samedi 23 août 2014

Qu'elle y pige

Heart of Gold by Neil Young on Grooveshark


Le pinceau de mon doigt dessinait curviligne
un trait gras que l'on doit arpenter à plus faim,
tel un corps affublé d'une fièvre maligne
aurait sur toi tremblé d'un orgasme plus feint.

Si la belle ode à l'X est un accord majeur,
j'aurai de Wikileaks une pornographie
digne au moins d'un maillot sur un Bébé nageur
et du sang les caillots que menstrues pétrifient.

Mais le rouleau des mains qui passait sur ton dos,
de jours nuits à demain dans notre confusion,
dégorgeait ses désirs dans ma plume infusion.

Je grillais sur tes fesses comme un tournedos
en n'ayant de fèces aucun étron mineur ;
je n'avais qu'à saisir les plis de ta minceur.

mardi 12 août 2014

Cybérien

Parasite by Nick Drake on Grooveshark



Depuis Moscou, je vogue entre mes mots si terriens
que nul n'a pu me suivre en terreau cybérien,
que nulle âme astrologue au loin Vladivostok,
ne sut changer en vouivre une langue d'estoc.

Et pourtant, à l'affut des canons de beauté,
j'ai prisé le parfum des amours rabotées
par les contrats diffus de nos condescendances,
et par le sel sans fin guidant nos descendances.

Pourquoi j'écris, quoi donc ? Brave héritier du vide
issu du commerce mou des fables d'Ovide,
je brode l'édredon des vieux wagons de nuit.

Les vers s'y déversent flous comme des ennuis,
et ne reste alors plus qu'à nos trains cybériens,
ce qui de moi te plut mais qui ne sert à rien.

lundi 11 août 2014

Jéricho

Horn by Nick Drake on Grooveshark



Tandis qu'exsudent des ports des cités marines
les fantômes des trois-mâts passeurs du Cap Horn,
les moulins d'eau douce engrangent une farine
empoussiérant ces trophées qu'un handicap orne.

Et dans les immenses bouches bées des canons,
je lis le temps trépassé de notre beauté,
lorsque nous étions amants dans les cabanons
s'ouvrant aussi prestement que ton débotté.

Je ne sais - Camille, Adèle - ô combien tu m'eus,
ô combien tes avatars m'eurent envahi,
ni comment non plus m'auraient tes murs ébahi.

Car, des fortifications Vauban de ma mue,
qui s'effondrèrent d'un coup devant Jéricho,
je n'ai de ta voix qu'une ouïe qui digère écho.

Siam

Place to Be by Nick Drake on Grooveshark



C'est entre deux tramways que j'ai dégueulé Siam,
comme entre deux Amours, entre-deux-guerres,
comme en un sandwich où notre ogre eut fait "Miam !"
de ce sombre abysse entre "Jadis et naguère".

J'ai joué la note ultime aux touches de ton corps,
pianotant sur les creux de tes côtes altières
et sur l'alliance unie de tes seins en accord
dans cet étranglement dont je fus final tiers.

Mon ombre a décédé sur l'élan des corbeaux ;
pende la corde au gré de chacun des corps beaux
qui m'emportent aux cieux d'un trait supersonique.

Et sur Siam emminée d'un nanti personnel,
je m'offre les méandres d'infinis tunnels
qui me guident enfin à ma personne unique.

Dichotomie

Things Behind the Sun by Nick Drake on Grooveshark



Si mon unicité n'est pas vue de l'esprit,
c'est que d'unies cités j'ai déduit théorèmes
entrouvrant le grand champ d'angles que Thalès prit,
puis que j'allais prêchant, géomètre en poème.

Car en chacun de nous vient l'endroit dichotome,
d'un écart de genou, de deux doigts de la main,
séparant de soi-même où l'on croyait l'atome,
cette part du "je m'aime" et celle du malin.

C'est cette divergence excentrique et croissante,
qu'il faut en notre engeance amortir et réduire,
d'une suite harmonique un axiome en déduire.

Dans l'ordre hégémonique où les ondes puissantes
ont classé, déclassé les autres et mon nombre,
je sais que s'est tassée ma mue, temps de pénombre.

dimanche 27 juillet 2014

Hauteville-sur-mer

Twist in My Sobriety by Tanita Tikaram on Grooveshark



Hauteville, haut le cœur te garde en haute estime,
bourg qui dégoulina jusqu'à l'infinie plage,
négligeant la rancœur de tes pins maritimes,
ta cité saline a le goût du camouflage.

