dimanche 28 mars 2010

Anthracite





C'est un soir au coucher sans soleil, anthracite,
d'une journée douchée par un ciel au séant
flatulent et flatteur de tant d'appendicites,
qu'on se sait délateur, continent océan !

C'est la beauté du monde où se secoue le bout,
comme une verge immonde ou d'odieux goutte-à-goutte,
font pleuvoir des baisers sur des plèvres debout
et des poumons blessés d'où tes lèvres me goûtent.

Ce sont mes mots de pluie sur ton astre hermétique,
que tant d'émaux depuis ont serti de nécroses,
qu'il n'en reste à mes vers que ces fruits pathétiques.

Qu'il n'en reste à mes nerfs que cette silicose,
que cet accord mineur dont repaissent mes tiques,
et les enlumineurs qui s'en firent la cause.

mercredi 24 mars 2010

D'âme et de saint





À Didier et Caro,


Ce qu'est d'âme et de saint dans son cœur qui balance,
et dans ses bras d'airain qui relèvent les corps,
c'est l'écoute toujours des SOS qu'on lance,
et sa réponse à jour qui repousse la mort.

Or, d'écrire avec soin ceux qui sont à soigner,
fit rarement du foin dans les auges verbeuses,
comme si nul Goncourt ne foulait son poignet
d'un splendide concours aux salles tubéreuses...

Mon frère et mon ami manœuvre à son meilleur,
pour que du pain la mie nous efface les croutes,
la mauvaise peinture à nos cernes, d'ailleurs,
et le chemin qui dure où se poursuit nos routes.

Mon frère et mon ami manœuvre à son prochain,
sans jamais à demi se lasser d'échos sûrs,
car dans son beau métier qui est d'âme et de saint,
il faut croire en entier sans la moindre césure !

lundi 22 mars 2010

Pour ires





Pourquoi commencer s'il faut finir,
engager sans jamais prémunir,
et qu'un jour – comme on sait – désunir ?
Pourquoi tout ne naît que pour mourir,
rabaissant la courbe des sourires
aux commissures de dernière ire ?
Pourquoi jouir si ça mène à souffrir,
ôter ce qu'on rêvait de s'offrir,
que le constat mène à tout sauf rire ?
Pour dominer ce qui peut me mentir,
Pour survivre et non m'anéantir,
Pour vivre les beautés qui m'en tirent.

Et Dante





Je relisais de Dante un court extrait d'opium...
Ces mors où l'on s'édente à cravacher sans faim
des regards oublieux comme des géraniums
suspendus au pli eux, des cernes du matin.

Je visitais des temps et des « tant pis » aussi,
et des tapis volants estampillés « pur' poire »,
qui me firent voter dans l'urne des sosies,
pour un bleu convolé de noces sans espoir...

La muse où s'endormir nous promet-elle enfer ?
Paradis purgatoire en douches de matrice ?
Ou flegme ostentatoire en lisant tous nos vers ?

Les mots sont un bouquet à toute belle actrice,
– et des cœurs à vomir leur trace des revers –,
sans que nulle pensée laide hante Béatrice.

samedi 20 mars 2010

Piano-claque





Ça se passait au bar ne nos imaginaires,
et mon canot Bombard s'était tout dégonflé...
Ce n'est qu'une habitude à taper sur mes nerfs
et ma timiditude en porte aux gonds enflés.

Ceci n'est qu'un message inepte, un clin d'œil,
la phrase de massage intercostal à celle
qui portera, dur-dur, d'un célibat le deuil,
comme de Balladur, un Chirac à l'aisselle...

Les portées déportées d'un piano lénifiant,
les sons désaccordés qui font le piano-claque,
sur ce beau cul beaucoup trop me sont édifiants !
Quelle paire du coup ? De fesse ou bien de claque ?

Ah, la légèreté ! Le doux baiser perdu déjà,
qu'épingle en sureté qui glisse en notre couche,
et l'épineux débat duquel on surnagea :
ce goût de grain de bas qu'on garde en notre bouche.

jeudi 18 mars 2010

Route




À une certaine Lola,


En méandres tu suis ta douce et propre route,
tout un chacun s'essuie des affres et des doutes,
des baffes et des « bof » – victoires et déroutes –,
et des amours de beaufs catalogués Redoute...

