jeudi 3 septembre 2009

Ô Nuit

Ô Nuit camisole, le soir
te précède en pleurant ta traine,
ton manteau brodé de brouillard
et de bruine infirme en étrennes.

Ô Nuit qui m'isole du monde,
me succèdent, blanches et noires,
tes magies obscènes, immondes,
et leurs conjoints, les cauchemars.

Et de ces époux dans la tête,
formant lieux communs à la ronde,
de quatrains qui sont en quintettes,
j'extraie des musiques d'aronde.

Ô Nuit l'écorcheuse aux dents rousses,
je rêve, insomniaque et esthète,
aux tablatures que l'on trousse
Comme un jupon sans appuie-tête...

Ô Nuit mortelle aux griffes dures,
toi qui me suit, me fout la frousse,
ce peut-il qu'en moi tu perdures,
telle la ronce et l'art en brousse ?

dimanche 30 août 2009

Out of the trancyberian



Voilà ! J'écrivis, il y a longtemps, un texte en hommage à tous ces cybériens que la mer et sa marée emportèrent. Les aprentis écrivains ne survivent probablement pas à la Lune et ses rythmes, comme les progénitures envisagées... J'ai souhaité en faire un vrai poème, oubliant sa motivation première. J'en ai donc extrait une sorte de voyage onirique, très long, que je vous livre à présent, en souhaitant qu'il vous fasse voyager, vous aussi !
J'ai découvert, dernièrement, la verdeur des collines du pays basque. Je ne m'imaginais pas qu'il existât un pays aussi vert que celui de mon bout du monde, d'une verdure que je connus aussi en mon Irlande pré-natale... J'ai vécu un rêve merveilleux en découvrant cela !
Je sais parfaitement à qui en être redevable. Et que nulle ne dise jamais plus de moi que je suis un voyageur immobile ! Surtout quand on traverse la France en voiture !
Bref...
Je vous livre ici ce long texte dont je fus le tortionnaire ! Fasse qu'il vous plaise et vous fasse voyager à votre tour !




Pour quelques mots gratuits, comme du blé, soufflés,
Pour quelques brindilles qui m'auront essoufflé,

J'ai commencé la route, éternelle aventure,
Aux troquets tapageurs et au café des mots.
Faire si simple et sûr, surdité, c'est si dur,
Mais à la fin du fin, si t'y es c'est si beau !

De la vie d'une fée, des volutes d'un ange,
Je m'empoulpais de ces salles à visiter,
En me badigeonnant de curieuses contrées
Qui dans l'alcool et l'eau font un fiévreux mélange.

Si je fus le pantin du monde d'Améor,
Balbutinant bribes de sa curieuse langue,
Je fis ventre de l'antre à la bête qui dort
Et se réveille aussi à toutes mes harangues !

Je crevai la bulle de la fée Mélusine,
signant ce bel éclat d'un calligramme insigne !

Et voyageai hautain dans le cœur des chimères,
Pour me foncer au teint, de forcer la grand mer...

J'y vis Mona des bois au pays de l'amour,
De son humour sucré comme une gourmandise,
Tandis que de mots à maux (qui s'enflent toujours),
J'appris que vitesse et simplicité nous grisent.

De mes rails, j'ai revu la cité d'Atlantis,
Ressurgir un instant puis glisser aux abysses,
Et Tipoule insufflait (cher Thierry) sur Nous tous,
D'un Gulf Stream, les vers chauds, les caresses si douces.

De l'Ambre aussi, j'otai les échos hottentots,
Pareils à ces roses des déserts orientaux,
Effeuillées par les vents et par leurs doigts envieux,
Qui sculptent l'ailleurs, et l'ailleurs c'est toujours mieux !

L'air d'ailleurs, d'ailleurs !

Et ses jolies rumeurs :

La p'tite journaliste de Paris, pressée,
Prenait le temps dépressif de faire rêver...
De l'Amélie Poulain dans sa façon d' penser,
Du Renaud sur ses chants, dans sa façon d' fumer...

Ma tête (mise) dans les étoiles, mes larmes
Ont bu la poésie du regard et du charme,
Ont vu le carme igné de votre poémie,
Ces chants qui vous allaient si bien, ma chère amie...

Mais s'il est un endroit pour rêver, je dessine
Sur des feuilles d'acanthe, en beaux reflets de nuit,
De ces traits ciselés comme à l'encre de Chine,
Et qu'éclaire de noir, ce qu'elle y écrivit !

S'il n'est jamais vraiment voyageurs immobiles,
Que nous restent des textes qui nous font bouger,
En perçant leurs noirceurs de tons indélébiles,
Chez d'autres pèlerins suis enfin arrivé :
Oh ! Etaient-ce des vers ou des mots en dévers ?
Etaient-ce des feux lents au rivage ou des proses ?
Si ces naufrageurs nous mettent tête à l'envers,
Gardons du rail, la coque, et ce à l'overdose !

Puis je revins un jour, à Pontaniou, au bagne...
Là, un jeune bagnard, ma foi, désabusé,
Du genre de celui qui, sûr, se fout de tout,
Me rappela comment il nous faut alpaguer !

Glisser, s'introduire entre douceur et douleur,
Comme de Ducasse, un être surnaturel,
Hermaphrodite et mu par le rite des fleurs,
Par la messe ou la fesse au baiser naturel...

Et, évanescent, regarder le chat dormir,
Ou, d'un réveil, transpercer ses mondes secrets,
Car si, dans chaque vers, un Baudelaire expire,
Dans chaque ver de terre, un Baudelaire nait !