Appuyé sur ta digue où se brise l'élan
liquide et perforant de tes marées extrêmes,
je suis comme Zadig, Hauteville, en bêlant
des mots loin de ton rang d'Astarté qu'un autre aime.

De ces hautes lignées que parfois l'on épouse,
j'ai mis la bague au doigt défait d'une sirène ;
je ne puis ainsi nier revenir de la bouse.

Je marie comme il doit Mélusine aussi reine,
en sachant que jamais je ne partagerai
la ville que j'aimais tel un Seigneur de Rais.

dimanche 6 juillet 2014

Au front hier

Sleeping With Ghosts by Placebo on Grooveshark



Je m'en allais flânant le long des quais de l'Ill,
la Bruche de Noël imitait ceux de Nantes ;
Je m'aperçus soudain que Strasbourg était l'île
où l'on s'oublie sous main de justice immanente.

J'absorbais les chaleurs et les pâleurs d'orage,
l'étrange désespoir qui conduit à la paix,
je mordis dans ta terre, Alsace où j'hémorrage
afin de tendre un bol à faribole happée.

Je naviguais sans cesse entre étranges tramways,
entre ponts enjambés et contreforts boiteux ;
la cathédrale orange au couchant me dit « Mouais ?... »
(Mais en Petite France, un diable les boit, eux!)

Ainsi, le long d'un Hexagone écartelé
qui m'emmena d'un loin Finistère à Marseille,
vers le cœur de Paris aux rumbas martelées,
je sollicite quelque européen conseil :

sommes-nous les avortements de nos voyages ?
Les faux résidus de nos wagons-couchettes ?
Je ne sais de Jeunesse – Ô toi qui dépouille ages –
aucune tolérance au cintre et aux fourchettes.

Je sais la prématurité des échassiers
et l’empilement des poupées gigognes,
les printemps annoncés sous des plafonds d'acier
et la migration lente où planent les cigognes.

Or, je m'en vais, planant le long des quais de l'Ill,
mes poches sont trouées et les cloches sont humaines.
Vill'dieu m'a mis à poil, et l'autoroute habile
ignore encore où le châssis migrant me mène.

Je suis traversé d'artères, en fait morales,
comme un pays tout écorché dans un labo',
je me sens envahi par cette flemme orale
où le silence dit plus fort de lui le Beau.

dimanche 29 juin 2014

Dès lors que de barbarie...

The Emperor is Dead+The Might of Rome by Hans Zimmer & Lisa Gerrard on Grooveshark



Toute violence envie la violence physique :
elle s'y substitue par permissivité ;
les barbares se font des pervers narcissiques,
hommes, femmes égaux en agressivité.

Oh, bien sûr, personne n'a sorti la machette,
pourtant de ceux-ci je vois les génocidaires ;
tandis que je me bats pour que rien ne m'achète,
on m'imagine à l'aise en glorieux suicidaire !

Mais peut-on rester Zen et peut-on encaisser
sans broncher, les coups qui pleuvent sur nos visages ?
Qui ne sut que Gandhi fit tout pour acquiescer ?

Je ne sais au final ce qui rend nos vies sages ;
je ne crois plus en rien d'une humaine confiance,
je cherche mon chemin dans cette ombre inconscience.

dimanche 22 juin 2014

Quarante-deux ans

Can't Take My Eyes Off You / Frankie Valli by The Four Seasons on Grooveshark



Te souviens-tu quand nous avions vingt-et-un ans (?)
des bras ballants pour s'en aller nous promenant,

Ballots lorsqu'ils se nouent aux quais de nos jeunesses.


La fougue des purs-sang poursuit d'acidité
certains jeunes serments trop frais pour s'éditer :

L'encre sèche est ferment de fuite où les « je » naissent !


Et tous ces autres font nos quarante-deux ans,
nos doutes aux tréfonds d'une enfance malingre,
de nos déperditions des échos médisants
et de nos conditions ce que nous violons d'Ingres.

Ma main sur ton épaule épouse sa faïence ;
ne sommes-nous d'un pôle à l'autre deux vaillances ?


Aimerions-nous couler dans l'eau de nos salives (?)
puisqu'encore cloués par nos regards vampires,
nous sommes deux bateaux aux disjointes solives
sans nos corps en tréteaux pour tenir tel empire.