Mais l'important pour toi, dans tes bohèmes sages,
c'est de trouver un toit et quelques cartilages,
un début d'ossature où rien n'est repassage,
et l'ample tessiture au chant de ton voyage.

J'ai comme toi de l'ombre au creux de mes soleils,
et la détresse où sombre un orgueil en nos soutes,
mais jamais ne sera rien à l'aube pareil

que ce pas que fera toujours coûte que coûte,
dans le noir de la suie, ton accord sans sommeil,
en méandres tu suis ta douce et propre route.

mardi 16 mars 2010

L'indicatif des temps





Vivre au présent n'est pas d'un vent l'arrêt aux pages,
c'est avoir su surtout l'affrontement d'hier,
et de se confronter à ces aréopages
dont on peut émerger des lâches frontières.

Et si notre avenir n'est pas bien destiné,
que trop de coups reçus sur notre postérieur
nous font cesser l'autruche, il faut être obstiné
et ne jamais songer au futur antérieur.

Sinon bien allongés et la tête à l'envers,
sur tant de canapés, on est à dépecer,
à moudre la parole en de moulins trouvères,

à quarante balais passés, blessés, blasés,
chercher les grains, poussière où ils se retrouvèrent,
ce qui fut simple dans un passé composé.

samedi 13 mars 2010

Chanson martiale


J'ai toujours aimé l'expression :
« mais à quoi nos vies riment-elles ? »
com' s'il fallait demie pression
pour fabriquer de la dentelle...

Com' s'il fallait des dépressions
pour prouver qu'elle est l'amante, elle !
et l'infini des digressions
que l'écriture démantèle...

J'ai toujours aimé les poncifs
qui finissent en tas de pierres,
les films de Frédéric Rossif
et le sursaut de tes paupières.

Tout cinéma m'est muet, mais moi
mes mues matinent mes deux mots,
sachant tout signe à mon émoi
desserti comme autant d'émaux.

S'ils ont faim de ma poésie,
qui leur manque tant et toujours,
qu'ils geignent à corps et à cris
des pauvres vies de tous les jours.
Et si la vie ne rime à rien,
et si l'amour n'est pas l'Amour,
et qu'il n'est pas de bon aryen,
que de nos sens reste l'humour...

J'ai toujours aimé ce qu'apprend
la note déconfite d'oie,
et les pas perdus qu'on prend
pour rembourser ce que l'on doit.

Dans toute cette graisse grasse
des sentiments bercés d'ennui,
je t'ai su céder à la grâce
de tant d'étoiles dans la nuit.

Je t'ai su céder à l'angoisse
d'où les passions s'étaient enfuies,
sans que jamais rien ne me froisse,
ici tout ressemble à la pluie...

Ici souvent l'on se méprend,
les glaces s'essuient sans patin,
et tous ceux-là dont on s'éprend,
nous rejouent des ciao, pantins.

S'ils ont faim de ma poésie,
qui leur manque tant et toujours,
qu'ils geignent à corps et à cris
des pauvres vies de tous les jours.
Et si la vie ne rime à rien,
et si l'amour n'est pas l'Amour,
et qu'il n'est pas de bon aryen,
que de nos sens reste l'humour...

lundi 8 mars 2010

Melody





Gémit sur l'écran bleu du ciel de mes nuits rouges,
le blanc de tes yeux cocardés de plaisir,
et si la république abonne à « Que choisir ? »
je suis ta raie pudique au gré d'un corps qui bouge.

La tâche originelle est démultipliée
autour de ta prunelle en kaléidoscope,
averse de rousseur en grêles de syncope,
dont mes mots désosseurs sont tracteurs dépliés.

Oh, Melody ! dit : tes couloirs ne sont pas
ceux que Mylady Di, dont notre voix gamberge,
prit pour argent content dans une voie sur berge !

Car des passions qu'on tend à chacun des repas
où l'intestin rendu n'accorde aucun repos,
je ne nous sais tendus que par nos propres peaux.

dimanche 7 mars 2010

Anagramme





À Delphine, amie du bout du monde,


J'ajoute un « r » au verbe « aimer »,
un « e » coulant, un peu de « n »,
et je me fais « réanimer »
lorsque le verbe englue la haine...

