jeudi 20 février 2020

Le Passage



Chemisier blanc pantalon noir
avec sa gouaille parisienne
elle était la serveuse au bar
un juvénile ange et super bien

Ça c'était la serveuse au bar
œil argenté tablier gris
tandis que le ciel en pleurant
laissait le pouvoir à son rire

Elle était la fille au comptoir
avec un loufiat pour complice
un vieux serveur aux cheveux blancs
plein de malice et plein d'esprit

De ce contraste saisissant
mais nimbé de leur harmonie
naissait le sentiment subtil
où s'affichait sa différence

On sait la singularité
dans un regard où l'on échange
un éclatant sourire éclair
un univers en un rictus

Au coin de ce chemin de verres
en zinc enfin s'est envolé
le sourire un instant fugace
ouvrant le sens à l'existence

En m'arrêtant dans ce troquet
moi le clochard assez céleste
un truc en fait m'avait doublé :
dans mon passé, j'avais l'présent !

J'avais l'présent dans sa beauté
dans tout l'éclat que la jeunesse
offre aux êtres particuliers
lumineux comme un soir d'étoiles

https://soundcloud.com/annaondu/le-passage

Gésir à Paris



J'ai laissé gésir à Paris
les temps forts et les amours mortes
et ce vestige a ressurgi
mimant vertige et Tour Saint-Jacques

Odéon joue de mon hasard
et Saint-Lazare recueille enfin
de ce mot fin la part du lion
que garde Lyon mieux qu'Austerlitz

Que j'eusse eu Jussieu pour école
et de leur rue via la Sorbonne
un point de vue sur les deux îles
il devrait moins m'en souvenir

Pourtant j'éveille les fantômes
en arpentant le gris bitume
et dessous ces pavés sans plage
on sent l'écorché du métro

Les nerfs à vif on déambule
on perd son latin quelque part
en restant calme à Saint-Placide
et puis de marbre à Saint-Sulpice

À Vaugirard on longe encore
une échelle archéologique
où le temps grille au Luxembourg
un feu de paille un peu de poutres

Or, de la République on chambre
en descendant vers Saint-Michel
les souvenirs de '68

samedi 8 février 2020

Distilled in Brest



Non, je n'en peux plus de la pluie
qui tatoue la grisaille à l'âme
et qui découpe en filets d'eau
le temps perdu sans amour.

Et je n'en peux plus du Grand Ouest
où l'on prie l'astre évanescent
de ne pas se coucher si tard
en n'accouchant que de sourires.

Il me faudra peindre en violet
les sabords ouverts de tes yeux
retendre une corde vocale
au diapason de tes paroles.

Il me faudra te conter Brest
et ses remparts rempli de bruine
et de ruines d'amour aussi
dont le profil de fer rugit.

Sous les grues du port de commerce
on comptait les points de suture
en soupirant pour ses beautés
tâchées de rousseur aux yeux clairs.

Il me faudra te raconter
comment la rouille en Poésie
marrie Miossec à Segalen
divorce en récitant Corbière.

Il me faudra bien dessiner
sur toi les entrelacs celtiques
où nos promesses s'entremêlent
et nos baisers sanguins circulent.

Et je n'en peux plus de te perdre
à chaque instant qu'on ne crée pas
dans ce Ponant dont la cité
craquelle en l'absence de toits.

Non je n'en peux plus de l'appui
qui me manque en déséquilibre
au bout du Monde et de la vie
que je ne conçois plus sans Toi.

https://soundcloud.com/annaondu/distilled-in-brest

mercredi 5 février 2020

En "Me Too" fléau



Le froid de l'âme est de l'acier
ce qui perfore au mieux le cœur
et lorsque sur moi tu t'assieds
c'est entre plaisir et rancœur.

En tripotant le bout du Monde
on est souvent très près des femmes
on est souvent le porc immonde
auquel on pardonnait l'infâme.