Mais te souviendras-tu des quarante-deux ans
dont nous fûmes vêtus par un commun jusant ?

mardi 17 juin 2014

Estuaire

Alan Stivell "Suite sudarmoricaine" by Breizh on Grooveshark


L'entre-jambe des filles – toujours un estuaire –
en a fait des récits mais aussi des récifs,
et de quelque amazone un vide où fèces tuèrent
une idée du désir à ta fesse agressif.

Du mascaret coule au long des îles girondes,
dès lors que l'or y mêle un pétage de plombs,
et que les semelles du vent font queues d'aronde
aux poètes perclus et qui manquent d'aplomb.

Daegu – dégoût d'égouts – m'a chicoré de soude,
et d’aiguës mes passions sont devenues obtuses ;
de leur fracture est née décoction de consoude.

Tu es si jolie que je ne veux qu'un zob t'use.
On ne devrait jamais payer le prix du sexe.
Et pourtant je ne suis jamais qu'un atroce ex'...

dimanche 15 juin 2014

Riviera

Corcovado by Astrud Gilberto on Grooveshark



Coulant sur la bossa-nova d'un piano-bar,
les reflets d'heureux flots scintillent sous le ciel,
et dans cet étau bleu la note un peu barbare
offerte aux estivants, m'est la teinte essentielle.

L'étroit réseau des rues de la cité de plage
s'achève inéluctable en cette promenade
où l'onde populace ahane en décalage
éclats d'un couchant soleil mûr comme grenade.

Et sur l'écran violé de mes nuits insipides,
je m'offre du blanc ceint d'un double cinéma
remontant les marées qui sont là si rapides.

C'est bien la Riviera que ce bateau sans mât,
que ce navire indu dont l'art est indolent
et dont les mouvements sont aussi gondolant.

mercredi 11 juin 2014

Ciels d'étés indiens




Sans nuage, exacerbés,
Ciels d'étés indiens
Dont l'un dit d'eux – éduens –
Les azurs désherbés.

J'ai, dans le miroir de la Mer,
Accusé le cou taillé
Par les lames détaillées
De ses reflets métamères.

J'ai prié les odalisques
Et les spectres gracieux
Que vierges gracient (eux),
D'embleuir d'or l'art du disque.

Et subséquemment posée,
Ma mémoire était ailleurs,
Sur le tablier bailleur
Des figures imposées :

En ressuscitant l'image
Apparemment oubliée
Des méandres tout pliés
De passés à l'arrimage,

J'ai revécu l'Avenir
Des ombres estampillées
Par l'étalon templier
Des lumières à venir.

C'est ici qu'il m'en souvient
Du soleil radieux
Envolé de tes yeux
De bleus antédiluviens.

Cette lueur m'irradie ;
Et dans l'espace incongru
de cette couleur qu'on crût,
ce que son vomir a dit.

mardi 27 mai 2014

Quarante-quatre quatrains aux gens de la pluie (republication du premier des treize textes fondateurs - version initiale de 1989 retouchée en 2005)

Madrín Rain by The Pogues - www.musicasparabaixar.org on Grooveshark


Je l'ai rêvé ici,
Le lit de la rivière
M'entraîne en ce pays,
A l'orée de ces terres.

L'écran de ma prière
à ces chants nonchalants,
Se dresse comme un frère,
Brille aux soleils levants.

Feu des soleils couchants
M'a dit : "viens me donner
Le chaos de mes champs
Et de mes terres brûlées.

Mais comme il se taisait,
Epuisé par le vent,
J'ai pris à ce dernier
Mon âme et mon vivant.

Goutte de pluie tombant
Sur le sol de l'esprit,
Ranime innocemment
Dormir et rêverie.

Libère à l’ennemi !
Le lit est océan !
Emporte l'usufruit
De tes soucis d'antan.

Viens mon moi-même errant,
Au coeur de ta musique,
Sonner la rime en blanc
De ce vert pathétique.

Je deviens amnésique,
M'endors dans le berceau
Ondulant, lymphatique,
De là dedans de l'eau...

Les marées et les flots,
Du disque de la lune
Qui préside là haut,
Reflètent l'infortune.

Nonchalant le chant-Lune
Ciel découvert d'étoiles,
S'empressent une à une
Sur sa voûte et sa toile.

Les nuages s'entoilent,
Sans la nuée de pluie
Qui nous offre son voile
Sous son rideau d'ennui.