Passent les heurts et les semaines,
et les semences avariées,
la DLC qu'un prix ramène
aux proportions des dents cariées,
rien jamais jamais ne t'amène
à négliger le choix varié
des amours dont aucun « amen »
ne put remplacer « souriez ! »

J'ajoute un « r » au verbe « aimer »,
un « e » coulant, un peu de « n »,
et je me fais « réanimer »
malgré les tristesse et géhenne...

Bien sûr sa main qui m'était mienne
me brûle encor d'un fer forgé,
et mes couleurs sont air de Sienne
dont il me fallut dégorger ;
mais toute trace m'est ancienne
et tout passé nous est danger,
un génocide où l'arménienne
n'est pas un enfant étranger.

J'ajoute un « r » au verbe « aimer »,
un « e » coulant, un peu de « n »,
et je me fais « réanimer » :
point n'est plaisir en nulle gène !

samedi 6 mars 2010

Sonné moi ?





Même n'ayant su si j'étais – moi – sonné
par tant de ces soucis dont je fus cloche hardie,
je me suis ému et mu de mes sonnets
qui sont ma peau de mue sous tant de faux habits.

Et j'ai catapulté des œuvres lapidaires
au firmament blessé d'iniques âmes-sœurs,
dont je fus un unique et fou récipiendaire,
car quoique l'on ne nique est aéroblesseur !

Qu'importe prosodie perdue dans les buissons ?
tout ce qu'on ose dit bien plus que ses semences,
tout ce qu'on prouve emporte au foin de nos moissons.

Du vrai des faux, la porte en ses ciseaux immenses,
récolte un couperet qui claque aux mois sonnés,
cous peureux qui pourraient être aussi moissonnés...

mercredi 3 mars 2010

Abattage

Les fléaux battent bas les vigueurs de mon corps
comme un bœuf bâte au bât du sillon qu'il ignore,
et que genou plié sur nos champs d'inculture,
on vienne supplier de briser nos mâtures !

Laissez-nous supporter les coups de Trafalgar !
Laissez-nous abaisser la croupe et le regard...
Rien ne peut résister à l'ardeur d'une étoile,
ni ne peut remplacer un soleil sous un voile.

Brisez ! Brisez le globe orbiculaire et mou
qui dessine le lobe à nos paupières floues !
La fatigue est un mal que fustige nos nerfs.

Et que de l'animal dont on est congénère,
Puissiez-vous en extraire une tranche de nous
qu'à tant force de traire on ne laisse qu'aux fous.

mardi 2 mars 2010

Les emplumés





J'ai mal à l'apprise femelle
peuplant les romans de Flaubert,
et son mirage qui m'emmêle
dans l'en-dedans de ses flots verts.

Que de filets et de rétiaires
pour ces vindictes gladiatrices !
Quand tout nous colorait hier,
on se blanchit pour une actrice...

Ah ? suis-je dur ou pleurnichard ?
pour la mémoire d'un nichon ?
Non ! je ne sais ni vieux ni chiard
– ni nous qui dans un cœur nichons.

Je ne sais que cette chanson
qu'on reformule à l'infini,
depuis que l'ancien échanson
noyait de vin l'amour fini,

depuis Rutebeuf et Villon
qui curetaient le fond de l'âme
comme de bons écouvillons,
par le vers tranchant de la lame.

Puisque la poésie n'est pas
le chant d'un amour éperdu,
mais un ballet de petits pas
qui poussière ont souvent mordu,

retenez les orages secs,
les coups de trique au désespoir
et les platitudes du sexe,
lorsque la tripe est au pressoir,

et qu'il en sort un jus poisseux
comme un goudron dont on s'emplume,
afin que les lecteurs soient ceux
qui se délectent de nos plumes.