On forge mille colombes en ce pays !
Là rosit la timide et belle poésie...
Et les roses en boutons comme des bonbons,
Font de nos dieux odieux des femmes pour de bon !

Diane ! Oh sois ma guetteuse et reste face à moi !
Car de notre océan existe l'au-delà !
Que chante ce passeur de sons, passeur de mots,
Mon frère de chansons, mon pourvoyeur jumeau.

Et dans cet effet mer,

Si beau, si musical,

Je me laissais amer

Couler vers l'idéal,

Mes crayons de soleil,

Aux hurlements légers,

Laisseraient à ma veille

Vous parler de JC :

Les vieux messieurs sont riches de leurs existences.
On les croise, on les aime, on voudrait être aimé.
Mais on se prend toujours des vagues et des stances,
qui si on était femmes nous feraient pâmer...
Ne soyons plus sérieux, soyons primesautiers !
Que des calembours de Monsieur Mian, vous sautiez !

Et Passe la pouliche fantôme et sauvage !
Qui provoque le rêve et donne sans partage.
Si l'on sait que la poésie a son jeune âge,
Que la forme d'un poème a son doux visage,
On n'est pas séri-eux quand on a dix-sept ans !
Et que de love-songs en sont encor le chant...

Alors courage à tous !

Nos hérésies nous poussent !

Comme à ce postérieur dont la postérité
A douze coups de pieds à sonner sans tarder !
Et quand j'aurais connu ma mise en boite à moi,
A l'ombre en fleur des éternelles Cécilia,
Je sais que de là-haut, avec quelque poète,
On refera le monde en bouillants interprètes...

Alors, dans ces ballades, je vis au jour le jour,
Goûtant la musique et l'amour, le désamour,
Fuyant les chevaliers courtois des temps modernes
Qui ne savent jamais qu'un cœur, parfois, hiberne !
Fuyant le gestionnaire et son expert-comptable,
Qui comptent pour écrire un vers de poésie,
Goûtant les désirs feints, les plaisirs de la table
De multiplication des pains, et qui m'envient !

Peut-être, reviendra-t-elle, cette inconnue,
Qui, mutine, cachant dans ses bouquets de proses
Toutes les étendues de ses feuilles de lignes,
Finissait incomprise, insoumise, et lépreuse ?...

Toute Wonder Woman s'est mise à la retraite
des déchets d'écriture usés en plusieurs traites...

Pourtant, cher Galaad, nous voyageons encore,
Evitant la redite et parfois tous ces corps,
Nous composons des plis de nuits écervelées
Dans les replis perdus au fond des cervelets.
Nous croisons à tout large, une étroitesse écrue,
Mais aussi,en marge et comme un bouilli de cru,
Le joli blanc de Jean dit Naej en liberté,
et la fée canicule où fond neige en été...
Des Papillons de pluie, quelque pape de nuit,
De Nuîts-Saint-gorge, en fait, ou d'Avignon, d'ennui,
De vins bons, de vins cuits, devins de vins mauvais
Nous rendant parfois Christs, nous rendant parfois gais.

C'est l'enfonce de l'art, voyage hypothétique :
Le grand coup de couteau, vertu cyclothymique !
Les seize centimètres traversant le cœur,
Des chairs et des hymens, présidents qu'on raconte,
Et des vies de famille qui nous font si peur,
Et de l'enfance et de nos souvenirs qui comptent,
Faut-il toujours vraiment croire en sa bonne étoile ?
Poétiquement votre, oh, j'y ai renoncé :
Des fleurs, le parfum qui jamais ne se dévoile,
N'est que la corolle où les mots sont agencés.

Les mots bleuis de leurs avaries sont les vrais,
Ils puent d'un air sucré comme une eau de jouvence,
Mais ils se cultivent dans nos jardins secrets,
Et fleurissent de pisse ou de quelque autre essence.

Et les phrases leurs sont comme d'acides vagues,
Et eux, les affreux mots, comme des gouttes d'eau,
Se mélangent et se marient comme deux bagues
Ne formant plus en poèmes qu'un seul anneau,
Qu’un seul anneau de pouvoir et d'effroi, qu’enchaînent
Les fers de l'animal et les forges de l’Homme,
Dans des infinitudes pleines que déchaînent
Les violences d’âme de nos jolis pogroms !

Oui ! Soyons fous des mots !

Mourka ! Pas mous ni faux !

Epiphanons les êtres morts pour qui l'on prie !

Trouverai-je ma terrassière de l’esprit ?…

J'ai livré a ce feu, dans un grand exorcisme,
L'excès de mes espoirs, les fruits de ma gaîté,
Mes poésies pétries de maux, de pessimisme,
Ma vie entière où je ne suis qu'à dégoûter...

Parfois, pourtant, lorsque de jolis mots respirent,
Dans la langue de Villon, de Monsieur Corneille,
Comme dans celle de Poe, celle de Shakespeare,
J'écoute le vent de ces génies qui sommeillent…

Je vois des fleurs dans des nuages d'outre-manche,
Des tâches de vin beaucoup trop tôt accueillies,
Des chemises aux dérobés en avalanches,
De Londres, de l'ombre et tant de gouttes de pluie...

J'ai voyagé quelque part sur une montagne,
Pour un amour défunt, un effort qui nous gagne,
Toilé de liberté et de gréements troués
Dont nulle ne sut les déchirements trouver.

samedi 29 août 2009

Déchant du cormoran


Bel oiseau noircissant, au plumage irradié
de ces flux quintessents s'écoulant sur mes plumes,
j'ai glissé l'anathème en un marteau mendié,
et tant de « je t'aime », abattus sur l'enclume.