On est pourtant dans ton regard
un prince infiniment charmant
le prince sans rire en quai de gare
et parfois même un peu l'amant...

La ritournelle a décompté
mes relations imaginaires
et dès lors on a raconté
l'idée que ces traumas génèrent.

À chanter des récits sommaires
On s'est pourri les amygdales
et tapissé de toile amère
un en-soi qu'on livre aux mygales.

Or l'araignée de nos pensées
fleure assez bien les illusions
les déceptions du temps passé
sur un canevas de visions.

La pluie tambourine à grands cris
sur le carreau de ma lunette
et ma vue basse encore écrit
l'éplorée plainte malhonnête.

Elle est cri, sourde et renchérit
ce que vaut chaque individu
car à chaque et perdue chérie
je sais très bien ce qu'il est du.

https://soundcloud.com/annaondu/en-me-too-fleau

mercredi 22 janvier 2020

Tisons



De paille ou bien de feu
J'ai le cheveu des femmes
enroulé sur le doigt
qui trace un entrelac

sachant des poésies
que l'on ânonnera
mais ma prière aussi
qu'Ana lai honora.

Puis tisonnant les braises
où l'on fait apparaître
un destin des falaises
on signera nos faims

le cœur a crevaison
que crevaison minore
et j'ai fait mettre au clou
mon désir éperdu.

Je veux crever debout
comme un pneu misérable
et joindre sans embout
ma valve à ton amour

afin de louvoyer
sous tes yeux si cléments
que ma mère oubliée
j'en vois le bleu profond.

https://soundcloud.com/annaondu/tisons

mardi 14 janvier 2020

Solaire



Nous ne sommes que de petits mouchards enrhumés
Pestant sur le déni de nos désirs abstrus
Tout en manifestant sur l'impossible acmé
Que nos contradictions dans l'avenir obstruent.

Parsemée d'éphélides et bleutée du regard,
à ta chair un éclair est venu s'imprégner,
sur ta lèvre en pétale il me faut le nectar
humecter, puis cueillir en mes serments pas niés.

Sans cela, le cocon dru de ma chrysalide
en tes bras qui se tisse, aura perdu le fil
où se dénouent les nœuds de mes passions invalides.

Et fixé sur Toi, tandis que les jours défilent
à ton soleil hypnotisé je me suicide
entier, tu es mon énergie, ma chlorophylle.

https://soundcloud.com/annaondu/solaire

vendredi 3 janvier 2020

L'hyper Noël



Mes brins d'ADN enguirlandent
un peu de gène en mes enfants ;
mais le plaisir et les cadeaux
sont sous la crèche et les santons.

L'encens parfume un sentiment
de plénitude à leurs sourires ;
on sent le sapin pubescent
perdre une épine à chaque éclat.

Restent les cendres après les veilles
et les onctions du nouvel an :
nous vomissons les plats trop gras.

J'ai persiflé la Création,
j'ai persillé ma poésie
d'un peu de piment littéraire.

https://soundcloud.com/annaondu/lhyper-noel

vendredi 27 décembre 2019

La fille aux tâches de rousseur




La fille aux tâches de rousseur
un peu planquée sous ses cheveux
dont m'éditèrent années passées
les signifiants de son sourire,

a conquis toute ma mémoire
afin d'en faire un fruit confit
que mange un vers octosyllabe
à l'ombre enflée de mon Amour.

Et parsemée de mon désir
au parchemin que liront d'elle
odieux, ses amants fallacieux,

Melody traduira l'émoi
de sa vie défaite à l'envers

jeudi 26 décembre 2019

Le chant de la pluie sur le Vélux



La pluie s'abat sur la toiture
en pianotant sur le Vélux
une mélodie sans parole
où des voix sourdent au creux de moi.

C'est la chanson du mal-aimé
qu'Apollinaire a composé
pour moi tout seul — on croit que ça
n'arrive à chaque fois qu'à nous...

