"Les vers en Poésie portent bien mieux leurs noms qu'on ne le pense : il s'agit de petites choses blanches qu'on fait sortir du fruit de nos cerveaux qu'ils rongent, en anticipant sa mort."
De son simple regard et de sa bouche en cœur,
elle a su pétrifier mon théâtre de sable,
et du temps qui s'écoule (ayant bu sa liqueur)
il me faut vous conter son indéfinissable :
Avant que je ne m’adresse à elle en ces mots,
mon sémaphore alertait par de grands signaux
les étoiles, je mêle à mes versets jumeaux
la toile au sacrifice et le loup à l’agneau.
C’était le calme plat sur ma mer intérieure,
alors que tu gisais comme une onde lascive
— on se sait éperdu dans l’étage inférieur
Et l’enchevêtrement dont tes bras sont la sylve.
On se sait enivré par les traces d’encens,
dont ta peau s’imprégnait lors des bains de vapeur,
on buvait ma parole, en ton Léthé dansant,
le poison délicieux qu’on appelle torpeur.
On buvait laminaire au reflux de tes courbes,
Un sourcil ébahi comme une lèvre ourlée,
ta Beauté qu’un dieu sale eût sorti de la tourbe,
en me faisant son saint de ton sein pourparler.
Si lors de ton sourire éclate un pur soleil,
il faudra repenser notre façon de voir...
Et si je te dessine à nulle autre pareille,
il y a mon désir et bien moins mon devoir.
Il y a l’impensable et le mythe absolu :
la Femme désirée que le Destin m’ôta,
la Poésie parfaite et sans cesse relue
dont la rime s’honore en faisant des mots tas…
De son simple regard et de sa bouche en cœur,
Hugo fit un roman, Pratt en fit l’aquarelle ;
Esméralda dit-on, garde un refrain moqueur,
Et moi de mes couplets, nos dévotions pour Elle.
C'était à Brest quand on s'ennuie,
Ou plutôt non, ou plutôt oui,
A Guipavas, juste en sortant
Que finissaient les étudiants,
Que s'achevaient, le corps mourant,
De goélette en goéland,
Les matelots vaguement gris
De mise en boite dans la nuit.
C'est au Mélo et dans son bruit,
Quelques instants bercés d'envies,
Mais pas de slows sur le ponant
Et des couteaux entre les dents,
Je n'en ai qu'une au plus offrant,
Mais d'opportune, elle est tournant,
Et sur son corps ma main se dit
Qu'à folle courbe est interdit !
Interdit quoi ? Interdit bon...
Le son des pleurs et des passions,
Et peu à peu Brest alangui,
Sans un seul geste et sans un bruit,
Il est fermé le Mélody,
Tout défenestre et tout est cuit,
Et l'arsenal n'est pas champion,
Et toute ligue est invention...
Quand je t'écris, quand je te lis,
Comme en rentrant du Mélody,
Glace à la braise et cœur fondant,
Lueur de phare et clignotant
De tes longs cils en battement,
Des sanglots longs, des sanglots lents,
Comme des pluies de batterie,
Rythment les flots du temps qui fuit.
Un jour on verra tomber le capitalisme
ainsi que le fruit mûr auquel on s'accrochait,
mais dont l'âcre amertume héritée du cynisme,
empoisonnait le Monde et sans freins l'empêchait.
L'empêchait de fleurir et de répandre à tous
un parfum de muguet datant des barricades
où tombaient les amants des fiancées qu'en douce
on courtisait sans fin, repoussant l'estocade.
L'estocade est venue, mais rien pourtant ne change :
ici Paris, Delhi, Moscou sans communisme,
on parierait la vie de Gandhi pour échange.
Échangeant le courage à ce pusillanisme,
on ourdirait le rêve en cendre au bord du Gange :
un jour on verra tomber le capitalisme
Là où chaque étoile brille, il y a ton regard
Et le planetarium où dans ta galaxie
nous tous on part en vrille, où les monts du Hoggar
ont courbé ton beau corps à mon anorexie.
M'affamant, ma femme en te composant ces vers
qui rongent mes refrains dans ton éclat de verre
et disent ma passion pour ta bouche infinie
dont le souffle épanoui fait mes morceaux réunis.
Kaléidoscopant mes sentiments pour toi,
j'ai pianoté l'éclat de ton sourire unique
et construit de tes mains ce qui me sert de toit.
J'ai gravé l'impression de ta beauté runique
au cœur de l'arbre mort où rien ne se nettoie
du premier rendez-vous virtuel — état clinique.
Le premier pied des vers d'escales africaines,
C'est à Casablanca que je l'avais posé.
Sur la terre d'Islam, aux musiques anciennes,
Casa, ville éternelle, et d'Ingrid et d'Humphrey...