Car elle souffre de vie,
Celle qui dans la flaque
Donne son sang aussi,
S'en va nourrir les lacs.

Océan ou cloaque,
Dans vos yeux entrepris,
C'est sourire de chaque
Image que je lis !

Déjà là-bas parti,
Vers les sons de la terre,
De fées et des petits
Espoirs qui nous enterrent,

Je sens couler primaires,
Le temps, l'histoire, l'amour
De ces regards amers
Que j'aime encor toujours.

L'homme est froid, semble sourd
Au grincement des roues
De son chariot trop lourd,
Mais j'en attends beaucoup !

Il a la foi du fou
Qui porte et qui conseille,
Qui balaye et qui boue
Comme une crachin réveille.

Réveille mon sommeil
Que j'y sois fort longtemps,
Carreau collée l'oreille
Qui écoute et entend,

La balade et le chant,
Encor lui dans la nuit,
Revient en bourdonnant
D'eau sur le parapluie...

L'homme poursuit ici
Sur des chemins d'ornières
Où son chariot suffit
A voir plus loin qu'hier.

Il guide sa galère,
Ses rames sont ses bras,
Mais des voiles fières,
Gonflent son cœur d'éclat.

Et sa femme ici-bas,
M'attend juste pour dire
Que je suis ce gars là,
Celui qu'on voit venir.

Qu'importent les sourires,
Et l’orage et les pleurs,
Aux futurs souvenirs,
Je serai dans son cœur.

Aux feux, à leurs lueurs
Qui poussent au combat,
Je marcherai vainqueur
Par landes et par bois.

Le secret de sa voix,
Mêlée de mélopée,
Ancienne et aux abois,
Suffit à m'enivrer.

Aux feux, à leur fumée,
Je redevrai la vue
Qui m'apprend à aimer
Le rêve entr'aperçu !

Des millions de reclus,
De rochers dressés droits,
Sur les voies parcourues
De triskells et de croix.

J'irai porter ce poids,
Tant que ce doux fantasme
Me le réclamera
Par le sang, par les miasmes.

Mais jamais au marasme,
Je n'abandonnerai,
Moins encore aux sarcasmes,
De mes désirs l'objet !

C'est sur le sol sablé,
Construit de pierres pourries,
Qu'enfin la vérité
Ne m'aura pas menti.

Aux arbres désunis
Par les sombres tempêtes,
Rafales éblouies,
C'est mon nom que j'achète !

La tourbe qui m'arrête,
Me freine et me renverse,
Est semelle de dettes
Que mon passé traverse.

Partir d'idées perverses
Et poursuivre le monde,
Quand l'ombre d'une averse
De sa mémoire inonde.

Car ils sont là sur l'onde,
Reflets de mon esprit,
D'une âme vagabonde,
De passions et d'envies.

Ils sont là qui n'oublient
Ni destin ni promesses,
Pour qui j'étais bâti
D'églises et de messes.

Leurs fêtes et leurs liesses,
Leurs prières, lits clos,
Les embruns des caresses,
Les mariages au chaud.

Des falaises et d'eau,
Gens pétris de silences,
Ils quittent leur bateaux,
Gueulent leur différence.

Je les rejoins en transe,
Au-delà des idées,
Prêt à saisir ma chance,
Où allons-nous pêcher ?

L'envie de liberté
Nous provoque en ses flots,
Comme la femme aimée
Aime tourner le dos.

Mais lorsque les oiseaux
Reviennent, nous aussi,
Aux marées, aux bistrots,
Aux pubs, enfin au lits !

Pour rêver des petits
Poursuiveurs d'une histoire,
D'un parler, qui s'enfuient
Comme amour et savoir.

Non, nous, nous voulons croire
Que nos désirs présents
Nous animent ce soir
Des gais combats d'avant.

Car l'homme dans le vent
Qui conduit son chariot,
Le cou impénitent,
A Locronan, Sligo,

Celui-là dont les os
Sont rongés par le sel,
Regarde les tombeaux
Comme on lit un missel.


Il sait que sous les pelles
Se sont gravées vraiment,
Les quelques lettres belles
De ce rêve dément.

mercredi 21 mai 2014

Le champ des poètes

Via con me by Paolo Conte on Grooveshark



J'aurais aimé l'être, Prévert,
pondant des mots de cinéma,
ou bien Villon, l'affreux pervers,
pendu d'amour du haut d'un mât ;
j'aurais goûté de Baudelaire
un peu de paradis – coma –
et de Guillaume Apollinaire
un verger sans millet qu'homme a.

