ces autistes !
Et pour laisser respirer leur cerveau.

Alors, il trouvât une vaste planche,
L'ayant décidée pour être support
D'une fresque dont ce fut page blanche
Où se posait paysan, vache ou porc.

Je ne sais combien l'œuvre, au diable !
Mais je sais, pour sûr, qu'il en vint à bout !
Puisque de tous mes souvenirs durables,
Je revois le film, et de bout en bout.

Mais l'histoire ne s'arrête pas là :
C'est en vendant la maison Alavoine,
Qu'acquéreur, le musée du marquisat,
Se vu de cet objet du patrimoine.

Des hommes vinrent donc le chercher,
L'ôter de pendaison originelle,
Mais quand ils voulurent la décrocher,
L'objet ne put quitter ce lieu, fidèle.

Comme Quasimodo d'Esmeralda,
Comme ces lieux remplis d'amours amères,
Lorsque l'on voulu l'ôter de ces bras,
La vieille fresque tomba en poussière...

Mes grands-parents étaient six pieds sous terre,
Et comme ces immenses mandallah
Que les moines tibétains régénèrent,
« Jour de foire » s'en fut à l'au-delà.

J'en garde mémoire et photographie,
Et des questions qui n'ont pas de réponses,
Comme les vers rongent le bois, la vie,
Rongent-ils aussi mes pensées absconses ?

Et mon papier, et mon papier aussi ?
Je sais au moins, en toute circonstance,
Je sais que cette fois, j'aurai fini,
Une œuvre, tu sais, une résilience.





Compte à rebours : restent 6 textes à écrire.






PS. Ce texte est également un peu dédié à ma sœur Armelle, qui dessine pour les enfants, à ma cousine Marie-Alix, qui connaissait « Tonton » Guy et « Tante » Simone, et dont la luminosité du travail perpétue l'atmosphère dans laquelle j'ai toujours extase à m'immerger, enfin, qui sait, à ma fille Anna et à mon fils Hugo, qui ont peut-être hérité du don que je n'ai pas.

jeudi 3 août 2006

Monocle d'Amérique

Au royaume du monocle, l’une est-elle reine ?
L’une de ces Amériques à moi, au secours !
Leur survis-tu, Amérique de mes amours ?
Aux trames démoniaques saupoudrées d’Amen ?
Aux financiers, aux rapaces et aux vautours ?
Aux politiques, aux vacuités de leurs discours ?
Leur survis-tu, Amérique, Toi que j’aime ?

Moi, j’ai rêvé de pléiades décapitées,
Aux faux rythmes, lent lait, de vos faucons maltais,
Et de vrais cons, semblant, qui se font embarquer
Dans les foudres splendides de vos chevreaux laids.
Au lit ou debout, s’il faut encor tourner,
Et que l’univers sale, s’il s’est retourné,
Hollywood en boue, de pellicule inversée,
Faite d’écran total à tous ces beaux drapés.

Mais cette Amérique que j’incendie sans cesse,
Celle qui m’effare de ses fards, de ses phares,
De ses drames tragiques mais de ses promesses,
Celle des conflits ethniques et des bagarres.

Celle des santiag’ et des cow-boys solitaires,
Celle des Marx brothers, à leur idée, ratée,
Celle de Kerouac et celle du rêv’-haut-l’verre,
Celle qui accueillit Chaplin sans le chasser.

Pas celle de Salem ni des femmes blessées,
Passerelle vers la haine et vers nos phobies,
Pas celle des sorcières qu’on voudrait brûler,
Ni de ce Maccarthisme qui voudrait son prix.

Mais celle de Capra et de ses libertés,
Acquise à des valeurs, une statue française
Qui garde son mystère en ses drapeaux froissés,
Qui d’un flambeau vengeur fait taire les foutaises.

Liquide Amérique que j’aime en ta faiblesse,
Ma fille et son p’tit frère et les pêcheurs de truites,
Quand monte Anna et ses rivières de caresses,
Quand les mots de son père en perceront la suite…

Comme à Missoulah,
---------------------Au croisement des colons,
D’intestins états,
-----------------Délicats quand ils s’en font
Des tonnes et tas
-----------------De taxis qui font station,
Loin des vendettas
-------------------De mafias en perdition.

Il était deux fois
-----------------L’Amérique en partition,
L’Amérique en bas,
--------------------Et puis l’autre en évasion,
Les vues de Kafka
-------------------En seraient une intuition,
Et de l’Alaska,
---------------La froide démonstration.

C’est sûr que je finirai
----------------------Par y débarquer,
A force de ne me fier
---------------------Qu’à mes ricochets,
Quand quelque Amérique hochait,
----------------------------------De son chef fauché
Dans Dallas, comme les blés
----------------------------De l’Amérique, okay…

Refaites-moi le portrait,
------------------------Endroits en trois D,
A mes risques espérés,
-----------------------A mes rixes grées,
Quand au combat succédaient,
-------------------------------Comme à des marées,
Des sécessions suicidées,
-------------------------Des succédanés…

Des succès d’années dont tout le monde se moque,
D’années passées comme le café,
---------------------------------Le rock,
La rock mountain et ses cons fédérés,
--------------------------------------En stock,
J’aime du rock américain l’âme univoque.

Et prendre ta main
--------------------Pour cet ultime choc,
Electrochoc humain
--------------------Et coque contre coque,
Ton cœur contre le mien,
-------------------------Ta main qui me provoque,
Le rêve américain,
-------------------Pour peu que tout débloque…

J’ai des rythmes indiens,
-----------------Des danses endiablées
----------------------------------------De saint Guy,
Des calmes olympiens
-----------------Et de grands lacs salés,
----------------------------------------L’eau de pluie,
Torrentielle vallée
-----------------N’évada nos Valdas
--------------------------------------Dans la gorge,
Qu’en canyons déchargées
-----------------Dans l’immense sierra
---------------------------------------Que l’on forge.

Et si monocle d’Amérique
Reste à mes songes illusoires,
Comme à des singes hystériques
Faisant tourner des balançoires,
Un va-et-vient hypothétique
Lui, s’atténue dans le grand soir,
Dans l’horizon du Pacifique
Où le soleil a son miroir.
La seule qui me soit unique,
La seule que je pourrai voir,
C’est bien monocle d’Amérique
Qui m’en a rapporté l’espoir.





Compte à rebours : Restent 7 textes à écrire.