J'ai prolongé l'apnée dans le bain du poème,
qui m'était destiné comme un frère jumeau,
et fleuri mon fusil, ô certitude extrême,
d'un bouquet de grésil chevrotinnant de mots.

J'ai nourri d'or félin des princesses bancales,
et pourri d'alcalins cimetières mauresques,
submergés par les pleurs de leurs veuves dankales.

Alors, si de mes peurs, il m'est une arabesque,
et de mes plongeons lents, comme on fait une escale,
Laissez nos cerfs-volants s'effondrer en nos cales.

jeudi 27 août 2009

Solaire



J'écris pour la mer en colère
et pour ses naufragés fantômes,
des lignes de fond fendant l'air,
qui se succèdent et font tomes.

Je bave d'une encre visqueuse
comme le poulpe Apollinaire,
se faufilant par les muqueuses,
la peau, les muscles et les nerfs.

Surtout, j'écorche le papier,
je griffe, irrite, et je rature,
afin que vous n'ayez pas pied
au creux de ma littérature.

J'ai torturé des corps de texte,
décapité quelques en-têtes,
eu des amours comme prétextes,
et l'abjection comme épithète.

Mais dans ces larmes lycanthropes
- que je dis hurlements de vie -,
j'ai puisé l'âme anisotrope
où les rayons du vent dévient.

Et c'est vers vous que je retourne,
de par mes mots tant purulents,
n'empêchant pas que Terre tourne,
les feux de mon astre brûlant.

mardi 25 août 2009

ma folle alliée (réécriture)








Rappelez-vous !
Fébriles enfants des lumières électriques…
Rappelez-vous des courbes divines !
Des étreintes mystiques,
Des corps mous,
Des collines,
Des précipices hystériques,
Rappelez-vous de Camille !
Malheureux oubliants…
C’était la plus jolie des filles,
Je me voulus son amant…
Dans une autre peccadille,
Une autre vie sûrement,
Un rêve de pacotille,
Un phantasme éléphant.
De mémoire d’homme,
On ne connut d’elle,
Qu’enterrement…
Faut-il en somme,
Que les frimas nivellent,
Colère ment,
Nos nuits d’automne,
Torrides ritournelles,
Telles torrents,
Qui coulent, coulent, connes,
Ribambelles,
Et tourments…

Rappelez-vous !
Vains enfants des vingt cyniques…
Rappelez-vous de la belle en glaise !
Des vins fous,
Des falaises,
Des secousses sismiques,
Rappelez-vous de Miss Claudel !
Rejetons de la tourmente…
Je me suis damné pour elle,
Et pour ses femmes serpentes,
Et pour ses formes charnelles,
De son imagination, naissantes,
Et pour ces hommes infidèles,
Qui la précipitèrent sur la pente…
Raide heure nocturne,
Le froid m’envahit,
Cadavérique…
Les cendres dans l’urne,
Puisque tu es partie,
Laissant, magique,
Descendre, diurnes,
Toutes tes lubies,
Hypothétiques,
Les frissons de Lune,
Sur nos rachis
Cyclothymiques.

Alors nous nous retrouverons
Dans notre paradis rêvé,
Dépourvu de tous les jurons
De nos folies entremêlées.
Docteur béquille et mister aïe,
Main dans la main, nous avançons,
Aux seules sources qui nous aillent,
Les affres de nos créations.

Oh, Camille !
Tout se brise,
Se Déchire,
Et tout brûle :
Les familles,
Les églises,
Les désirs
Et leurs bulles,

Qui éclatent en l'air comme des savons flous,
Pression mandibulaire où la langue est morsure,
De mes mots pilés dont rien ne me renfloue,
Revis ta colère au bris de tes sculptures !

Versants durs
qui se heurtent
Bruyamment
- deux montagnes -,
Puis deux murs,
Puits d'un flirt
Et d'amants
En castagne :

Des trous noirs de l'enfer visités par Rimbaud,
Je n'ai saison qu'en faire et connais les hosties...
Oh, Camille, engourdie, engoncée de freins bots,
Du crime qu'on t'ourdit, je voudrais l'amnistie !

Et te sentir frémir comme un papier au vent,
Des femmes à maudire, il m'est un agenda...
Mais des papiers écrits, je te ferais auvent,
Sous mon soleil épris de sangs à Magenta !

Je te veux !
Libre et neutre !
Et cruelle !
Sibylline,
Dans les nœuds
De tes pleutres
Ritournelles
Damasquines...

L'horizon sombre de tes yeux couleur de nuit,
A fait peser des gourds sans source à tes deux mains,
Diffuse, et s'écoulant sans faire un moindre bruit,
Elle a bâtit le monument de mes demains.

Froid de la mort
Cloué sur nous,
Comme une chouette
qui nous effraie...
Je t'aime,
Camille,
L'île Saint Louis
En fait les frais...

Belle Camille qui m’émut,
Ta matière grise ma voix,
Unique chose qui m’ait mû,
Unique glose de nos voies.

Belle Camille qui m'amuse,
Dans tes douleurs stigmatisées,
Que ne fus-tu ma seule muse ?
Celle que j'eus vraiment aimée...

lundi 24 août 2009

Point à la ligne

Comme sueur sur mon crane est la sève des pins,
et midi filigrane incruste son empreinte
dans les rides du front que les cieux ont dépeint,
sur chacun des affronts des amours qu'on emprunte...

Oh, Camille, et ton art, et ma main sur ta bouche,
qu'un crachat, qu'un mollard, noierait dans nos déluges,
ta salive est immense où mes mots donc, t'abouchent,
de notre inflorescence est un flux vermifuge...