Ben oui ! J'ai rendu mon hommage au grand Hôtel...
Je me suis fait Viktor entre deux, trois cocktails,
Je me suis fait Lazlo qu'on ramasse à l'appel,
Je me suis fait un jeu de la blanche et la belle.
Elle est belle comme Toi, tu sais, la Casa :
De ses profondeurs vertes et alizéennes,
De ses petits taxis passant comme ces gars,
Dans ces placards sont ces amants qui vont, qui viennent...
Et peu importent nos viandes et nos géhennes,
J'ai de Casa comme de Toi, sang dans les veines,
J'ai cette foi qui me rapproche et qui m'entraîne,
J'ai cette fois la conviction que rien ne gène.
Comme à Casa, ça fait quinze ans, quinze ans déjà...
Cette odeur violente sur le port de commerce,
Et ma jeunesse défaillante aux premiers pas
Sur cette Afrique en vie, sur cette Afrique inverse...
Je veux te parler de la corniche d'In Diap,
Et des balades nocturnes que rien ne rattrape,
De tous ses bas quartiers s'effilochant en grappe,
De la grande mosquée, leur farce de satrapes...
In Diap, c'est le quartier des fêtes de la nuit,
Des bars où l'on réinterprète Mahomet,
La riviera qui coule comme l'eau des pluies
Que les prophètes n'ont jamais su endiguer.
In Diap, c'est un restau', des coussins, des sofas,
Un ventre qui ressemble au tien, et des longs bras
Serpentins, ventre d'une femme comme Toi,
Et notre aurore à nos destins, Casablanca !
Tout danse dans ma tête, mon amour, ma loi,
Et la belle interprète orientale et sensuelle,
Tout danse dans ma tête quand je pense à Toi,
Et Casablanca comme à tes yeux rebelles.
Souviens-toi, quand je traversais la Médina !
Autre temps, autre siècle, en tenue de combat,
Marine incohérence en rêve de soldat,
En matelot de France aux temps du Pourquoi-pas.
Mon âme, dans ces rues sévères et étroites,
Croisant le peuple et les mouquères envoilées,
J'étais je crois, Corto serrant de sa main droite,
Quoiqu'un peu gauche, un temps de rêve évaporé...
Pas loin du cancer et des longues maladies,
Quand on s'approche des tropiques, mon amie,
Ce sont des vols que l'on suspend comme à l'envie,
Et des bémols aux partitions de notre vie.
J'aime énormément quand tu te déguises en fille !
J'aime tes jeux, tes joies et toutes ces broutilles,
La différence entre une femme et une ville ?
Quoi donc ? Casa et toi : Vos ventres sont fertiles.
Je viens vous lire
l'impénitente gare en station ouvrière,
des souvenirs hagards qui n'ont que fer d'hier,
chemins de cire,
des mots vidés, cédés à tant de passions rances,
qui n'ont de procédés qu'invectives qu'on lance...
Le train est entré en gare, sans voix, la dernière,
on embarque, et je jette un piano à la mer...
Il est fini le temps des rimes et des vers,
mes mots voyageront vers d'autres univers.
C'est joli !
Je jouerai plus à la dînette,
c'est promis !
N'est-ce que pour les autres fêtes...
Et maudit,
je retourne à la tempête,
je retourne mes chaussettes,
j'ai leur boule et mes boulettes
qui me font tourner la tête,
c'est fini !
ça ressemble à la retraite
de Russie,
la Bérézina s'entête,
elle aussi,
à couler froide et seulette,
Cybérie...
Certaines phrases sont des caveaux pour nos âmes,
des caniveaux où coulent des rancoeurs débiles,
où s'accumulent les divorces et les drames,
rangés dans le sarcophage de Tchernobyl.
Ne compare-t-on pas et la plume, et l'épée ?
N'en saigné-je pas pour les deux d'un même fil ?
Dans un train Pullman, Lili Brik est arrivée...
Et d'autres chemins où les traverses défilent...
Ses yeux n'ont pas vertiginosité de jade,
Mais ses cheveux me font une écharpe à mon cou.
Et notre éloignement, et notre désirade,
Hurle comme les trains qui roulent vers Bakou.
Vladivostok Station.
Où les brides de main n'ont que verge pour frein.
Où toutes les petites Jehanne s'oublient,
où leurs langues avides n'ont que mal pour faim,
n'enseigné-je pas quelque intime biologie ?
Vladivostok Station.
Où résonnent ces cris dont on sait le refrain.
Où s'emballent souvent les chevaux du désir,
pour cent bals, quelque rouble, art factotum aux fins
de trouver les moyens de s'offrir du plaisir...