De l'autre côté du miroir
il y a pourtant l'univers
inversé du tir dans l'Alice
où tout le monde est importun.

Désunis vers où mon Poème
est vers sa désintégration,
glace assez malpolie, j'écris
suspendu sous mon faux con.

Là, vain de l'épopée gonflable
et du terrier du lapin blanc,
je m'efforce enfin d'uriner
sur le terreau de l'avenir.

Il en faudra du foutre
afin de rebâtir humainement
ce grand gâchis mal dégauchi,
masse populaire et contrariée.

Du grand charnier consumériste,
en pétrissant nos amours mortes
on sortira les bas-morceaux
comme on démoule un bronze hideux.

Je repeuplerai d'animaux
les reliefs humains mortifères
issus des civilisations
dont on aura pu se repaître.

En attendant sur la toiture,
en pluie s'abat le con damné ;
le souvenir est « attaché »,
c'est que la mémoire emprisonne.

Et dans le rythme alternatif
où j'imagine ma femelle
— entêté par ses éphélides —
un futur et le passé s'emmêlent.

https://soundcloud.com/annaondu/le-chant-de-la-pluie-sur-le-velux

vendredi 20 décembre 2019

Hexagone



L'angevine est diabolique et ses coteaux
portent du Layon les cornes de l'Aubance ;
on confond trop souvent ce que le corps niche
avec une illusion qui nous téléguide.

On pourrait discuter de la lorraine
ayant cassé ses dents sur une couronne,
ou de l'alsacienne à la beauté létale,
or les mots à la mer dictent ma pensée.

J'écrirai la marseillaise en mini-jupe
et son vieux port obsédé par le grand bleu
de son regard absorbant comme un tampon,
bouille à baise et corps de rêve à l'horizon.

Je chanterai (finistérien) la capiste
et la bigoudène ultime en déshérence,
en quête de semence et de chairs loques Holmes,
élémentaire en sa passion pour le sexe.

Et de la parisienne en fanfare à Pigalle
il ne me faudra pas tisser le bordel :
la mygale est à ce point perfectionnée
que sa digestion se fait en dehors d'Elle.

samedi 14 décembre 2019

L'étoile aînée



Lentement, coquille ouverte,
on entend l'écho des flots,
l'aller-retour où la vie
se décline en postulats.

Je rêve après la beauté
mais la beauté se délave
en laissant la marée basse
à mi-chemin du désir.

Et rongé par deux missels
inscrits d'un cercle oculaire
azuréen, je t'écris
mon formulaire amoureux.

Les gouttes de pluie diluent
son écriture éperdue
par un emprunt littéraire
aux moins mauvais des poètes...

Or, il sont bien incapables
à décrire absolument
le précieux métal en tes yeux
qui se fond dans mon espace.

Ô ma belle étoile aînée,
registre impromptu du temps,
j'ai composé cet aria
pour filer ta promenade.

Incidemment, m'écrasant
sur la mer de tes silences,
il me faudra supporter
le poids de l'âme interdite.

Il me faudra, moi planète,
aussi me satelliser
près de toi, soleil ardent,
toi ma dépendance absolue.

Je rêve après la beauté
mais la beauté se révèle
en déportant son regard
au plus près de ma laideur.

https://soundcloud.com/annaondu/letoile-ainee

vendredi 6 décembre 2019

Jours tranquilles à Clichy



Faut-il des clichés pour survivre à Clichy ?
Faut-il déclencher la mécanique émue
naguère intestine et qui fait qu'on en chie ?
Chenille on était papillon dans la mue.

Chenille on rampait vers un corps désirable,
un je-ne-sais-quoi dont l'affect amoureux
— s'il pouvait parfois nous sembler secourable —
adoptait l'aspect d'un poison doucereux.

Chenille on roulait sous un Tank ivre-mort,
on roulait debout, d'emblée dessous des tables
et dans des bars, bars où tel un matamore,
on saoulait la fille aux vertus imputables.