Je regarde ta main, au bout d'un hameçon,
qui nous guide demain sur le bout de la ligne,
dessinant comme un trait ce que nos âmes sont.

Chaque geste m'effraie, chaque toucher m'indigne :
pour les perles d'azur dont sont si lourds tes yeux,
je suis prêteur d'usure, un éternel envieux.

jeudi 13 août 2009

Trousse médicale


Que l'on tousse en mourant, d'un tabac par signaux,
quand la fumée nous rend comme à un âne idiot,
que l'on cuise en enfer ou dans des déserts noirs,
rien n'arrange à l'affaire, où tout est laminoir...

Il faut sortir d'un trou lorsque s'y est mis gale,
et des viols de Dutrou dont il n'est martingale,
il faut crever ce ventre où le mou fait l'aloi,
et prier que tout rentre au chaos des Valois !

Margot !
Magot !
Dieu ne reconnaît pas les siens !
Ni les preux, ni les parnassiens !
Ni plus les chapardeurs d'azur :
Dieu n'est qu'un prêteur sur usure...

J'ai beau mettre les doigts dans les boyaux du verbe,
explorer tout ton toi, l'art du poète imberbe,
j'ai l'humain plein de sens et de vagues sucions,
dont je puise l'essence à toute dissection...

Et s'il nous reste au moins, qui effleure du mâle,
un seul brin de ce foin qui ne soit anormal,
un seul mot, un seul vers pour finir apaisé,
je veux bien, si pervers, être bon à baiser.

mardi 11 août 2009

Ronce-art

"Eh ! Mignonne, allons voir les dégâts du matin" :
ce qui pût l'émouvoir, se changea en mâtin,
et quoiqu'elle garda des morsures sensuelles,
ce ne sont que crocs ras et raccrocs du sexuel !

Et la larme sonore en goûtant du malheur,
sombre en la passiflore inhumant les douleurs,
vertigineusement, la tige se reploie,
baissant honteusement sa tête sans exploits.

Alourdie de sa sève, engorgée d'un sir haut,
la fleur qui porte d'Eve en pressions météo,
des fruits d'ouragans, se referme en rosée...

Si sans prendre de gant, on peut toujours oser
l'effeuiller sans vergogne et qu'enfin on la plante,
il y a cœur qui cogne en toute belle plante !

lundi 10 août 2009

Le quarantième rougissant


A Toi,



Mon corps en est une prison,
ils sont étrangement présents,
et tous les barreaux de mes côtes,
forcés comme des horizons
dépassant les trois fois treize ans,
sifflent des invités plus qu'hôtes.

Ils sont l'effroi, la canicule,
mes longs hiver et puis l'été,
me possédant d'un corps spectral ;
et dans mon cœur, mes ventricules,
ils font couler comme un Léthé,
le sang mêlé d'un dieu mitral.

Et sur la lyre du sternum,
telle un rang de fourches caudines,
ils s'élancent dans l'air mutique
d'un vol transmutant la sterne Homme,
la vie quelque peu anodine,
ma bulle pas pâle hermétique...

Je subis de puissants tonnerres
dans leurs venteux émargements :
ils sont aux nerfs, l'œil du cyclone,
sortant de l'encre du tonner,
du bic auquel la marge ment,
houleux sont mes raccourcis clones.

Sous mes latitudes australes
où se lapident planisphères,
tournent les mots dans leur rondeau ;
enfin, dans un ultime râle,
laissant ce qui aplanit s'faire,
ils s'extirpent de mon rond dos.

J'ai quarante ans et des poussières
et des lueurs de flambeaux,
pour me guider sur l'océan,
où mon demain qui pousse hier,
laisse au bateau quelques flancs beaux
et mes deux mains sur ton séant.

Buveur de méninges


J'ai déçu des avirons, et déplu, torrentiel,
A tous les environs des nues entourant ciels
crépus, que nous chinions dans les braderies fauves,
joutant tels les mignons des arches des monts chauves.

J'ai ramé contre courants d'air et flux électriques,
Pour le rayon qui rend, dit-on, l'art et la trique,
Pour des astres crevards et l'étoile phtysique
Coulant sur nos buvards, puisque écrire est physique...

Inonder les vallées d'un déluge arc-en-ciel,
Pour après l'avaler d'un seul vers potentiel,
Tel serait le destin des buveurs de méninges !

Sirotant l'intestin de jus morts-nés de singes,
Ils distillent les fruits de leurs vertes entrailles,
Abreuvant de leurs bruits l'univers qui déraille.

vendredi 7 août 2009

Aphorisme du jour


Si, à l'occasion, vous souhaitez me parler de vos voyages, n'utilisez pas cette expression : "J'ai fait" tel ou tel endroit...
On dirait une collection de timbres (au moins de cachets sur un passeport !)

jeudi 6 août 2009

La danseuse




(publié avec l'aimable autorisation de Valérie Leduc)


A Laura,

Si l'arc est la mesure offerte aux ronds de jambes,
A ces fléchissements dans des tensions extrêmes,
La danseuse est soumise aux notes qui l'enjambent,
Aux partitions d'un corps du triste à la Carême.

Ses lignes échappant au tracé synoptique,
Je m'efforce d'y lire un fuyant scénario,
dans un ex-angle exsangue où j'ai maté ma tique,
l'arrachant d'une veine, à mes mots, contrario.

Si les musiques sont l'instrument de torture
Où l'on pose le son et la femme en tourment,
Que nous reste le beau de cette conjecture...

