dimanche 9 mars 2014

Le cocher fou de l'existence

Tubular Bells, Part One by Mike Oldfield on Grooveshark





Il fouette l'écheveau du temps, 
le cocher fou de l'existence, 
d'un fil d'Ariane qu'il distend 
entre espérance et repentance, 
et puis qui cède en un instant 
pour un loyer dont la quittance 
est à nos vies le trait patent 
qui signe nos morts en instance. 

Le cocher fou pourtant nous berce 
de son chaos qu'il intempère 
à nos tympans que ses cris percent, 
ouvrant les sèves qui libèrent *
l'élan vital que l'on disperse 
depuis Bergson jusqu'Alembert, 
paniers de mots piqués de berce**
pimentant - deux points - ces vipères. 

Ce cocher fou qui passe en force 
est un cavalier carnivore : 
il se délecte des divorces 
et des accidents, sans effort, 
dont il s'est fait une dive horse***,
harnachée si bien que perfore 
un attelage où l'on s'efforce 
à freiner ces jours qui dévorent. 

Le cocher fou garde à la main, 
ainsi qu'un crabe à grande pince, 
le plan du costard en sapin 
de tout destin que l'on émince, 
les cancers dont il fait son pain, 
parfois le delirium tremens, 
qui sait ce que sera demain 
sinon Ranunculus repens**** ?




lundi 24 février 2014

Le vent d'Ys

Hello Earth by Kate Bush on Grooveshark



Pont-Croix: église Notre-Dame de Roscudon


Du grand Clocher sable enflait le chant des corneilles ; 
le vent d'Ys, fort et doux, m'emplissait les poumons. 
Jamais je n'aurais plaint les morts que leurs corps n'aillent 
ailleurs qu'au cimetière où sans fouet mon pouls monte. 

J'arpentais l'attelage des portes cochères, 
le pavé granitique et les berges vaseuses, 
j'étais en mes Pont-Croix comme en farce cachère, 
comme enfant, comme en face aspergée d'eau gazeuse. 

Et ce crachin craché par les basses pressions 
succédait aux nubiles brillances de Pacques, 
dont l'effort contenu de solaire oppression, 
laissait place aux gradients des salines abaques. 

Or, d'un parfum subtil orchestrant ce concert, 
le vent d'Ys emplissait toutes mes alvéoles 
que la clope insidieuse eut pu vouer au cancer, 
mais que l'Air - ainsi Dieu - fit qu'il délave Eole ! 

Le grand Ciel jaune ouvrait ses bras à l'avenir 
et la terre ancestrale arborait mon passé, 
et que des chants j'ouïsse un son suave hennir, 
c'était d'être à cheval sur l'orgueil compassé. 

Un nuage annonçait le temps des amours grises. 
Sur Cécile-ex, ces cils exquis étincelaient 
comme des diamants sur du jais que le noir grise, 
les vagues d'émeraude hurlant : "évince-les !" 

Tels étaient les joyaux de Dahud, la Sirène, 
tels étaient les bâtis de la ville engloutie, 
tels étaient les jurons dont les flots rancirent haine, 
tel était son vent fou, lui son plus bel outil. 

En écho de l'étang d'où dit-on crie la Belle, 
sonne sur ma jeunesse un glas du clocher sable, 
enivrant ma détresse à grands coups de Lebel, 
de "feu" ceux que j'aimais - si j'en fus responsable... 

Je n'ai plus, comme avant, la profondeur de l'estuaire 
pour vaste perspective, et les nombreux printemps 
sont ceux que nos théorèmes de Thalès tuèrent. 
Je suis l'image déformée de mes vingt ans.



mardi 11 février 2014

Rue Maria Chapdelaine (republication)

Nocturne No. 15 in F Minor by Chopin on Grooveshark

Texte écrit en février 1993, puis réécrit en août 2005.


Nous nous sommes aimés rue Maria Chapdelaine,
A deux pas, deux sauts du cimetière étranger,
Où tant de croix de soldats tombés font la chaîne,
S'ordonnant à mes yeux comme un jardin anglais.

Les vieux pavés de la rue Maria Chapdelaine
Sont glissants, luisants et brillants dans la lumière,
Un réverbère à Brest s’y reflète sans peine
Comme un rêve à rebours de ma mémoire entière :

Nous nous sommes aimés Rue Maria Chapdelaine,
D'amours saisonnières que l'hiver a chassées,
Comme on chasse la guerre quand s'épuise la haine,
Et qu'il reste la bruine, ruines et regrets.

C’est ton nom seul, Toi, la rue Maria Chapdelaine,
Qui m'incite à franchir les dernières frontières,
Vers d'autres pays, vers les vallées et les plaines
Qui commencent ici où notre esprit se perd.

Je dévale
Vers l'arsenal,
                        Vers l'océan,
                    Vers l'occident,
                                               Dans un tourbillon
                                                 De précipitations,

Gentilhomme de fortune,
                                             Je serai
Chercher à décrocher la lune,
                                              Je ferai,
Pour dresser des lagunes,
                                            A jamais,
Entre nos vies nocturnes
                                                           Et passées.