On saoulait de mots les plus belles beautés
dans Paris sorti des tranchées de sa guerre,
et si la Gran'ville exposait sa fierté,
le lot de Clichy c'était d'être vulgaire.

Avec son lot de maq' et de putains divines,
elle était Babel où la langue inutile
est un attribut très doux qui se devine
au sein plantureux des liaisons mercantiles.

À Clichy, l'atour était de bas, belle aussi
ma fine Anaïs en sa roide guêpière
— un nid noir et jaune envenimé de « Si » —
la relation simple est un fard à paupières.

À Clichy passaient tranquillement les jours ;
au-dessus, Montmartre en ruisselant des Arts,
enivrait l'auteur en quête d'abat-jour
(enquête en bassesse où l'Amour est Bazar).

Aux clichés des clous désactivaient le clash :
à Clichy, j'étais ainsi qu'un Christ en croix.
Marie-Madeleine avait muni d'un flash
un serr'tête en ronce, afin que l'on nous croie.

Faut-il ces clichés pour survivre à Clichy ?
La ville est souvent le reflet d'une amante
et de son mensonge... Allez ! Quoi qu'on en chie,
chaque poésie justifie que l'on mente.

vendredi 29 novembre 2019

Pêcher



J'en pleus plus d'essorer les serviettes des filles
et la note mensuelle à laquelle on souscrit,
tandis qu'en coulant dans mes bas-fonds défile
en jets d'encre indigo le cœur d'un manuscrit.

J'emploie tous les gros maux de l'existence afin
de raconter sur les doigts défaits des dix plaies
des gipsy queens, un peu du délicat parfum
qui rythme ainsi ce qui nous leurre ou nous déplaît.

J'en plains et j'en délie des entrelacs celtiques ;
à ces amoureux finistériens, la géhenne
est de ne pas franchir un mur de l'Atlantique.

À l'amer rouge on taille et il y a des haines,
il y a du déboire et des bouées pathétiques,
il y a des filets reliés à l'ADN.

https://soundcloud.com/annaondu/pecher

mercredi 27 novembre 2019

Henry & June





Lorsqu'on cherche à parler d'une beauté fatale
innervant le moignon d'une histoire amputée,
c'est afin de projeter l'éclat penthotal
à l'écran dépourvu de vitesse en butée.

Les poésies d'amour en traits tirés s'écrivent,
à la façon détruite et dérivée du vent,
dont les battements doux de temps en temps décrivent
un claquement de draps portés tel un auvent.

Tu sais, si je m'appelais Henry, mille heures
auraient le temps de passer sous le pont désert
où Mirabeau comme un camion déménageur,
inspirait bruyamment Guillaume Apollinaire.

Hé, June, à tes côtés brûlants mes vers dégrisent
un peu, sous le soleil ardent de tes yeux bleus ;
sous cette peau brûlée que ta rousseur irise,
il me faudra compter sur ton côté sableux.

J'aurai des clefs l'omelette et l'inlassable dune
à parcourir en toi sous ma paume avertie,
j'aurai le plat pays de ta chair opportune
à caresser sans fin de mon verbe amorti.

J'aurai le paradis d'un Saint-Pierre anguleux
dans la mire alignée que tous enfin me jurent,
où notre partition s'avoue vraiment que le
désir est démesure à décrire en mesures.

https://soundcloud.com/annaondu/henry-june

vendredi 22 novembre 2019

Poison



Si ton sourire est une braise
enlevée de l'œil d'un cyclope,
et que des mots que je te fraise
il me reste un charbon de clope,
incandescent de cette mine
écrivant d'un rouge éclatant
le trait de ta bouche carmine,
on taira tout avec le temps.

Qui taira les mots et leurs langues,
et qui taira ce qui s'infiltre ?
Entre les corps, entre les gangues,
on sculpte aussi parfois sans filtre :
on taille, on pétrit sans vergogne,
afin d'accoucher d'un vertige,
et plus on frappe et plus on cogne
et plus on redresse nos tiges.