J'aurais volé d'aimer ses airs,
les partitions d'Arthur Rimbaud,
d'aller au pôle en courant d'ère :
d'un le ruisseau, l'autre est amont ;
et dans le val qui va vers l'aine
où le sextant perd l'étambot,
Lamartine est Sade en limon
des crûes d'un fleuve à l'habile haine.

J'ai désossé d'un vers tes braies,
gauloiserie de mes aïeux !
Et d'Eluard des lueurs vraies,
et d'Aragon le camaïeu ;
j'ai desnossé mon écriture
afin de devenir « meilleur »,
et de Jacob et ses cris durs,
offrir un reflet d'orpailleur.

jeudi 8 mai 2014

Car c'est râles

Iron Lion Zion by Bob Marley on Grooveshark



Prisons nos coups de tabac, frérot, blague à l'aise
et blague à part puisque l'on sème, appontons nous
comme on le fit parfois de Brest à Cotonou,
sur le grand rail où s'écartèle un barreau de chaise.

Quels que fussent les écrous, quoi que nous vissions,
nous étions en cellule au fond de nos cerveaux,
pareils aux bœufs en batterie privés de veaux,
tout prêts à l’abattoir pour nos compromissions.

Et que dire du Cran dans les maisons d'arrêt,
puisque nous sommes amassés après ces portes ?
De nos corps ramassés n'est plus rien qu'il importe.

Si l'on est là la lie d'un hallali barré,
c'est que nous nous saoulons sous les lits sans ressorts,
oscillant selon nos souhaits, tels harengs saurs.

Nous assumons nos privations de Liberté
– moi, je suis en prison depuis la puberté –
tout en veillant à ce que notre esprit s'enfouisse.

Nous résistons à la pourriture invasive
héritée d'une moisissure impermissive
à l'ombre de trous ; Dieu fit que d'aucuns s'enfuissent.

Et nous rêvons alors de perspectives floues
que nos yeux – par manque d'habitude – ont du mal
à distinguer du bien, des vertus carcérales,
tandis que le temps mort incessamment nous floue.

Je suis lecture ou foot', brimade ou rébellion,
je suis un numéro sur une liste grise,
on m'appelle au parloir de mes amours en crise,
mais dans mon cœur brisé, je suis encore un lion.

vendredi 2 mai 2014

Entre Sèvres et Babylone

Persian Love Song (The Silver Gun) by Lisa Gerrard on Grooveshark


C'est entre Sèvre(s) et Babylone,
Entre le Tigre, entre l’Euphrate,
Et ces trésors qu’on abandonne,
Dans des Paris qu'un rien épate,
Et des Nabuchodonosor
Avec un fin fil à la patte,
Avec l’écho du mauvais sort,
Et des passés que rien ne gâte.

C'est entre Sèvre(s) et Babylone,
Comme deux cours dociles, gais,
que coule en files monotones
Le flux des jours qui m’importaient,
La mélodie de leurs klaxons,
Qui dans ma tête avant chantait,
Comme un seul chœur que Cora sonne,
Et que Vocker pure enchantait…

C'est entre Sèvre(s) et Babylone,
Qu'au confluent de leur chemins,
En épousailles, qui fusionnent,
En rue du four, si c’en est un,
J’ai pris du temps, j’ai fait du tort,
J’ai fait la manche et pris sa main,
Serré son corps contre mon corps,
Comme on descend la rue Dupin.

Rues de Sèvre(s) et de Babylone,
Par le boul'vard si transpercées,
Comme on ras’paille avant l’automne,
Comme les blés, j’étais fauché,
Mais d’afflictions qu’on affectionne,
Reste l’image de l’aimée,
Même si mal, à ma déconne,
A ma bêtise à bon marché.


C’est entre Babylone et Sèvres,
Ma Mésopotamie de l’âme,
Que je posai dessus ses lèvres,
De mon poison l’effet infâme,
Mes mains dans ses cheveux vieil or,
Et du métro, d’infinies rames,
Impoli train dans ce décor,
Et dont la bouche a pris LA Femme…

vendredi 25 avril 2014

Gemme

le vent l'emportera by Noir Désir on Grooveshark



J'aime de notre histoire avoir 
l'écho de qui n'a pas plié, 
si bien que l'idée d'un pouvoir 
communal et de peuple y est. 