Nous nous sommes aimés Rue Maria Chapdelaine,
Mais Brest à son tour, nous a tournés dos à dos,
Comme on tourne les pages des revues anciennes,
Fatigué de chercher à comprendre leurs mots.

Lorsque j'y repasse, je repense aux semaines,
Lorsque je t'écrivais des romans de "je t'aime",
Car, des lettres perdues de Maria Chapdelaine,
Restent ces mots que les passions mortes parsèment.

mardi 4 février 2014

Aphorisme du soir

Lorsque deux journaux s'en prennent l'un à l'autre par voie 

de presse, ce sont des conflits de canards.

mardi 7 janvier 2014

Vois, y'a age

Rain by Ryūichi Sakamoto (坂本 龍一) on Grooveshark


Pourquoi me suis-je éteint soudainement un jour ?
C'est pour laisser l'étain luire aux feux d'horizons
que vos yeux embleuis par les fleurs de l'amour,
usurpaient aux pluies de ma seule évasion :

J'étais fils d'occiput à rêver mes voyages ;
Gulliver, Liliputh, hantaient tous mes fantasmes ;
la mégalomanie m'égalant de mon age,
je maniais l'avanie comme un vain cataplasme.

Je voulais me désosser les pôles (inverses)
Enveloppé des eaux comme une île qu'on sonde,
De ma Mue nouveau niais dans un papier d'averses.

Je voulais témoigner comme radio clame ondes
Que le chemin de fer – serti d'humbles traverses -
Est fermeture Eclair du gros manteau du Monde.

samedi 4 janvier 2014

Troie (la gloire n'a d'autre prix que celui de marcher au côté de ta mort) - republication d'un texte de 2006


Comme un chiffre, Troie,
               Comme un nombre de morts,
Comme une profession de foi
             De ces légendes qu'on ignore.
Aux femmes volées,
                      Je ne suis pas Ménélas,
                                                 Hélas...
Aux femmes violées,
             Sous le sac, hein ? De Troie,
                                             Je ploie...
J'ai tant aimé Briseïs,
                                   Agile,
Que des sanglots que l'on subisse,
                                Achille,
Reste brisée Ys,
                 Comme des villes
Qu'on les engloutisse !
                            Malhabiles...
Pas trop, dis, Patrocle !
                               Imbécile !
Les villes sont nos socles,
                             Indélébiles !

Mes rêves d'enfant sont construits de ces murailles,
D'une guerre absurde qui dicte nos entrailles,
Comme bien plus tard, d'autres sires de Xantrailles,
Surent mettre feux et sangs au sein des batailles.

Mais Andromaque,
                   De mes lycées échue,
Pleure les attaques,
                        A l'amant éperdu,
Le cadavre d'Hector,
                     Si seul et dépourvu,
De haine et de remords,
                      De libertés perdues...
Il était une fois Troie,
                           Et deux Francis,
Me racontant les choix,
                             Du beau Paris,
Nous priâmes les rois,
                         Comme leurs fils,
Ne restent à nos doigts,
                      Qu'esprits d'Ulysse.

Le cheval de Troie !
Et Schliemann, seul pour y croire,
Et de si vastes désespoirs,
Quand on y croit...

Pêchons les civilisations, des truites,
Prenons la mouche de façon fortuite,
Puisque dans ces os dilapidés
Sont tous les mots qu'on peut poser...


Ô mer éternelle !
Homère et tes ritournelles...
Tout est toujours réinventé,
Mais tes vers furent les premiers.

vendredi 27 décembre 2013

Ville de Rue


Le Mépris : Camille by Georges Delerue on Grooveshark



En arpentant les rues de la Ville de la Rue,
en agonisant sur le pavé des écrivains,
j'emplumai le chapeau d'un style – oh, Délerue ! –
qu'intimait la vapeur des vins chauds aux chauvins.

J'étais sur les rives du Rhin pour céder Rome
au mépris de Godard comme à son ouverture ;
les Villes d'Europe ont pris mon encre en arôme,
à tel point que de l'art n'est plus que pourriture.

Or, moisissure ouverte aux fleurs de la pensée,
j'arpentais l'île verte aux canaux dispersés :
j'y sentais posées l'Ill et la Brûche en sentinelles.

Et l'Europe – Europe, Europe, Europe ! – et Chimène,
avaient les yeux fuligineux des criminelles
en mon Alsace absolument catéchumène.



lundi 23 décembre 2013

Transit


Paris détrempée brille de mil vers luisants ;
mon transit en la ville intestine est succinct.
Sur le quai d'Orléans, je m'en vais m'épuisant
à ces rimes bénies dont Louis IX est le saint.

L'averse hivernale est baptiste à mon égard ;
plus ou moins ce que j'oins de mes idées disjointes,
sur le corps de Paris m'envoie de gare en gare,
au rythme de mes pas et d'un métro qui chuinte.

Me reprend le hoquet de mes quais mal acquis ;
le Mikado - Rémi - façonne - oh, Saint Cluny ! -
l'Idéal de Paris en Spleen qu'aima Lacan.