samedi 27 février 2010

Evangéline





L'Acadie
– qui n'est donc que dédit d'un cadeau dit caduc –
tient son nom d'un explorateur un peu poète
auquel les frondaisons ultratlantiques inspirèrent
la vision de l'antique Arcadie
qu'une Colchide dans l'après éduque
en oubliant d'un distrait air
et d'un trait l' « r »
indigène
indigent
qu'il n'est d'Utopie que dans le roman de sir Thomas More
et que les pays de tous les rêves deviennent ceux des pires cauchemars
traînant leurs paquets d'illusions perdues et leurs kilos de morts
et la géhenne de peuples dont on brise les amarres.
L'Acadie
n'était au départ que la lèvre inférieure de la bouche du Saint-Laurent
sensuelle à souhait
avant que d'être tuméfiée
par les coups du sort
et par la bêtise humaine.
Y vivaient des immigrants français
putes et malandrins enrôlés de force par les troupes du Roy
et leur descendance fortuite
pour inventer le nouveau monde
auprès des indiens Micmacs
– ce nom ne s'invente pas ! C'est celui des vrais acadiens, des premiers dans la place –
qui moi, m'auraient fait perdre Montcalm !
mais que des traités abscons voulurent qu'on remplace...
Un empire sur lequel le soleil ne se coucherait jamais sinon qu'avec un sacré mal de ventre
décida d'éradiquer les arrivés pour d'autres arrivants
et ce fut le Grand Dérangement :
on déporta des familles, des masses et des populations
dans des conditions inimaginables
afin de cureter une culture déjà métissée
de lieux incultes où la France et le Canada s'aimaient tissés.
Ainsi fut le drame de l'Acadie, qu'une couronne dont on eut peut-être tort de ne jamais couper la tête
voulut rayer de la carte du monde comme d'autres avant et d'autres après
– du désastre de Massada, de la destruction du temple préludant à la seconde et grande diaspora juive, sous Vespasien (au nom de chiottes)
au grand exil de ceux qui réchappèrent au génocide arménien –
et de ses enfants dont un grand auteur écrivit l'histoire
peut-être imaginée mais qu'importe
d'Evangéline
et de son amour dispersé par le vent mauvais de l'histoire en marche forcée
d'Evangéline et de sa bonne parole
une de ses romances amoureuses qui font pleurer les Emma Bovary modernes
et les Flaubert de pacotille
une de ces passions qui font rêver au filtre du mal quotidien que l'on édulcore
une de ces images d'actualité qui sont le fond-de-commerce des prestidigitateurs de l'info
Evangéline
la petite acadienne
et qu'à c'la n'tienne !
la vie n'est qu'un miroir déformant de nos désirs.
Et les déportations de masse un pis-aller à des manques de plaisir.
Du poème épique de Longfellow
Evangéline
est la représentation de nos errances têtues
où prône l'abnégation de pauvres certitudes humaines
où nul événement
où nul séisme
où rien ne peut contrecarrer les vertus de la fidélité
ni celles de la foi
en quoi que ce soit
– l'amour, ou toute autre chose,
nos convictions
nos idéaux
bref
ce que nous sommes par nous mêmes et pour les autres.
Evangéline finit par atterrir en Louisiane.
Il me semble que ses yeux n'avaient pas changé leur couleur
bleue
ni que ses tâches de rousseur se fussent accrues ni amoindries.
Elle passait un linge sur le front de son amant retrouvé
par-delà les fleuves traversés du nouveau monde
et les messies-pipi de l'esclavage.
Ils étaient en Acadiane
chasseresse
et firent comprendre au monde entier
que l'Acadie
pays de cocagne
rêvé
imaginé
vécu du bout des lèvres
était le pays le plus merveilleux :
un pays sans frontières
donc un pays sans limites
un pays survivant aux mesquineries de l'ordre social
un pays bâti par l'ordre de l'appartenance
à lui
à soi
aux uns et aux autres.
L'explorateur avait vu juste !
Sous les frondaisons qui virent s'aimer les premiers acadiens
qui virent les amours bâtardes des occidentaux et des indiens
qui virent des cœurs se graver en leur écorce
qui virèrent au vinaigre empoissés par la force
réside l'espoir immense d'un nouveau monde réel
que ne salirent jamais ni larmes ni fiel
et qui nous parvient encore aujourd'hui
dans le combat d'Evangéline
et dans ma logorrhée saline
et dans le songe d'Acadie.

lundi 22 février 2010

Trancher





Je me suis démis le cerveau
entre les bras d'un casse-noix,
dont la récolte des cerneaux
est peux ou brou, ma crasse voix !
J'ai mis ma démission de veau
entre les bâts des bœufs qu'on noie,
et dans le nez de vieux anneaux
pour quelque chaîne que l'on voie...