J'aime rouge ou blanche une vierge 
autant que son combat soit mien, 
ses roses sacrifiées aux cierges 
et son cœur aussi bohémien. 

J'aime l'éclat d'aigue-marine 
- et j'abomine les Le Pen - 
au fond des yeux des héroïnes 
dont le regard traduit les peines. 

J'aime briser les rubis cons 
de toute bourgeoisie soucieuse, 
en leurs rivières n'abdiquons 
nulle adamantine précieuse ! 

Beaucoup de femmes sont des putes 
et beaucoup d'hommes des salauds, 
le premier porc que l'on députe 
d'une onde pure en fait sale eau... 

J'aime l'écrire ma Colère, 
afin de troquer l'or au plomb 
et de laisser mes mots dans l'air 
à ceux qui trouveront l'aplomb. 

J'aime ce jeune idéaliste
offrant le corps fort de ses textes 
au vent mauve évidé aux listes, 
élisions d'autres faux-prétextes. 

J'aime le goût de l'Amitié 
lorsqu'il reste en compagnonnage 
et sur la bouche à satiété : 
confiture à notre jeune âge. 

Gemme au creux de nos rêches mains, 
les manifestes suppliés 
et l'assurance qu'un chemin 
communal et de peuple y est.





mercredi 23 avril 2014

Arôme antique

Nadir (Synchronicity) by Lisa Gerrard on Grooveshark





Je regarde avec l'œil unique du cyclone
à quel ouragan se rattachent ses cheveux,
à quel génie doit-on qu'ils soient aussi clones
et reflets des serpents de Méduse, hors l'aveu
de l'image dans mon bouclier, du pylône
de notre incertitude en matière de vœux,
je regarde une femme et son Beau est à l'aune
inespéré des chevaux fous aux mors baveux.

D'enfiévrés morts-vivants s'agenouillent auprès
de cette idole consanguine aux mèches sombres,
vêtue de peaux et de poèmes pour apprêts,
elle émerge en son temple au milieu des décombres ;
les démembrés adeptes adoptent, après
les rituels selon lesquels un nombre dénombre
ô combien son culte envahit d'eau cyprès
et sèves inouïes, la forme de son ombre.

Le soleil à son Zénith éclaire son visage,
aucun regard ne s'ouvre en osant l'enlaidir,
son corps tout en entier se pose en paysage
au piéton dont le pas n'a cesse de raidir ;
elle est la Déesse folle à ce pays sage
et la promesse imbue dont n'est plus rien à dire.
Je ne sais si l'amour est mieux qu'un « haïssage »,
mais en la concernant, je la sais mon Nadir.


lundi 21 avril 2014

Bang coques

Human Behaviour by Björk on Grooveshark


Je me mets à rêver
d'une cigarette opiacée
brûlant
comme une allumette à Formose,
et d'un art révélé tel un Dieu haut-placé
sur l'or pulvérulent
de la métamorphose.

Des Bouddhas effarés
par des forêts de cognassiers
fervents,
pareils aux moulins à prières,
eux se sont dégrafés de nos croix en acier
et de nos croix de fer, vents
persiflant leurs prix hier.

Je subodore alors,
par le grand prisme opacifié
d'Orient,
l'inéluctable interruption
de l'arc multicolore aux soudés pacifiés
soumis à l'océan,
à sa lente éruption.

Les radeaux clandestins
tanguent dans les fumeries
d'opium ;
j'ai croisé Lumet à Formose :
épris de quel destin, Sydney qui fut, me rit ?
Mort aussi d'un lymphome,
hors ma métamorphose...



J'ai, dans le ventre de ma mère,
sucé d'insoupçonnables drogues,
fruits délicieusement amers,
cuits dans un improbable grog.

mardi 15 avril 2014

Evasion

08-Scientist by Cold Play on Grooveshark



Accueille l'infortune, accepte la douleur,
et surpassant tes sens, ta proprioception,
essaie de faire fi à toute déception :
tu peux du Noir & Blanc, passer à la Couleur !

Nous sommes ainsi de grands oiseaux coureurs
– celui qui fait l'autruche et celui qui s'émeut –
gravissant la colline, espérant que c'est mieux,
ravissant l'opaline aux vers des discoureurs.