Il ne me reste à deviner
que tes douceurs adultérines
et de tes tiédeurs avinées
par ton iris, l'eau vipérine ;
il ne me reste à déguster
que le poison d'une eau secrète
en ton regard, et dégoûté
des sentiments que lui sécrète.

https://soundcloud.com/annaondu/poison

vendredi 15 novembre 2019

Sommaire




Tel un singe en apnée d'avoir brassé trop d'air,
il me faut faire amende honorable en ces mots :
je n'ai jamais construit que des abécédaires
en négligeant d'emblée ma prêche au chalumeau.

Je n'ai jamais pensé la mort à deux, la vie
ne conduisant sans but qu'à cette ultime fin ;
je n'ai jamais bâti de mausolée d'envie
non plus d'étage au mal, en fleur comme en parfum.

Je n'ai qu'écrit les brins cunéiformes
ornant le récipient d'un message à la mer,
entre une mélodie glauque et son chœur informe.

Étrennant quatre « faire » à tout ce qu'ils humèrent
à ton contact étroit — foudroyant chloroforme —
un rêve romanesque établit son sommaire.

https://soundcloud.com/annaondu/sommaire

dimanche 10 novembre 2019

L'âme aisée



Si nous ne gardons des baisers
que le goût d'un vin bouchonné,
c'est qu'un sentiment malaisé
s'est posé comme mouche au nez.

Perdu dans les parfums d'encens,
je cherche une aiguille à découdre,
afin de percer l'indécent
secret de la machine à moudre.

Il est peut-être en ton sourire
ou dans un poème où Prévert
hèle au féminin sans courir
et sans coup férir, un feu vert...

Et la fée verte ou la fée bleue,
faible Eugénie du mal en fleurs
irisée sur un fond sableux,
m'encoquille entre Ys et Barfleur.

Un cœur est un colimaçon ;
pour gravir un tel escalier
sans être un impoli maçon,
le poète est fantasque à lier !

Mais il t'y trouve en escargot,
toute en toi recroquevillée,
le cœur est refuge à l'ego
lorsque ailleurs est mal chevillé.

Quoi qu'on meuble en la vie sinon,
Légo nu de sa pièce absente,
on construit comme on peut ces noms
que l'on donne aux pluies collapsantes.

Or, nous ne gardons des baisers
que leur humidité latente,
alors espérons l'âme aisée
qui peut nous justifier de l'attente.

https://soundcloud.com/annaondu/lame-aisee

samedi 2 novembre 2019

La bleue crise infirmière



À Valérie, ma première grande histoire d'Amour un peu consistante,


Je vous ai désirée
Dès votre apparition
Dans cet amphithéâtre
Où le parquet ciré
Faisait l'exposition
De votre teint d'albâtre.

Et de ces boucles noires
Écoulant le présent
Dans le chaos passif
Il me fallait l'armoire
Où ranger l'écrasant
Cadeau dit décisif.

On aime à chaque fois
Mais après la première
Un peu différemment
L'Amour est à nos fois
La bleue crise infirmière 
Et sombrent les amants.

L'Amour est un doux leurre
Et nous le poursuivons
Faisant le poisson mort
Instillant du malheur
Un peu comme un savon

mercredi 16 octobre 2019

Végétale



T'embrassant, j'ai puisé dans ta langue amoureuse
une humeur éperdue dont la bouche est le puits,
dont la veine où la sève insensée mais heureuse
inonde un innocent de l'encre de tes nuits.

Sa sentence est sensible et son parfum tenace :
on y perçoit cent-six sentiments savoureux,
sans savoir à vrai dire en passant si menace
un orage au détour infini désireux.

Germinal à genou, tu priais ainsi Dieu.
Pour t'accueillir enfin j'attendais Floréal
et chaque enlacement me semblait insidieux.