D'une géométrie qui défie l'analyse,
Sa dynamique est fluide et dit le mouvement,
D'autant qu'elle déchiffre une « lettre à Élise ».

La fille d'Avril


(publié avec l'aimable autorisation de Valérie Leduc)


Sa douceur obsidienne a plus peau que vingt ans
Sur le dos d'une indienne au teint mat obsédant,
Elle est d'un mois sauvage aux averses prévues,
D'un moi l'anthropophage où s'avalent mes vues...

L'épistole est mitraille, heurts en sons syllabiques,
D'écrire ses entrailles à la pointe bic,
Mais les rythmes quiescents des tambours qu'elle inspire,
Martèlent d'impatients et de divins empires.

Et que se contorsionne un tronc autour de hanches,
Que l'encre m'impressionne en flots, en avalanche,
Des noirceurs de sa peau restent les clartés d'âme.

Et s'il n'est de drapeau pour en draper Madame,
Qui n'a pour oripeau qu'un suaire de flamme,
Que me restent ces mots pour parler de la femme !

lundi 3 août 2009

La main droite du diable


J'ai détissé la trame aux ordres stylisés,
Farine amère au seigle en sigle et à la main,
Signes de croix gammées que de deux doigts osés,
Bénirent les pourceaux :« vous êtes en chemin ».

Et comme d'habitude, ô masses qui dérivent,
La bête immonde est là, des abrutis la suivent.

Troc et vol aux vantards, tric-trac avec les masses,
Le viol de leur mémoire est un wagon blindé,
où s'édicte en hoquets, le droit par contumace,
Avant que de ne choir de leur perchoir guindé.

S'il faut des mots crasseux que l'ordre se déclare,
Et des démocraties, cerveaux aseptisés,
J'ai de Villon, macabre danse au fond d'un bar,
De l'urne funéraire, un vote à excuser.
Pas de pitié, saigneurs, pitié que vous faisiez,
Les larmes des nazis sèchent près des brasiers.
Ma peur y est aussi, redressez vos colonnes !
Sur le fil à méninge, étendez les drapeaux !
Un suaire est là prévu, pour chaque des consonnes,
Et la voyelle aussi, pour chaque des lambeaux,
Puisque, politiciens, vous disséquez le vide,
Et qu'impertinemment, vous bouffez du néant.
Vos mots me font glisser vers les déserts acides
Où, bien sûr, vous aussi, vous glissez lentement.

Et comme d'habitude, ô masses qui dérivent,
La bête immonde est là, des abrutis la suivent,
La bête immonde est là, des abrutis la suivent.

samedi 6 juin 2009

Etoilée toi ?

M’aille à Véga qui navigua !
Et toi, les toits, l’étoilée toi ?
Oh, rions aux rayons d’Orion !
Brûle pourpoint, joug des porions !
Brûle à tes joues, ta bonne mine !
Carmine, car mine est sanguine.
Et toi, les toits, l’étoilée toi ?
En ta tresse, Antarès est là !
Minore mine, or, minotaure !
Rets sont labyrinthe ou bien torts.
Défilés de stars à l’instar…
Castor et Pollux, à l’os tard…
Raisons de la polaire en froid…
Et toi, les toits, l’étoilée toi ?
Or, quoique je m’affirme amant,
C’est toi qui luis brillamment.


Michel P © 2009

mercredi 7 janvier 2009

Bayeux

A Morgan Riet,


Faut-il baisser les yeux pour regarder Bayeux ?
Les lever, au contraire, et rencontrer un frère ?
Qui lui, tapi, se rit en tissant les moyeux
Des roués mots hardis dont il ne sait que faire.

Le défunt nouvel an est passé comme un vœu,
Les rires des enfants ont aussi changé d’air,
Pour quelques nouveaux cieux s’étant chargés d’adieux,
Laissant à la prière une harmonie de pierre.

Mathilde, à qui mieux mieux, s’est changée en souris,
Grignotant dans Bayeux, et rongeant en deux dents,
Un souvenir grégaire et sa tapisserie.

Le drakkar solitaire et les encorbell’ments,
Confient nos insomnies comme un quelconque fruit,
Aux verbeux crissements et à ce bourg normand.


mercredi 17 décembre 2008

Victime d'intéressite aigüe ?

Je me fais rare, depuis quelques temps, en Cybérie. Je préparais consciencieusement la mise en place d'un site présentant mon travail en vers, en vue de la recherche d'une maison d'édition. Je suis assez content du résultat, et vous invite cordialement à la visite. N'hésitez pas à en parler autour de vous (si toutefois cela vous a plu), et laissez-vous aller à ces petits voyages qui résument l'ensemble de recueils que j'aimerais voir paraître :
 

lundi 8 décembre 2008

Ecrire



A Maître François Villon,
 
 
Si écrire est le seul artéfact qui m’arrête,
Que ma cour d’un miracle, est au creux d’internet,
J’ai de François Villon, le dit vilain poète,
Ses envies d’être auteur, à défaut d’interprète.
 
Ces vers qui rongent tant la main que je vous tends,
Je veux m’y appliquer, ces pommades d’antan
Sont faites pour soigner, poser en même temps,
Un peu de ma musique au fond du cœur des gens.
 
Si quelqu’un peut s’offrir aux autres par ses mots,
Vivre et s’ouvrir plus riche de leur vibrato,
Et de peu se nourrir, d’un rire ou d’un sanglot,
Il ne peut bouder lyre à tous leurs trémolos.
 