J'ai mis, facile, un accent grave,
gémis Fa Sol à Melody,
sur tous ces eux qui si bien savent
se casser blancs comme on les dit,
tandis que les doigts qui nous gravent
sont dans des terres reverdies,
dans des désirs d'odeurs suaves,
dans des sillons de Normandie !

Je me suis pan-oblitéré
à de multiples fronti-ères,
ne laissons point la bite errer
sur les cotes des fronts d'hi-er,
sur le fiéleux chemin des dames
qui fait toujours les enterrés,
ni sur les mines qui nous damnent
ni sur le moindre barbelé...

samedi 20 février 2010

Pieta

Enfin, lorsqu'ils sont morts, les hommes de pouvoir
ne peuvent plus, dès lors, délivrer leurs vertus
qu'aux vers qui les consomment dans un défouloir
de ces corps flous qu'en somme, un seul de mes vers tue !

Les hommes de pouvoir, les hommes de vouloir,
au lieu de m'émouvoir, me laissent les mains nues,
me laissent au sommeil des loutres et des loirs,
m'adressent aux soleils de fourbes ingénues...

S'il n'était qu'une envie d'un amour à pourvoir,
loin de l'ombre d'un vit ou d'un serpent la mue,
je la voudrais pétrie d'un sourire à couloirs.

Je la voudrais piêtrie dans des spasmes émus,
et peut-être couleuvre aux serments de la Loire,
et que tout à coup l'œuvre en fut ce qui remue.

vendredi 19 février 2010

Faux-jours

De crépuscules à l'aube de communiants,
des tarentules attisent l'ennui d'étoiles
qui s'éteignent des vœux de ces maudits plaignants,
dont ne restent d'aveux que des pets sous des voiles...

Qui veut me conjuguer du verbe mal-aimer,
cette forme imparfaite où tout est subjectif ?
Qui veut me subjuguer en Prosper Mérimée,
les vers de sa défaite en versets olfactifs ?

Décidément, nul n'est capable en nulle vie
de n'avoir pour attrait qu'une seule praire,
de n'avoir pour apprêts que de pauvres envies...

De n'avoir pour après que tant de vieilleries,
que ces cœurs pétrifiés ont figées en fossiles,
que ces yeux tuméfiés se collent en faux-cils.

mercredi 17 février 2010

La prêche à la ligne

J'ai laissé fuir de mon crayon
une cohorte de démons
et de fils d'ange
et de fils de putes
une horde sauvage dont j'essaie de rattraper l'écheveau
de repriser la blague à tabac
– la bonne blague ! –
et la bague au doigt
– la bonne blague ! –
dont l'absence encor parfois me démange
me soulage
comme une tâche bleu roi d'encre écolière
et collier au cou
pendu par les coups
du score : 1-0, 1-1, 1-2, et cætera...
Et tandis que Paris matche à perte
pour des jambes d'allumettes suédoises
ou des joueurs d'échecs
des joueurs de fous
je reçois des échos de galaxies inconstantes
qui oscillent entre la lumière et la nuit
qui clignent de l'œil d'Abel
d'un trait d'arbalète
d'un trait de Rimmel
d'un trait de caractère
– Arial Killer ! –
d'un lait qui n'allaite
que la bouche des goûts
nous entêtant d'un ennui
où s'aggrave l'ardoise
des synthèses qu'on s'tente...