Les bouts de Saint Michel qu'on ramasse en glanant
les cordes de sa bure, ont des reflets de soi ;
les fantômes passés, le présent les déçoit.

dimanche 1 décembre 2013

L'heur de Toronto

Train by Cibelle on Grooveshark


Je ne sais s'il est bon ni s'il est assez tôt,
à l'heure où sans détour ils seront, eux
- mes accidents - soumis à l'heur de Toronto,
je ne sais s'il est assorti de torts honteux.

Je ne sais si son méridien vaut mieux que deux
tue-l'Amour d'un grand fleuve au-delà de Bering,
ou qu'un évanescent parallèle hoqueteux
qu'encadre un Saint Laurent tel la corde d'un ring.

Il me reste tant à découvrir de ce monde,
tant de chemins à parcourir pour me trouver,
qu'un décallage au RER n'a rien prouvé...

Car ma Terre est brûlée de ses yeux en amende
où cligne en Jupiter un retors râteau :
je cherche dans l'astre un bonheur à Toronto.


lundi 11 novembre 2013

Miserables

Nuages by Django Reinhardt on Grooveshark



La misère pullule et ses pulls percés trouent
ce qu'un gris chouette ulule aux chants de Perséphone,
sans voir le bleu du ciel qu'ennuage un Dutroux
- causette existentielle aux Thénardier lès phone.

La peuplade ouvrière enfle un bourgeois œdème :
celui qui n'ouvrit hier pas un porte-monnaie !
Le poète peut crever, sa bourse n'a plus cours
que de miracles vrais à l'autel sermonné.

Le phlegmon dialysé d'un obscène marché,
nous pousse d'alizés en champs en jachère ;
la meilleure façon, Déesse, de marcher,
n'est pas dans la rançon de ce qui coûte cher.

Elle est dans l'abandon de nos tristes bassesses,
dans la syllabe en don sur chaque fin de vers,
qui s'arrime aux bollards que je vous sers en liesse,
aux derniers au-revoir de ce Kitty's nightmare*.

* J'ai tant aimé de Joyce un truc désabusé,
où les vieilles Rolls-Royce ont laissé ça, mots-traces,
hurler chevaux-vapeur et regards amusés
face aux bateaux de peur distants de quelques brasses...

Et dans la pauvreté de notre condition,
j'ai mangé l'âpreté des herbes carnivores,
rongeant comme le sel ou comme un champignon,
l'immense carrousel des êtres sémaphores.

D'Alexandrie le phare a chu dans l'océan ;
d'Alexandra le fard égaie l'odieux constat :
je suis un misérable arguant ce mot céans ;
qu'on fasse sur mon râble un brin d'aérostat !

Qu'accrochant un nuage, on me paie de l'Espoir
que j'apporte à tout age en déversant du vide,
car écrire est un fruit (de la pomme à la poire)
qui se nourrit de bruits et de pas impavides.

Quel costume de Quat'sous, voudrais-tu qu'il m'aille ?
La misèr'c'est là-d'sous : les égouts de Paris,
de Vienne ou de Berlin, de Brecht et de Kurt Weill,
ils sont à mes Merlin ce qui ne se tarit.

jeudi 7 novembre 2013

Camus

Petit Pays by Cesária Évora on Grooveshark





Si comme came isole Camille s'en fut,
son dédain me désole et me transmet le chancre
où l'ivre de son œuvre en a crevé le fût.

Si pareil à la pieuvre où je puise mon encre,
j'avais pris de Rimbaud son éternel refus,
je serais un vieux beau défaillant comme un cancre.

Je n'ai plus de Prévert les recettes subtiles...
Ah ! Les miasmes pervers sont des légions d'acteurs
dans lesquelles l'endroit de nos régions tactiles,
fait de tout nos doigts droits de vrais persécuteurs.

Il parait que ces mots ne tiennent qu'à Camus ;
qu'à des auteurs gémeaux noyés par des verseaux,
qu'à ce fil qui s'affiche en filigrane, et qu'à mue
ce scorpion qui s'en fiche en fasse mon berceau.

jeudi 24 octobre 2013

Des mots de Maud ou d'autres...

Da Da Da I Don't Love You You Don't Love Me Aha Aha Aha by Trio on Grooveshark



J'en ai connu des peu commodes :
des mots de Maud que l'on démode,
des alanguies de Coralie :
les phrases que leurs corps allient ;
j'ai vu ta bouche bée actrice,
ourler tes lèvres Béatrice
pour des répliques, Maryline,
au théâtre où se marre Hélène...

Dans vos phrasés, chère Amandine,
j'ai lu ce dont les amants dînent,
et dans ta prose, oh ma Chloé !
Les pointes dont tu m'as cloué ;
d'Audrey d'un trait le doigt m'atteint
et tes cils Cécile un matin,
peignirent de traînées de khôl
les hiéroglyphes de Nicole.

Je fus dans ceux de Valérie
juste un Dormeur du Val aigri,
et dans les vœux de Bérengère,
l'ombre d'une bête étrangère ;
qu'entre les lignes de Brigitte
on ait prouvé que j'ai pris gîte,
j'échapperai toujours aux modes
dans les mots que Maud accomode.