De tous ces violoneux jouant leur partition,
Formant la mélodie d’un monde à l’unisson,
Il faut savoir mener la subtile audition
De qui entend serein, de chacun la chanson.
 
Ainsi qu’un grand orchestre, orné de chœurs avides,
De faibles joies, de peurs, qui dépeuplent le vide,
Dresser des matins blêmes et des nuits sordides,
L’écho du court moment de nos vies insipides.
 
Le vrai Paris,
des parisiens,
estudiantins,
quartier latin,
des bars à vin,
de l’hypo-crasse,
bien dégueulasse,
et des poufiasses
si loin d’Hassas,
lui qui survit,
à nos débâcles amoureuses,
à nos suicidaires quêteuses,
à la brisure de nos boules de cristal,
nos bijoux de famille en vrac, où l’étal est létal.
Ah !
Les marchés parisiens…
Les manifs étudiantes…
Les vingt ans et quarante…
Les passés dionysiens…
Ah !
Ecrire à n’avoir plus qui forge les repères,
Perdu, comme un bateau navigue sans amers,
Sentir l’accélération, malgré la misère !
Pour des larcins, pour un outrage ou pour des vers,
L’adrénaline qui fustige dans les tempes,
Là, au milieu du crâne, entre Senlis, Etampes !
Paris !
Pas Pris !
Pas vu !
Pas mu
par autre chose que la nuit,
par autre larme que la pluie.
Et se détruire en souriant,
comme un damné,
trompe-la-mort,
pendant que l’en-dessous, priant,
vous a aimé
pour un grand tort…
Mauvais garçon ! Mauvais garçon ! Mauvais garçon !
Ecrire un vers n’est pas un jeu de charançon,
Pas un plaisir facile où la masturbation
S’invente en quelques mots ou manipulations…
Là,
Il n’y a pas de foi,
Il n’y a pas de loi,
Il n’y a pas d’endroit
Où l’on se sente soi.
Là,
Il n’y a qu’une geôle
Où, des bandits, des drôles,
Rassemblent dans sa peine,
La plume par les pênes.
 
Aussi, est-ce pour tous que le forçat écrit,
Pour la sœur esseulée (son ventre tressaillit),
Pour le frère espéré, ses doigts, avec envie,
Effleurent cet espace aux mots si plein de vie.
 
Ainsi, est-ce pour tous que s’élèvent ces cris,
Ces jets d’encre en fuyant, par le poulpe éconduit,
Que la vie passagère aura toujours conduit
A rendre par l’image, un écran aux envies.
 
Mais dans le brouhaha du bruit de ces passions,
Il contribue au chant de ces populations,
Qui prouve que le cœur du monde a ses raisons,
De feindre d’ignorer, parfois, la déraison.
 
Si je calque à ces mots, Villon, ma maladie,
Qui de n’être pour vous qu’une ombre de celui,
Dont la rime légère et le vers impoli,
Ne sont que les reflets où le grain de faux luit,
 
Il me reste si peu de temps pour les bien dire,
Une seule existence, oh, ne saurait suffire,
Alors, ce texte obscur, s’il parfois s’en inspire,
Ne saurait tant les peindre, et en vain les décrire.
 
Pourtant, folies d’amour, souvent folies furieuses,
Qui font foudres d’un jour et liaisons dangereuses,
Puiseront de ces sangs, de la source ombrageuse
Coulant au carrefour de nos intraveineuses.
 
Or, de ces chemins creux qui se seront croisés,
Des brins d’éternité un instant partagés,
Je voudrais rendre ici, l’accident entaché
De notre prosodie qui leur reste attachée.


Découvrez Dead Can Dance!

vendredi 28 novembre 2008

Raids de corps

Les centurions cloutés d’un régime en cadence,
Flagellaient les esprits de nos brouillons vécus ;
Que l’on ploie, que l’on prie, l’on est proie dans la danse
Où l’on est entraîné par les bras et les culs.

Les jattes assoiffées des fétides aigreurs,
Contiennent bien des cris qu’un honnête bâillon,
Sur un baiser repris, ô mortelle maigreur,
Fort, fait taire enchaînés, dont on sait les maillons.

Oh ! L’impassible mue des couloirs de l’autrui
Ne fait que dure Terre aux conquérants crédules,
Qui regardent émus les pourceaux et les truies…

Alors, voie délétère (on s’oriente au pendule),
Ils suivent des rébus dont le sens est construit
De suites de chimères, en flots qui ondulent.


Découvrez Carl Orff!

vendredi 21 novembre 2008

A nos cybériennes années

A nos cybériennes années
Dont on paie enfin la patente,
A tous nos mots entremêlés
Comme deux langues haletantes,
Je lève mes vers corrompus
Aux tessons des cordes vocales,
Qui m’ont laissé le corps rompu
Et l’âme ou le cœur en escale.

A cet écran dépeint total
Par les pains sots de chaque claque,
Par la piqûre au choix létal
D’avoir ses Rome en quelques flaques,
Je veux laisser succédané
De pisse au lit dans son silo,
D’avoir assez sucé d’années,
De pissenlits et de stylos.

Aux runes en ruine et aux mots,
Coalisés dans ce grand cirque,
Où tigres et fumeux pavots,
S’affrontent en cris cathartiques,
Je me relis, homotextuel,
A la limite, en autarcique,
Oubliant l’aspect contextuel,
De mes bêtises sémantiques.