Qu'importe que prêche à la ligne
fut labeur de missel
ou la peur de Michel
ou l'atteinte maligne
des vers solitaires
et d'univers solidaires
qu'importe après tout ?
C'est histoire de cuisines
à couteaux tirés
et de recettes à l'anis
de fusils à aiguiser l'afin
et le pourquoi, porc cuît, comment.
Les lettres sont de petits vermicelles dans le potage de l'existence
on les range sur le bord de l'assiette
on les range et les dérange
et on ne prend pas le bouillon !
Le regard du père est sévère
le regard de la mère excédé
les lettres-vermicelles scellent un message subliminal
qu'ils liront une fois décédés...
Et les enfants devenus grands continuent de chercher la lettre qui manque dans l'potage !
Ils vident parfois leur cartouche bleu-roi dedans
pour imiter l'Viandox
ils vident leur cartouche comme avec un fusil à aiguiser l'enfin
et des voies aussi chevrotantes que celle de Monsieur Seguin
et des loups donnés pour se violer la face
– comme petits à la sieste –
dont on abuse à l'intox'
ils vident d'un trop plein de surface
l'étendue des plages numérotées par leur mémoire d'enfants.
Il en reste des champignons
des « je t'aime »
des prés et des tout-près
des grandes mains serrant des petites
des amanites tue-mouche
des chevaliers bagués
des engueulades
des Opinels aux grands numéros qui les font tous petits
des écorces d'arbre qui font des bateaux
des rosés sur les joues oubliées des champs de notre premier age
des mousserons comme des tâches de rousseur dans la rosée d'un matin
des champignons qui poussent si vite, si vite
entre les pluies et les soleils
et le premier poisson
et la première truite
que l'on leva en un beau jour
et nos beautés jamais détruites
qui sont dans la prêche à la ligne.

samedi 13 février 2010

Luxembourg




Cela se passe au Luxembourg
non
pas au petit poucet pays perdu dans ses miettes de pain
et d'argent sale
juste au jardin
qui s'en est donné le nom
le palais
la dent
la pomme
et la succursale.
Cela se passe tous les jours
– mon calepin est bien trop mince pour les recenser –
une jeune femme blonde croise le regard noir d'un jeune homme brun
une jeune femme brune croise le regard bleu d'un Adonis aryen
une jeune femme bleue croise le fer du regard d'un homme noir
une jeune femme rousse s'enflamme pour un poète à la manque...
Cela se passe tous les dimanches
ou les samedis pour les lève-tôt
ou en semaine pour les étudiants
le reste du temps pour les crève-la-faim
ou dans le passé pour ceux qui jouent de leur mémoire
rendu trop tard pour être examiné
par les étudieurs
qui contrôlent les étudiants
ou s'efforcent depuis six cents ans
de faire semblant
tant on sait la sœur bonne
et les histoires d'amour post-adolescentes toutes trustées par Paris.
Hugo, Baudelaire, Rimbaud,
et les autres
pourquoi font-ils toujours trotter les petites bottines au Luxembourg ?
Les bottines ?
C'est noir
c'est montant
c'est lassé mais jamais lassant
cela couvre la cheville mais pas tant
c'est le cuir ode à la femelle ostentatoire
en son refus offert à de rasants regards
et de jolis talons à d'agiles rasoirs.
Mais le bassin reste calme
Le kiosque n'abrite plus de musique militaire
aux premiers soleils
seuls moignons à prendre l'air
ce sont ces bouts d'orteils...
Et pourtant !
Luxembourg
Cela s'y passe comme des doses prohibées
renifle !
Sniffe !
Tu ne sens rien ?
Tu ne ressens rien ?
Zut !
Je dois déraisonner...
Peu importe, la déraison est ma geôlière
je lui disais – ma déraison – « m'enjôle hier ! »
mais elle ne m'écoute pas
elle ne sait que parler
alors qu'il est besoin de SE TAIRE
quand on s'allonge sur un banc du LUCO.
Les amoureux qui se roulent des patins à faire des jeux devant couverts y sont négligeables
ceux qui sont intéressants
ce sont ceux qui s'embrassent du bout des yeux
ceux que l'on cueille à la fleur de pellicule
comme ailleurs on ramasse la fleur de sel.
Ceux qui surnagent
ceux qui gardent de beaux yeux dans ce bouillon
ceux que racontaient déjà les grands poètes
ceux qui sont immortels parce qu'ils y reviennent toujours
au Luco
au Luxembourg
c'est pas un miracle, ça ?
Il s'y trouve des bassins pour baptiser ces amoureux intemporels !
Le monde est bien fait.
Y'a même toutes les déesses amoureuses possibles
et les reines de France
(même celle aux grands pieds)
pour bénir la rencontre au bonheur de l'œillade.
Y'a même de la barbe-à-papa pour les enfants qui n'ont pas l'age
y'a des pigeons très cons dont la vie consiste à chier ce qu'on leur donne à bouffer
y'a des touristes – voir ci-dessus – qui passent à titre d'ailes
de vols transcontinentaux
de transits intestinaux
bref
qui nous chient dessus aussi
sur les belles statues des reines de France
sur Berthe
sur les Dames du temps jadis de mon maître
sur les amoureux des bancs publics de Brassens
MAIS
y'a aussi un garçon timide qui prend sur lui l'immensité de son univers
qui se lève et se dirige vers une fille tout aussi timide
qui depuis une heure et demie lui renvoie comme elle peut l'écho de ses signaux
– où voulez-vous, artistes, chercher meilleur écho de la beauté ? –
et je ne fais plus attention au nom de la reine de France qui les observe
et d'ailleurs je ne fais plus attention à eux non plus
je me lève simplement
avec l'absolue certitude
que nous faisons bien de faire ce qui nous chante
ce pour quoi nous nous sentons faits
et que Louis Armstrong a bien fait de chanter.