Si l'on coupe on abat quand la femme est fatale
et dans l'arborescence en boutons les adieux
puisque le féminin d'essence est végétal.

https://soundcloud.com/annaondu/vegetale

samedi 12 octobre 2019

Incise



Je sais : ta bouche en cœur est de couleur fuchsia.
Je saigne à chaque fois qu'hémophile humilié,
grâce à ton grain d'emblée la plage a son plagiat
— son sablier ne permet pas de s'oublier.

Ta beauté se conjugue avec les éphélides,
autant que l'écriture avec les tâches d'encre,
et soulignant tes yeux de ma plume invalide,
un sang bleu-roi s'écoule entre mes doigts de cancre.

Il faudra des prairies repeuplant mes abysses,
inondées d'algues floues comme des confidences
et de posidonies comblant nos précipices,
afin de replonger dans nos deux subsidences.

Il faut bien se résoudre à ce fait qu'on s'aimait :
tant qu'un seul sentiment transpire hors de nos peaux
c'est que la mue s'opère et nous change à jamais ;
nous ne sommes vêtus qu'un instant d'oripeaux.

https://soundcloud.com/annaondu/incise

dimanche 8 septembre 2019

Aquarelle




Je n'avais rien que ton profil
et quelques mots pour en découdre,
à la fin j'avais du gros fil
et des blessures à recoudre ;
en barbouillant ton faux portrait
je décrivais mon coup de foudre
à coups de couteau s'il vous plaît,
j'étais l'écriture à dissoudre...

Étant comme une pluie d'été,
balayé par ton souffle chaud,
de toi je m'étais endetté,
moi l'homme à tête d'artichaut,
moi l'être à teinte d'amarante,
articulant de mes défauts
ce qu'en toi j'attache à ma rente,
aux microsillons de Sapho
qui ne passait pas pour marrante.

Et siphonné par tes paroles
hallucinées le long des murs
— un siphon fond de barcarolles
à chaque endroit de nos murmures —
il me fallait de l'oxygène
et qui plus est de cet air pur,
où je puisais moins qu'en tes gènes,

vendredi 23 août 2019

Siérine



Tandis qu'aphorisant ma vie
dans sa tournure existentielle,
un ingrédient m'ayant ravi
manquait à mon but essentiel :

il me fallait l'évanescence
à ce métaverbiage unique
— exauçant l'aveu d'impuissance
en corps de texte anachroniques.

En silhouette édulcorée,
voire en portrait cataractant,
je te voyais moi, décorée
de l'ombre et d'algues l'humectant.

De ton visage quasi diurne
en s'enfuyant des mots perclus
le soleil arrosant Audierne
enivrait ton humble reclus.

Là, sous les éclats de lumière
embronzés de ton verbe à temps
je fondais sans que la manière
ait de ma cloche un seul battant.

https://soundcloud.com/annaondu/sierine

vendredi 16 août 2019

Au square Tino Rossi



Un soir en septembre
il y a quelques années déjà
repassant les plis de mes chemins d'adulescence
avec un pote
on est redescendu de Montparnasse
en passant par Saint-Germain-des-prés
puis par le Quartier Latin
(Quoi de plus commun?)
mais pour attraper le train de la Gare de Lyon
le RER 
(à l'ère où erre heure, horreur !)
en longeant les quais que je connaissais
mais qui m'avaient méconnu.
la Foule était là qui s'agitait sous les flons-flons
d'un rendez-vous qui devint régulier.
Bien avant que ce bout de Paris ne s'agite
Il y avait des statues contemporaines
apparues comme des OVNI
dans cet espace improbable alors créé...

Je bouffais ma baguette au square Tino Rossi
— du Monde Arabe un Institut venait de naître —
ou ma demie baguette en fonction des soucis
financiers d'étudiant, le cœur à la fenêtre.