A nos années en Cybérie
Dont on ne retient que le froid,
Dont on peut pleurer, dont on rit
De tout ce temps que l’on se doit,
Je lève une armée de zéros,
De uns, de touches et de doigts,
Regroupés dans le brasero
Des illusions et de l’effroi.

mardi 18 novembre 2008

A Olivier

Si les textes maudits sont au nombre de sept,
Ci-dessous celui-ci, s’ils le suivent du reste,
Mes mémoires brûlées de la rade de Brest,
Sont ces vers égarés à ta trace secrète.

Emu dépositaire en si pesantes années,
D’eux tu me libéras en me les remettant.
Symboles que j'enterre, ayant passés tant ans,
Qui de tes noces furent leg empoisonné.

Je sais que tu y tiens, peut-être plus que moi,
Comme je tiens à ceux que tu m'avais laissés,
Comme l'on tient l'un à l'autre et sans bien le montrer,
Je prends tes mots, tu en parles si mieux, si Toi :

"Les perceptions enfouies d'une vie antalgique,
Qui feraient oublier les fers chauds des passions,
Et témoins de nos peurs mêlées d'admiration,
Nous poussent à construire éloignés, nostalgiques."

Quelle corde et quelle vibration plus intime,
Sauraient à nos doigts qui écrivent, composer
Les partitions cardiaques et les notes nées
Des instruments bornés de nos quêtes infirmes ?

Quelle négritude saurait mieux enchaîner
Les compagnons de route, à leurs verves bancales,
Les compagnons de doute au fin fond de leurs cales,
Les compagnons du verbe à leurs mots échangés ?

Alors, vieux, n'oublie pas qu'aux confins du ponant,
Il y a moi qui, de ces rimes embrassées,
Te serre sur son coeur de profonde amitié,
Rentrant dans leurs mondes, deux amis s'embrassant.

vendredi 24 octobre 2008

Manifeste cybérien pour un nouvel état des lettres

Nous tous écrivons ici, et pour la plupart, depuis l’explosion du WEB 2.0, liée à la naissance des espaces MSN, début 2005.
Jamais ce qui fut qualifié de blogosphère, n’a plus mérité son surnom québécois de Cybérie. Nombreux sont ceux qui se sont essayés à l’écriture sur cette interface, avec leurs moyens et leurs envies de communiquer. J’aime à me répandre sur ce que fut la naissance de cette Cybérie, de cette efflorescence de proses et de vers qui, peu à peu, eut tendance à s’amortir.
Il n’en reste pas moins que cette démocratisation brutale de la communication par l’écrit, ouverte au monde, posa les bases et les définitions de l’usage du média qui la véhiculait.
Avec le weblog, est né, ou plutôt re-né (chateaubriantesque expression), le concept de billet d’humeur, forme condensée de la littérature, s’il en est de certains styles l’y rattachant. Ce concept, sous toutes ses formes (prosaïque, versifiée, librement ou non), sur tous ses fonds (politique, sportif, nouvelliste, critique, poétique, égotique), a accouché d’une multitude de « produits » d’écriture.
Sans nul doute, ni plus préjuger des qualités de ce qui fut fait, on peut être amené à penser que dans ce « fatras » en forme de bouillon de culture, résident quelques perles rares destinées à attirer l’attention d’un éditeur sensé.
Toutefois, le propre de la création qui se fit ici, sous les formes susmentionnées, est de s’être adaptée au support de sa diffusion, à savoir le WEB. Il est trivial de rappeler à quel point ce dernier est l’expression achevée du zapping, de par sa spécificité même d’endroit où l’on surfe d’une page à l’autre, sans s’offrir le temps de la concentration, ni de la continuité dans l’effort de lecture qu’il ne sollicite qu’exceptionnellement. Du fait du format proposé (celui de l’écran), de l’éprouvant rayonnement qu’il impose, mais du fait aussi de la culture et des habitudes qui lui sont liées, l’Internet interactif a imposé la concision en valeur commune de la rédaction virtuelle, mais également, et ceci est primordial à souligner, en condition sine qua non de la lecture virtuelle !
Il nous est simple de nous arrêter dans nos errances cybériennes, qui sur un sonnet délicieux, qui sur une rapide polémique bien tournée ou sur un billet humoristique.
L’internet du WEB 2.0 a réveillé des formes d’expression littéraire négligées depuis 150 ans par l’édition, tant dans sa création que dans son lectorat.
Comme il y a toujours des printemps aux peuples, il y en a aussi pour ses émanations culturelles.
Le renouveau de la poésie, de la micro-nouvelle, n’est à mon sens pas une vaine espérance. Les conditions dans lesquelles les nouvelles technologies de l’information et de la communication se sont imposées au monde, ont porté les fruits d’un changement de paradigme littéraire. Le monde de l’édition ne pourra définitivement plus se passer de la réalité d’un existant, parfois d’une qualité supérieure à ce qui la fait s’engager dans l’impression papier d’exemplaires finissant au pilon.
Cependant, nous tous cybériens, qui faisons de notre diversité et de l’engagement dans notre sacerdoce verbeux, une raison d’être et de continuer, ne pouvons consciemment scier la branche sur laquelle nous sommes assis : notre support premier est celui des nouvelles technologies !
Outre qu’il soit notre fantasme commun de s’imaginer publiés sous forme papier, nous nous devons d’intégrer prioritairement l’idée de publication virtuelle, dans le simple prolongement de ces efforts que la gratuité porta un temps, mais que l’édition se doit à son tour de promouvoir.
Demain sort le livre électronique de Sony. Rien ne dit que l’approche hyper-papier de cet outil garantira la lisibilité de ce que le vrai livre apporte. Au contraire, il est plaisant de penser que ce joujou prolongera les habitudes cybériennes, les ancrant plus encore dans leur systématique de la lecture morcelée, sous-produit de la vie moderne.
Des solutions sont à imaginer, entre auteurs, éditeurs et concepteurs technologiques.
A ce titre, je m’engage à diffuser le plus largement possible ce manifeste (sur les blogs des grands journaux, notamment), à promouvoir les sites collectifs de diffusion de nos œuvres, à prendre les contacts les plus pertinents avec les acteurs de l’adaptation à ce bouleversement gutembergien, et bien évidemment, à accueillir vos efforts et soutiens dans cette démarche qui n’aura d’aboutissement, que par notre prise de conscience de l’union sacrée qui est à sceller.

mercredi 22 octobre 2008

Le veilleur d'ennui


Découvrez François Roubaix!