mercredi 10 février 2010

Afrika corps





Fumant le calumet comme un saumon sans nid,
sans source qu'allumait l'effraie d'un triste cri,
titubant aux lueurs de celui qui s'ennuie,
il s'aidait des lus heurts qui baignaient Conakry.

Si n'être point en paix peut nous coûter du fric,
d'autres Guinées les baies sont fenêtres ouvertes
sur les trésors précieux que l'on puise en Afrique,
où l'on se pend aux cieux lourds de leurs nues inertes.

Où l'on se prend aux dieux sourds de nos mues ineptes,
où l'on apprend au mieux les faire-part à chute,
où l'on sépare aussi la graine de sa septe
comme d'un pain rassi la mie, l'ami, là : chut !

Les nuages pesants défaussent la balance,
et le Golfe au jusant pèse de tout son poids ;
il n'est de vie sans eux ni plus que saint sans lance,
ni plus que seins sans jeux où l'on colle l'empois.

mardi 9 février 2010

SPARTE






À Toi la face obscure
----------------------de la Grèce éclairée
--------------------------------------------par les feux de l'esprit,
si loin des sinécures
------------------qu'on sut ton siècle errer
----------------------------------------------lès échec et lès prix,

Qu'il faille de là, Sparte, – âme – tirer les mots,
de têtes coupées, carte à ramener les morts,
sommes-nous inspirés des rites animaux
dont tu faisais expirer tes vies de bohème or ?

Sommes-nous nous aussi ces sagaces barbares,
aux oracles assis sur des cerces berbères,
aux us et cothurnes dominées des remparts
d'égos taciturnes, dans un sombre repère ?

Nous frappons-nous enfin de coups de pieds occultes,
de tes infligées faims au plein de nos récoltes,
et de ces demi-dieux dont l'Homme fut le culte,
se lustrant insidieux, la tempe à coups de Colt ?

Toi, Sparte la sévère,
---------------------Toi l'inconditionnelle
----------------------------------------------du sacrifice humain,
T'es-tu dispersée vers
--------------------les œuvres criminelles
--------------------------------------qui te gardent en sous-main ?

Tes spectres défilant le long des Thermopyles,
du fond défient le lent dais défunt qui rappelle
que nul n'est immortel mais que seule horripile,
l'idée reçue d'untel, que le devoir m'épelle !

Qu'un dieu peut avoir nom de vilaines phonèmes,
et que parfois le « NON », dit oui du vrai d'un homme,
qu'il n'est aucun tyran justifiant que l'on n'aime
en humble vétéran, la cité que l'on nomme :

Sparte aux enfants élus de troubles jugements,
des eaux dont on ne lut qu'un fin jus de limon,
voudrait-on ton procès, qu'on sait qu'un juge ment ;
l'Histoire seule sait : à peine l'élimons !

À Toi, Sparte l'obscure,
------------------------qui nous ressemble aussi,
-------------------------------------------------par ton choix d'être Libre,
pour l'instant des piqûres,
----------------------------par l'instinct de survie,
----------------------------------------------------tu construis l'équilibre.