Si les ports sont des villes de ponts, aux deux mers,
se raccordent les corps qu'on fantasme à l'envi,
si saint Jean, bon apôtre, a la tête à l'envers,
que donc penser alors de l'état de son vit ?
La douceur océane est entrée par mes pores,
et sa langue diaphane a tourné pour sept fois,
dans ma bouche embaumée par l'odeur de son corps,
les mots en beaux mets qu'elle dévore en moi.
« Je te veux, je te tiens, te possède, t'engloutis..
Fais un voeu ! Sois chrétien ! Pour qu'on cède, mens aussi ! »
Les retenues et les barrages du fleuve Amour,
sont contenus
tout contre nus,
compte tenu de nos grands âges, jusqu'à ce jour...
Or, dans un rêve à la Bilal,
les femmes pièges se referment,
comme un flacon de penthotal
dont on a vu venir le terme.
Vladivostok en italique,
et ses Rome de vérités,
Cédant ensemble à la panique
Du fruit maudit d'Eve hérité.
Des Vatican un peu perdus
au delà des déserts gobés
par le grand train qu'on a tenu
sur les rails de Karymskoïe.
Sur les rails blancs de nos mariages,
où messe dite à reculons,
ressemble plus à un voyage
qu'aux défilés de ces wagons...
Alors sans cesse, Vladivostok et sa station,
où tous se pressent, un coeur en stock, en gestation,
marque la fin de nos errances et de nos raids
transcybériens, où l'on avance en corde raide.
Aux sources de mes fabuleux hétéronymes
est un surnom breton qui là me colle aux basques :
« An naon du », c'est la faim noire ou la famine
offerte au plus avide, astreinte au plus fantasque.
Elle est le vrai symbole où chaque peuple en fuite
invente ailleurs un lot de tous ses nouveaux gènes,
Irlande imaginaire et l'Amérique ensuite
— exploitation par le colon de l'indigène.
Et chaque esclave a l’appétit comme un tatouage
à l'âme, infiniment marqué des fers brûlant
dont ses enfants paieront l'incontinent naufrage.
Un appétit de Vérité — métal hurlant
dans le creuset de ce moderne moyen-âge —
existe encore et pousse aussi les non-violents.
À propos du dérèglement de tous les sens,
on citera l'étroit passage entre la mort
et la perte absolue des notions de conscience,
avec laquelle on lutte au final et d'abord.
On citera l'excitation de tous les nerfs
et sa corolle hallucinée que l'on effleure
en stimulant du doigt nos belles coronaires,
et qu'en nos poings tendus nous avions renifleur.
Ainsi soit-il, on doit de fait se transformer
depuis notre naissance, avant notre décès,
depuis janvier, jusqu'en décembre, et s'aimer.
C'est mai dans la métamorphose et ses essais,
dans les printemps ratés mais pourtant sublimés
de la Jeunesse étrange étranglant ce qu'on sait.
La mort et son creux écho des descendances, est le toboggan nataliste où s'oublient les nombres éhontés des indigences expressionnistes.
Alors que Toi, je t'aime : un baiser soufflé sur la main, c'est un millier d'années d'études sur un corps damné.
Début mai 2007, dès le soir de son élection, la pluie s'abattit deux mois durant sur mon Finistère. Il ne m'en fallut pas moins pour écrire un poème pamphlétaire absolument révolté que voici. Le futur antérieur actuel aurait pour idée de me donner raison quant à l'ignominie présumée du personnage.
Je ne me souviens pas, oh non, de Mai plus triste
Qui ait perdu son charme d'antan, ses musiques,
Sous les vagues de larmes de pluies sarkozistes,
Et l'absence, au-delà, d'un soleil aphasique.
Or, quand moi, de mêlées amoureuses fictives,
Je me suis bercé debout de mes deux illusions,
Je n'ai joint qu'en deux bouts ces calendes rétives
Que le mois de Mai laid laisse à la désillusion.
On le dit mois d'amour aux premières chaleurs,
Mais des juments sans guide ont montré la cadence
A des rideaux rigides de pluies antérieures
Moisissant tous ses jours d'exhalaisons rances.
Alors, faut-il ranger le joli mois de Mai
Sur les rayons fangeux des passés embourbés,
Ou plutôt jouer franc-jeu, faire ce qu'il nous plait,
Sans ces « Je » sans danger des printemps avortés ?
Le Mai laid, c'est foutu, reste Juin pour renaître,
Pour mûrir, un été, comme les blés tardifs,
Comme ces treilles-clefs accrochées aux fenêtres,
Dont les raisins font jus de bons vins laxatifs.
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*La belle Circé attend son Ulysse...*
*Tant le monde est vaste ;*
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*Cette mer est tienne.*
*Tu seras nautonier en clairvoyance.*
*...
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