Je fais des pieds, je fais demain,
et quelques rimes de misère,
en train d’épier de mon prochain
et d’icelle qui s’est mise hère,
les routes nues et creux chemins,
les lassitudes de l’hier,
et d’aujourd’hui, les jeux machins,
dont on se fait le corps de lierre.

Je guette tous ces feux éteints
aux flaques des passions guerrières,
tous ces radeaux naviguant vains
d’une habitude marinière,
dont le phare a perdu le tain
du miroir des cœurs à l’envers,
je scrute l’horizon lointain
de l’ennui, pour tirer des vers.

Parfois, sur mon divan divin,
se pose un voleur de lumière,
la chapardeuse de bon teint,
pensant tricher de ses paupières,
mais le seul vice qui m’atteint,
quand dans l’écrit, je persévère,
c’est le secret des vrais matins
dans la tiédeur de tes ovaires.

François Villon, mon bon copain,
langue fourchue, patibulaire,
m’a soufflé comme on dit mot « pain »,
comme on arrache des molaires,
tous ces mensonges sacristains
de confessions épistolaires,
qu’on retranscrit en bon crétin,
ne gardant plus que des mots, l’air.

Foin des miracles de lapin
et des chapeaux à des sorcières !
Faire la cour à l’écrivain
ressemble à une souricière,
quatre belles planches de pin
en écritoire pour l’enfer,
et quelques bouts baveux, bovins,
dont on ne sait plus rien qu’en faire…

Veilleur d’ennui transcybérien,
j’ai mis la balle au revolver
des grands touts et des petits riens,
auxquels encor, je lèv’ haut l’verre,
pour que se recréent les parfums
exotiques de Baudelaire,
et pour qu’en guise de mot « fin »,
de mon job soient vos cieux plus clairs.

mardi 30 septembre 2008

Le rémouleur de l'âme

« Ils sont infinis tes e-mots,
dans leur berceau de silicone »,
me dit, de légers ris, cerveau,
d’un clignement de cil, icône,
celui ou celle qui, passant
à la meule de mes poèmes,
s’en retournait le cœur patient,
réitérer d’autres « je t’aime ».

J’en sais de drôles de couteaux,
à jouer le rémouleur de l’âme,
dans ces contrées où les coteaux
sont faits d’impassions qu’on affame,
quand on a homme ou qu’on a femme,
collimatés dans les viseurs,
qu’il faut garder bien fine l’âme,
et colmater du duel, les heurts...

Crrrrrrrrrrr !
Crrrrrrrrrrr !
Crrrrrrrrrrr !

Tourne moulin de mes paroles !
Clique clavier reclus des clefs
que je dispense aux barcarolles,
dans ces Venise aux pieds mouillés
d’une eau si lourde de regrets,
que les seconds couteaux subissent
le raclement de leurs passés,
le curetage de leurs vices.

L’âme de fond, l’âme de forme,
venez étinceler ma pierre,
dans vos faiblesses si énormes,
et dans vos éclats de colère,
si je suis rémouleur de l’âme,
c’est pour guérir de mes douleurs,
en soignant la blessure infâme
qui nous ôte un jour nos couleurs.

mardi 2 septembre 2008

Vingt-cinq mois, et moi, et moi, émoi...

Ce n'est pas vraiment dans mes habitudes de fêter les anniversaires virtuels, mais voici vingt-cinq mois que cet espace existe, et ça, ça me troue un peu l'c...
J'ai dynamité tant de wagons en Cybérie, que je me sens soudain envahi d'une ineffable vague de nostalgie à la pensée de la perdurance de ce blog. Comme quoi, certaines choses durent...
La raison ?
Je l'ignore.
Cet espace n'était pourtant pas fait pour durer.
Mais qu'en sait-on, en fait, de la durabilité des choses et des gens ?
Seul le recul, l'expérience, permettent de juger de leur viabilité.
J'ai laissé ici, pour l'essentiel, la plupart de mes derniers textes en vers, mais je sais aussi m'exprimer en prose. Ma finalité n'est nulle part ailleurs, et la poésie est une étape.
Dans la durabilité se créent les sentiments, y compris lorsque les relations ne sont que virtuelles. Mais la maintenance des liens, la fidélité dans la lecture, l'échange, le partage, l'engueulade parfois, sont les ingrédients fondamentaux à la génèse des liens humains.
Aussi, voulais-je vous parler de vous, de vous qui me lisez encore, ou peut-être plus, mais qui reviendrez sûrement. Je me suis reconstruit dans mon écriture, et mon écriture s'est construite de vos lectures, de vos encouragements, et des lectures qu'à mon tour je fis de ce que vous m'offrîtes (ça fait belge, cet accord).
Lorsque je reste trainer à contempler le boulot, j'éprouve une certaine fierté, même si tout n'est pas terminé. Je la dois à vous que j'appelle mes amis, sans ambage, et à moi, un peu, aussi.