samedi 6 février 2010

Dure limite



J'en reparle à l'aune de cette chanson de Téléphone.
Il est étonnant de constater à quel point nous ne sommes que le produit de l'histoire que des "nous" vécurent, la Grande Histoire, celle précisément que nos enfants ne comprendront que si nous faisons l'effort de leur expliquer, et de savoir qu'à l'ombre d'un mur, "Die Mauer", résident les ferments de nos peurs et les conjonctions de nos hésitations.
Ceux qui grandirent dans le froid d'une guerre qui n'eut jamais lieu, ainsi que deux et deux font Troie, se souviennent à jamais du mur de Berlin.
Sa chute n'y changea rien. Nous avons grandi à l'ombre du mur, et nous sommes construits de briques importées des blocs de l'ouest et de l'est, ainsi que de toutes les transgressions qui en furent possibles. S'il fut une véritable déconstruction du mur, elle réside en toutes les parcelles de nos êtres fabriqués de morceaux volés ça et là, de brisures d'équilibre et de risques nucléaires.
Nous avons grandi dans le concept de frontière, de limite, d'affrontement, de binarité, de rupture, de schizophrénie, de choc, de bloc, de tauromachie, de Dure Limite... Nous avons été conditionné à la vision en noir et blanc -malgré le triomphe du Technicolor- et nous avons sucé les pissenlits par la racine de l'information que sans cesse on édulcore.
Les charniers de Timisoara furent une invention de la désinformation !
Les révolutions de velours ne furent jamais celles qui de nous voulurent !
Et nos amours sont à l'image de l'effondrement des châteaux de cartes stratégiques dont on nous gava durant notre adolescence. Entre nos hémisphères cérébraux où trop piquent, il est un "et quoi tueur" dont la ligne de suture , point par point, relie comme dans un jeu de journal d'enfant le dessein des œuvres qui nous échappent.
Une dure-mère.
Encéphalopathique...
Un coussin méningé tenu par des nerfs pas du tout sympathiques.
Une dure-mère entoilée par l’arachnoïde, actant sa Dure Limite
Une allégorie de l’Amour et des séparations qui en découlent
Un mur

Qui n'a pas de faim.

De l'aveu de la veuve

J'ai arpenté Rimbaud d'un jardin funéraire,
et ses écrits perclus à ceux de Baudelaire.
J'ai d'arpents fait de beaux jardins à la française,
dont je me suis exclu de par profond malaise...

La poésie n'est qu'un subtile labyrinthe,
pétri de coups adroits et d'angles qu'on éreinte
au prix du jeu mesquin des vies que l'on remue
sur les frêles détroits où s'esquivent nos mues.

Et quoi que l'on invente en rimes flatulentes,
je prise ses poisons à la mort pétulante
et leurs douces prisons aux barreaux libertaires !

Et quoi que l'on ne sente un souffle où l'inerte erre,
je sais qu'elle est la vie cachée sous une pierre,
je sais quel est l'avis des faux de Robespierre.

mercredi 3 février 2010

Système extra-systolaire






Tes pétales de langue aux coroles flapies,
sont un duvet qu'alanguit la fleur d'infusion,
ô verbe haut, insulte aux dieux que l'on épie,
fait choir de ce vieux culte une merde en fusion.

Fait pendre d'Uranus des lingots d'utopie,
pour peu que je ne l'eusse extirpé d'effusions
dont l'Homme satisfait se nourrit et tant pis,
offre au vagin des fées si peu que nous fussions.

Mais l'on soigne au mercure une trop dure plaie,
et l'on saigne, amer curé, chromes extérieurs
comme un mur lamenté de ce qui nous déplaît.

Et l'on a l'âme hantée des grands singes crieurs,
et Saturne ça tourne, et Pluton ne rien faire,
et « Mars ou crève » ajourne un hème au goût de fer...

lundi 1 février 2010

De l'accord pour se pendre






Je ne veux même pas de l'accord pour me pendre,
ni cordes de violon, ni cordes de guitare,
ni corps que nous violons dans des ballets de cendre,
et faits de petits pas dont en rats on a tare !

Je ne vaux pas les vers qui m'essoufflent en vain,
ni les pieds que je casse en oisive détresse,
ni l'affreuse carcasse au masque de devin
sous laquelle les vers me rongent de caresses.

J'ai perdu la clef de la note de sortie,
je ne vaux même plus du passeur une obole ;
c'est tant mieux s'il a plu sur ces larmes serties.

Non, je ne veux pas de l'accord pour symbole,
pas plus que je ne vaux de demains pour cymbales,
et que d'un jeune veau, ce vieux cœur qu'on emballe.