On se moquait de l'œuvre atterrie sur la place,
et le désert commun propre à la création,
laissait à la sculpture en marbre de la glace,
et le feu rouge aux joues de nos récréations.

Car le Quai Saint-Bernard avait de ton regard,
un éclat de bois brut et de première instance,
où je perdais ma ligne au métro de la gare,
où les voies d'Austerlitz hurlaient leur insistance.

En attendant, le sandwich au pain sec en bouche,
on se pensait dans les courbes des sculptures,
et de la pauvreté germait nos graines farouches
en plein fumier de cette sociale imposture.

Et des années plus tard
on y retrouvait la jeunesse Paris
dans son effervescence.

En laissant couler le sablier du retard
au gré d'Einstein et de Pascal et de son pari
je repris connaissance...

On était en février
je sortais du terrier du lapin
la Ville avait pris des atours estivants vêtue d'un manteau d'hiver
et las d'une longue errance
il me pris de repasser par le square Tino Rossi
là-même où j'avais vu la France
en mouvements divers
agiter les bras du sapin
perdu dans les genévriers.

Dans ma vareuse et mon rayé
— marin d'escarmouche —
une jolie fille au crâne à moitié ras
me gratifie d'un sourire improbable.
Elle a percé mon armure en fer inoxydable.
Il faisait chaud pour la saison.
Je n'oublierai jamais cette croisette enrayée.
Lorsque l'on aime à déraison
c'est que l'on veut du bouche-à-bouche.

En repassant mon col au square Tino Rossi,
mon col bleu-bite au vert en pleine canicule,
avec des mecs armés comme des mafiosi,
dans mon Paris festif on était ridicule.

On était provincial, on était décalé ;
la jeunesse autochtone était pétrie de rythmes,
et dans la viande en bleu qui m'était déballée,
rien ne me distinguait des hideux algorithmes.

En sortant sur le pont, du côté d'Austerlitz,
il m'a semblé sortir aussi d'un rêve étrange :
on rêve de Paris comme on rêve d'Auschwitz,
on y côtoie nos morts et ce qui nous arrange.

https://soundcloud.com/annaondu/au-square-tino-rossi

dimanche 11 août 2019

Les soirées parisiennes



Je n'aurai bientôt plus de soirées parisiennes,
et la page se tourne en me claquant la porte
au nez, comme des volets, des persiennes
obscurcissant l'éclat qu'un réverbère apporte.

À la fenêtre où j'ouvre encore les yeux,
ce sont des souvenirs entre parenthèses
à présent, qu'on referme en un coffret précieux
qui se nomme antithèse ou synthèse ou prothèses.

Alfortville et sa gare ont un goût de moisi ;
le pavillon mis en vente, on s'en est démarqué,
mettant au clou de même un passé pas choisi.

Repassant sur Paris du train de ma banlieue,
le fer à dessouder les liens m'ayant marqué,
je suis venu chercher le testament des lieux.

https://soundcloud.com/annaondu/les-soirees-parisiennes

mardi 6 août 2019

L'air de la pluie sur un sol chaud



Des respirations parisiennes
et des inspirations latines,
on crée des versions vespasiennes
aux intonations palatines.

On crée du sentiment, des thèmes
et la légende d'un naufrage
où l'impression des mots "je t'aime"
emporte le vent des suffrages,

Où l'expression décrite est vaine
à la façon de Virginia
qui fut la sublime écrivaine
affirmant ce que l'autre nia.

L'air de la pluie sur le sol chaud
donne à l'orage un air banal,
et ceinturée de maréchaux,
Paris se sent plus communale...

En parfum de moisi, la terre
exprime une souffrance interne ;
et son chant qu'on croyait austère
est l'éclat de l'être en moins terne.

Un simple tuyau d'arrosage
emporte avec lui sa mémoire
encore inutile : un corsage
ajouré d'une vieille armoire.

https://soundcloud.com/annaondu/lair-de-la-pluie-sur-un-sol-chaud