Nous fréquentons l'asphalte et les sentiers cloueurs,
les passages piétons et la course éperdue
d'un marathon pas sage à notre peine indue,
et martelant le glas sonnant tout à coup l'heure.

Autorise à ta foi la place à ce doux leurre,
et pour tout kilomètre un peu de l'endorphine
ouvrant aux yeux du monde un espace où confine
un peu de ton courage à des tonnes de sueur.

dimanche 13 avril 2014

Ecailles

Shadow Magnet by Lisa Gerrard on Grooveshark



Je maudis rancir à macérer mes rancœurs,
je vilipende, Hugo, des pendus le concert,
et Villon, cette Envie, pareille à ton cancer,
cette mélancolie qui me ronge le cœur.

J'abomine aimer mes cauchemars magnifiques,
offrant d'autres couleurs à d'amoureuses palettes
où se peignent en chevaux d'orgueil les starlettes,
muses minaudant sur mes mains nues prolifiques.

Or, ne sont point sonnets que nos tickets lilas
ni les mues gaies d'avril, n'écrivent tant qu'aux rôles
où nous flétrissons de l'arrondi de leur crawl.

Nous ramons dans l'étang qu'un paradigme hurla :
la Terre est ovoïde et le serpent son fils,
elle accouche en silence à tous nos sacrifices.

vendredi 11 avril 2014

Tant pis




Tant ton silence est éloquent et les hoquets
d'un incompréhensible art, écho préhensile,
tant la chaleur est un poème plus brûlant
et l'astre d'un visage un soleil dévorant,
tant les flammes au bas de tes reins arrières
offre en tes bras d'un corps, l'ultime barrière,
tant les creux sinueux d'un sein ou d'un cerveau
résument les désirs désarmant les dévots,
tant l'hydratante envie suppure entre homme et femme,
oh ! L'hydre à tentacule amputé se diffame,
tant le dragon du cœur souffle un air lancinant,
tant est si bien que nous finissons calcinant.

Mieux :

Tant pis !

mardi 8 avril 2014

Absentification

Pink Floyd - Fearless by Various on Grooveshark



Absinth' marie, priez pour nous pauvres prêcheurs
qui, dans l’œil vert de leurs passions et de leurs muses,
avons sombré le sabre au clair qu'un rien amuse,
autant la plume est à l'épée son simple leurre.

Absinth' sessile, œuvrez pour nous nomomaniaques !
On dira des verbeux les fringants pâturages
qu'ils mirent en battue pour d'hasardeux voyages
dans de bancales Dankalies paradisiaques.

Absinth' bas de laine troué par nos envies,
retenez les jambes au cou de mes amours
et la corde raide au cœur de mes calembours :
il n'est pire amante au lit qui manque de vi(e)(t).

Absinth' je ne vis Eve allant qu'au Panthéon,
imbue de sa beauté nue mais républicaine,
ouvrir son corsage au public, à sa haine,
à nos Mutualités et à nos Odéons.

Absinth' au deal, rien ne vaut ton pesant d'or,
ni cette poudre aux yeux de l'escobarderie
qu'aux moins offrant le gui fait que le barde rit,
et qu'aux guirlandes de Noël, ton rai adore.

Absinth' à ne, absinth' à ne marcher pour rien
si ne ce fussent des aubes épanouies,
sur la baie de Douarnenez des cieux inouïs,
et sur notre crépuscule un Dieu Cimmérien.

lundi 31 mars 2014

Le front de mer (nouvelle version d'un texte publié en septembre 2005)




Retourné sur le front de mer,
J'écris un peu, sur mon carnet, sur le volant,
Des mots en forme de prière
Sur le papier d'un ciel couchant...
Le rougeoiement de cette baie
Sur l'eau stagnante de ses plages,
Incessamment me fait penser
Au fil logique des naufrages.

Et s'il faut brûler comme soleils,
De n'avoir su que trop aimer,
Que combustion nous soit pareille
Aux feux du ciel de Douarnenez.

Bien sûr, il y a Audierne, il y a Galway,
La baie d'Halong aux matins clairs,
Celle où tes jambes écartées,
laisse inventer son bel estuaire.
Bien sûr, il y a ces navires,
Qui auront pu la traverser,
Mais dans ton ultime soupir,
Ma trace apparaît délaissée.

Et quand la nuit, au front de mer,
J'erre en son voile enveloppé,
Je pense à Toi comme aux mystères
Qui m'ont conduit à t'enlacer.